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Bambari: une ville divisée, microcosme tragique de la crise centrafricaine
Bambari: une ville divisée, microcosme tragique de la crise centrafricaine
Sauver les élections en République centrafricaine et éviter un nouveau cycle de violences
Sauver les élections en République centrafricaine et éviter un nouveau cycle de violences
A man holds up a knife in front of French soldiers during a protest against French troops in Bambari on 23 May 2014. REUTERS/Goran Tomasevic
Commentary / Africa

Bambari: une ville divisée, microcosme tragique de la crise centrafricaine

La crise centrafricaine, qui a éclaté fin 2012, n’est pas simplement le résultat d’un coup de force de plus dans la longue série de putsch en Centrafrique. En fait, la prise du pouvoir en mars 2013 par la Seleka, une coalition de différents mouvements armés venant principalement du nord-est du pays, a radicalement changé la donne en renversant le paradigme politique centrafricain et en mettant à vif des tensions intercommunautaires sur la base d’appartenances religieuses.

Depuis 2014, Bambari, capitale de la province de la Ouaka, illustre ces complexités et les défis de demain pour la Centrafrique. Dans cette ville, le conflit entre les milices d’auto-défense (anti-balaka) et les ex-Seleka, s’est étendu aux populations locales, transformant ainsi une ville autrefois paisible en un territoire divisé et dangereux. Au mois d’août dernier, des affrontements meurtriers entre chrétiens et musulmans faisaient ainsi des dizaines de morts à la suite d’un crime similaire à celui qui a embrasé Bangui ce week-end et entraîné des violences dans la capitale qui n’ont pas encore cessé à l’heure où ce blog est publié.

Gros plan sur une ville divisée

Bambari, traditionnellement centre économique dynamique et lieu de brassage des populations centrafricaines, se situe sur les bords de la rivière Ouaka au centre du pays. Deuxième ville du pays par sa population dans les années 70, elle devait son essor à sa position stratégique, carrefour entre la capitale, Bangui, et les routes allant vers le nord du pays à la frontière avec le Soudan, mais également à ses ressources agricoles et minières (coton, tabac, or). Rassemblant au moins 28 ethnies au début des années 60, elle compte près de 30 000 habitants en 1975 dont la moitié est née ailleurs. En plus des populations vivant essentiellement de l’agriculture et de la pêche comme les Banda, Mandjia, Yakoma, Banziri, Zandé, Nzakara ou les Gbaya, les populations d’éleveurs peul s’y sont installées pour faire prospérer leurs cheptels dans les années 80.

Aujourd’hui, l’activité des usines de tabac, de coton et de sucre n’est plus qu’un lointain souvenir et le commerce du café et de l’or est sous le contrôle des groupes armés. Alors que les différentes communautés entretenaient des relations apaisées, la fracture communautaire entre musulmans et chrétiens est dorénavant profonde : le pont qui permet de franchir la rivière Ouaka divise la ville entre d’un côté les quartiers mixtes (chrétiens et musulmans) comme Saint-Joseph ou les quartiers musulmans comme Borno, et de l’autre les camps de déplacés exclusivement chrétiens. Comme à Bangui en décembre 2013 et au début 2014, la tension intercommunautaire à Bambari est telle que même des petits délits, comme les vols de motos, sont vécus comme des casus belli et déclenchent de violentes représailles entre chrétiens et musulmans. A la fin du mois d’août, la ville a connu plusieurs jours de violence qui ont forcé les ONG à suspendre leurs activités humanitaires et se sont traduits par plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés, dont un membre du Comité International de la Croix-Rouge.

La ligne de front

En dépit du redéploiement de plusieurs dizaines de gendarmes et de policiers et des autorités administratives (maire, préfet et sous-préfet), Bambari demeure une zone sous l’emprise de groupes armés et les ex-Seleka continuent à patrouiller en ville. Bien qu’après le coup d’Etat de mars 2013, la ville de Bambari ait rapidement été contrôlée par les chefs de guerre Seleka dont l’un utilisait le prête-nom de Ben Laden, les violences ont surtout pris de l’ampleur l’année suivante. Au début de 2014, la Seleka en retraite y établissait son état-major tandis que quelques mois plus tard ces derniers étaient rattrapés par des anti-balaka originaires de la Ouaka mais aussi de Sibut et de Bangui.

