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Islamic State Threatens Central Asia
Islamic State Threatens Central Asia
« Au Niger, l’option militaire face à l’Etat islamique doit s’accompagner d’un projet politique »
« Au Niger, l’option militaire face à l’Etat islamique doit s’accompagner d’un projet politique »
Tajikistan commander Gulmurod Khalimov, chief of Tajikistan’s paramilitary police unit (OMON), appeared on an ISIS propaganda video released on 27 May 2015.

Islamic State Threatens Central Asia

The appearance of Colonel Gulmurod Khalimov in an Islamic State (IS) propaganda video on 27 May has sent a chill across Central Asia. The head of Tajikistan’s Special Assignment Police Unit (OMON), a key element in President Emomali Rahmon’s security apparatus, had disappeared shortly before. In the video he promised to return to wage violent jihad.

A trained-in-Russia-and-America veteran of brutal Tajik government operations, Khalimov has the qualifications. And Tajikistan, a desperately poor country ruled by a venal elite, is a vulnerable target. As I drove to its capital, Dushanbe, last summer through the ancient city of Khujand and the rickety, fume-filled, Iranian-built Shariston tunnel, I saw poverty and isolation that eclipses the worst pockets of deprivation in neighbouring Kyrgyzstan and Kazakhstan.

Khalimov has been an intimate of that elite, but at 40 years old he is relatively young and forceful, unlike the elderly, usually corrupt figures who have previously promoted themselves as Islamist guerrilla leaders in Tajikistan. His defection is a blow to Rahmon’s regime on many levels. He speaks to the parts of the elite not yet bought off and to the alienation of a substantial segment of society.

His message may be draped in Islamic fundamentalist rhetoric, but it is based on some of the potent, more worldly aspects of IS appeal. “Going out to work every morning, look at yourself in the mirror and ask yourself: Are you ready to die for this state or not”, he said directly to the underpaid, overstretched Tajik security forces. “I am ready to die for the Caliphate – are you?”

More than one million Tajik migrants work low-paid jobs in Russia. The remittances they send back make up more than 40 per cent of its GDP. But the value of the remittances is plummeting as Russia veers toward economic crisis. Nearly 200,000 of the migrants went home to bleak prospects in the second half of 2014 alone.

To Tajiks still in Russia, the police commander’s message was “you have become the slaves of non-believers. Why do you humiliate yourself working for non-believers while they must work for you? Join us, brothers … there are no nationalities or states in the Islamic State and our nationality is Islam”.

The eight million people of Tajikistan have known much violence already in their quarter-century of independence since the Soviet Union’s collapse. Rahmon, the only president the country has had, consolidated his power in a civil war against Islamists that ended in 1997. By side-lining the relatively moderate Islamic Renaissance Party earlier this year, he further alienated the devout and gave plausibility to those who argue that with other options closed, extremism is only the politics of last resort.

IS and other foreign fighters, probably the Islamic Movement of Uzbekistan, are already operating on Tajikistan’s southern border, but that is not the only fault line. Gorno-Badakhshan, high in the Pamirs – a twelve- to fifteen-hour drive when roads are passable – is inhabited by ethnically distinct Pamiris, who were with the rebels in the civil war and barely accept central power today.

Badakhshan has a long, open border with Afghanistan to the south, Kyrgyzstan to the north and China to the east. The Taliban are already active on the immediate Afghan side of that border. It may only be a matter of time before IS is there too.

The Tajik-Afghan border already attracts Russian attention. Even two years ago, an official of the Moscow-led Collective Security Treaty Organisation (CSTO) of a half-dozen ex-Soviet republics told me it was uncontrollable and deadly. This year a Russian diplomat said privately that if the Tajik government requested it, Russia would return troops to it.

The apprehension does not stop there. Neighbouring Uzbekistan – Central Asia’s most populated and most authoritarian state – and chaotic, coup-prone Kyrgyzstan, would be deeply troubled by serious unrest in Tajikistan.

