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Fields of Bitterness (II): Restitution and Reconciliation in Burundi
Fields of Bitterness (II): Restitution and Reconciliation in Burundi
Table of Contents
  1. Executive Summary
Réfugiés burundais : la vie en exil
Réfugiés burundais : la vie en exil
Table of Contents
  1. Laurence
  2. Michel
  3. Isidore
  4. Bertrand
Report 214 / Africa

Fields of Bitterness (II): Restitution and Reconciliation in Burundi

To avoid a revival of past ethnic tensions between Hutu and Tutsi, Burundi needs to find the right balance between land restitution and national reconciliation.

Executive Summary

Since the end of Burundi’s decade-old civil war in 2000, the country has faced a problematic land legacy, with the need to resettle hundreds of thousands of unfairly deprived refugees and displaced persons. Restitution is essential to consolidate peace, but amid acute land tensions due to demographic growth and the scarcity of available arable lands, the current policy is weakening peacebuilding efforts and reviving ethnic resentment. It gives advantage to repatriated citizens to the detriment of current land owners, who were not all complicit in land thefts during the civil war. In order to avoid restitution being perceived as revanchist, a new land reconciliation policy is required, more aligned with the spirit of the 2000 Arusha peace agreement.

More than 700,000 Burundians have lived in refugee camps in neighbouring Tanzania, the main host country for Burundi’s refugees. In 2010, the Tanzanian government granted citizenship to 162,000 of them, but also reaffirmed its willingness to repatriate all those not naturalised. In late 2012, Burundians lost their refugee status and 35,000 residents from the last camp were repatriated, sometimes forcibly. A land restitution policy, provided for in the Arusha agreement, has been implemented for several years. Addressing repatriation disputes requires a subtle combination of equity, flexibility and diplomacy. Instead, however, the current policy is characterised by a lack of impartiality, hasty restitutions, and confusion between those who bought the land in good faith and those who knowingly dispossessed others. Such a policy could rekindle ethnic divisions without securing land rights for refugees and displaced persons.

The Burundian government has passed a law, without any consultation, to revise the mandate of the National Land Commission (CNTB) and is also trying to establish a special court to address disputes arising from the commission’s decisions. This is creating fears, especially within the minority Tutsi community, and risks undermining both restitution and reconciliation at the same time.

Before the beginning of the 2015 electoral campaign, during which land issues will feature prominently, the government should, with the support of international partners, implement the following measures:

  • revise the new law on the CNTB and the draft law on the special court based on public parliamentary hearings to ensure broader debate and greater buy-in from the population;
     
  • renew the CNTB leadership to make it more consensual and strengthen its integrity;
     
  • return to the practice of sharing out lands and properties between land owners and complainants;
     
  • harmonise the principles that will inform the decisions of the CNTB and the courts; and
     
  • elaborate a land compensation policy, designed by an interdepartmental committee, based on available land resources as well as land needs for economic development.

This report, the second in a two-part series on failures and deficiencies of land reform in Burundi, analyses the dilemma between reconciliation and restitution. If these two national objectives are not properly balanced, restitutions can lead to a revival of past ethnic tensions and, by repairing one injustice through another, create frustration and resentment.

Nairobi/Brussels, 17 February 2014

Attente et débrouillardise. Scène de vie quotidienne au camp de réfugiés burundais de Mtendeli, Tanzanie, Juillet 2016. CRISIS GROUP/Mathilde Boddaert
Commentary / Africa

Réfugiés burundais : la vie en exil

Les conditions de vie des réfugiés burundais varient selon leurs ressources et la politique du pays d’accueil. Pour quelques-uns, des opportunités se créent ; pour la majorité, le quotidien est synonyme d’attente. Cet article, le deuxième d’une série de trois, retrace des trajectoires bouleversées tandis que les ruptures se superposent – sociales, économiques, scolaires.

