Rapport Thématique N°3
16 avril 2004
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SYNTHÈSE ET RECOMMANDATIONS
La prévention du VIH/SIDA et la prévention de conflits devraient être concomitantes. Elles sont les deux lames de la même paire de ciseaux capables de couper la corde qui étrangle l'Afrique. En 2004, quelques 2,5 millions d'Africains mourront du sida. Aujourd'hui, un pays africain sur quatre souffre des effets des conflits armés.
La corrélation entre le VIH/SIDA et la guerre est difficile à mesurer avec précision car les données sont loin d'être exhaustives et de nombreux facteurs interagissent. Néanmoins, selon les quelques données disponibles, la guerre peut mener à une hausse des risques du SIDA et le VIH/SIDA aggraver les conflits. Alors que le rapport entre ces deux fléaux est trop complexe pour être appréhendé simplement en termes de cause à effet, il est important d'observer comment la pandémie du SIDA en Afrique conduit à plus d'instabilité et de conflits sur le continent, et comment, à son tour, un conflit violent génère les conditions favorables à la prolifération du virus.
Le VIH/SIDA, en outre, peut rendre plus difficile la résolution du conflit. Garantir une paix durable et viable ne consiste pas simplement à faire cesser les combats et mettre en œuvre les programmes de désarmement et de réintégration (DR). La loi, l'ordre et la gouvernance doivent être réétablis rapidement, les administrations locales et régionales mises en place, les écoles et les hôpitaux ouverts. Cependant, le SIDA décime les rangs du personnel formé, expérimenté et destiné à ces postes et rend encore plus complexe la démobilisation des combattants. De là, la réussite d'un pays à résoudre son propre conflit interne peut dépendre en partie de la façon dont il incorpore la problématique du VIH/SIDA dans ses programmes de DR et des réponses nationales qu'il apporte à la pandémie du Sida.
Trop de gouvernements africains n'admettent toujours pas que le SIDA est davantage qu'un problème de santé publique dans la mesure où il menace leur stabilité en tant qu'État et leur sécurité. Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD) accorde trop peu d'attention, particulièrement en ce qui concerne l'impact de la pandémie sur le développement économique, la stabilité et les conflits. L'approche plus globale de l'Ouganda, qui fait du secteur sécuritaire et explicitement de l'armée l'objet d'une attention particulière au sein de sa stratégie de lutte contre le SIDA, témoigne d'une réponse plus intégrée.
Bien qu'il soit largement admis que le VIH/SIDA se soit révélé, dans la plupart des pays, plus fréquent dans les rangs des militaires et des policiers qu'au sein du reste de la population, ceci se reflète peu dans les programmes et l'allocation des fonds et des ressources par les gouvernements, les Nations Unies ou les ONG. Ainsi, sont perdues des occasions de réduire la prolifération de la maladie dans l'environnement contrôlé des militaires. Le caractère inadéquat des aides bilatérales et multilatérales limite les programmes de coopération technique et financière sur le VIH/SIDA à l'attention des militaires en Afrique. La mise en place de programmes complets de sensibilisation, test, prévention, consultation et traitement destinés aux forces de maintien de la paix des Nations Unies souffre à l'identique d'un manque de ressources. Tous les participants aux missions des Nations Unies de maintien de la paix devraient être soumis à des tests de dépistage obligatoires du VIH/SIDA et être assurés de la confidentialité, avoir accès à des consultations, préservatifs et traitement dans la mesure du possible. Tous les soldats engagés dans une zone de conflit devraient percevoir des préservatifs dans leur paquetage standard, comme le font certains gouvernements, et se voir dispenser une formation de sensibilisation.
Le problème du VIH/SIDA devrait être traité pendant le conflit plutôt que d'attendre sa fin. Les trêves humanitaires et cessez-le-feu devraient incorporer la possibilité de la prévention par l'éducation, la distribution de préservatifs et la possibilité d'effectuer des tests volontaires. Les pourparlers d'accords de paix devraient inclure un dispositif complet de prévention, de tests, de consultations et, dans la mesure du possible, de programmes de traitements pour tous les combattants, qu'ils appartiennent aux forces régulières ou rebelles, ainsi que pour les civils déplacés. Le problème du SIDA devrait être porté à l'ordre du jour des négociations de paix, qui dès lors devraient inclure des membres des services de santé publique dans les équipes de négociation ou au moins dans celles de facilitation. L'offre d'assistance aux combattants atteints du SIDA devrait être considérée comme un encouragement à stopper les combats, en y incluant des traitements pour des maladies (dites opportunistes) telles que la pneumonie et la tuberculose qui attaquent ceux dont les systèmes immunitaires sont affaiblis, ainsi que des anti-rétroviraux (ARV) dans la mesure où ils sont prescrits et sont disponibles en quantités suffisantes.
Tant pour les militaires que les populations des pays africains les plus touchés par la pandémie, une disponibilité accrue des médicaments ARV se traduira par un nombre plus important de personnes vivant avec le SIDA. Ceci nécessitera un système de santé efficace capable d'assurer une gestion adéquate de distribution des ARV. Cela signifiera qu'un nombre plus grand de personnes dépendront des dispensaires et des centres de santé et qu'une priorité supérieure devra être donnée à l'expansion de ces structures au sein des programmes de DR, ainsi qu'une diffusion plus large des kits de prévention "AFP" (abstinence, fidélité et préservatif).