International Crisis Group has been in Central Asia for fifteen years, arguing that the West, particularly the U.S., is building a dangerous debit sheet here. To gain logistical help for war in Afghanistan, it has partnered with dictators like Rahmon and Uzbekistan’s Karimov, accepting excesses excused as counter-terrorism, including repression of peaceful Islamic manifestations.

If other security figures follow Khalimov’s lead, the bill to pay could be steep, and there will not be credit left to pay it with.

Op-Ed / Africa

« Au Niger, l’option militaire face à l’Etat islamique doit s’accompagner d’un projet politique »

Originally published in Le Monde

L’analyste Hannah Armstrong regrette que Niamey délaisse le dialogue avec les communautés frontalières de la région de Tillabéri, notamment les nomades peuls.

Le Niger est depuis des années l’Etat du Sahel central le plus résilient face aux insurrections menées par l’Etat islamique (EI) et Al-Qaïda. Cela n’a pas empêché les forces nigériennes de subir les attaques les plus meurtrières de leur histoire en décembre et janvier derniers. Ces deux attaques, qui ont fait plus de 150 morts, ont mis en lumière la manière dont la branche sahélienne de l’EI, particulièrement active entre le Mali et la région nigérienne de Tillabéri, s’est renforcée en exploitant le fossé grandissant entre le gouvernement et les communautés locales. Elles ont également amorcé un brusque changement de cap : l’Etat nigérien privilégie de nouveau le volet militaire, délaissant la politique de dialogue avec les communautés frontalières de la région de Tillabéri initiée mi-2018 afin de regagner leur confiance.

Quelques jours après la seconde attaque, les dirigeants des pays membres du G5 Sahel et de la France, réunis en sommet à Pau le 13 janvier, ont d’ailleurs appelé à un renforcement de l’action militaire en vue de défaire les groupes djihadistes, et plus particulièrement l’EI dans la zone du Liptako-Gourma, qui s’étend aux frontières du Mali, du Niger et du Burkina Faso et comprend la région de Tillabéri. Ils ont certes souligné l’importance des efforts de développement et de meilleure gouvernance, mais sur le terrain, le volet militaire prédomine en dépit des répercussions sur les communautés.

L’offensive de «Barkhane» et des forces du G5 Sahel pourrait réactiver des conflits communautaires.

En effet, l’offensive de « Barkhane » et des forces du G5 Sahel pourrait réactiver des conflits communautaires que l’EI sait parfaitement exploiter en se présentant comme un protecteur des communautés et une alternative à un Etat incapable de répondre aux griefs des populations frontalières, qu’il s’agisse des tensions autour de l’accès aux ressources foncières ou de la sous-représentation des nomades peuls au sein des forces de sécurité. Par ailleurs, les allégations d’abus commis par les forces de sécurité contre les civils sont en forte hausse depuis le début de la contre-offensive et font le lit du recrutement de nouveaux djihadistes. En parallèle d’une action militaire qui reste nécessaire, l’Etat devrait redoubler d’efforts politiques pour rétablir la paix entre et au sein des communautés, et surtout renouer des liens forts avec elles.

Tensions intercommunautaires

Au Niger, un document ayant filtré début avril recensait 102 civils portés disparus, des hommes issus de communautés nomades dont on soupçonne qu’ils ont été tués par l’armée nigérienne. Le ministre de la défense, Issoufou Katambe, a promis qu’une enquête permettra de disculper l’armée, mais sur le terrain le fossé continue de se creuser entre les communautés nomades et l’Etat. Le 30 avril, un rapport de la mission des Nations unies au Mali, la Minusma, a rapporté pour la période janvier-mars une augmentation de 61 % du nombre de violations des droits humains, dont 34 exécutions extrajudiciaires menées par l’armée nigérienne opérant au Mali.

