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Union africaine et crise au Burundi : entre ambition et réalité
Union africaine et crise au Burundi : entre ambition et réalité
Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire
Burundi's President Pierre Nkurunziza embraces his South African counterpart Jacob Zuma as he departs after an Africa Union-sponsored dialogue on 27 February 2016. REUTERS/Evrard Ngendakumana
Briefing 122 / Africa

Union africaine et crise au Burundi : entre ambition et réalité

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Synthèse

La décision des chefs d’Etat africains de ne pas entériner le déploiement de la Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), forte de 5 000 hommes, en janvier 2016, en dépit des recommandations du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA), a révélé de profonds désaccords entre les Etats membres et la Commission de l’Union africaine (CUA) sur la manière de répondre à la crise. Ce différend a sérieusement nui à la crédibilité de l’UA et démontré qu’elle n’avait pas les moyens de son ambition affichée de prévenir et de résoudre les conflits, notamment à cause du flou existant sur les prérogatives de la Commission de l’UA. Des problèmes de procédure concernant le processus de prise de décision au sein du CPS sont également apparus au grand jour. L’incohérence de la réponse illustre les limites de la liberté d’action de la Commission et du CPS en l’absence du plein soutien des dirigeants, mais aussi le manque de coordination entre Addis-Abeba et les membres africains du Conseil de sécurité des Nations unies (A3). Pour atteindre l’objectif de l’UA de « faire taire les armes », la Commission et les Etats membres doivent résoudre ces problèmes.

La crise au Burundi a été déclenchée par la décision du président Pierre Nkurun-ziza, en 2015, de se porter candidat pour un troisième mandat, ce qui a provoqué des manifestations massives, une tentative de coup d’Etat, des attaques par l’opposition armée, et une répression brutale, alimentant un cycle de violence qui a déjà fait 1 115 morts, selon l’ONG Acled (Armed Conflict Location and Event Data Project). La confrontation initiale s’est transformée en conflit de basse intensité caractérisé par des assassinats ciblés, des disparitions, des actes de torture, et le recours de plus en plus fréquent par le gouvernement à un discours « ethnicisant » rappelant celui utilisé à l’aube des atrocités de masse des années 1990. Plus de 300 000 personnes ont fui dans les pays voisins et 108 000 autres, selon les estimations, sont des déplacés internes. Environ 4,6 millions de personnes, sur une population de 11 millions, ont besoin d’aide alimentaire. Alors que l’économie urbaine comme rurale ralentit et qu’un budget d’austérité (en baisse de 18 pour cent par rapport à 2015) a été adopté, le Burundi se dirige vers une situation d’urgence humanitaire et sociale dévastatrice.

L’UA et les partenaires internationaux ont échoué à enrayer la crise. Nkurunziza a exploité les divisions au sein de l’UA, des Nations unies et de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), l’organisation sous-régionale chargée de formuler la réponse du continent, mais aussi entre ces organisations. Cela permet à son gouvernement de repousser les ternes tentatives de la CAE de le ramener à la table des négociations, et a entravé le déploiement d’observateurs militaires et des droits humains habilités par la Commission de l’UA, ainsi que celui de la force de police mandatée par le Conseil de sécurité des Nations unies. L’absence d’analyse commune sur la nature de la crise nourrit la désunion.

L’Union africaine est elle-même divisée. La majorité des Etats membres sont partisans d’une approche moins agressive que la Commission de l’UA, encline à l’interventionnisme et qui, comme le CPS, se détourne désormais du Burundi pour éviter tout embarras supplémentaire, faisant taire les nécessaires cris d’alarme. Le cœur de la crise au Burundi est politique et seul un accord négocié entre le gouvernement et l’opposition peut y mettre fin. Cela nécessite un réexamen de l’accord de paix d’Arusha qui, en prévoyant un partage du pouvoir, a mis fin en 2000 à douze ans de guerre civile et dont l’UA est garante. Tant que l’UA, la CAE et la communauté internationale dans son ensemble n’agissent pas de concert, c’est une perspective éloignée.