En 2015, Bambari est un enjeu territorial entre anti-balaka et ex-Seleka. Cette situation tranche avec le reste du pays. Alors qu’à l’ouest de la Centrafrique, la majorité des anti-balaka vit dans leurs villages d’origine et s’adonne désormais au banditisme local, certains groupes anti-balaka présents à Bambari viennent d’ailleurs et sont dans une logique de conquête territoriale et de harcèlement des musulmans. En effet, en plus des anti-balaka locaux originaires de la Ouaka, des commandos anti-balaka dirigés par d’anciens militaires venus de l’ouest obéissent à des dirigeants nationaux et veulent repousser les miliciens de l’ex-Seleka, et plus largement les populations musulmanes, vers l’est. De leur côté, les ex-Seleka en s’installant à Bambari et non à Bria situé plus à l’est, démontrent leur volonté de ne pas perdre du terrain et de contrôler ce carrefour stratégique.

Le choc des communautés

Bambari est aujourd’hui une ville de déplacés où se concentrent à la fois des musulmans de Bangui qui ont fui les milices anti-balaka, et des déplacés chrétiens et animistes qui ont fui les exactions de l’ex-Seleka dans la région. En effet, tous les villages sur les axes secondaires qui mènent à Bambari se sont vidés de leurs habitants, venant ainsi peupler les camps de déplacés dans la ville. Le conflit s’est déplacé avec ces mouvements de populations, et les camps sont aujourd’hui les repaires de certains groupes anti-balaka. Ayant perdu des proches et leurs biens au cours du conflit, certains déplacés sont animés d’un fort sentiment de vengeance, d’où l’apparition de violences qui ressemblent parfois à des vendettas. « On doit venger nos frères », nous confiait un nouvel arrivant à Bambari en mars 2015.

Alors qu’entre mai et juillet 2015, certains déplacés sont rentrés chez eux suite à une accalmie sécuritaire, les violences intercommunautaires du mois d’août ont poussé de nombreux habitants à se réfugier à nouveau dans les sites de déplacés. Aujourd’hui, la ville compte plus de 40 000 déplacés, répartis entre les camps et les communautés hôtes musulmanes de la ville.

La communautarisation du conflit est favorisée par les pratiques ethniques et commerciales du principal groupe armé de Bambari. Ali Darassa – chef de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), la principale faction de l’ex-Seleka à Bambari et ancien chef d’un groupe armé peul – a quitté Bangui pour rejoindre la Ouaka fin 2014, à la demande des populations peul. Pris pour cibles par les milices anti-balaka et les autres factions de l’ex-Seleka, les différents clans peul se sont solidarisés et ont été armés par Ali Darassa, commettant à leur tour leur lot d’exactions. Comme les autres seigneurs de guerre de l’ex-Seleka, il a rapidement mis en place « son » système fiscal en liaison avec des commerçants musulmans de la ville. L’économie de prédation de l’UPC fonctionne grâce à la coopération de commerçants qui bénéficient régulièrement d’escortes armées du fait de l’insécurité. Toutes les activités commerciales de Bambari sont taxées par l’UPC, qu’il s’agisse des négociants de bétail ou des commerçants soudanais qui achètent le café à Bambari pour le revendre au Darfour. Enfin, les multiples barrières sur les routes et pistes menant à Bambari permettent de rémunérer les miliciens.

A Bambari comme dans d’autres zones marquées par les affrontements communautaires violents, les miliciens de l’ex-Seleka apparaissent de facto comme le bras protecteur de communautés qui se sentent en danger et les anti-balaka bénéficient de certaines complicités au sein des camps de déplacés chrétiens. Les musulmans de Bambari craignent que le départ ou le désarmement des combattants de l’ex-Seleka conduise à des persécutions par le reste de la population, comme ce fut le cas par le passé à Bangui et à Grimari, et insistent pour que les miliciens demeurent en ville. Dans ce contexte, les associations de jeunesse musulmanes et chrétiennes jouent un rôle ambivalent. Si elles se disent ouvertes au dialogue, elles sont aussi des vecteurs de mobilisation parfois violente. Certains membres de l’Association des jeunesses musulmanes sont proches de l’ex-Seleka et ont appelé à plusieurs reprises les musulmans à se mobiliser contre le départ des miliciens de la ville. Les associations chrétiennes sont quant à elles parfois sous l’influence des anti-balaka.

