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Cameroun : Les élections laissent entrevoir une nouvelle domination du parti au pouvoir
Cameroun : Les élections laissent entrevoir une nouvelle domination du parti au pouvoir
Report 160 / Africa

Cameroun : Etat fragile ?

L’apparente stabilité du Cameroun est trompeuse : même s’il parvient à faire face aux défis qu’il doit relever à court terme, une détérioration de la situation sur le long terme pourrait provoquer des violences civiles.

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Synthèse

La stabilité apparente du Cameroun dans une région turbulente ne peut pas être considérée comme étant acquise. La cooptation des élites grâce à la distribution des ressources de l’Etat, et l’émigration de nombreux jeunes éduqués fournissent une soupape de sécurité contre les tensions, mais l’échec de la réforme et le maintien de pratiques caractéristiques de la mauvaise gouvernance ont amené beaucoup de Camerounais à ne plus croire en l’Etat de droit ou en la possibilité d’une transition politique pacifique. De multiples risques de conflit existent à l’approche des élections présidentielles de 2011 et au-delà. Ce rapport de fond, le premier de Crisis Group sur le Cameroun, analyse les racines historiques de l’impasse actuelle.

L’histoire du Cameroun révèle un schéma de périodes de stabilité apparente suivies de crises violentes. Au cours de longues périodes (début des années 1950, années 1970), les problèmes ont été masqués sans être résolus. A la fin des années 1950, des troubles généralisés ont accueilli l’interdiction du principal parti opposé à la domination française, et se sont transformés en une longue et sanglante guérilla. L’indépendance est accordée en 1960, mais dans un contexte de violences étendues. En 1961, alors que la partie Sud du Cameroun anglophone sous domination britannique vote pour rejoindre le Cameroun francophone, le Nord choisit de rester au sein de la fédération nigériane.

La fin des années 1960 et les années 1970 marquent une période de paix relative. Le régime nourrit une obsession pour l’unité et la stabilité après les traumatismes des années 1950, mais, après avoir combattu l’unique véritable mouvement de libération, il manque de légitimité historique. Il est autocratique, et le pluralisme et la diversité sont accusés de menacer de manière inacceptable le projet de construction de la nation. Néanmoins, l’économie croît, et un réel développement prend place.

La démission du président Ahidjo en novembre 1982 et la transmission du pouvoir à son Premier ministre, Paul Biya, se passe tout d’abord en douceur. Mais très vite, les tensions émergent, et aboutissent en avril 1984 à une tentative de coup d’Etat, dont on accuse les partisans d’Ahidjo. Elle est violemment réprimée et n’est suivie d’aucun processus de réconciliation, et le traumatisme de cette époque demeure une source d’amertume parmi beaucoup d’ha­bitants du Nord, la région d’origine d’Ahidjo. Parallèlement, certains Camerounais du Sud, y compris dans les forces de sécurité, ont un sentiment d’inachevé et craignent des actes de vengeance communautaire suite à la répression de 1984.

Au début des années 1990, des partis d’opposition voient le jour, et des élections multipartites sont organisées. Pendant deux ans et demi, le régime est sérieusement menacé dans les bureaux de vote et dans la rue, et les frustrations provoquent des violences généralisées en 1991. Mais après avoir survécu à ce nouveau défi, le président Biya et son parti parviennent à faire reculer les réformes et restaurent un régime autoritaire derrière une façade de pratiques démocratiques.

Aujourd’hui, le projet de construction nationale semble à bout, alors que l’économie stagne et que le chômage et les inégalités s’accroissent. L’économie est tirée en arrière par la corruption et l’inertie, et la population n’a vu que peu de la croissance économique principalement issue de l’exploitation des ressources naturelles du pays. Tandis que les forces de mobilisation potentielles sont faibles et dispersées, la colère populaire demeure forte.

Le régime a conservé ses vieux réflexes conservateurs, mais les expériences et attentes d’une population jeune ont évolué. L’opposition politique est affaiblie par des divisions internes et l’érosion de l’espace démocratique, ce qui limite les possibilités d’exprimer un mécontentement légitime. L’explosion de colère en février 2008, provoquée par la décision de Biya de faire modifier la constitution pour briguer un autre mandat présidentiel, a souligné les dangers de cette situation.

