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Centrafrique : quatre priorités pour le nouveau président
Centrafrique : quatre priorités pour le nouveau président
République centrafricaine : des pourparlers à la paix
République centrafricaine : des pourparlers à la paix
Faustin-Archange Touadera looks on at the start of a a live television debate on 12 February 2016. REUTERS/Siegfried Modola
Commentary / Africa

Centrafrique : quatre priorités pour le nouveau président

L’entrée en fonction le 30 mars dernier du président Faustin-Archange Touadéra, vainqueur le 14 février 2016 du deuxième tour de l’élection présidentielle avec près de 63 pour cent des voix, marque la fin de trois années de transitions politiques laborieuses pour la République centrafricaine (RCA), sans pour autant constituer l’épilogue d’une crise qui s’inscrit dans la durée.

Les électeurs ont fait le déplacement, démontrant une envie forte de tourner la page.

Pour le nouveau président, fort d’un incontestable soutien populaire, la route vers la stabilisation du pays est encore longue et les défis sont considérables. Si dans certaines villes comme Bangui, les violences ont diminué, il faut se méfier des phénomènes d’amnésie générale qui accompagnent parfois une normalisation de la situation sécuritaire en RCA. La crise qui a débuté fin 2012 reste la plus grave depuis l’indépendance du pays et a mis à mal la fabrique sociale. Par ailleurs, tous les éléments de déstabilisation demeurent et le risque de rechute est bien présent. En effet, des groupes de jeunes, en zone urbaine, sont toujours mobilisables par des politiciens ou des rebelles, le grand banditisme est un fléau vécu au quotidien par les populations rurales, et les groupes armés, notamment de l’ex-Seleka, conservent leur capacité de nuisance et leur mainmise sur des territoires entiers.

Dans ce contexte, les priorités sont légion pour le nouveau président. Il devra en effet rompre avec ses prédécesseurs en mettant fin à la patrimonialisation du pouvoir qui a contribué, depuis 30 ans, au délitement de l’Etat centrafricain et du tissu économique. Il devra par ailleurs faire de la lutte contre l’impunité des crimes de sang mais aussi des crimes économiques un cheval de bataille et, avec le soutien des partenaires internationaux, remettre en état les facteurs de production, seuls capables de fournir une alternative à la violence pour une partie de la jeunesse des rues. Alors qu’une nouvelle séquence politique s’ouvre en RCA, le gouvernement et la communauté internationale doivent concentrer leurs efforts sur quatre axes essentiels : le processus de réconciliation, l’élaboration d’une stratégie globale pour le retour des réfugiés, la lutte contre l’impunité et le règlement de l’épineuse question des groupes armés.

Une nouvelle séquence politique : entre risques et opportunités

Les élections présidentielle et législatives organisées fin 2015 et début 2016 ont fait naitre beaucoup d’espoir et généré des attentes fortes au sein de la population, comme l’a constaté Crisis Group à Bangui en mars dernier. Bien que le taux de participation ait chuté entre les premier et deuxième tours (et qu’une organisation chaotique des scrutins ait ouvert la voie à des résultats contestables), les électeurs ont fait le déplacement, démontrant une envie forte de tourner la page. Cette nouvelle séquence politique comporte des risques mais constitue aussi une opportunité démocratique qui ne s’était pas présentée depuis longtemps. Composé de très nombreux députés indépendants ou issus de partis politiques minoritaires, le parlement pourrait ne plus être une simple chambre d’enregistrement sous la coupe d’un parti, mais devenir une arène plus démocratique. Il faut néanmoins pouvoir gouverner et si certains parlementaires indépendants semblent s’être ralliés au nouveau président et qu’il peut également compter sur des partis l’ayant soutenu au second tour, il devra encore convaincre pour constituer une vraie majorité à l’assemblée.

