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Rapport Afrique N°142
2 juillet 2008
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SYNTHESE
La Guinée-Bissau a besoin d’un Etat. Ses structures politiques et administratives ne lui permettent ni de contrôler son territoire, ni d’assurer les services publics minimums, ni de contrebalancer la domination politique de l’armée. Cette faiblesse structurelle est à l’origine de crises politiques récurrentes, de coups à répétition et de la prolifération de réseaux criminels. Cependant, la Guinée-Bissau semble être engagée aujourd’hui dans un nouvel élan grâce au pacte de stabilité politique signé par les trois partis politiques les plus importants en mars 2007. Le risque est réel de voir le pays devenir un narco-Etat et un no-man’s land politique et administratif, ouvert à tous les trafics et aux réseaux terroristes du Maghreb. La communauté internationale devrait d’urgence soutenir les efforts du gouvernement actuel pour consolider la démocratie, réformer le secteur de la sécurité et construire des structures étatiques viables.
Comme colonisateur, le Portugal n’avait pas construit la charpente d’un système politique, administratif et bureaucratique qui aurait pu constituer la base d’un véritable Etat postcolonial. Le Portugal salazariste ayant réfusé de négocier, la Guinée-Bissau lutta pour son indépendance – le seul pays de la région à obtenir l’indépendance par la force des armes. Aucun des dirigeants qui se succédèrent au pouvoir depuis 1974 ne tenta cependant de mettre en place les structures d’un Etat fonctionnel et démocratique. Par conséquent, les infrastructures, la bureaucratie, l’administration, les institutions politiques et les indices de développement humain et social n’ont pratiquement pas évolué depuis les premières années d’indépendance.
Le premier coup d’Etat, six ans après l’indépendance, fut la conséquence directe du népotisme et du pouvoir clientéliste mis en place par le parti unique, seul modèle de référence pour les dirigeants suivants. Le premier d’entre eux, Bernardo Joao Vieira, réussit à conserver le pouvoir pendant près de vingt ans en intégrant l’armée dans sa stratégie de survie. Après sa chute et une guerre civile (1998-1999), la transition démocratique échouera finalement face à l’influence de l’armée. Le successeur élu de Vieira, Kumba Yala, s’appuya également sur l’armée, jusqu’à ce qu’elle le renverse en 2003. Le retour de Vieira ne fit que consolider le pouvoir politique des militaires. Aujourd’hui, le mouvement démocratique et réformiste fondé sur le pacte de stabilité et mené par le gouvernement de Martinho Ndafa Cabi se heurte à la même résistance militaire et est entravé par l’absence continue d’institutions politiques et administratives fonctionnelles.
La création d’un Etat démocratique est de plus en plus urgente alors que le risque de criminalisation augmente. Le trafic de cocaïne en provenance d’Amérique latine a explosé ces dernières années et le pays est devenu un point de transit central sur la route vers les marchés européens. Les quantités de drogue qui y passent s’évaluent en centaines de kilogrammes par semaine. L’argent du trafic a déjà corrompu l’élite militaire et certaines personnalités politiques du pays, ce qui menace le processus démocratique.
Des réformes de fond sur la manière dont le pays est géré sont indispensables. Parmi ces réformes, celle de l’armée est la plus urgente afin que le système politique soit libéré du joug des militaires. L’enjeu est considérable pour le pays et pour toute la région d’Afrique de l’ouest, qui est déjà marquée par les crises politiques à répétition (Guinée) ou de lents processus de consolidation de paix (Sierra Léone, Libéria).
La communauté internationale a pris des mesures hésitantes pour prêter son assistance. Un programme de réformes intégrant les défis majeurs du secteur de la sécurité et de l’administration publique a été adopté en 2007. A la demande du Premier ministre, le pays fut mis à l’agenda de la Commission de la consolidation de la paix des Nations unies (CCP). Cependant, pour que ces mesures produisent des résultats tangibles pour le peuple de Guinée-Bissau, les partenaires étrangers doivent augmenter leurs efforts et saisir cette réelle opportunité de succès.
Dakar/Bruxelles, 2 juillet 2008