Ce rapport est le troisième d'une série consacrée au VIH/SIDA, abordé comme problème de sécurité, et il s'appuie particulièrement de l'expérience ougandaise en la matière.
RECOMMANDATIONS
A l'attention de la communauté des donateurs:
1. Consacrer à la prévention ainsi qu'au traitement du VIH/SIDA une part plus élevée des programmes d'assistance technique et financière consacrée aux personnels militaires.
2. Allouer des ressources supplémentaires au Fond Global de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et la Malaria dans l'optique d'étendre les programmes de prévention et de traitement aux militaires locaux.
3. Allouer des fonds supplémentaires au programme de l'ONUSIDA consacré au Sida et au Réseau de Sécurité Humaine (RSH) afin de contribuer à l'élaboration et l'application par les gouvernements locaux de programmes nationaux de dépistage, prévention, consultation et traitement pour leurs militaires et forces de police, dans le cadre de leurs programmes globaux.
4. Allouer davantage de fonds au Département des Opérations de Maintien de la Paix (DPKO) des Nations Unies de manière à lui permettre d'étendre significativement ses programmes de dépistage, prévention, consultation et, si nécessaire, de traitement aux forces de maintien de la paix.
5. S'assurer, et en faire une condition à leur soutien, que les programmes de DR et ceux de reconstruction prennent en compte le VIH/SIDA, y compris en incluant des tests de dépistage volontaires, des consultations et traitements pour les ex-combattants, les personnes déplacées et les réfugiés de retour chez eux, et augmenter les financements alloués à ces programmes.
6. Apporter un soutien plus grand à la prévention ainsi qu'au traitement du VIH/SIDA dans le cadre de la coopération avec les programmes de développement du NEPAD, particulièrement ceux relatifs au SIDA et à la résolution des conflits.
A l'attention des Nations Unies:
7. Commander à toutes les agences des Nations Unies de coopérer plus étroitement avec l'ONUSIDA sur son programme Sida, Réseau de Sécurité Humaine (RSH).
8. Allouer aux budgets des opérations de paix les fonds requis de manière à incorporer les programmes de sensibilisation au VIH/SIDA, de prévention et de traitement destinés à toutes les forces militaires, et appliquer et contrôler les directives DPKO actuelles selon lesquelles tous les membres des forces de maintien de la paix, police civile incluse, devraient se voir offrir un Dépistage et une Consultation Volontaires et Confidentiels (DCVC) avant leur déploiement.
9. Modifier la politique actuelle de façon à encourager, via le DPKO et l'ONUSIDA, tous les pays contributeurs en soldats aux missions des Nations Unies de maintien de la paix de pratiquer des tests de dépistage obligatoires du VIH/SIDA avant déploiement ainsi qu'au retour des zones de conflit; et exiger de ces pays qu'ils notifient à l'ONU si cela a été fait et si leurs troupes ont bénéficié d'une formation de sensibilisation.
10. Introduire, via le DPKO, des boîtes de préservatifs dans les paquetages militaires standards perçus par tous les soldats participant aux missions de maintien de la paix.
11. Faire en sorte que les activités de prévention du VIH/SIDA et de prévention des conflits soient concomitantes, notamment:
(a) en explorant avec les gouvernements des pays concernés comment tous ceux engagés dans les combats, y compris les rebelles, peuvent bénéficier des programmes de prise de conscience et de sensibilisation au VIH/SIDA; et
(b) en s'assurant que le VIH/SIDA soit pris en compte dans les accords humanitaires, les négociations de paix et les programmes de DR.
A l'attention des Gouvernements des pays concernés (par la pandémie):
12. Collecter et fournir plus de données statistiques sur l’importance du VIH/SIDA dans les rangs des militaires et des forces de sécurité.
13. Adopter une approche multi-sectorielle pour lutter contre le VIH/SIDA, en y incluant les secteurs de la sécurité et de la défense, afin de prendre toute la mesure de l’impact du SIDA sur la sécurité et les conflits.
14. Allouer plus de ressources aux programmes de lutte contre le VIH/SIDA destinés aux personnels de l’armée ainsi qu'aux autres forces de l'ordre, y compris par l'approvisionnement en ARV.
15. Inclure des préservatifs dans le paquetage militaire standard perçu par tous les membres des forces armées, et compléter cela avec des programmes de sensibilisation au VIH/SIDA.
16. Encourager, si ce n’est pas déjà le cas, des tests de dépistage du SIDA pour tous le personnel militaire et celui des autres services portant l’uniforme avant et après leur déploiement dans des zones de conflit.
A l’attention des ONG et autres organisations internationales:
17. Davantage d’ONG menant des programmes de lutte contre le SIDA devraient, en accord avec les autorités du pays d’accueil, travailler avec les services de sécurité.
18. Les organismes internationaux et autres organisations capables de travailler dans les zones de conflit, particulièrement celles qui ont accès aux zones « tenues par les rebelles » telles que le Comité International de la Croix Rouge (CICR), devraient introduire des programmes de sensibilisation au VIH/SIDA dans leurs activités.
Kampala/Bruxelles, 16 avril 2004