Tchad : le choix de Mahamat Déby
Tchad : le choix de Mahamat Déby
Op-Ed / Africa

No Exit?

Despite a valiant start, impoverished, oil-rich Chad has succumbed to the resource curse. But it's not too late to escape.

When oil was first discovered in Chad, analysts reacted with reserved optimism. The country, they knew, did not have the infrastructure or political maturity to absorb the promised revenue in a way that would benefit the people. The resource curse had already devoured the politics and economics of countless mineral and petrol-rich countries, and Chad looked next on the list.

So far, the skeptics have been right. Despite a promising start, more oil dollars are now being used to procure guns and buy off opponents than build schools and feed the country's most vulnerable. Maybe it was inevitable that Chad should continue down the path of other oil producers, where poor financial mismanagement and corruption have impoverished and destabilized states. Perhaps, as Moisés Naím writes in the current issue of Foreign Policy, "the suggested defenses [against the resource curse] are as utopian as the larger goal they are supposed to help achieve."

Still, Chad had a good chance to stave off the resource curse. And it might still -- if changes start now.

Confronted with its big oil break in 2003, Chad -- a vast country that spans West and Central Africa -- set out to do things right. The government in N'Djamena sat down with expert resource-curse fighters at the World Bank and set up a plan to fight poverty with oil. In exchange for the World Bank's help financing a $4.2 billion pipeline, the government agreed to dedicate oil revenues to improving the lives of Chad's present and future populations. Petrodollars would feed into a separate account meant for social spending projects on education and health care (instead of filling out the regime's coffers). The plan was meant to quash would-be temptations for corruption before they even began. And in a country where the United Nations estimates one out of five children will die before their fifth birthday, Chad's oil-funded development projects were not only promising -- they were essential.

But when oil exploitation began in 2003, things didn't go as planned. Several coup attempts offered the government the perfect excuse to renege on its commitments. President Idriss Déby raided the revenue jar for the first time in January 2006, taking money out for national defense programs; the World Bank reacted by suspending its programs. But instead of repentance from Déby's regime, the bank got obstinacy: N'Djamena passed regulations that stripped away World Bank and civil oversight of the oil revenues. The government gradually reduced the power of the Committee of Control and Supervision of Oil Revenues (Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers), an oversight body that included civil-society members and watched over the management of the funds.

Fast-forward to today, and oil has become a means to strengthen the country's armed forces, reward its cronies, and co-opt members of the political class -- all of which guarantee that no genuine political dialogue will take place and improve governance in Chad. This has fueled antagonism between the regime and its opponents and helped keep the country in a state of political crisis and its population in abject poverty.

Meanwhile, tensions continue to mount between Chad and its neighbor, Sudan. Each country supports rebels operating on the other's turf, which provides the government with a justification for beefing up its army (instead of funding schools and clinics). As Naím puts it, "concentrated power, corruption, and the ability of governments to ignore the needs of their populations make it hard to do what it takes to resist the resource curse."

The fate of Chad would seem to prove Naím's point. But a number of steps can still dig it out. First, the government should include the question of how to use oil revenues in the domestic dialogue started in 2007. This consultation should include political opposition, civil society, and representatives of the oil-producing regions.

Second, an independent, multidisciplinary body composed of representatives of Chadian and international civil-society leaders should be created to replace the International Consultative Group. With financial support from the World Bank, its role would be to undertake studies, make recommendations, and give technical support to the Committee of Control and Supervision of Oil Revenues. Stronger oversight should be put in place to address the plague of political patronage and favoritism.

None of this will be easy, and Chad could use some help -- namely from France, the United States, and China, all of which have significant petroleum and other interests in Chad. These countries will have to stand behind a national dialogue about oil revenues in order for the government in N'Djamena to get on board. Support for Déby should be contingent on his government's reform.

So can Chad escape the resource curse? If the country redirects oil revenues, it stands a good chance of proving that petrol can be a blessing, not a curse. Oil could go far in the fight to ameliorate Chad's dire humanitarian state. But so long as Chad's resources buy guns and benefit the political elite, the resource curse shall thrive.

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Tchad : le choix de Mahamat Déby

Originally published in Le Monde

Op-Ed / Africa

Tchad : le choix de Mahamat Déby

Originally published in Le Monde

Enrica Picco, d’International Crisis Group, appelle le président de transition à nommer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur la répression des manifestations du 20 octobre.

La journée sanglante du 20 octobre marque un tournant dans la transition tchadienne. Jusqu’à cette date, la junte militaire, qui a pris le pouvoir en avril 2021 à la mort d’Idriss Déby, avait respecté la feuille de route pour un retour à l’ordre constitutionnel. Les risques de déstabilisation du Tchad, après 30 ans de régime autoritaire, semblaient écartés. A la tête d’une transition militaire, Mahamat Déby, 38 ans et fils du président défunt, promettait une ouverture de l’espace public que les Tchadiens espéraient depuis longtemps. La tenue de négociations dès son accession au pouvoir avec les opposants historiques du régime de son père allait dans le sens de cette promesse. Mais la répression violente de la manifestation demandant, jeudi dernier, l’aboutissement de la transition a complètement changé la donne.

