Pakistan : État d’urgence ou retour à la démocratie ?
Alerte
6 juin 2007
This Briefing is currently only available in English.
SYNTHÈSE
Le président Pervez Musharraf, confronté à son plus grand défi depuis presque huit ans d’un pouvoir autoritaire, va probablement tenter de conserver le pouvoir en dépit d’une opposition croissante à son régime. De nombreuses rumeurs qui circulent au Pakistan suggèrent qu’il va décréter l’état d’urgence, ce qui reviendrait à suspendre les droits fondamentaux et signifierait dans les faits la proclamation de la loi martiale. Face à une opposition de plus en plus vigoureuse depuis la décision du général Musharraf, le 9 mai 2007, de limoger le président de la Cour suprême, Iftikhar Mohammad Chaudhry, il sera impossible pour le président et les militaires qui le soutiennent de maintenir le statu quo. Les alliés occidentaux du Pakistan, parmi lesquels les États-Unis sont les plus influents, peuvent inverser la tendance en affirmant clairement que l’état d’urgence est une situation inacceptable et que le Pakistan devrait revenir à un gouvernement démocratique en organisant des élections libres, justes et démocratiques d’ici la fin de l’année.
Le pire scénario serait que le régime gouverne par lois d’urgence et utilise la force pour réprimer l’opposition massive qui s’ensuivrait. Le pays plongerait immédiatement dans le chaos et la violence, ce qui renforcerait le rôle des groupes islamistes et, si Washington soutenait le régime sur cette voie, le sentiment anti-américain en serait exacerbé.
Le meilleur des cas serait une transition vers un régime démocratique grâce à des élections libres et justes qui marginaliseraient les forces extrémistes et réduiraient les tensions croissantes dans la société. Ceci serait possible si l’armée considérait qu’il est dans son intérêt de renoncer à la loi martiale, comme elle l’a fait par le passé.
Les États-Unis devraient prendre la tête d’un mouvement international incluant l’Union européenne et le Japon et appelant à une transition pacifique vers un régime démocratique en :
-
mettant en garde fermement et publiquement contre l’imposition de l’état d’urgence ou l’adoption de mesures visant à réprimer des libertés garanties par la constitution telles que la liberté d’expression, d’association, de réunion et de mouvement ;
-
faisant pression sur le général Musharraf pour qu’il s’abstienne de toute intervention politique dans l’affaire du juge actuellement entendu par la Cour suprême ; et
-
en demandant à l’armée pakistanaise de permettre le retour à la démocratie par des élections libres et justes, ce qui implique d’autoriser le retour des responsables politiques en exil.
Islamabad/Washington/Bruxelles, 6 juin 2007