Ils sont Hutu, Tutsi ou Twa, viennent de la capitale ou de l’intérieur du Burundi, et sont issus de tous les milieux sociaux. La plupart de ces réfugiés vivent en Tanzanie, au Rwanda, en Ouganda ou en République démocratique du Congo (RDC). Leurs conditions de vie varient beaucoup selon leurs ressources, la politique du pays d’accueil, et s’ils vivent dans des camps de réfugiés fermés, des sites ouverts ou en milieu urbain. Leurs demandes sont parfois antagonistes : désir de sécurité et de liberté ; besoin d’assistance et quête d’autonomie. Pour quelques-uns, des opportunités se créent ; pour la majorité, le quotidien est devenu synonyme d’attente. Partout les ruptures se superposent – sociales, économiques, scolaires – entrainant pauvreté et frustrations. Et partout, les menaces des hommes du régime de Bujumbura continuent d’inspirer la peur, créant un climat de suspicion.

Ce texte, le deuxième d’une série de trois, donne la parole à des réfugiés burundais pour qu’ils racontent leur quotidien et les stratégies de survie qu’ils ont développées en exil.[fn]Les prénoms ont été modifiés, et certains détails concernant le parcours des réfugiés ont été omis pour des raisons de sécurité.Hide Footnote  Dans les autres récits, ils évoquent les raisons et les conditions de leur fuite, ainsi que la façon dont ils envisagent l’avenir. Cette enquête est le fruit de plus de 50 entretiens menés entre février et août 2016 en Tanzanie, en Ouganda, en Belgique, au Kenya et au Rwanda. Certains se sont déroulés en kirundi, avec l’aide d’un interprète. Une préparation minutieuse a été nécessaire pour avoir accès aux camps et rencontrer des réfugiés sans compromettre leur sécurité. Les témoignages sélectionnés illustrent la diversité des parcours des exilés burundais ; ils dévoilent des expériences douloureuses et révèlent leur désir de tirer la sonnette d’alarme face à la violence du conflit qui frappe leur pays.

Laurence

En Ouganda, au camp de Nakivale qui rassemble près de 120 000 réfugiés venus de différents pays, la vie est « très difficile » confie Laurence, 30 ans. Elégamment vêtue, cette ancienne étudiante de la classe moyenne doit aujourd’hui se battre pour survivre. « La nourriture qu’on nous distribue ne suffit pas. Il faut de l’argent pour acheter de la farine, des médicaments. Si tu vas chez le médecin et que tu n’as pas d’argent, il te soigne avec du paracétamol », dit cette mère de famille qui a quitté Bujumbura en septembre 2015. L’accès à l’eau potable est aussi une préoccupation permanente. L’eau du lac Nakivale comme celle des réservoirs doit être bouillie ; or le bois fait défaut dans ce camp établi en 1958, étendue aride de 185 kilomètres carrés, et le charbon coûte cher.

Les réfugiés de Nakivale peuvent travailler au sein du camp ou au-delà, conformément à la politique d’accueil ougandaise (2009) qui leur ouvre le droit au travail, à la propriété, à la liberté de mouvement et à la culture des terres. Le modèle des camps ouverts mise sur l’autonomisation et l’intégration des réfugiés à la population locale et offre une assistance humanitaire relativement limitée. Si ce modèle attire les exilés désireux de conserver leur liberté de mouvement et de travail, il convient peu aux personnes vulnérables, nombreuses parmi les réfugiés. Quelques initiatives solidaires voient le jour, comme l’association de la Communauté estudiantine des Burundais de Nakivale (Cebuna), créée en 2016 et qui propose un soutien en anglais pour aider les réfugiés à trouver du travail en Ouganda. Mais les obstacles à l’emploi sur le marché du travail local, déjà engorgé, restent nombreux. Pour certaines femmes, la prostitution est le dernier recours.

« Tu as le choix entre retourner au Burundi et mourir, ou faire la pute », résume Laurence. La jeune femme s’inquiète aussi pour l’éducation de sa fille. « Les écoles du camp n’offrent pas une bonne instruction. Il n’y a pas d’avenir pour les enfants ici ».

Selon Laurence, la corruption est largement répandue dans le camp et concerne aussi bien la délivrance de documents que la distribution de nourriture : « Pour n’importe quel papier, on te demande de l’argent ! Or si tu n’as pas la carte alimentaire, tu n’as pas à manger. Des aliments destinés aux réfugiés comme le sucre, le sel, le riz ou l’huile, sont aussi détournés et vendus ». Laurence souligne que beaucoup n’osent pas se plaindre aux responsables car ils les croient impliqués.

