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Le paysage politique changeant de la Serbie

Briefing Europe N°32 22 juil. 2004

RÉSUMÉ

Le 11 juillet 2004, Boris Tadic fut le premier président de Serbie à être investi depuis décembre 2002. Tadic a été élu le 27 juin, au second tour, avec 53% des voix devant le candidat ultranationaliste du Parti Radical Serbe (PRS)[1], Tomislav Nikolic. La victoire de Tadic indique qu'une étroite majorité de l'électorat souhaite voir la Serbie prendre un virage pro-européen. Cependant, la percée importante des Radicaux suggère que l'électorat serbe est profondément divisé, et que l'orientation pro-réformiste n'est pas acquise pour autant, en particulier si les difficultés économiques persistent. Plus important encore, les trois candidats qui ont recueilli le plus de voix lors du premier tour des élections présidentielles, sont issus de partis qui ne siégeaient pas au gouvernement et qui ne le soutenaient pas non plus au parlement.

Depuis les élections, Tadic a annoncé qu'il soutiendrait le gouvernement du Premier Ministre Vojislav Kostunica, réduisant ainsi l'influence du Parti Socialiste (SPS). Toutefois, le cabinet du Président ne dispose que de peu d'autorité sur la gestion politique des affaires courantes et l'élection de Tadic ne se traduira pas nécessairement par un changement palpable dans la vie politique serbe. Les élections exposent le gouvernement minoritaire de Serbie à la merci d'éventuelles pressions de la droite nationaliste ainsi que du centre pro-européen. Les prochaines élections municipales à l'échelle du pays et provinciales en Vojvodine (toutes deux prévues en septembre) constitueront un test aux yeux du gouvernement quant à la tenue éventuelle d'élections parlementaires anticipées.

En dépit de l'élection de Tadic, le gouvernement serbe ne semble guère disposé à reprendre la coopération avec le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye. Malgré un discours et une pression internationale toujours plus forts, il n'est pas évident qu'aucun des suspects poursuivis par le TPIY soit arrêté puis transféré devant le tribunal avant les élections de septembre. La réforme de la législation est au point mort et les relations avec les minorités au sein de la province ethniquement mixte de Vojvodine se sont remarquablement dégradées et pourraient encore se détériorer.

Lors de ces dernières élections présidentielles, l'électorat serbe a fait preuve d'une sophistication supérieure et démontré qu'il n'était plus obsédé par les approches nationalistes. L'économie a dominé le débat. Ni le Kosovo, ni le TPIY n'ont occupé le devant de la scène durant la campagne. Le premier et second tour ont traduit le large désenchantement vis-à-vis du processus de transition et de la politique, comme à l'accoutumée. Mais l'apparition d'une nouvelle figure de l'oligarchie (Bogoljub Karic,  ex-camarade de Milosevic) et force politique montante, avertit les élites politiques égocentriques de Belgrade d'un possible regain de populisme à l'avenir.

Belgrade/Bruxelles 22 juillet 2004
 
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