Bien qu’étant un président populaire, Touadéra devra dès le début de son mandat faire face à de multiples mécontentements. Il doit s’affranchir de certains soutiens nocifs – dont des proches de l’ancien président Bozizé qui ont joué un rôle dans la mobilisation des milices anti-balaka– tout en ménageant une partie de sa base politique, elle-même issue du Kwa na Kwa, le parti de l’ancien président. La nomination au poste de chef du gouvernement de Simplice Sarandji, ancien secrétaire général de l’université de Bangui et directeur de cabinet de Touadéra lorsqu’il était Premier ministre, est certainement un signe encourageant. De même, la composition du nouveau gouvernement évite certains écueils. Touadéra a tenu à remercier des soutiens du second tour comme Jean-Serge Bokassa, devenu ainsi ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du territoire, et Charles Amel Doubane, devenu ministre des Affaires étrangères. Il a aussi intégré dans son gouvernement et nommé au poste de vice-président d’anciens ministres de Bozizé tout en excluant les chefs de groupes armés ou leurs soutiens politiques ; une mise à l’écart des miliciens qui lui a d’ailleurs valu d’être vivement critiqué par certains barons de l’ex-Seleka. La nomination des conseillers sera le prochain test important pour un président sous pression qui doit maintenir le cap et éviter toute cooptation politique des rebelles afin de ne pas répéter les erreurs du passé.

Carte de la République centrafricaine

La réconciliation nationale : le « Rubik’s Cube » centrafricain

La crise centrafricaine a mis en lumière des tensions communautaires très fortes, dont certaines sont le produit d’une longue histoire. Aujourd’hui, réconciliation nationale et cohésion sociale sont de véritables slogans, à tel point que même les groupes armés disent, non sans un certain cynisme, vouloir en être des acteurs. Mais ce processus prendra beaucoup de temps. Les problématiques d’identité nationale et de citoyenneté, apparues avec force au moment de la crise, n’ont pas disparu et de violents affrontements intercommunautaires ont encore lieu, comme aux mois de mars et avril derniers à Bambari, dans le centre du pays, ou dans le Nord-Ouest, entre transhumants et agriculteurs.

Aujourd’hui, réconciliation nationale et cohésion sociale sont de véritables slogans.

L’objectif de réconciliation requiert avant tout une impulsion politique forte au niveau national. A cet égard, la visite du Pape dans la capitale centrafricaine, en novembre 2015, est riche d’enseignements. En marchant de la mosquée centrale au stade de Bangui, ce dernier a drainé derrière lui des Centrafricains nombreux, de toutes confessions, et a montré qu’il était possible d’aller au contact des populations pour recréer du lien. Les déplacements du nouveau président en mars 2016 à Obo dans le Sud-Est du pays et dans une région du Nord-Est, la Vakaga, coupée du reste du pays et dont le divorce d’une partie des populations avec l’Etat central est depuis longtemps consommé, envoient aussi un message fort de cohésion nationale.

Cependant, il en faudra certainement bien davantage pour rétablir la confiance entre la capitale et ses périphéries. D’autres mesures symboliques fortes pourraient être prises : organiser la fête nationale du 1er décembre dans le Nord-Est de la RCA, d’où sont originaires de nombreux combattants de l’ex-Seleka, reconnaitre les fêtes musulmanes comme jours fériés pour répondre à une vieille revendication, ou encore élaborer des programmes d’intégration dans la haute fonction publique de personnes originaires des différentes régions. En outre, il faut changer la relation entre le pouvoir central établi dans la macrocéphale Bangui et les provinces. Compte tenu de la faiblesse de l’Etat central et du manque de moyens pour la mettre en œuvre, la décentralisation prônée par Faustin Touadéra, qui s’inscrit dans la droite ligne des recommandations du forum de Bangui, demeure une chimère à ce stade. Pourtant, il est indispensable pour l’Etat de réinvestir son territoire, ce qui peut passer par un temps de présence beaucoup plus long des députés dans leurs circonscriptions, l’établissement de ministres-résidents (dans leurs provinces), ou encore le financement de comités de reconstruction locaux qui pourraient associer autorités locales, acteurs économiques et société civile.

Les jeunes d’aujourd’hui sont moins bien formés que leurs parents, ce qui les rend plus facilement mobilisables par les groupes armés et manipulables par les hommes politiques.

Par ailleurs, pour éviter que des épisodes de violence comme ceux qu’a récemment connus le pays ne se reproduisent, Touadéra, ancien recteur de l’université de Bangui, devra investir un domaine qu’il connait bien et qui peut être un puissant vecteur de cohésion sociale : l’éducation. Afin de préparer une sortie de crise durable, la reconstruction du secteur éducatif, y compris dans les régions reculées, devrait être érigée en priorité nationale. Les anciennes fonctions de l’actuel président et de son Premier ministre seront certainement des atouts. Le secteur de l’éducation s’est délité en RCA depuis longtemps. Les jeunes d’aujourd’hui sont moins bien formés que leurs parents, ce qui les rend plus facilement mobilisables par les groupes armés et manipulables par les hommes politiques. Même avant la crise, le budget de l’éducation était dérisoire, ne représentant en 2008 que 15 pour cent des dépenses courantes hors dette contre 28 pour cent en 1996, beaucoup d’enseignants peu qualifiés et très mal rémunérés ne rejoignaient pas leur lieu d’affectation, et les leçons étaient parfois dispensées par des parents volontaires. La crise qui a débuté fin 2012 est venue porter un coup supplémentaire au secteur et de très nombreuses écoles ont fermé sur tout le territoire.

