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Le succès de Saakashvili en Adjarie est-il reproductible ailleurs en Géorgie?

Briefing Europe N°34 18 août 2004

RÉSUMÉ

Combinant habillement des menaces de recours à la force et  la diplomatie inventive, Mikhail Saakashvili a passé avec succès l'examen d'entrée de sa présidence en mai 2004 en contraignant Aslan Abashidze à mettre fin pacifiquement à treize années de contrôle de l'Adjarie. Mais deux mois plus tard lorsque la Géorgie[1] a semblé au bord d'une nouvelle guerre civile ou d'une dissolution encore plus prononcée de son intégrité territoriale, ce succès s’est révélé être  surtout la résultante de circonstances particulières symptomatiques du cas de l'Adjarie. Il ne sera donc pas facilement reproductible en Ossétie du Sud et en Abkhazie.

Les formules de compromis  qui ont gagné le soutien communautaire en Adjarie, qui imposent des limites strictes sur l'autonomie constitutionnelle de l'Adjarie après la fuite d'Abashidze pour Moscou, ne seront pas en mesure de séduire les deux régions qui ont commencé à affirmer leur indépendance lors de l’effondrement de  l'Union Soviétique. Les conditions politiques en Adjarie diffèrent de façon significative de l'Abkhazie (Sukhumi) et de l'Ossétie du Sud (Tshkhinvali). L’Adjarie n'a jamais cherché à revendiquer une indépendance fondée sur l'autodétermination nationale, et sa population est d'origine ethnique géorgienne, à la différence des Ossétiens et des Abkhazes. La Russie a joué un rôle ambigu mais apparemment utile dans le règlement pacifique de la crise de mai 2004. Sachant les intérêts sécuritaires supposés de Moscou beaucoup plus imbriqués en Ossétie du Sud et en Abkhazie, Tbilissi semble cependant s'engager dans un nouveau bras de fer qui met la Géorgie en confrontation directe avec son voisin géant du Nord.

Depuis le départ d'Abashidze, l'Adjarie a été solidement réintégrée dans la Géorgie. Son Conseil Suprême a été élu  le 20 juin et une loi constitutionnelle sur le Statut de la République Autonome a été promulguée deux semaines plus tard.  Le Président Saakashvili a tenu sa promesse et a permis à l'Adjarie de conserver son statut d'autonomie. Toutefois, la rapidité des changements,  leur manque de transparence, ainsi que le contenu même de la loi, laissent planer un doute quant au degré de contrôle réel que l'Adjarie exercera sur ses propres affaires.

Le cas de l'Adjarie fournit une première et importante illustration de la manière dont le gouvernement Saakashvili entend remodeler les structures étatiques internes de la Géorgie, notamment le gouvernement local. Il s'est engagé en faveur d'une décentralisation accrue en conférant au gouvernement autonome local un caractère démocratique[2]. Cependant, après que l’autonomie de l’Adjarie ait été aussi étroitement circonscrite, la probabilité qu’il y ait une véritable  décentralisation  de la prise de décision paraît faible.

Le départ d'Abashidze a engendré un vide de pouvoir en Adjarie. L'ancien régime gouvernait à l'aide d'un système de réseaux de clientélisme étroitement maillé, au sein duquel la position  de chacun dépendait de l'expression de dévotion  totale  envers le dirigeant et sa famille. Le Président Saakashvili conserve un crédit populaire et un capital de confiance élevé. Mais  des réformes, et l'introduction d'un système hiérarchique fondé sur le mérite, sont requises à tous les niveaux de la fonction publique. La nomination à de hautes fonctions à Batumi de gens originaires de Tbilissi a créé un certain ressentiment au sein de la population locale. L’ancien  homme fort pourrait éventuellement exploiter ces sentiments croissants d'amertume pour tenter de se réhabiliter.

Tbilissi/Bruxelles, 18 août 2004


[1] Pour le contexte général de la situation en Géorgie, voir le rapport ICG Europe N°151, Georgia: What Now?, 3 décembre 2003. ICG prépare un prochain rapport qui s'intéressera dans le détail aux conflits en Ossétie du Sud et en Abkhazie.
[2] Constitution de la Géorgie, Art. 2.4, amendé le 6 février 2004.
 
 

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