Déjà, en 2017 et 2018, lors de la dernière offensive militaire d’ampleur dans la région frontalière, le Niger et l’opération « Barkhane » s’étaient alliés à des milices ethniques maliennes rivales d’autres communautés, des nomades peuls en particulier. Les offensives des milices maliennes ont d’abord semblé affaiblir l’EI dans la région de Tillabéri, mais elles ont ravivé les tensions intercommunautaires et causé le décès de nombreux civils. Cela a poussé de nombreux habitants de la région à rejoindre les rangs de l’EI et un nombre croissant de communautés, bien au-delà des seuls Peuls, à accepter la présence des militants djihadistes comme un moindre mal. Dès que l’étreinte militaire de « Barkhane » et des milices s’est relâchée, en 2019, l’EI est donc revenu plus fort que jamais.

En 2018 comme aujourd’hui, l’option militaire n’apporte à l’Etat que des succès à court terme s’il ne s’accompagne pas d’un véritable projet politique pour consolider ces acquis. Le Niger devrait le savoir, après avoir déjà emprunté une voie plus politique pour sortir des insurrections touareg des années 1990-2000. Les opérations militaires restent une composante essentielle de la résolution de la crise sécuritaire, mais la réponse politique dans la région de Tillabéri doit prendre les devants. Afin d’endiguer la montée en puissance de l’EI, le Niger – avec le soutien de ses partenaires étrangers – devrait commencer par reconnaître ses propres responsabilités dans la marginalisation des communautés frontalières et proposer un plan ambitieux pour répondre à leurs griefs.

l’EI ne représente pas qu’une menace sécuritaire, il constitue également une véritable alternative à l’Etat en matière de gouvernance.

Pour y parvenir, le Niger a des atouts à faire valoir. Contrairement au Mali et au Burkina Faso, il n’a pas eu recours à des milices ethniques et groupes de vigilance issus de ses propres communautés pour combattre les djihadistes, une mesure qui aurait exacerbé les tensions entre celles-ci. Le Niger a en outre déjà prouvé, par le passé, être capable d’intégrer des représentants de certaines communautés nomades à des hauts postes au sein de l’Etat central et des institutions sécuritaires. Enfin, Niamey peut s’appuyer sur des institutions telles que la Haute Autorité pour la consolidation de la paix (HACP), qui, si elle est bien utilisée, peut coordonner les actions de l’Etat et mener des actions rapides, par exemple pour apaiser les relations entre forces de sécurité et civils dans les régions frontalières.

Protection des civils et du bétail

Les précédentes tentatives de dialogue avec les communautés de Tillabéri ont bien enregistré quelques maigres progrès, mais elles ont souvent souffert de la primauté des actions militaires. Et même lorsque le dialogue était l’option privilégiée, il a été miné par un manque de coordination et de consensus au sein des cercles du pouvoir central. Le gouvernement nigérien devrait donner la priorité au dialogue avec les nomades peuls, groupe le plus marginalisé, tout en facilitant des accords entre et au sein des différentes communautés. Niamey devrait également développer des solutions pour résoudre la compétition autour des ressources foncières et du bétail, qui nourrit la plupart des conflits entre communautés dans la région.

S’il est difficile à envisager dans le contexte actuel, le dialogue avec les djihadistes devrait être également relancé. Il peut susciter des défections au sein de l’EI, y compris de commandants issus des communautés frontalières. L’Etat devra opérer avec prudence pour éviter des représailles des djihadistes contre ceux qui coopèrent avec les autorités. Afin de redorer son image auprès des communautés de la région de Tillabéri, Niamey pourrait par ailleurs demander à ses forces de sécurité de ne pas se consacrer exclusivement aux opérations contre-terroristes et les assigner à la protection des civils et du bétail. Parallèlement, les autorités pourraient assouplir les mesures qui limitent les mouvements de population ou l’activité des marchés, imposées pour des raisons de sécurité mais qui affaiblissent l’économie de Tillabéri et compliquent les liens entre l’Etat et les communautés de la région.

Au Niger, l’EI ne représente pas qu’une menace sécuritaire, il constitue également aux yeux des communautés frontalières une véritable alternative à l’Etat en matière de gouvernance. Il convient donc de lui apporter une réponse sur ces deux fronts, sécuritaire et politique.