Au moment où le Partenariat mondial pour l’éducation, un mécanisme de financement multilatéral de l’enseignement primaire et secondaire, doit procéder à une revue actualisée du secteur de l’éducation en RCA, les partenaires internationaux et le ministère de l’Education doivent travailler sur le long terme en élaborant un plan sectoriel à dix ans qui comprendrait, entre autres, la reconstruction des écoles détruites, la création d’instituts de formation pour les instituteurs, la revalorisation de leur statut et de leurs salaires et le renforcement des capacités des administrations en charge de l’enseignement. Il faut également travailler sur le contenu des programmes scolaires et miser sur l’éducation post-conflit en concevant des cours sur la tolérance et la réconciliation intercommunautaire. Des activités psychosociales devraient aussi être proposées après l’école pour les enfants ayant subi des traumatismes. Enfin, des politiques alternatives d’éducation et de formation devraient être développées pour les jeunes n’ayant jamais suivi de cursus scolaire et qui, pour certains, ont choisi la voie des armes.

Elaborer une stratégie globale pour le retour des réfugiés centrafricains

Au cours de ses premières visites officielles dans les pays voisins, le nouveau président a évoqué la question des réfugiés centrafricains, une pièce capitale dans le puzzle de la réconciliation nationale. Aujourd’hui, on dénombre 466 000 réfugiés centrafricains, qui ont trouvé asile essentiellement au Cameroun, au Tchad et en République démocratique du Congo, et 421 000 déplacés internes sur tout le territoire, soit au total un cinquième de la population centrafricaine. A l’est de la ligne de front (qui se situe au centre du pays et délimite les zones d’influence anti-balaka/ex-Seleka), les mouvements de déplacés internes, notamment des musulmans originaires de l’Ouest ayant fui les exactions des anti-balaka et qui se sont installés durablement dans des villes comme Bambari, Bria ou encore Ndélé, ont parfois modifié les équilibres démographiques. La crise a aussi érigé des frontières symboliques dans les villes et figé certains quartiers comme ceux situés en bordure de PK5 à Bangui. La situation des réfugiés est encore plus problématique. Aucune stratégie globale d’accompagnement des retours volontaires n’a été élaborée jusqu’à présent, ce qui pourrait conduire à des tensions à l’avenir.

Les obstacles au retour des réfugiés résultent principalement d’un sentiment d’insécurité persistant et justifié et des expropriations de fait.

Les obstacles au retour des réfugiés résultent principalement d’un sentiment d’insécurité persistant et justifié et des expropriations de fait. On observe déjà des mouvements de retour, notamment de commerçants qui s’étaient réfugiés au Tchad, vers Bangui, mais aussi de manière plus timide, vers l’ouest du pays ou encore de certains éleveurs Peuls vers Boali. Néanmoins, dans certaines villes comme Bossangoa, l’hostilité de la population chrétienne et animiste à l’égard des musulmans rend pour l’instant ces retours impossibles. Par ailleurs, de nombreuses maisons appartenant aux musulmans à l’Ouest du pays sont aujourd’hui occupées ou ont été détruites. Or l’achat de maisons et de terrains en province est souvent un processus informel, validé par les chefs de quartiers et parfois par le maire, sans inscription au cadastre foncier. Le manque d’indépendance de certains chefs de quartiers, parfois mis sous pression, pourrait compliquer la restitution de ces propriétés. Quant à Bangui, si beaucoup de commerçants musulmans sont rentrés à PK5 et ont repris leurs activités, des problèmes de distribution de patentes apparaissent sur d’autres marchés, comme au quartier « combattant », où des jeunes Banguissois ont repris les emplacements des commerces auparavant tenus par des musulmans.

