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Dialoguer avec Damas ? Les leçons de l’expérience française

Briefing Moyen-Orient N°27 15 janv. 2009

SYNTHESE

Comment dialoguer avec Damas ? Alors que la prochaine administration américaine examine ses options en la matière, apparemment persuadée qu’un rapprochement américano-syrien et un accord syro-israélien peuvent fondamentalement modifier la donne régionale, l’expérience française offre des leçons à méditer.  Déterminée à engager le dialogue mais prête à le rompre, créative dans son approche tout en l’insérant dans un cadre clairement défini, la France a aussi su saisir des opportunités imprévisibles quand elles se présentaient. 

Après une période de rupture et de confrontation particulièrement vives entre Paris et Damas, les retrouvailles se sont avérées incertaines et difficiles, malgré l’avènement d’un président français atypique, disposé au dialogue, soucieux de se démarquer de l’héritage de son prédécesseur et préférant le pragmatisme à l’idéologie. L’expérience française s’est caractérisée de bout en bout non pas par un plan préétabli mais bien au contraire par une prise de risques, une flexibilité et un réexamen permanents, par des périodes de contacts intenses ainsi que de ruptures radicales. Toujours en cours, son issue demeure inconnue à ce jour, alors que la France cherche à en mesurer la portée à Gaza, sur le conflit israélo-arabe, la souveraineté libanaise, la lutte contre le terrorisme ou encore le dossier nucléaire iranien. Elle ne deviendra pleinement valable, et donc pertinente aux yeux des Etats-Unis, que si elle démontre clairement en quoi la Syrie peut devenir un partenaire crédible et un facteur de stabilité dans la région. 

C’est un des enjeux des semaines et des mois à venir. Durant cette période, Paris et Damas peuvent en effet illustrer les attraits d’une politique de normalisation des rapports en se concentrant sur trois dossiers au moins. Au Liban, l’enjeu est de limiter tout risque de retour à la confrontation en répondant de façon tangible aux revendications les plus légitimes de la majorité actuellement au pouvoir : démarcation des frontières entre la Syrie et le Liban ; révision de leurs accords bilatéraux, signés à l'époque où la première exerçait une influence hégémonique sur son voisin ; et acceptation d’une médiation internationale sur la question des disparus libanais dans les geôles syriennes.

En Irak, la France pourrait utiliser le réseau de contacts développé par la Syrie. Cela, afin de servir d’éclaireur au président Barack Obama dans l’ouverture d’un dialogue avec un segment aussi large et représentatif que possible de la société arabe sunnite, en particulier les milieux qui demeurent exclus du processus politique et du phénomène des milices tribales ou sahwat. Une médiation française dans ce domaine pourrait contribuer à terme à amorcer une coopération entre Damas et Washington qui ne se limiterait pas à l'idée illusoire d'un « bouclage » de la frontière syro-irakienne.

Troisième et dernier dossier, l’arène israélo-palestinienne. Le conflit en cours à Gaza offre à Paris l’occasion de tester la disposition de Damas à exercer une influence positive sur le Hamas de façon à ce que celui-ci – à l’issue d’un cessez-le-feu praticable – accepte un modus vivendi équitable avec le Fatah ou entérine l’Initiative de paix arabe, pour peu qu’il s’agisse là du dernier obstacle à un gouvernement palestinien d’union nationale. Pour cela, bien sûr, il faudra que la France prenne la tête d’une approche européenne complémentaire de – et non subordonnée à – celle des Etats-Unis, une démarche qui interrogerait en particulier l’opportunité et les conditions d’un dialogue avec le mouvement islamiste.

Cela étant, les succès et les limites de l’expérience française – toujours énergique, souvent intuitive, parfois contradictoire – sont déjà riches d’enseignements pour l’administration américaine.

  • D’abord, suite à une longue interruption des relations il est nécessaire de prévoir une phase assez longue d’observation réciproque, d’examen des possibilités et de reconstruction de relations de confiance. Ensuite, pour que le dialogue ait une chance de réussir, il doit se faire sur la base de buts clairs et constants, et non pas en fonction d’une liste fluctuante de souhaits. Pour Paris, il s’est agi surtout de l’élection d’un président Libanais de consensus, objectif atteint avec le choix de Michel Sleimane. 
  • Il faut, également, être aussi patient dans la phase de négociations que rapide dès qu’une opportunité se présente. L’empressement qui caractérisait l’action française en 2007, lorsque le président Nicolas Sarkozy engagea une politique tous azimuts, n’a, au mieux, servi à rien, au pire, encouragé Damas à durcir ses exigences et gagner du temps. En revanche, en récompensant immédiatement les premiers gestes syriens, la France a su asseoir sa crédibilité et, partant, amener Damas à s’engager plus avant dans le processus. De même, il ne faut pas hésiter à rompre le dialogue si les évènements le justifient, tout en maintenant des lignes de communication, de façon à réagir rapidement dès que les conditions d’une ouverture sont à nouveau réunies. La prochaine administration américaine pourrait s’inspirer d’une démarche dans laquelle tout progrès est clairement reconnu et récompensé, et tout recul sanctionné.
  • Enfin, certains aux Etats-Unis rêvent d’une rupture dans les relations syro-iraniennes. Elle ne se produira pas, du moins dans les circonstances actuelles. Mais en jouant la carte du rapprochement avec la France, la Syrie a montré son souhait d’élargir son portfolio d’alliances stratégiques. Une telle diversification devrait être encouragée par Washington ; elle permettrait en particulier  de diluer l’importance de l’Iran aux yeux de Damas et de faciliter la redéfinition progressive des alliances régionales de la Syrie.

Les relations entre l’administration Obama et la Syrie traverseront à n’en pas douter des périodes difficiles. Au delà des sujets de tension qui ne manqueront d’intervenir – par exemple l’enquête de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur le programme nucléaire syrien ou encore celle du tribunal international sur l’assassinat de Rafiq Hariri – existe le legs d’une relation longtemps malsaine, pleine de méfiance et de malentendus, que l’administration Bush a certes laissé pourrir mais n’a pas inventée. Dans ce contexte, l’équipe d’Obama aurait tort de négliger les enseignements à tirer des expérimentations de Sarkozy. 

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