La fin de l’occupation du bâtiment de la cour d’appel par les combattants de l’ex-Seleka en février 2015 a été suivie par des affrontements entre jeunes chrétiens et musulmans, entraînant la mort de plusieurs personnes. Les appels à manifestation de ces derniers jours en premier lieu contre l’opération « zone sans armes », mesure annoncée le 6 septembre par Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, mais aussi pour témoigner d’une solidarité vis-à-vis des musulmans de Bangui pris pour cibles lors des affrontements intercommunautaires qui se déroulent depuis le 26 septembre dans la capitale, pourraient rouvrir une nouvelle séquence de violence à Bambari.

Les autorités religieuses musulmanes et chrétiennes ont le plus souvent joué la carte de l’apaisement à Bambari mais l’affrontement communautaire met leur impartialité à rude épreuve : un abbé aurait pris fait et cause pour les anti-balaka au début de l’année 2015.

Quelles solutions ?                         

Comme Bangui aujourd’hui, la ville de Bambari est le triste symbole de la crise centrafricaine avec à la fois un choc frontal entre anti-balaka et ex-Seleka, et une rupture violente entre communautés. En effet, les violences communautaires qui ont éclaté fin août ont rappelé la volatilité des relations entre les communautés en Centrafrique. Dans ce contexte, l’urgence est de réduire la dépendance sécuritaire des communautés à l’égard des groupes armés, ce qui implique de fournir à ces communautés une protection efficace. Or, le retrait des forces françaises de la mission Sangaris de la zone de Bambari le mois dernier a diminué cette protection et les casques bleus ne sont pas encore en mesure de faire de la ville une « zone sans armes ».

En conséquence, les capacités de maintien de l’ordre de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca) à Bambari (effectifs de police, matériel de gestion de foule, etc.) doivent être largement revues à la hausse pour éviter que les manifestations ne dégénèrent et pour rassurer les populations. Par ailleurs, diminuer l’emprise des groupes armés sur l’économie locale implique de démanteler les réseaux de l’économie illicite, notamment le commerce illégal de l’or et du café. La Minusca et les autorités préfectorales récemment redéployées à Bambari devraient se concentrer sur cette tâche. Ces pressions sur les groupes armés sont indispensables pour créer les conditions favorables aux efforts de dialogue intercommunautaire et de rétablissement d’une administration locale fonctionnelle. Il ne saurait y avoir d’élections dans le climat actuel de violences que ce soit à Bambari ou à Bangui.

Contributors

Senior Analyst, Chad
Profile Image
Mathilde Tarif
Former Intern, Central Africa Project
A soldier of the United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in the Central African Republic (MINUSCA) patrols with the Central African National Gendarmerie in PK5, the predominantly Muslim shopping district of Bangui, on 7 Jan 2020. FLORENT VERGNES / AFP
Statement / Africa

Sauver les élections en République centrafricaine et éviter un nouveau cycle de violences

The Central African Republic is beset with fresh violence days before voting slated for 27 December. If the election is to go forward, and the country to avoid further turmoil, neighbouring heads of state will need to help rival politicians strike a deal.

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A quelques jours seulement des élections, des combats ont éclaté dans l’ouest de la République centrafricaine (RCA), où une coalition de groupes armés se bat contre les forces gouvernementales et onusiennes à 100 kilomètres à peine de Bangui, la capitale. Ces violences surviennent à la suite d’un fort regain des tensions politiques, exacerbé par la décision de la Cour constitutionnelle d’empêcher l’ancien président François Bozizé d’être candidat aux élections prévues le 27 décembre. La mission de l’ONU dans le pays, déployée depuis 2014, a intensifié ses opérations militaires en appui au gouvernement et des forces internationales sont arrivées en renfort. Impossible de savoir si cette intervention suffira à enrayer la progression des groupes armés ou si elle permettra au scrutin de se dérouler sans heurts. Pour que le pays ait une chance d’organiser ces élections et d’éviter de nouvelles violences et de nouveaux troubles, les dirigeants de la région devraient inciter le président Faustin-Archange Touadéra et François Bozizé à des négociations.