Avec le concours des ONG et des Nations unies, les autorités centrafricaines devraient proposer un programme pilote de sécurisation des propriétés des musulmans dans plusieurs villes de l’Ouest du pays où les conditions sécuritaires le permettent. Elles devraient étudier les intentions de retour des réfugiés au Cameroun et au Tchad puis, dans un second temps, échanger avec les autorités locales pour déterminer les lieux dans lesquels ces retours sont possibles et sous quelles conditions. Sur cette base, le gouvernement, avec le soutien des bailleurs, devrait proposer un plan d’accompagnement socioéconomique au retour des réfugiés qui favorise leur réinstallation et la reprise de leurs activités. En effet, en RCA, la réduction de la fracture communautaire passe nécessairement par la réactivation des complémentarités économiques qui existaient avant la crise et constituaient le socle des relations sociales entre les communautés.

Lutter contre l’impunité : une bataille globale

La lutte contre l’impunité était un point important du discours d’investiture du nouveau président. C’est également une revendication populaire majeure, comme l’ont rappelé avec force les très nombreux témoignages recueillis au cours des consultations populaires qui ont précédé le forum de réconciliation nationale de Bangui en mai 2015. Pourtant, bien qu’essentiel, ce chantier sera difficile à mettre en œuvre. En effet, le bilan des vingt dernières années est édifiant. A la suite des crises qui ont secoué le pays de façon récurrente, des rébellions incessantes qui ont fait de nombreuses victimes, des agissements meurtriers des gardes présidentielles successives, seulement une petite poignée des responsables ont été traduits devant la justice pour répondre de leurs actes et les groupes armés subsistent. Cette impunité quasi-totale est le résultat d’une vieille politique de prime à la violence qui substitue au traitement judiciaire un traitement politique et la conséquence d’un système judiciaire centrafricain aujourd’hui en ruines.

Avant la crise, la RCA ne comptait que 129 magistrats (dans un pays de près de cinq millions d’habitants) et le budget de la justice était dérisoire. Depuis, la situation s’est encore dégradée : beaucoup de tribunaux et de commissariats ont été détruits au cours du conflit, les prisons, locaux où ont lieu les gardes à vue et les maisons d’arrêt manquent cruellement et toute la chaîne pénale est à reconstruire. Des bailleurs (dont l’Union européenne et le Programme des Nations unies pour le développement) ont effectué un travail important pour la réhabilitation du secteur de la justice et la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique (Minusca) a arrêté quelques criminels dans le cadre des mesures temporaires d’urgence. Signe des difficultés rencontrées, néanmoins, des arrestations de miliciens bien connus se sont parfois soldées par une relaxe, faute de preuves suffisantes. Aujourd’hui, sur les trois cours d’appel que compte la RCA (Bangui, Bambari et Bouar), seules à même de prononcer des jugements pour des crimes très graves, deux sont quasiment à l’arrêt. En effet, à Bambari, une partie de la justice est toujours administrée par les groupes armés dont certains siègent à quelques pas du tribunal. A Bouar, les magistrats sont très peu présents, comme d’ailleurs dans la plupart des 24 tribunaux de province : « les magistrats préfèrent rester à Bangui soit par confort, soit car ils ont peur des représailles », nous explique un expert sur ces questions.

Cette impunité quasi-totale est le résultat d’une vieille politique de prime à la violence …

Des initiatives ont vu le jour pour pallier les déficiences du système de justice pénale. Dès septembre 2014, le bureau de la Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur les crimes commis depuis 2012, mais aucun mandat d’arrêt n’a été émis jusqu’à présent. En outre, près d’un an après la promulgation par l’ancienne présidente par intérim Catherine Samba Panza de la loi visant à établir une Cour pénale spéciale, composée de magistrats nationaux et internationaux, cette dernière n’est toujours pas opérationnelle, en partie faute de financements suffisants.

La lutte contre l’impunité doit aller bien au-delà des crimes de sang et s’attaquer aux délits économiques et financiers et à la prédation étatique, qui ont très largement favorisé la survenue de la crise (voir le rapport de Crisis Group, Centrafrique : de la prédation à la stabilisation). Ces dernières années, seuls trois ou quatre hauts fonctionnaires ont été sanctionnés administrativement pour avoir détourné de l’argent, provenant le plus souvent des partenaires internationaux. Parmi eux, certains ont été reclassés au sein d’autres administrations. Pour briser ce système de rente qui a contribué à l’effondrement progressif de l’Etat, les nouvelles autorités devraient prévoir des sanctions administratives fortes contre les auteurs de corruption et la justice devrait se saisir de ces dossiers à l’avenir.

