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L’exception tunisienne : succès et limites du consensus

Briefing Moyen-Orient et Afrique du Nord N°37 5 juin 2014

SYNTHESE

De juillet à décembre 2013, la Tunisie a connu une crise politique dont les éléments de sortie n’étaient pas fournis d’avance, mais dont l’issue était assez claire : violences ou compromis. Depuis la promulgation de la Constitution et la nomination d’un nouveau gouvernement indépendant dit de technocrates, remplaçant la troïka emmenée par le parti islamiste An-Nahda, en janvier 2014, le pays est entré dans une nouvelle phase de transition. Si celle-ci semble moins agitée que la précédente, son issue demeure tout aussi incertaine. L’enjeu de la période actuelle est de prolonger le consensus issu du dialogue national et de préparer le prochain rendez-vous électoral, qui va suspendre en partie le compromis, tout en prévenant le retour de la polarisation. Plutôt que de se concentrer de manière exclusive sur un partage du pouvoir qui implique l’équilibre électoral entre islamistes et sécularistes, les forces politiques devraient aussi envisager les scénarios les plus inattendus, s’entendre pour limiter le pouvoir des gagnants et garantir la sérénité des perdants.

Les élections présidentielle et législatives censées se tenir avant la fin de 2014 selon les dispositions transitoires de la Constitution pourraient, en effet, engendrer nombre de laissés pour compte et produire la majorité suffisante pour qu’islamistes et sécularistes constituent un front excluant l’autre. Dans tous les cas, les résultats pourraient être remis en cause et la polarisation extrême ressusciter, malgré le caractère consensuel et démocratique de la nouvelle Constitution.

Si les chefs des principaux partis affirment que les résultats du scrutin seront équilibrés, dans le même temps, les bases militantes reportent leurs espoirs politiques sur celui-ci. Nombre d’islamistes estiment qu’ils récupéreront le pouvoir après les élections à la tête d’une nouvelle coalition gouvernementale, pendant que certaines franges sécularistes comptent sur le gouvernement du nouveau Premier ministre, Mehdi Jomaa, pour « désislamiser » l’administration – suffisamment, du moins, pour que le prochain rendez-vous électoral leur apparaisse crédible et équitable.

La scène politique est en pleine mutation et l’alliance envisagée par les deux principales formations, l’islamiste An-Nahda et le séculariste Nida Tounes, pourrait entrainer, à l’issue des élections, la marginalisation de nombre de partis et personnalités politiques. Quant au scénario d’une large alliance parlementaire intégrant les représentants des organisations les plus importantes, celui-ci implique un résultat électoral équilibré entre islamistes et sécularistes, qui est, pour l’heure, hypothétique.

Plusieurs difficultés pourraient, en effet, remettre en question ces scénarios de coalition et d’équilibre des forces : reproduction des grandes lignes du code électoral de 2011 qui avait encouragé l’inflation des listes électorales et bénéficié au camp islamiste resté uni ; précarité de la situation économique, sociale et sécuritaire ; désaffection à l’égard du politique et donc fort taux d’absentéisme ; et diminution de la capacité d’encadrement des partis et de la centrale syndicale.

Les grandes forces politiques devraient donc conserver l’esprit de compromis de la dernière sortie de crise tout en acceptant la compétition politique. Elles devraient également se rassurer mutuellement à propos de la transparence du scrutin et  s’acco­r­der sur des règles minimales d’acceptation réciproque ainsi que des objectifs politiques extraconstitutionnels, notamment économiques et sécuritaires. Enfin, réfléchir aux règles du jeu de la gouvernance quelle que soit l’issue des prochaines élections permettrait de rassurer chaque camp et d’ancrer la stabilité politique dans une optique de démocratisation de l’Etat plutôt que de calculs de partage du pouvoir.

Tunis/Bruxelles, 5 juin 2014

 

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