Depuis des décennies, la RCA connait des troubles d’intensités diverses et vit une crise prolongée depuis 2013. Cette année-là, une coalition rebelle composée majoritairement de musulmans, connue sous le nom de Séléka et issue du nord-est du pays, s’est révoltée contre le gouvernement de Bozizé et a brièvement occupé le pouvoir jusqu’à ce que certains pays de la région la poussent à se retirer. Les forces non musulmanes « anti-balaka » se sont soulevées pour défendre les non-musulmans contre l’attaque de la Séléka. Depuis cette crise, les anciennes factions de la Séléka et les anti-balaka se sont scindées, et de nouvelles factions armées ont vu le jour. Ces groupes armés sont responsables d’une insécurité généralisée dans le pays, car ils s’affrontent entre eux et combattent les forces du gouvernement pour conquérir territoire et influence. Un accord de paix conclu en 2019 et signé par quatorze factions armées n’a contribué que dans une faible mesure à réduire les violences, même avant le dernier épisode en date. Les groupes armés s’impatientent face à ce qu’ils considèrent comme l’incapacité du gouvernement à mettre en œuvre, depuis 2019, certaines parties de l’accord, notamment l’intégration de leurs combattants au sein d’unités spéciales mixtes de sécurité. Ils ont également exprimé leur opposition croissante au gouvernement Touadéra lui-même.

Depuis plusieurs mois déjà, les tensions politiques en RCA sont vives, mais la décision de la Cour constitutionnelle du 3 décembre statuant que Bozizé, revenu en RCA en 2019 après des années d’exil, ne pouvait pas se présenter aux élections les a encore attisées. Pour justifier sa décision, la cour a indiqué que l’ancien président, qui a pris le pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 2003, faisait l’objet de sanctions des Nations unies et d’un mandat d’arrêt délivré par le gouvernement pour son rôle présumé dans des meurtres, des enlèvements, des détentions arbitraires et des faits de torture. Ces accusations, que Bozizé nie en bloc, concernent des évènements qui se sont déroulés à l’époque où il était en poste et pendant la période qui a suivi sa destitution. Peu après l’annonce de la décision de la cour, il a été rapporté que Bozizé rencontrait certains de ses soutiens politiques dans sa préfecture natale d’Ouham, dans l’ouest du pays. Entretemps, il a également rencontré trois dirigeants de groupes armés, deux anti-balaka et un ex-Séléka, qui avaient participé à la coalition qui l’avait évincé du pouvoir en 2013. En réponse, le gouvernement de Touadéra a accusé Bozizé de chercher à déstabiliser le pays.

A l’approche du scrutin, plusieurs groupes armés se sont joints à la mêlée de ce qui ressemble désormais à une tentative de suspendre les élections et de renverser Touadéra.

A l’approche du scrutin, plusieurs groupes armés se sont joints à la mêlée de ce qui ressemble désormais à une tentative de suspendre les élections et de renverser Touadéra. Le 15 décembre, une coalition composée de six des groupes armés les plus importants et les mieux équipés, dont des factions ex-Séléka et anti-balaka, ont publié un communiqué fustigeant des préparations électorales, à leurs yeux, plus que bâclées. Ces groupes figuraient parmi les signataires de l’accord de paix conclu en février 2019, mais manifestent aujourd’hui leur intention de mettre un terme à toute coopération avec le gouvernement. Bien que leur communiqué ne mentionne aucun soutien ouvert à Bozizé, il a été signé dans la ville de Kamba Kota, située non loin du fief politique de l’ancien président. Depuis le 18 décembre, ces groupes ont conquis des parties des préfectures de Lobaye, Ouham, Ouham-Pendé, Nana-Grébizi, Ombella-Mpoko et Ouaka, bloquant ainsi les principales routes d’approvisionnement vers Bangui. Dans une autre déclaration, ils ont appelé à l’insurrection populaire armée et proclamé leur résolution à manifester dans la capitale.