Pour mettre le gouvernement et l’opposition sur la voie d’un dialogue sincère et inclusif :

  • L’UA, la CAE et les Nations unies devraient former immédiatement un groupe de contact pour harmoniser leurs positions et donner une nouvelle impulsion au processus de médiation de la CAE, dans lequel le président Yoweri Museveni (Ouganda), qui en est le chef, doit s’engager plus personnellement, comme le demande le facilitateur Benjamin Mkapa.
  • L’UA devrait accélérer le déploiement des 200 observateurs militaires et des droits humains habilités et travailler avec les Nations unies pour rapidement trouver un accord sur et débourser le soutien financier, technique, logistique et autre nécessaire au déploiement.
  • L’UA devrait immédiatement mettre en œuvre la décision d’imposer des sanctions ciblées, annoncée dans le communiqué du CPS du 17 octobre 2015, contre ceux qui bloquent les négociations, incitent à la violence et/ou diffusent des discours de haine.
  • L’UA et l’Union européenne (UE) devraient changer le mode de financement de l’Amisom (Mission de l’Union africaine en Somalie) et payer les soldats burundais directement, pour éviter que le gouvernement ne retienne une partie des soldes.

Pour renforcer les capacités de réponse aux crises de l’UA :

  • Les Etats membres devraient remplir leurs obligations financières pour que la Commission de l’UA puisse recruter le personnel nécessaire pour mener à bien son mandat.
  • Le CPS devrait rechercher avec constance des solutions politiques, par exemple via une réunion mensuelle sur le Burundi, pour évaluer la situation sécuritaire et discuter des rapports des observateurs. Les Etats membres devraient s’impliquer dans la rédaction des communiqués et soutenir les décisions prises. Cela requiert que les ambassades à Addis-Abeba soient pourvues en personnel de façon adéquate et nécessite des voies de communication claires avec elles.
  • La Commission de l’Union africaine, le CPS et l’A3 devraient travailler plus étroitement ensemble – y compris en conférant au CPS un statut d’observateur pour l’A3 – pour garantir une analyse commune et des réponses plus cohérentes.
Interview / Africa

Burundi: les problèmes qui minent l'institution militaire

Originally published in Yaga Burundi

Le 5 avril dernier, l’International Crisis Group sortait un rapport sur les tensions et dissensions qui s’observent au sein de la Force de Défense Nationale (FDN) depuis le début de la crise née de la volonté de Pierre Nkurunziza de se représenter pour un troisième mandat en avril 2015. Le rapport fait le contour des problèmes qui minent l’institution militaire. Thierry Vircoulon, un des auteurs du rapport, a répondu aux questions de Yaga.

Peut-on considérer le Cndd-Fdd aujourd’hui comme l’Uprona des années 70-80 qui avait la mainmise sur toutes les institutions de défense et de sécurité ?

Oui, on a bien vu dès le début de cette crise qui vient de durer deux ans que la police et le Service national de renseignement ont joué un rôle majeur dans la répression des manifestants dès 2015. Deuxièmement les dissensions qui ont eu lieu dans l’armée après la tentative de putsch ont finalement été contrôlées par le régime qui a réussi à éviter, en tout cas jusqu’à présent, qu’il y ait une autre tentative de renversement du pouvoir.

Dans votre rapport vous soulignez qu’en 2016 le gouvernement n’a pas appliqué les quotas 50-50, tel que précisé par les Accords d’Arusha, mais plutôt 60% pour les Hutus et 40% pour les Tutsis pendant ses recrutements dans l’armée. Peut-on craindre que ça puisse continuer, c’est-à-dire voir le régime appliquer 70-30 puis 80-20, pour enfin arriver à une armée 100% hutu ?

