Statut du Kosovo : les prochains mois seront difficiles
Briefing Europe N°45
20 déc. 2006
SYNTHÈSE
En novembre 2006, l’Envoyé spécial des Nations unies Martti Ahtisaari a annoncé que la présentation de sa proposition de statut définitif pour le Kosovo serait quelque peu retardée en raison des élections qui auront lieu en Serbie le 21 janvier 2007. Il se pourrait que ce retard ne soit pas le dernier et le processus de détermination du statut pourrait désormais se prolonger au-delà de la mi-2007, d’où une inquiétude croissante. Les dirigeants kosovars sont nerveux et ne sont pas sûrs de pouvoir contenir la pression publique au-delà du mois de mars. Face à une Russie qui durcit sa position et une Serbie aussi obstinée que jamais, l’Union européenne doit absolument se montrer unie – d’abord au sein du Groupe de contact, qui a géré le dossier Kosovo depuis 1999, puis au Conseil de sécurité où devraient être prises les décisions finales – afin de maintenir le processus sur les rails mais cette unité est loin d’être acquise.
Certains signes indiquent que plusieurs États membres de l’UE hésitent à modifier le statut du Kosovo face à une opposition serbe persistante. Si Bruxelles ne réussit pas rapidement à trouver un consensus interne fort, elle risque d’avoir à faire face à une nouvelle crise majeure. Il s’agit d’un enjeu particulièrement important pour l’Allemagne, qui assurera la présidence de l’UE pour six mois à partir du 1er janvier. Les États-Unis préfèrent une solution rapide mais ne peuvent rien proposer alors que Moscou menace de plus en plus d’utiliser son droit de véto au Conseil de sécurité si l’UE ne s’implique pas davantage.
Alors que la communauté internationale hésite, les kosovars albanais ont l’impression que les obstacles devant eux sont de plus en plus hauts : “Rien n’est assez bon ; on critique tout ce que nous faisons”, se lamente l’un d’entre eux. Ahtisaari a clairement affirmé son intention de présenter des propositions complètes et non équivoques très vite après les élections serbes. Il aura pourtant besoin d’un soutien solide de la part de la communauté internationale pour faire avancer les choses car le temps presse pour le Kosovo. On peut sans doute blâmer la majorité albanaise, qui n’a pas su tirer parti des opportunités qu’on lui a présentées en matière de gouvernance et qui est plus prompte à menacer de provoquer le chaos qu’à s’efforcer de dissiper les craintes de la minorité serbe. Mais c’est un fait que le risque d’implosion s’accroît à mesure que le Kosovo avance dans l’année 2007 sans que son statut soit résolu.
Un processus bâclé qui ne permettrait pas de consolider la perspective d’un État kosovar dans ses frontières actuelles et qui limiterait le soutien de l’UE et d’autres organisations multilatérales ne ferait que semer les graines de nouveaux processus destructeurs. La rancœur s’ancrerait profondément chez les albanais à travers la région, renforçant une idéologie pan-albanaise qui s’oppose aux frontières existantes, et faisant éventuellement le lit de l’islam radical.
Certains craignent que la communauté internationale ne soit pas en mesure de consacrer l’énergie ou la volonté suffisante pour résoudre le statut du Kosovo sans éviter une crise sur le terrain. “Ne pas prendre de décision, c’est prendre une décision”, observe un diplomate des Nations unies. “Si la situation sur le terrain semble stable, le Conseil de sécurité préfèrerait ne rien faire plutôt que de prendre des mesures difficiles”, ajoute un autre. Un représentant de l’UE traitant des questions de sécurité décrit sans détour l’attitude de beaucoup au sein de la communauté internationale : “Laissons la situation pourrir, on verra après. La solution pour le Kosovo viendra après une crise, peut-être des violences, en mars”.
Il ne faut pas leur donner raison. La communauté internationale doit tenir les promesses qu’elle a faites explicitement aussi bien que de façon implicite. En particulier :
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Le Groupe de contact ne devrait permettre aucun nouveau report des propositions d’Ahtisaari après le 21 janvier 2007 et il ne devrait pas édulcorer ces propositions. Il devrait les renvoyer rapidement devant le Conseil de sécurité pour que celui-ci les examine.
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Le Conseil de l’UE devrait présenter, tant à l’opinion publique européenne qu’au Conseil de sécurité, les conditions et autres critères relatifs à l’exercice des responsabilités au Kosovo après la détermination du statut. La présidence de l’Allemagne devrait se donner pour priorité d’unir les États membres de l’UE derrière les propositions d’Ahtisaari.
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Le Conseil de sécurité devrait agir rapidement et soutenir les propositions d’Ahtisaari lorsqu’elles lui seront présentées et admettre qu’un nouveau délai ne ferait qu’augmenter les risques de crise au Kosovo.
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Les institutions du Kosovo devraient renforcer la bonne gouvernance afin de gagner en légitimité aux yeux du public et être prêtes à exercer de nouvelles responsabilités de manière efficace dès que le statut du Kosovo aura été résolu.
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La Serbie devrait être encouragée à s’impliquer dans le projet d’indépendance du Kosovo et en tirer le maximum de bénéfice pour ses intérêts à long terme ainsi que ceux de la minorité serbe du Kosovo mais il faut bien lui faire comprendre qu’elle ne dispose pas d’un véto sur la décision de la communauté internationale concernant le statut du Kosovo.
Pristina/Bruxelles, 20 décembre 2006