L’exception tchadienne

A la mort d’Idriss Déby, l’Union africaine n’a pas considéré la prise de pouvoir par une junte militaire comme un coup d’Etat, contrairement aux décisions qu’elle avait rendues ailleurs dans la région dans des situations similaires. L’organisation continentale a cependant imposé deux conditions aux militaires tchadiens : leur pouvoir devait se limiter à une période transitoire de dix-huit mois, renouvelable une seule fois, et les membres du gouvernement de transition ne pouvaient pas se présenter aux élections à venir. Ces conditions auraient dû permettre, au terme de la transition, une alternance de pouvoir à N’Djamena.

L’année 2022 a débuté avec deux évènements prometteurs : la tenue, à partir de mars, de négociations entre des représentants du gouvernement et de 52 groupes armés rebelles à Doha, au Qatar, puis des consultations à N’Djamena entre le Président Mahamat Déby et tous les représentants de la société civile et des partis d’opposition, y compris les plus réticents à négocier avec le pouvoir. Les pourparlers entamés avec l’opposition et avec les rebelles ont abouti à une même conclusion : leur participation aux étapes de la transition était conditionnée à la garantie claire que les militaires quitteraient le pouvoir à la fin de la transition.

Des frustrations politiques et sociales

Mais en l’absence de cette garantie, de nombreux partis et groupes armés ont refusé de participer au dialogue national. Les conclusions de ce dialogue, qui s’est tenu en leur absence entre le 20 août et le 8 octobre, a mis le feu aux poudres. Encore plus que l’extension de la transition, sur laquelle il y avait un certain consensus dans le pays, c’est le fait que les membres de la transition seront désormais éligibles aux élections qui a provoqué la colère les Tchadiens. La crainte d’une succession dynastique est devenue réelle. Le gouvernement d’unité nationale, mis rapidement en place le 14 octobre, avec des opposants acquis au régime depuis le dialogue, n’a pas apaisé cette colère.

La mauvaise gouvernance et les inégalités sociales ... sont devenues insupportables pour de nombreux Tchadiens.

De plus, les frustrations débordent de la sphère politique. La mauvaise gouvernance et les inégalités sociales, héritage de 30 ans de régime Déby, sont devenues insupportables pour de nombreux Tchadiens. Aux scandales de corruption qui impliquent l’élite au pouvoir s’ajoutent le manque d’opportunités pour les jeunes, les coupures d’électricité récurrentes et des inondations qui ont laissé près 350 000 personnes sans abri dans la capitale au mois d’août.

Ces tensions, politiques et sociales, ont abouti à la journée du jeudi 20 octobre. Le dirigeant du plus important parti de l’opposition Les Transformateurs, Succès Masra, a déclaré le 19 octobre avoir créé un « gouvernement du peuple pour la justice et l’égalité », alors que la plateforme de la société civile Wakit Tama a appelé à une mobilisation permanente contre le gouvernement de transition. A la veille des manifestations, le gouvernement a dénoncé une tentative d’insurrection armée et interdit les manifestations. Mais le lendemain, des milliers de Tchadiens sont descendus dans les rues et le régime a réagi très brutalement.

Les heurts entre police et manifestants ont été d’une rare violence. Les manifestants ont saccagé et incendié le siège du parti du Premier ministre, Saleh Kebzabo, les forces de l’ordre ont ouvert le feu de façon indiscriminée sur la foule. Le bilan officiel est très élevé, plus de 50 morts et 300 blessés, et ne cesse de s’alourdir à mesure que sont relayées les informations venant des provinces. Le même jour, le Premier ministre a annoncé un couvre-feu dans les principales villes et la suspension des activités des partis impliqués dans les manifestations. La situation reste extrêmement tendue dans l’ensemble du pays.  

Moment charnière pour Mahamat Déby

Pour éviter de nouvelles violences, toutes les parties prenantes devraient prendre des mesures urgentes. Le Président Déby devrait condamner l’usage excessif de la force et nommer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les évènements du 20 octobre. Plutôt que de réprimer toujours plus durement la société civile et l’opposition, il devrait faire appel aux médiateurs nationaux et internationaux, comme le Groupe des religieux et des sages, l’Union africaine et le Qatar, en vue d’inclure les opposants dans la dernière phase de la transition. Il devrait surtout apaiser les tensions en reconsidérant l’éligibilité aux élections des membres de la transition et en s’engageant publiquement à transférer le pouvoir aux civils à la fin de la transition.

L’Union africaine, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis, devrait conditionner leur soutien à la poursuite de la transition.

Pour leur part, les opposants devraient également condamner toute forme de protestation violente et utiliser tous les recours légaux prévus dans la charte de transition pour garantir des élections transparentes. Finalement, l’Union africaine, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis, devrait conditionner leur soutien à la poursuite de la transition et à la mise en place de mesures qui garantissent l’inclusion et la représentativité.  

Les évènements du 20 octobre ont sérieusement entaché les espoirs de ceux qui considéraient le Tchad comme une exception parmi les tumultueuses transitions de la région. Mahamat Déby doit faire un choix. Il peut adopter le même régime brutal que celui de son père. Mais il est aussi encore temps pour lui de corriger cette inquiétante dérive autoritaire et de ramener le Tchad sur la voie d’une réelle transition vers un régime plus démocratique.

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