Les acteurs internationaux sont désormais intervenus, mais il n’est pas encore possible de déterminer s’ils parviendront à repousser les assaillants et à garantir la tenue des élections. A la demande du gouvernement, la Russie et le Rwanda ont envoyé des centaines de troupes en RCA, en particulier à Mbaïki (la capitale de la préfecture de Lobaye). Les forces de l’ONU, en particulier les contingents portugais et rwandais, ainsi que l’armée nationale ont entretemps combattu les rebelles dans l’ouest et le sud du pays autour de Bossombélé (préfecture d’Ombella-Mpoko) et de Bossemptélé (préfecture d’Ouham-Pendé). Les combats pourraient se poursuivre au-delà de la date des élections, mettant ainsi le scrutin en péril. S’il n’est pas possible de procéder au vote, et qu’un nouveau président et une nouvelle assemblée nationale ne sont pas élus avant la fin des mandats le 31 mars 2021, les rivaux politiques de Touadéra s’opposeront certainement à une prolongation de ce dernier dans ses fonctions. En l’absence d’une procédure claire sur la désignation d’un président et d’une assemblée nationale intérimaires, le pays s’exposerait alors à des luttes intestines plus accrues entre les élites.

Une victoire décisive sur les groupes armés dans les jours qui viennent étant peu probable, il convient de mener une médiation afin d’apaiser les esprits à temps pour le scrutin. Le président et ses soutiens insistent sur le fait qu’ils ne se laisseront pas intimider pour reporter les élections ou permettre à Bozizé de s’y présenter. Ils pourraient toutefois faire une proposition intéressante à l’ancien président qui, à son tour, pourrait convaincre les groupes armés de baisser les armes. Les autorités pourraient notamment mettre un terme au harcèlement envers Bozizé et les membres de sa famille qui ont subi des intimidations physiques, perquisitions et arrestations ; lever les mandats d’arrêt délivrés à son égard et celui de ses associés ; et discuter de la possibilité pour lui et son parti de revenir dans l’arène politique à l’avenir. Si ces perspectives sont impensables pour beaucoup de citoyens centrafricains, l’autre voie, qui pourrait impliquer davantage de violence, serait encore pire.

Une victoire décisive sur les groupes armés dans les jours qui viennent étant peu probable, il convient de mener une médiation afin d’apaiser les esprits à temps pour le scrutin.

Les chefs d’Etat régionaux, y compris celui de l’Angola, qui préside la commission de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, et du Congo-Brazzaville, qui est de longue date le médiateur principal dans les crises en RCA et qui jouit d’une certaine influence sur l’opposition politique dans le pays, pourraient devoir intervenir. Ils devraient convaincre Touadéra d’accepter ce type de négociations et persuader Bozizé que, pour l’heure, les propositions du président et de ses soutiens sont tout ce à quoi il peut prétendre. L’Union africaine, en sa qualité de garante de l’accord de paix de 2019, pourrait apporter un appui technique dans le cadre d’un dialogue, quel qu’en soit le format. Sans cela, Touadéra pourrait devoir faire face à une rébellion généralisée, qui pourrait rendre le pays ingouvernable pour son deuxième mandat ou même le renverser un jour. Bozizé pourrait quant à lui essuyer une défaite militaire et un renvoi devant la Cour pénale internationale. En outre, ces acteurs et d’autres garants internationaux devraient convoquer une réunion entre le gouvernement et les groupes armés afin de renforcer les efforts déployés pour mettre en œuvre l’accord de paix de 2019. Il s’agit en effet d’une demande fondamentale émanant des quatorze groupes armés signataires.

Pour beaucoup à Bangui, les solutions proposées ci-dessus pourraient être difficilement acceptables, mais au vu du déploiement des Nations unies sur un territoire aussi vaste et de la faiblesse des forces armées, ces propositions pourraient être la seule manière de s’assurer que le scrutin se tienne à la date prévue et relativement sereinement, et que le pays évite un nouveau cycle de violence dangereux.