Comme beaucoup de ses concitoyens, Laurence « ne se sent pas en sécurité » à Nakivale. « Il y a des Imbonerakure [la ligue des jeunes du parti au pouvoir, devenue une véritable milice]. On m’a dit qu’on en avait arrêté 30 mais qu’ils avaient été relâchés ». Résultat, « la méfiance est de mise entre les réfugiés burundais. On ne s’ouvre pas très facilement, on fait attention à ce qu’on dit, parce qu’on ne peut pas reconnaitre les Imbonerakure ».

Les violences sexuelles sont une autre source d’insécurité dans le camp, selon cette femme. « Ça peut arriver si tu te déplaces seule. Les distributions de nourriture ont parfois lieu très loin. Il vaut mieux s’y rendre avec quelqu’un… ».

Michel

Michel, 29 ans, a quitté le Burundi en décembre 2015 avec son épouse et leur fils de deux ans. « Notre vie est misérable », déplore cet ancien chef d’entreprise de Bujumbura, également réfugié à Nakivale en Ouganda.

« Si tu veux, tu trouves un travail à Nakivale : faire des briques, cultiver un lopin de terre … Mais pour des gens qui ont étudié, gagner sa vie comme ça constitue une forme d’humiliation. C’est un grand gâchis pour les jeunes. Ça ne va pas bien dans leur tête ». De nombreux réfugiés ressentent « une grande détresse » à Nakivale selon Michel. « Je connais beaucoup de gens traumatisés. Ils sont violents, suicidaires, se mettent à consommer de la drogue. Récemment, un jeune a tout cassé dans un bar. Il y a aussi un gros problème d’alcoolisme dans le camp. Et l’accès à l’aide psychologique, déjà limitée, est rendu difficile par la barrière de la langue ».

Avant de fuir le Burundi, Michel était actif au sein d’un parti d’opposition. Accusé d’avoir organisé les manifestations dans son quartier, il est arrêté en avril 2015 et reste « 123 jours à la Documentation » (siège du Service national de renseignement burundais, SNR), sans procès. Il y subit des mauvais traitements.

Le jeune homme craint aussi pour sa sécurité en Ouganda. « Les empoisonnements sont le problème numéro un à Nakivale ». « Le camp étant ouvert, il y a beaucoup de va-et-vient … Il faudrait renforcer la sécurité pour vérifier qui entre et qui sort », dit-il.

« Un jour un Imbonerakure s’est fait passer pour quelqu’un qui aide les albinos. Il avait tué les gens de Kabezi [une commune de la province de Bujumbura rural] et menacé un ami. Nous avons mené une enquête et identifié treize Imbonerakure à Nakivale. Nous en avons informé les autorités du camp, on attend de voir leur réaction. En général, dès que les Imbonerakure se savent repérés, ils partent ».

Michel voudrait reprendre le contrôle de sa vie et participer au destin du pays. Frustré par sa condition actuelle et l’impunité qui règne au Burundi, il envisage de prendre les armes « si rien n’est fait ». « J’ai dû porter les cadavres de dix-sept de mes amis à Bujumbura », confie-t-il la gorge serrée. « Tout ça m’a changé … ». Selon lui, « depuis Nakivale c’est difficile de savoir comment rejoindre la rébellion. Mais de plus en plus de jeunes aimeraient ; même des filles. Aujourd’hui les jeunes ne peuvent plus accepter que les vieux continuent la politique, tandis qu’eux continuent à mourir… ».