Le Cameroun partage un certain nombre de caractéristiques avec des pays qui ont connu un conflit civil, dont notamment des instances dirigeantes hautement centralisées et personnalisées, une manipulation politique des tensions ethniques et une corruption étendue. Même s’il parvient à surmonter les défis immédiats, la possibilité d’une détérioration, à long terme, qui provoquerait un conflit ouvert ne peut pas être exclue. En Côte d’Ivoire, une longue lutte pour la succession du président fondateur a posé les bases d’une guerre civile. Alors que le président Biya a maintenant 77 ans, et en l’absence de déclarations claires sur ses intentions, la question de la succession présidentielle ne peut qu’inquiéter.

Les événements en Guinée en décembre 2008, où un Etat de droit faible et la manipulation de la constitution ont servi de prétexte à de jeunes officiers pour prendre le pouvoir avec des conséquences désastreuses, invitent tous ceux qui s’intéressent au Cameroun à réfléchir. La constitution et l’Etat de droit de façon générale y sont peu respectés. La fin de la présidence Biya, la deuxième seulement qu’a connue le pays, risque fort d’être tendue. Mais elle pourrait aussi être une occasion d’engager les réformes nécessaires à la garantie de la stabilité à long terme du pays.

La communauté internationale a souvent fourni une aide décisive au régime camerounais. Bien que cette aide ait été accompagnée de pressions en faveur de réformes, très peu d’entre elles ont vu le jour. Le danger est que le régime voie maintenant dans toute ouverture une menace fondamentale à sa survie et durcisse ses positions à l’ap­proche de l’élection présidentielle.

La plupart des bailleurs de fonds et autres partenaires internationaux sont réticents à critiquer le régime et semblent prêts à tolérer son jeu du chat et de la souris de fausses réformes politiques et économiques. Mais un Cameroun instable, ou simplement quelques années supplémentaires de mauvaise gouvernance, risquent de menacer une région fragile. Ces problèmes soulèvent des inquiétudes légitimes au-delà du Cameroun et suggèrent un cas classique de prévention précoce d’un conflit. Mais les intérêts particuliers internationaux et nationaux devront être remis en cause pour engager les changements nécessaires afin d’éviter l’instabilité. Les bailleurs de fonds devraient peser de tout leur poids, à la fois financier et diplomatique, pour envoyer un message sans ambiguïté au gouvernement camerounais.

Dakar/Nairobi/Bruxelles, 25 mai 2010

A young child holds posters of Cameroonian President Paul Biya on a wall in Yaoundé on November 6, 2018. AFP/STR
Q&A / Africa

Cameroun : Les élections laissent entrevoir une nouvelle domination du parti au pouvoir

With a boycotting opposition and low expected turnout in conflict-affected Anglophone regions, Cameroon’s ruling party should win big in forthcoming elections. In this Q&A, Crisis Group expert Arrey Ntui explains why that result means dialogue about the country’s crises will have to happen outside parliament.

Comment les élections camerounaises vont-elles probablement se dérouler ? 

En novembre 2019, le président Paul Biya a convoqué des élections pour élire l’Assemblée nationale et les conseils municipaux du Cameroun, qui se tiendront le 9 février. Ces élections auraient dû avoir lieu en 2018, à la fin du mandat de cinq ans de ces organes, mais le gouvernement les a reportées à deux reprises. En 2018, le gouvernement a fait valoir qu’il était logistiquement impossible de les tenir en même temps que les élections présidentielles cette année-là, et en 2019, il a invoqué un climat politique et sécuritaire tendu, y compris dans les zones anglophones, pour justifier un nouveau report. Mais aujourd’hui, Biya procède au vote, peut-être pour sauver les apparences dans un contexte où le dialogue national organisé en septembre et octobre 2019 (dont il sera question plus loin) n’a pas permis de mettre un terme au conflit entre le gouvernement camerounais et les séparatistes anglophones. Ce conflit a fait environ 3 000 morts et déplacé plus de 700 000 personnes depuis 2017. 

Les conditions pour les élections législatives et municipales ne sont guère idéales. Les habitants des zones anglophones ne voteront probablement pas en grand nombre, étant donné à la fois la persistance de la violence sur le terrain et leur opinion selon laquelle le gouvernement manque de légitimité. Même si le gouvernement a assuré aux anglophones qu’ils pourraient voter, et qu’il a déployé des troupes et regroupé les centres de vote pour mieux les sécuriser, les électeurs ne pourront malgré tout pas se déplacer en toute sécurité le jour du scrutin. Parallèlement, les séparatistes ont multiplié les attaques contre les bureaux de vote, contribuant ainsi à un sentiment général d’insécurité. 

