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Le Pakistan après le meurtre de Benazir Bhutto : une piste à suivre pour aller de l’avant

Briefing Asie N°74 2 janv. 2008

This Briefing is currently only available in English.

SYNTHÈSE

Déjà fortement marqué par huit ans de régime militaire, le fragile système politique du Pakistan a essuyé un terrible revers le 27 décembre 2007 lorsque l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto a été assassinée. Ce meurtre, commis à seulement quelques jours d’élections parlementaires prévues pour le 8 janvier 2008 et désormais reportées au 18 février prochain, a mis fin aux efforts américains de négocier un accord de partage des pouvoirs avec le président Pervez Musharraf, accord jugé irréaliste par la dirigeante du Parti du peuple pakistanais (PPP) de centre-gauche. La popularité dont jouissait Mme Bhutto et la conviction que Musharraf et ses alliés sont responsables de l’assassinat de celle-ci ont, directement ou non, provoqué des manifestations violentes à travers le pays.

Pour rétablir la stabilité au Pakistan et pour que le pays puisse contribuer aux efforts internationaux de lutte contre la terreur, il faut à présent opérer une transition rapide afin de légitimer un gouvernement civil. Cela implique le départ de Musharraf, dont les efforts continus pour se maintenir au pouvoir à tout prix sont incompatibles avec la réconciliation nationale ; la formation d’un gouvernement intérimaire de consensus et d’une Commission électorale neutre ; et le report rapide des élections pour permettre de créer les conditions nécessaires – notamment la restauration d’une justice indépendante – pour que celles-ci se déroulent de façon juste et libre.

Le décès de Benazir Bhutto a redessiné de façon encore plus nette l’écart qui sépare le régime de Musharraf, soutenu par l’armée, et la majorité pakistanaise modérée, qui n’exigera à présent certainement rien moins qu’une véritable démocratie parlementaire. Au Pakistan, nombreux sont ceux qui craignent que la survie même de la fédération dépende de l’issue de cette lutte.

Faisant mentir le slogan qu’il a pourtant répété à maintes reprises, “le Pakistan d’abord”, Musharraf placé la survie du régime et son propre destin politique au premier plan, comme il l’avait déjà fait en novembre. Il avait alors imposé la loi martiale, suspendu la constitution, emprisonné des milliers d’avocats et de politiciens, et mis à pied un certain nombre de juges dans le seul objectif d’empêcher la Cour suprême de mettre en cause la légitimité de sa réélection en tant que président par un Collège électoral sous influence et en fin de mandat.

Musharraf a renoncé à son titre de Chef des Armées le 28 novembre sous la pression des États-Unis mais la légitimité de sa réélection reste contestée. Il a officiellement déclaré la suspension de la loi martiale le 15 décembre dernier, mettant ainsi fin à l’état d’urgence et relançant l’application de la constitution. Toutefois, non seulement il n’a pas réintégré les juges qui avaient été congédiés ni annulé les décrets répressifs qu’il avait adoptés mais il a également, de façon unilatérale et sans aucun fondement juridique, proclamé des amendements à la constitution destinés à priver les tribunaux et le parlement des prérogatives constitutionnelles qui leur permettraient de contester ces changements.

Le PPP de Bhutto et la Ligue musulmane de centre-droit de l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif (Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz) avaient accepté avec réticence de participer aux élections prévues pour le 8 janvier, motivés surtout par le désir de révéler l’intention de Musharraf d’en falsifier les résultats. Tribunaux et gouvernements intérimaires partiaux, Commission électorale sous influence, médias bâillonnés, restrictions de l’activité des partis politiques, et certains agissements des agences de sécurité sont autant d’atteintes aux conditions qui auraient assuré des élections justes et libres.

Les acteurs internationaux qui soutiennent le régime, en particulier les États-Unis, continuent d’envoyer des signes montrant leur volonté de maintenir Musharraf à la présidence parce qu’ils croient que lui et l’Armée (son seul appui) sont les seuls garants de la stabilité d’un pays d’une importance cruciale dans la région. Mais après le meurtre de Benazir Bhutto et maintenant que la colère populaire s’exprime pleinement, la tenue d’élections qui ne seraient pas considérées comme libres et justes aurait des conséquences désastreuses. La personne de Musharraf est devenue si impopulaire que son maintien au pouvoir garantit des troubles internes croissants. En continuant à le soutenir, les gouvernements occidentaux pourraient bien non seulement perdre la bataille pour gagner le soutien des Pakistanais mais ils pourraient bien également se trouver face à la perspective cauchemardesque d’un pays qui abrite une population de 165 millions de personnes, en majorité musulmane, doté de l’arme nucléaire et qui glisse dans un conflit interne violent auquel seules les forces extrémistes auraient à gagner.

Le parti de Bhutto survivra à la disparition de celle-ci et, si ses successeurs agissent avec sagesse, il demeurera une force de modération et de stabilité au Pakistan. Le parti de Sharif s’est engagé avec le PPP pour restaurer la démocratie, la paix et la stabilité dans le pays. Les États-Unis et leurs alliés occidentaux doivent reconnaître que Musharraf non seulement n’est pas indispensable au pays mais qu’il représente désormais un danger grave pour la stabilité de celui-ci. Au lieu d’appuyer un dirigeant autoritaire et fortement impopulaire considéré comme complice du décès du personnage politique le plus apprécié au Pakistan, ils devraient plutôt soutenir le peuple pakistanais et le fonctionnement d’institutions démocratiques. Il est temps que l’Occident admette que seul un gouvernement élu en toute légitimité et dirigé par l’un des partis modérés du Pakistan disposerait de l’autorité et de l’appui populaire nécessaires pour ramener le pays vers ses attaches démocratiques modérées.

En résumé, les événements politiques susceptibles de survenir au cours des deux prochains mois au profit du Pakistan et pour lesquels la communauté internationale devrait apporter un appui solide et constant, en particulier les acteurs qui sont le plus à même de les influencer comme les États-Unis, sont :

  • la démission de Musharraf, dont les fonctions présidentielles seraient alors exercées temporairement en vertu de la constitution par le président du Sénat, Mohammadmian Soomro,, qui désignerait des gouvernements intérimaires neutres aux niveaux national et provincial avec le consensus des principaux partis politiques dans les quatre unités qui composent la fédération ;
  • le report et l’annonce d’une nouvelle date pour la tenue des élections. La Commission électorale a annoncé le 2 janvier un report pour le 18 février. La date est raisonnable en elle-même mais la Commission n’a fait aucun commentaire à propos des autres changements cruciaux mentionnés dans le présent briefing et qui sont nécessaires à la restauration de la démocratie au Pakistan ;
  • la pleine restauration de la constitution, d’une justice indépendante et de garanties contre les arrestations et la détention arbitraires  et autres libertés fondamentales garanties par la constitution comme la liberté de paroles, d’association et de réunion ;
  • la formation d’une nouvelle Commission électorale du Pakistan, avec le consensus de l’ensemble des principaux partis politiques ; et
  • le transfert du pouvoir et de l’autorité légitime à un pouvoir civil.

Islamabad/Bruxelles, 2 janvier 2008

 
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