Isidore

Figures depicting the influx of Burundian refugees to bordering countries since 1 April 2015, and to neighbouring Uganda since 1 January 2015. All figures accessed on 14 October 2016. UNHCR

Isidore, 40 ans, est réfugié au camp de Mtendeli en Tanzanie, avec son épouse et leurs trois jeunes enfants. Il dépend entièrement de l’aide humanitaire. C’est le cas de la majorité des réfugiés de ce camp fermé, réouvert en janvier 2016 qui accueille plus de 50 000 des 169 000 réfugiés burundais enregistrés en Tanzanie et où les opportunités de travail sont quasiment inexistantes. Parmi les aînés, certains sont en exil pour la deuxième, troisième ou cinquième fois de leur vie. La majorité est toutefois constituée de jeunes, les moins de dix-huit ans formant 57 pour cent de la population du camp. Le quotidien à Mtendeli, où seuls quelques arbres rompent l’alignement des tentes familiales, ressemble à une lente répétition du jour précédent.

Isidore y décrit des conditions de vie particulièrement rudes. « On ne mange que de la pâte de maïs et des haricots. On nous donne un savon tous les deux mois. L’accès aux soins de santé est insuffisant et il y a une pénurie de médicaments. Même quand le médecin prescrit quelque chose, il est difficile de l’obtenir à la pharmacie. Les diabétiques, les malades du SIDA sont condamnés ... A l’hôpital, les corps peuvent rester trois jours dans la même salle que les malades. Il n’y a pas de morgue ». Isidore se déplace en béquilles depuis qu’il a été blessé à la jambe dans une rixe, en 1994. « On m’a promis de m’opérer mais je ne sais pas quand … ». Une intervention lui permettrait peut-être de retrouver l’usage de ses jambes et de subvenir aux besoins de sa famille.

Témoin de la lassitude et de la frustration de beaucoup, Isidore est « convaincu que les Hutu comme les Tutsi d’ici vont prendre les armes ; les gens ne peuvent plus supporter de vivre dans ces conditions ». Il laisse entendre que certains auraient déjà rejoint l’opposition armée : « Des jeunes sont arrivés récemment et sont repartis le lendemain ! On ne sait pas où … ».

Au camp de Mtendeli, toute rencontre en groupe est interdite aux réfugiés.

Au camp de Mtendeli, toute rencontre en groupe est interdite aux réfugiés – notamment pour éviter le développement d’activités politiques, officiellement découragées voire interdites dans les camps. Cette règle, commune dans les pays d’accueil, vise à protéger la sécurité nationale ou à préserver les relations avec le pays d’origine des réfugiés. Ce genre de restrictions est vécu comme une oppression pour certains, d’autant plus que la liberté de mouvement est également limitée. « On se sent en prison ici », déplore Isidore.

Ce cultivateur ne sait à quoi se rattacher pour retrouver espoir. Il n’a même pas un lopin de terre. « A cause de ma vie de réfugiés, je ne possède rien », se désole-t-il. Isidore fait partie de ces nomades malgré eux, déplacés de pays en pays depuis l’enfance. « Mon père est parti en 1972 au Rwanda. Rentrés au Burundi, nous avons de nouveau fui en 1993, au Congo-Brazzaville ». De retour en 1994, il découvre que sa maison est occupée par les membres d’une autre famille. « J’ai porté plainte à la Commission nationale des terres et autres biens (CNTB) ; dès lors les occupants de ma maison m’ont pourchassé ». C’est en s’opposant à eux qu’il est grièvement blessé à la jambe. Comme beaucoup d’autres exilés de retour au Burundi, Isidore bénéficie alors d’une réinstallation et d’un logement dans un camp de rapatriés au sud du pays, mais il croit savoir que celui-ci a été attribué à d’autres depuis sa fuite en Tanzanie.

Bertrand

Bertrand, la vingtaine, poursuit son activisme depuis l’exil à Kigali. La relative liberté qu’offrent les villes permet aux réfugiés de développer des initiatives citoyennes. « On a un espace où on peut travailler librement pour un avenir meilleur au Burundi ; ne rien faire, ce serait trahir ceux qui sont restés là-bas ». Il fait partie du Mouvement international de la jeunesse burundaise (MIJB), récemment créé par des réfugiés de dix-huit à 35 ans désireux d’agir pour le développement et la paix au Burundi, au-delà des appartenances ethniques. « Le mouvement est né de petits réseaux de gens engagés. … Des antennes sont en train d’être développées dans différents pays avec les moyens du bord ».