D’autres éléments sapent également la légitimité des élections. Maurice Kamto, chef du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), un parti d’opposition, a retiré sa liste de candidats et appelle maintenant au boycott du vote. Kamto – qui est arrivé en seconde position à l’élection présidentielle derrière le président Biya en 2018, une élection qu’il a ensuite prétendu avoir gagnée, pour être ensuite emprisonné sans motif pendant les huit premiers mois de 2019 – soutient que des  élections crédibles appellent à des réformes électorales que le gouvernement n’a pas encore réalisées. Il s’agirait de mesures majeures pour prévenir la fraude et garantir que la commission électorale nationale soit totalement indépendante. Bien qu’il soit lui-même francophone, M. Kamto estime également que le fait de procéder à des élections alors que les anglophones ne pourront pas voter renforcerait les arguments séparatistes selon lesquels les institutions du pays ne représentent que les francophones et une petite élite anglophone cooptée. Enfin, Kamto a récemment annoncé qu’il retirait le MRC des élections après que ses candidats ont été empêchés de participer à plusieurs meetings électoraux par des alliés du parti au pouvoir (d’autres informations similaires concernant des candidats d’autres partis ont été relayées). 

Le boycott initié par Kamto est peut-être plus important pour le message qu’il envoie que pour son impact sur les élections. Si la décision du chef du MRC peut sembler jouer le jeu des séparatistes qui appellent également au boycott, il est peu probable qu’elle affecte le vote dans les régions anglophones, en partie parce que la participation devrait de toute façon être très faible. Même en 2018, lorsque Kamto était sur les listes électorales, seuls 5 et 16 pour cent des électeurs admissibles ont voté respectivement dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en raison de la situation de violence. 

Mais que le boycott ait ou non un impact important sur les résultats du vote, le faible taux de participation des anglophones devrait permettre au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) de remporter une victoire éclatante. Le RDPC est le seul parti à se présenter pour les 180 sièges de l’Assemblée nationale, et dans environ 20 pour cent de ces courses électorales, il n’a pas d’opposant. En cohérence avec les plaintes de Kamto concernant les obstacles rencontrés par les candidats du MRC, des rapports indiquent que des responsables proches du parti au pouvoir auraient œuvré pour faire en sorte que de nombreux membres des 42 autres partis d’opposition participant aux élections ne puissent pas s’inscrire comme candidats, ce qui fausse encore plus les règles du jeu.

Comment réagit le plus grand parti d’opposition au Parlement ?

Le Social Democratic Front (SDF), dont le fief électoral comprend depuis longtemps plusieurs parties des régions anglophones et qui est actuellement le plus grand parti d’opposition parlementaire (avec dix-huit sièges), s’oppose officiellement au boycott. Mais certains responsables du SDF se posent des questions sur cette position, compte tenu de la pression de plus en plus forte des citoyens anglophones qui se retournent contre le parti, en disant qu’il fait avancer la cause anglophone de façon trop timide.

D’autre part, même si le SDF ne participe pas au boycott, ses perspectives électorales sont limitées. Le parti soutient de longue date la résolution de la crise anglophone par le fédéralisme – plutôt que par la création d'un nouvel État – et cette position a été critiquée par les séparatistes, qui ont intimidé de nombreux candidats du SDF aux conseils municipaux ce qui a poussé plus d’une centaine d’entre eux à se retirer. Le SDF ne peut pas faire campagne, même dans certaines circonscriptions de ses bastions anglophones, car ses candidats craignent d’être attaqués. Ces inquiétudes sont loin d’être dénuées de tout fondement: des séparatistes ont enlevé à deux reprises le dirigeant du parti, John Fru Ndi, lui-même anglophone. N’étant plus en mesure de se rendre dans les zones anglophones où il craint pour sa propre sécurité, il est désormais basé dans la capitale, Yaoundé. 
 

Comment la crise anglophone a-t-elle évolué depuis le dialogue national, et dans quelle mesure affecte-t-elle la dynamique politique ?