Non, je ne pense pas. Au fait, c’est le porte-parole de l’armée qui avait fait l’annonce sur les 60-40%. Le régime va essayer de rester sur ce quota-là, qui est prévu par les Accords d’Arusha mais pour les institutions civiles. Plutôt la question qui se pose est de savoir s’il va réussir à trouver les 40% de Tutsi pour les recrutements. Mais aussi on peut se demander s’il va y avoir beaucoup de recrutements pour les années à venir dans l’armée.  Je pense le contraire. Les recrutements vont diminuer parce que l’armée va de plus en plus avoir des difficultés financières. Et puis il conviendrait aussi de noter que les dernières mises à la retraite ne sont pas à l’avantage des officiers tutsi puisque ce sont les plus concernés.

Votre rapport précise aussi que l’intégration entre ex-FAB (anciens militaires des Forcées armées) et ex-PMPA (anciens rebelles) avait été un succès, que les deux parties ont appris à mieux se connaitre. Ce qui d’ailleurs explique en partie pourquoi des officiers issus des deux camps ont pu mener ensemble le putsch raté de 2015. Ça veut dire que le pouvoir actuel tire profit de la tension actuelle entre les ex-FAB et ex-PMPA, que ça le met à l’abri d’un autre putsch ?

Le rapport dit que l’intégration a été un succès mais n’a pas conduit à la cohésion de l’institution militaire. Même avant la crise, au sein de la FDN, le clivage entre ex-FAB et ex- PMPA restait très fort et n’avait pas été gommé par l’intégration. La grande faiblesse du processus d’intégration est de n’avoir pas généré de la cohésion. Et dans la situation actuelle il y a une grande méfiance voire une paranoïa entre les personnels militaires, chacun faisant très attention  à ce qu’il dit à ses collègues, parce qu’on a peur d’être dénoncé par les autres. Et le faite que ce clivage entre ex-FAB et ex-PMPA n’ait jamais été complètement dépassé  génère cette paranoïa interne, que le régime entretient pour en être le premier bénéficiaire.

Le défi majeur du pouvoir actuel qui constituait aussi un risque de déstabilisation de la transition, en tout cas selon toujours votre rapport, a été le processus de démobilisation de 15  000 hommes ex-PMPA contre 41 000 ex-FAB pour atteindre l’objectif d’une FDN faite de 25 000 militaires entre 2004 et 2008. Mais ceci a été une réussite. Comment se fait-il que le régime puisse réussir là où il pouvait échouer facilement pour enfin échouer là où le risque d’échec n’était pas si éminent, c’est-à-dire maintenant ?

D’abord le pouvoir qui était là quand on a créé la FDN ce n’est pas le même que celui qui est là aujourd’hui. Lors du premier mandat de Pierre Nkurunziza, le Burundi était dans une situation de pouvoir partagé. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et l’intégration accompagnée par le processus de démobilisation a été une réussite parce qu’elle était soutenue internationalement, aussi parce qu’il y avait un accord des élites burundaises là-dessus, qui correspondait au projet partagé par tous au Burundi à ce moment-là. Et comme je l’ai déjà mentionné, la FDN n’a pas pu dépasser le clivage entre ex-FAB  et ex-PMPA, ce qui est resté le problème de l’ « après-intégration ».  Et une des raisons pour laquelle ce clivage est resté, c’est parce que le régime a instauré au sein de la FDN ses propres structures de commandements des ex-FDD, un double commandement qui a sérieusement nui à la cohésion de l’armée burundaise.

Et que faut-il craindre maintenant ?

Le grand risque pour l’armée burundaise est celui d’appauvrissement à cause des problèmes financiers du gouvernement, en plus des aides extérieures apportées à l’armée qui ont considérablement diminué suite à la suspension de différentes coopérations militaires, sans parler de la réduction du nombre de ceux qui peuvent aller en mission de maintien de la paix. Et dans cet appauvrissement de l’armée, il y a le danger d’une déliquescence progressive. La FDN va perdre son image d’une institution privilégiée. Sur le plan socioéconomique, avant comme après les Accords d’Arusha, les militaires ont toujours eu un statut très envié dans la société burundaise : facilité d’accès au crédit pour construire, un système d’appui financier bien mis en place,… tout ceci risque de s’évaporer dans les prochains jours.