L’épineuse question des groupes armés

Touadéra prend les rênes du pays dans un contexte sécuritaire certes moins explosif que lors de l’entrée en fonction de Samba Panza en 2014, mais encore très préoccupant. Le problème des groupes armés est loin d’être résolu. Si les effectifs de certaines milices, notamment anti-balaka, ont diminué, beaucoup s’adonnent aujourd’hui au banditisme rural, multipliant les rackets sur les marchés locaux ; les factions de l’ex-Seleka conservent quant à elles une mainmise sur des territoires entiers et le désarmement piétine – seule une minorité de rebelles a rendu les armes dans le cadre d’un pré-programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR). Dans ce contexte, le retrait graduel de la force française Sangaris en 2016 (un dispositif militaire très allégé de 300 hommes devrait être maintenu) n’est pas une bonne nouvelle, et ce à plusieurs égards. Filet de sécurité pour la capitale, elle est sans doute la plus dissuasive des opérations de maintien de la paix déployées en RCA ces dernières années. La Minusca ne pourra probablement pas compenser le retrait de Sangaris et risque d’éprouver plus de difficultés à exercer une pression militaire, pourtant indispensable, sur ces groupes.

Au-delà des aspects militaires, les nouvelles autorités devraient s’inscrire en rupture avec plusieurs années de légitimation des groupes armés. Si ces derniers ont manqué le virage de la politisation, ne parvenant pas à se transformer en partis politique, ils sont tout de même devenus des acteurs incontournables. Pendant la transition politique, les partenaires internationaux et les autorités ont opté pour le compromis habituel : négocier et donner un espace politique aux groupes armés. Ainsi, l’intégration politique de certains dirigeants anti-balaka et Seleka (Djono, Hissene, Wenezaoui, Leopold Bara et d’autres ont été ministres même sous la présidence de Samba Panza), les demandes (qui n’ont pas abouti) de la communauté internationale de structurer ces groupes au sommet de Brazzaville en juillet 2014, ou encore les promesses faites dès 2013 par les partenaires internationaux, dont les Nations unies, aux chefs des groupes armés d’une incorporation massive de leurs combattants dans l’armée ont accentué les problèmes qu’on voulait juguler, en suscitant des attentes fortes et en renforçant le poids de ces groupes.

Le processus de sortie de crise s’annonce encore long et éprouvant, et les solutions sont avant tout centrafricaines.

Aujourd’hui, de nombreux chefs de milices voient le DDR comme une vaste opération de recrutement dans l’armée plutôt que comme une réinsertion économique pour les combattants. « Le DDR, c’est une visite médicale », nous confiait en mars 2016 un chef bien connu des anti-balaka à Bangui, avant d’ajouter : « celui qui est apte va dans les corps habillés et la minorité restante se verra proposer un autre travail ». Un ex-leader Seleka ayant quitté la lutte armée ajoutait quant à lui qu’« il y a un fantasme des groupes armés sur le DDR et il y aura des mécontents ». Alors que Touadéra a déjà entamé des discussions avec ces groupes, il devrait tenir un discours de vérité et leur annoncer qu’une intégration de leurs troupes dans l’armée est impossible, afin d’éviter de « milicianiser » un corps bancal, qui compte déjà parmi ses rangs d’anciens rebelles. La communauté internationale devrait appuyer une telle démarche.

Comme le soulignait le rapport Centrafrique : les racines de la violence de l’International Crisis Group, publié en septembre 2015, il convient de passer d’une logique de programme DDR à une politique de désarmement articulée autour de la lutte contre les trafics et la mise en place de grands projets de développement à même de réduire l’attractivité de l’économie de la violence. Comme les derniers affrontements près de Bouar l’ont encore montré en avril, le contrôle des ressources et notamment des chantiers miniers est au cœur du problème. Ainsi, la Minusca devrait déployer des forces internationales dans les principales mines de diamant et d’or pour permettre aux fonctionnaires centrafricains de réinvestir le terrain, et à terme elle devrait relancer les mécanismes de certification du Processus de Kimberley, même à l’Est.

Le processus de sortie de crise s’annonce encore long et éprouvant, et les solutions sont avant tout centrafricaines. Pour qu’il ait une chance d’aboutir, il faut à la fois qu’il fasse l’objet d’une appropriation nationale forte, avec l’élaboration d’une feuille de route par les autorités centrafricaines, et d’un soutien constant de la communauté internationale, qui ne doit pas confondre élections et sortie de crise, et doit inscrire son action dans le long terme.