Le dialogue national contrôlé par le gouvernement, qui a débuté à Yaoundé fin septembre 2019, n’a pas permis d’empêcher l’aggravation de la crise anglophone. Les séparatistes, dont la plupart des dirigeants sont basés hors du pays ou sont en prison à Yaoundé, n’ont pas pris part à la conférence, qu’ils ont considérée comme un stratagème du gouvernement pour détourner les critiques internationales. Même les anglophones qui appellent à une solution fédéraliste plutôt qu’à la création de leur propre État, et qui s’abstiennent de toute violence, n’ont pas réellement eu l’occasion de présenter leurs points de vue. Le gouvernement n’a, par exemple, donné aucune chance aux participants de discuter des recommandations que le Premier ministre Joseph Ngute, qui a organisé le dialogue, a transmises au président Biya. Celles-ci comprenaient une recommandation visant à conférer un « statut spécial » aux régions anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest en vertu des dispositions de décentralisation de la Constitution de 1996. 

A ce jour, même la recommandation portant sur le « statut spécial » – que le Parlement a approuvée en décembre et que le président Biya a présentée comme une solution efficace à la crise – semble vouée à avoir un impact limité. Le nouveau statut prévoirait, sur le papier, que le gouvernement central de Yaoundé consulte les assemblées régionales anglophones sur les décisions relatives à la formulation de la politique éducative et à l’application du common law dans leurs régions. Mais ces dispositions manquent de détails sur le type de consultations nécessaires ou sur la manière dont les mesures seraient mises en œuvre, ce qui frustre de nombreux anglophones et étaye l’argumentaire des séparatistes selon lequel la division du pays serait la seule solution à la marginalisation des anglophones. 

Comment les risques de sécurité évoluent-ils à l’approche des élections ?

La violence dans les zones anglophones n’a pas diminué. Comme nous l’avons déjà indiqué, le gouvernement a déployé des troupes supplémentaires dans les régions anglophones et a tenté d'assurer aux citoyens de ces régions la possibilité de voter, notamment en envoyant des équipes de responsables de campagne du parti au pouvoir pour dialoguer avec les électeurs dans certaines parties du pays. Mais même ces équipes ont dû être protégées par des forces spéciales lourdement armées, ce qui a ôté toute crédibilité aux déclarations du gouvernement sur la tenue d’un scrutin pacifique. Si les autorités ont décidé de regrouper les centres de vote pour assurer une meilleure sécurité, cette mesure ne répond pas à la question de savoir comment les électeurs pourront se déplacer en toute sécurité le jour du scrutin. Les séparatistes ont accompagné leurs attaques contre les bureaux de vote de déclarations de « verrouillage » – une tactique qu’ils utilisent fréquemment, qui consiste à arrêter tout mouvement sur les routes et à confiner les gens chez eux – pendant la période électorale. Tout comme avant les élections de 2018, des milliers de civils ont fui les zones anglophones au cours des mois qui précèdent les élections pour rejoindre la brousse, les régions francophones du Cameroun ou le Nigéria. 

Les tensions ethniques se sont également renforcées dans d’autres parties du pays au fur et à mesure que la crise politique s’aggravait. En avril, puis en octobre 2019, les tensions ont dégénéré en affrontements mineurs impliquant des personnes de l’ethnie Bulu (à laquelle appartient Biya), du groupe Bamiléké (auquel appartient Kamto) et d’autres groupes dans les régions du Sud et du Centre. A Sangmélima, dans le Sud, les Bulu locaux ont attaqué des commerces appartenant aux Bamouns et aux Bamilékés et des centaines d’entre eux ont fui la région. La violence n’était pas directement liée à une dispute électorale ou à une question de parti, mais semblait plutôt s’inscrire dans un contexte où des propos intolérants sont échangés entre les groupes ethniques de dirigeants politiques rivaux, sur les réseaux sociaux, voire, dans certaines régions, dans la rue. Le 30 janvier, un ministre de haut rang du gouvernement, s’adressant à la télévision nationale aux victimes des tensions communautaires dans la région du Centre, a averti que la violence pourrait s’intensifier si des mesures n’étaient pas prises pour calmer la situation. 

Quelles sont les implications pour la crise globale du pays ? 

Une victoire écrasante du RDPC lors des prochaines élections – qui, comme nous l’avons vu, semble être un résultat pratiquement acquis – va renforcer la tendance des institutions de l’État à privilégier les vues d’un seul parti et pourrait limiter les perspectives de discussions franches sur la résolution du conflit anglophone et d’autres crises latentes. Le parti au pouvoir domine déjà la chambre haute du Parlement, le Sénat, où il détient 87 sièges sur 100. Les élections du 9 février ne concernent que la chambre basse – l’Assemblée nationale – où le RDPC détient déjà 148 des 180 sièges. Cette majorité risque de devenir encore plus inégale. 