Le MIJB veut être le porte-parole de la jeunesse. « Les jeunes constituent la majorité des réfugiés et ne doivent pas laisser leur destin entre les mains de personnes de 65 ans qui trainent de vieilles casseroles … », déclare Bertrand. « Le mouvement veut changer l’image de la jeunesse burundaise. On pense parfois qu’elle est incapable ou irresponsable … Mais si tu grandis en pensant que tu es incapable, comment t’en sortir ?! ». Pour le jeune homme, « chaque génération a sa mission : c’est celle-ci qui doit faire quelque chose ».

Bertrand a quitté le Burundi fin octobre 2015 avec ses proches. « J’avais mené, avec d’autres activistes, des enquêtes sur les violations des droits humains. Certains ont eu des problèmes à cause de nos activités » relate-t-il. Au Rwanda, il n’est pas très inquiet pour sa sécurité. « Ici, il n’y a pas eu d’attaques contre des réfugiés burundais comme en Ouganda et au Kenya ». Il a choisi Kigali « pour sa proximité avec Bujumbura et parce que les deux pays sont similaires ».

Bertrand fait part de différentes initiatives mises en place par des réfugiés en milieu urbain, y compris à l’extérieur de Kigali : « un Comité des réfugiés burundais s’est développé à partir de Butare [l’actuelle Huye, au sud du pays]. Le ministère rwandais en charge des réfugiés, le Midimar, a ensuite encouragé cette initiative à Kigali ». Par ailleurs, « des réfugiés sont en train de s’organiser pour essayer de répondre aux besoins des Burundais en matière de santé. Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés n’aide que les moins de douze ans et les plus de 60 ans … Les besoins sont énormes, y compris en matière d’aide psychologique ».

Bertrand partage les interrogations et les doutes de beaucoup de jeunes activistes. « Parfois on se demande si on n’a pas fait une erreur stratégique en ciblant le troisième mandat. Peut-être que c’était trop flou pour les paysans issus des collines, et qu’il aurait mieux valu montrer ce qu’il adviendrait si Nkurunziza partait ». Continuer à militer requiert une grande détermination. « La pauvreté vous éloigne parfois des autres activistes : c’est difficile de se rassembler à cause de l’argent. A ce niveau-là, le régime nous a battus, car comment être actif quand tu es en mode survie ? En plus, nos passeports burundais expirent petit à petit ; alors ceux qui n’ont pas obtenu de titre de voyage pour réfugiés sont bloqués là où ils sont ».

Si Bertrand continue à militer, c’est par défiance vis-à-vis du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, « qui fait croire qu’il n’y a pas la guerre », et par sens du devoir envers son pays. Le jeune homme s’indigne du manque d’action coercitive de la communauté internationale et de l’opposition politique burundaise face à la « machine » génocidaire que le gouvernement met en place selon lui. « Nous ne devons pas tomber dans le piège qui consisterait à penser que nous n’avons pas le droit à l’autodéfense. Ce n’est pas un droit que l’on demande. Ça ne doit pas être écrit dans des documents des Nations unies », lance-t-il.

Les violences subies, le sentiment d’injustice, la perte d’autonomie et le désœuvrement génèrent frustrations et colère chez certains réfugiés.

L’accès aux services de base – eau potable, soins de santé, éducation – et la sécurité sont des enjeux majeurs dans les camps de réfugiés. La peur est tangible parmi les Burundais rencontrés, craignant l’infiltration du Service national de renseignement burundais et des Imbonerakure. De nombreux éléments indiquent que ces inquiétudes sont fondées. Les réfugiés en milieu urbain font face aux mêmes menaces du régime. Leur quotidien comporte aussi son lot de difficultés. L’aide matérielle y étant quasi-inexistante, ils sont livrés à eux-mêmes.

Les violences subies, le sentiment d’injustice, la perte d’autonomie et le désœuvrement génèrent frustrations et colère chez certains réfugiés. Les jeunes sont particulièrement vulnérables, en milieu urbain comme dans les camps. Tandis que la majorité se consacre à la lutte pour la survie, certains s’engagent dans l’activisme. Face à la misère et au conflit qui se poursuit, d’autres sont tentés par l’idée de la résistance armée.