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Géorgie: vers l'autoritarisme

Rapport Europe N°189 19 déc. 2007

SYNTHÈSE ET RECOMMANDATIONS

Les capitales occidentales, qui voyaient en la Géorgie un point de référence démocratique dans une région de régimes non libéraux, ont été choquées par la réponse répressive disproportionnée qu’a apportée le gouvernement géorgien aux manifestations pacifiques de novembre 2007.  Depuis la révolution des roses, l’administration du président Mikhaïl Saakachvili est devenue de plus en plus intolérante face à la dissidence à mesure qu’elle cherchait à réformer des institutions post-soviétiques inefficaces, stimuler une économie profondément dysfonctionnelle, reprendre les régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud et traiter avec son indiscret voisin russe. Tâchant de prouver son attachement aux valeurs démocratiques, Saakachvili a appelé à l’organisation d’élections présidentielles anticipées pour le 5 janvier 2008 – qu’il pense remporter. Mais des élections justes et libres ne suffiront pas à réparer les dégâts. L’Occident devrait inciter le gouvernement à abandonner des pratiques de plus en plus autoritaires, à s’engager dans un véritable dialogue avec ses opposants politiques et à rendre le processus de réformes en cours transparent. La jeune et dynamique équipe au pouvoir en Géorgie y est arrivée en 2003 avec un fort soutien et sous l’œil bienveillant de l’Occident. Ayant hérité d’un État en faillite, le gouvernement s’est engagé à poursuivre une gouvernance et des réformes libérales ; il s’est activement porté candidat pour devenir membre de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN. Il a connu un certain succès dans la reconstruction d’institutions moribondes et dans la mise en œuvre de réformes drastiques qui ont transformé l’économie géorgienne.

L’administration de Saakachvili s’est rapidement trouvée face à un voisin russe renaissant et riche de ses revenus pétroliers. Le gouvernement Poutine a réagi avec une hostilité croissante à l’orientation euro-atlantique de la Géorgie, en particulier face à ses aspirations à devenir membre de l’OTAN. Il a tenté de soumettre la Géorgie par des embargos économiques et a soutenu les ambitions séparatistes en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Saakachvili a répondu par une rhétorique nationaliste de confrontation tout en cherchant à se rallier le soutien de l’Occident. Si les accusations d’ingérence répétées que porte Tbilissi à l’encontre de la Russie sont souvent vérifiées, notamment en ce qui concerne les conflits régionaux, ses plaintes concernant l’implication de Moscou dans les affaires intérieures géorgiennes, utilisées pour justifier certaines atteintes aux libertés civiles dans le pays, sont moins crédibles.

Le gouvernement géorgien a par ailleurs bâclé son travail. En particulier, la concentration du pouvoir aux mains d’une petite élite dont les membres partagent tous les mêmes idées et l’intransigeance de celle-ci face à toute critique ont porté atteinte à son image démocratique. Le népotisme est de plus en plus évident dans les plus hautes sphères de l’administration. Les contrôles du pouvoir ont été supprimés, la justice est appliquée de façon arbitraire, les droits de l’Homme trop souvent violés et la liberté d’expression bafouée.

L’échec du gouvernement à répondre de façon constructive aux exigences de l’opposition, de la société civile et des citoyens ordinaires qui demandent transparence et responsabilité et réclament des enquêtes crédibles sur des cas troublants d’abus de la part de l’État a provoqué des manifestations publiques à travers le pays à la fin du mois d’octobre et au début du mois de novembre. Ces manifestations ont culminé avec des rassemblements de masse pendant six jours dans la capitale Tbilissi et à une violente répression gouvernementale le 7 novembre. L’usage disproportionné de la force contre des manifestants pacifiques, la fermeture brutale d’une chaîne de télévision privée et l’imposition de l’état d’urgence ont mis fin au soutien jusque-là sans condition de l’Occident aux dirigeants géorgiens.

Saakachvili a tenté de justifier sa réaction en feignant de voir dans ces manifestations une tentative d’inspiration russe de renverser le gouvernement. Les autorités ont accusé plusieurs personnalités de l’opposition de conspiration et d’activités subversives et elles ont diffusé à la télévision des images qu’elles prétendaient être des preuves de liens avec l’espionnage russe. Ces accusations et d’autres tactiques utilisées par la suite ont aggravé les divisions au sein de la société.

Conscient des dommages causés à son image aux yeux de l’Occident, Saakachvili a convoqué des élections présidentielles anticipées de plusieurs mois. Cherchant à relativiser les événements récents, il a déclaré que la Géorgie avait “passé un test très difficile” et avait réussi à “éviter un bain de sang de grande ampleur et une confrontation civile”, tout en mettant en garde contre ses ennemis – c’est-à-dire la Russie – qui tenteraient de nuire au bon déroulement de ces élections. Cependant, les actions du gouvernement demeurent troublantes d’autoritarisme : la réouverture de la chaîne télévisée privée Imedi n’a été autorisé que le jour du début officiel de la campagne électorale dans les médias et la chaîne n’a pas pu émettre pendant plusieurs jour en raison de dommages matériels ; des manifestants ont été arrêtés ou ont dû payer des amendes ; les activistes de l’opposition continuent d’être la cible du gouvernement, les ressources de l’État servent à financer la campagne de Saakachvili et la limite entre le parti au gouvernement et l’État devient floue.

Les amis occidentaux de la Géorgie, notamment les États-Unis, l’UE et l’OTAN, doivent exercer des pressions sur Saakachvili et son administration pour qu’ils corrigent leur trajectoire, de plus en plus autoritaire. Les États-Unis en particulier devraient faire clairement passer le message qu’ils soutiennent les principes démocratiques et non un régime en particulier. Il ne suffit pas de déclarer que si les élections sont libres et justes, la Géorgie sera de nouveau sur les rails. Des problèmes plus profonds liés à l’autorité de la loi, la corruption, le manque de libertés pour les médias, des contrôles démocratiques faibles et des disparités économiques croissantes ne peuvent plus être ignorés plus longtemps. La Géorgie ne doit pas choisir entre une véritable réforme et une ouverture démocratique, elle doit faire les deux.

Tbilissi/Bruxelles, 31 mai 2007

 

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