Même si l’Assemblée nationale se conforme généralement aux souhaits du gouvernement sur les questions nationales, certains députés ont exprimé des inquiétudes quant à la situation dans les régions anglophones et le SDF a essayé (sans succès) de faire pression pour un débat parlementaire approfondi sur la crise. Si la domination du parti au pouvoir persiste, les quelques voix qui ont été prêtes à contester les positions du gouvernement sur ces questions risquent d’être réduites au silence. 

La meilleure approche pour atténuer les tensions est probablement un dialogue extra- parlementaire. Le RDPC et les principaux partis d’opposition – tant le MRC que le SDF – doivent discuter de la façon de désamorcer la dangereuse dynamique intercommunautaire qui n’a fait que se renforcer au cours de l’année écoulée. Ils doivent se concentrer sur la manière de juguler le risque accru de voir les divisions politiques et les tensions ethniques s’alimenter mutuellement, jusqu’à entraîner une spirale de violence. En ce qui concerne la crise anglophone, une piste intéressante pour la prochaine étape pourrait être que le gouvernement organise des consultations sérieuses avec les représentants anglophones (au-delà des élites pro-gouvernementales de Yaoundé) sur le contenu de tout règlement politique du conflit – ce qu’il aurait dû faire dans le cadre du dialogue national – étant entendu que tout arrangement durable devra accorder suffisamment de poids à ces perspectives. 

The Kamto-led boycott may be more important for the message it sends than for its impact on the polls.

Other developments are also undermining the elections’ legitimacy. Maurice Kamto, leader of the opposition Cameroon Renaissance Movement (known by its French acronym, MRC), has withdrawn his party’s slate and is now calling for a boycott of the vote. Kamto – who was runner-up to President Biya in 2018, an election he later claimed to have won, and was then jailed without charge for the first eight months of 2019 – argues that credible polls require electoral reforms the government has yet to make. These would include meaningful measures to prevent fraud and ensure that the national electoral commission is fully independent. Although he is French-speaking himself, Kamto also takes the position that moving forward with elections while Anglophones are unable to vote would strengthen separatist arguments that the country’s institutions represent only Francophones and a small, co-opted English-speaking elite. Finally, Kamto has recently suggested that he withdrew the MRC from the polls after its candidates were blocked from competing in various races by allies of the ruling party. (There have been similar reports about candidates from other parties.)

The Kamto-led boycott may be more important for the message it sends than for its impact on the polls. While the MRC leader’s move may appear to play into the hands of separatists who also call for a boycott, it is unlikely to affect the vote in Anglophone regions, in part because participation is already expected to be so low. Even in 2018, when Kamto was on the ballot, only some 5 per cent and 16 per cent of eligible voters cast a ballot in the Anglophone North West and South West regions, respectively, due to the violence.

But whether or not the boycott has much impact on vote tallies, low Anglophone turnout is expected to hand the ruling Cameroon People’s Democratic Movement (CPDM) a sweeping victory. The CPDM is the only party standing for all 180 National Assembly seats, and it is running unchallenged in about 20 per cent of these races. Consistent with Kamto’s complaints about impediments faced by MRC candidates, reports suggest that officials close to the ruling party have worked to ensure that many members of the 42 other opposition parties participating in the polls are unable to register as candidates, which skews the playing field further.

How is the biggest opposition party in parliament reacting?

The Social Democratic Front (SDF), whose electoral heartland has long included many parts of the Anglophone regions and which is currently the largest parliamentary opposition party (holding eighteen seats), officially opposes the boycott. But some SDF officials increasingly question whether that is the right position, given mounting pressure from Anglophone citizens who are turning against the party, saying it is too timid in furthering the Anglophone cause.

Moreover, even though the SDF is not participating in the boycott, its election prospects are poor. The party’s longstanding support for resolving the Anglophone crisis through federalism – rather than the creation of a new state – has been criticised by separatists, who have intimidated many SDF candidates for local councils, over a hundred of whom have decided to withdraw. The SDF cannot campaign even in some constituencies in its Anglophone strongholds because its candidates fear they may be attacked. These are not idle concerns: separatists have twice abducted the SDF’s leader John Fru Ndi, himself an Anglophone. Unable to travel to Anglophone areas because he fears for his own safety, he is now based in the capital, Yaoundé.

