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Macédoine: ça passe ou ça casse

Briefing Europe N°33 3 août 2004

RÉSUMÉ

Alors que la Macédoine a connu une année relativement bonne, la survie de l'Etat dans sa forme actuelle (un élément clé de stabilité dans cette région fragile qu'est l'ouest des Balkans) n'est pas totalement acquise. Le pays a su surmonter une tragédie politique et démontrer qu'il pouvait élire un nouveau président de manière pacifique et équitable. Il est resté calme et davantage concentré sur ses propres problèmes que distrait par les troubles du Kosovo voisin, mais son engagement en faveur du compromis interethnique qui fit avorter la guerre civile naissante en 2001 est mis à l'épreuve dans l'immédiat. Skopje et Bruxelles devraient toutes deux mieux répondre à la question concernant l'avenir potentiel de la Macédoine au sein de l'Union Européenne.

La mort tragique du Président Boris Trajkovski le 26 février 2004, six mois avant le terme de son mandat, a soulevé l'éventualité d'une crise politique. Les tensions croissantes au Kosovo à la suite des émeutes du 17-19 mars dans cette province ont alimenté le risque d'instabilité. La décision du Premier ministre, Branko Crvenkovski, de se présenter aux élections présidentielles n'a fait que renchérir les enjeux politiques.

Toutefois, le scrutin présidentiel (qui s'est déroulé en deux tours, les 14 et 28 avril 2004) a témoigné d'un certain niveau de maturité démocratique et de stabilité atteints par la Macédoine. L'exercice n'était pas parfait, et même si toutes les allégations d'irrégularité étaient fondées, le résultat n'aurait pas été différent (Crvenkovski a été élu au second tour avec plus de 60% des voix). Aucun candidat ne s'est opposé ouvertement à l'Accord d'Ohrid qui mit fin à la rébellion albanaise en 2001. Les problèmes prédominants sont davantage liés au futur du pays qu'à la crainte de débordements en provenance du Kosovo.

Avec l'installation au pouvoir d'un nouveau Président et d'un nouveau Premier ministre (Hari Kostov), l'attention est désormais focalisée sur l'unique question importante subsistant depuis Ohrid: la décentralisation du pouvoir vers les gouvernements locaux. Il s'agit d'une question cruciale pour la survie de l'Etat macédonien.

A l'issue de longues négociations au sein de sa coalition, le gouvernement proposa le 14 juillet dernier de réduire le nombre actuel de municipalités de 123 à 80. Les critiques émanant de l'opposition albanaise et macédonienne se sont concentrées sur les modifications de frontières administratives proposées pour Skopje, la capitale et la ville de Struga située dans le sud-ouest, deux municipalités où les candidats d'origine albanaise pourraient l'emporter.

Si la coalition parvient à surmonter la controverse de la décentralisation, d'autres défis importants demeurent en matière de réforme de l'économie et de stimulation de l'emploi. Le gouvernement ne s'est guère illustré dans ces domaines, préférant faire la chasse aux responsables de privatisations véreuses réalisées sous le gouvernement précédent. De grandes préoccupations demeurent également en ce qui concerne l'efficacité de l'Etat de droit.

En Macédoine, les partis politiques continuent d'être le maillon faible du système démocratique. Les luttes intestines au sein du principal parti de l'opposition, VRMO-DPMNE[1] et l'absence de leadership au sein de l'Union Sociale Démocratique de Macédoine (SDSM) depuis l'élection de son leader (Crvenkovski) à la présidence, indiquent qu'ils demeurent davantage des machines à clientélisme et à campagne électorale que de véritables vecteurs de démocratisation.

La candidature soumise le 22 mars par la Macédoine en vue d'une adhésion à l'Union Européenne est d'une importance colossale pour sa stabilité. La perspective d'intégration à l'UE constitue pour les politiciens leur principale motivation pour poursuivre les politiques de réforme et contribue au maintien d'une coexistence pacifique entre les principaux groupes ethniques. Si les Macédoniens s'aperçoivent que l'UE ne les veut pas vraiment, ils s'interrogeront de nouveau sur leur avenir national. L'Europe s'est énormément investie politiquement dans le processus d'Ohrid et la stabilité macédonienne; elle a désormais la possibilité de tirer parti de cet investissement en sécurisant l'avenir du pays.

Skopje/Bruxelles, le 3 août 2004

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