EUFOR : Le changement des dispositions sécuritaires en Bosnie
Briefing Europe N°31
29 juin 2004
RÉSUMÉ
Dans une décision saluée par les Etats membres des deux organisations, l’OTAN a annoncé, lors de son sommet du 28-29 juin 2004 à Istanbul, la relève fin 2004 de la Force de Stabilisation (SFOR) qu’elle dirige en Bosnie-Herzégovine (BiH) par une force de maintien de la paix conduite par l’Union Européenne (EUFOR). Les motifs résident cependant moins dans la véritable situation sécuritaire du pays que dans l’empressement de l’UE à s’afficher en tant qu’acteur sécuritaire et le désir des Etats-Unis d’annoncer la réussite d’au moins un de leurs déploiements militaires à long terme. Le passage de témoin intervient au moment où l’ensemble de la région balkanique se trouve face à une montée de défis sécuritaires.
Les questions épineuses doivent être abordées avant le transfert à l’UE pour que celui-ci ne soit pas taxé de prématuré. Beaucoup de choses ont changé en Bosnie et Herzégovine depuis 1995; les principaux défis sécuritaires sont désormais le trafic d’armes, l’arrestation des criminels de guerre, les groupes extrémistes religieux et la sécurité des frontières, plutôt que la séparation des combattants qui fut l’une des principales réalisations de la mission de l’OTAN. Le mandat de l’EUFOR devrait refléter cette nouvelle réalité. Il faudra établir des canaux de communication clairs avec les autres opérations de l’UE en Bosnie, en particulier la mission de police de l’UE, et éviter les conflits de compétence avec le quartier général de l’OTAN en Bosnie ou avec toute force américaine encore stationnée sur la base d’un accord bilatéral avec la BiH.
L’incertitude quant au statut final du Kosovo (devant être examiné par la communauté internationale milieu 2005) et les difficultés rencontrées par l’union bancale entre la Serbie et le Monténégro continueront d’inciter les extrémistes à prendre leurs désirs pour des réalités, notamment ces Serbes qui souhaitent séparer la Republika Srpska de la Bosnie. En dépit de sa défaite aux élections présidentielles du 27 juin 2004 en Serbie, le candidat du Parti Radical d’extrême droite, Tomislav Nikolic a tout de même remporté près de la moitié des suffrages; l’envergure du soutien populaire nationaliste de droite indique que le potentiel d’instabilité existe toujours.
Sarajevo/Bruxelles, 29 juin 2004