How has the Anglophone crisis played out since the national dialogue, and how is it affecting political dynamics?

The government-controlled national dialogue, which commenced in Yaoundé at the end of September 2019, has done little to prevent the Anglophone crisis from deepening. Separatists, most of whose leaders are based outside the country or are in prison in Yaoundé, took no part in the conference, which they viewed as a government ploy to deflect international criticism. Even those Anglophones who seek a federalist solution rather than their own state, and who largely eschew violence, were given little room to present their views. For example, the government offered participants no chance to discuss the recommendations that Prime Minister Joseph Ngute, who convened the dialogue, transmitted to President Biya. These included a recommendation to confer “special status” on the Anglophone South West and North West regions under the decentralisation provisions of the 1996 constitution.

As it stands, even the “special status” recommendation – which parliament approved in December and which President Biya has touted as a working solution to the crisis – seems destined to have limited impact. The new status would, on paper, provide for the central government in Yaoundé to consult Anglophone regional assemblies concerning decisions about the formulation of educational policy and the application of common law in their regions. But the provisions lack details on what kind of consultation is required or how the measures would be implemented, leaving many Anglophones frustrated, and bolstering the separatist narrative that division of the country is the only solution to English speakers’ marginalisation.

How are security risks evolving in the run-up to elections?

Violence in Anglophone areas has continued unabated. As noted above, the government has deployed additional troops to the Anglophone regions and tried to assure citizens there that they will be able to vote, including by sending teams of ruling-party campaign officials to engage with voters in some areas. But even these teams had to be guarded by heavily armed special forces, undermining the government’s narrative that peaceful polls are in the offing. While authorities have decided to group voting centres together to provide better security, this step does not address the question of how voters will travel safely on voting day. Separatists have accompanied their attacks on election offices with declarations of a “lockdown” – a tactic they use frequently, which consists of stopping all movement on roads and confining people to their homes – for the election period. As before the 2018 elections, thousands of civilians have fled Anglophone areas in the months leading up to the vote – into the bush, to Cameroon’s Francophone regions or to Nigeria.

Ethnic tensions have also risen in other parts of the country as the political crisis has deepened. In April and again in October 2019, tensions spilled over into minor clashes involving people of the Bulu ethnic group (to which Biya belongs), the Bamileke group (to which Kamto belongs) and others in the South and Centre regions. In Sangmelima in the South region , for instance, local Bulu attacked businesses belonging to Bamouns and Bamilekes, hundreds of whom fled the area. The violence did not directly result from an electoral or party dispute but appeared to be part of a pattern of intolerant rhetoric traded between the ethnic groups of rival political leaders, playing out in social media and, in some areas, on the street. On 30 January, a senior government minister, speaking on national television to victims of communal tensions in the Centre region, warned that violence might intensify unless action was taken to calm things down.

What are the implications for the country’s overall crisis?

An overwhelming CPDM victory in the forthcoming elections – which, as noted, seems to be a nearly foregone conclusion – will further bias the character of state institutions toward the views of a single party and seems bound to reduce prospects for frank discussions about resolving the Anglophone conflict and other brewing crises. The ruling party already dominates the upper house of parliament, the Senate, where it holds 87 of 100 seats. The 9 February elections are only for the lower house – the National Assembly – where the CPDM already holds 148 of 180 seats. That majority is likely to become even more lopsided.

Although the National Assembly usually complies with the government’s wishes on national issues, some deputies have expressed concerns about the situation in Anglophone regions and the SDF has tried (albeit unsuccessfully) to push for a full parliamentary debate on the crisis. Further ruling-party dominance risks muting the handful of voices that have been willing to challenge government positions on these issues.

The best approach for lowering tensions likely lies in dialogue outside parliament.

The best approach for lowering tensions likely lies in dialogue outside parliament. The CPDM and the major opposition parties – both the MRC and the SDF – need to talk about how to defuse the dangerous intercommunal dynamics that have become more pronounced over the past year. They should focus on how to contain the rising risk of political divisions and ethnic tensions fuelling each other in an escalatory spiral. As for the Anglophone crisis, a good next step would be for the government to have meaningful consultations with Anglophone representatives (beyond pro-government elites in Yaoundé) about the content of any political settlement – something it should have done in the context of the national dialogue – with the understanding that any durable arrangement will need to give sufficient weight to these perspectives.