Commentary / Africa

République centrafricaine : des pourparlers à la paix

The deadly threat posed by armed groups in the Central African Republic has led to severe displacement and food insecurity. In this excerpt from our Watch List 2019 for European policymakers, Crisis Group urges the EU to support multi-level mediation by the African Union and to back local peace initiatives.

Plus de six ans après le début de la crise la plus profonde que la République centrafricaine (RCA) ait connu depuis son indépendance, et trois ans après l’élection du président Faustin Archange Touadéra, le pays reste dans la tourmente. La fin de l’année 2018 a été marquée par des affrontements meurtriers entre groupes armés, et entre ces groupes et les forces de maintien de la paix des Nations unies dans les grandes villes, ainsi que par des tensions croissantes à Bangui, la capitale. Les anciennes factions de la Seleka, une coalition de groupes rebelles du Nord et de l’Est du pays qui a renversé le président François Bozizé en 2013 et s’est maintenue au pouvoir pendant deux ans avant d’en être chassée, les anti-balaka, les milices formées pour combattre la Seleka qui se sont ensuite transformées en bandits, et une série d’autres milices communautaires d’autodéfense sont implantées sur une bonne partie du territoire, contrôlant de nombreux sites miniers, axes routiers, et corridors de transhumance empruntés par les éleveurs. Ni l’importante force de maintien de la paix des Nations unies, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca), ni l’armée nationale en reconstruction, qui se déploie lentement à travers le pays après des années de formation par l’Union européenne, ne peuvent juguler les exactions perpétrées par ces groupes et leurs luttes intestines.

La violence provoque d’importants déplacements de population, et engendre insécurité alimentaire et malnutrition. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, en octobre 2018, 642 842 personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays et plus de 573 200, dont de nombreux musulmans fuyant la persécution de diverses milices, avaient trouvé refuge dans les pays voisins. Quelque 2,5 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire. Dans la capitale, la plupart des musulmans sont concentrés dans le quartier PK5. Ils vivent toujours dans la peur d’être pris pour cibles par des groupes armés en raison de leur appartenance religieuse.

Fin janvier (alors que ce document était mis sous presse), des pourparlers avaient lieu entre des représentants des différents groupes rebelles et du gouvernement centrafricain à Khartoum, la capitale soudanaise. Ces discussions constituent une bonne occasion de recentrer les efforts sur la médiation de l’Union africaine (UA), qui a récemment été concurrencée par une initiative russo-soudanaise parallèle. Bien que cela nécessite des compromis des différentes parties à la négociation, il est probable que les pourparlers de Khartoum débouchent sur un accord, même à minima. Le défi pour 2019 sera de faire en sorte qu’un tel accord fasse vraiment une différence sur le terrain. Les acteurs internationaux devront faire front commun et exercer des pressions sur les pays voisins, en particulier le Soudan et le Tchad, pour qu’ils usent de leur influence sur les groupes armés – notamment les principales factions ex-Seleka – afin qu’ils respectent les engagements pris à Khartoum. Ils devraient également soutenir les initiatives de paix locales, complémentaires de l’accord au niveau national : elles peuvent permettre à la fois de prendre en compte les revendications des groupes armés et les préoccupations des communautés locales des zones dans lesquelles ils opèrent.

L’UE et ses Etats membres devraient :

  • maintenir leur soutien à l’effort de médiation de l’UA en faisant pression sur le gouvernement pour qu’il respecte les engagements pris dans le prochain accord, et sur le Soudan et le Tchad pour qu’ils usent de leur influence et persuadent les groupes armés de démobiliser leurs combattants ; ces deux gouvernements devraient également entamer des discussions avec le gouvernement de la RCA sur le rapatriement des combattants tchadiens et soudanais au sein de ces groupes ;
     
  • soutenir la nomination programmée d’un envoyé spécial conjoint de l’UA et des Nations unies, et encourager ce représentant à se concentrer non seulement sur les négociations entre les groupes armés et le gouvernement, mais aussi sur la diplomatie régionale pour encourager Bangui et les capitales voisines à trouver un terrain d’entente sur des questions telles que le rapatriement des combattants étrangers et la transhumance ;
      
  • soutenir, aux côtés des Nations unies, les initiatives de paix locales qui tiennent compte des revendications locales des groupes armés et des préoccupations des communautés locales, réduisant ainsi les niveaux de violence et, en permettant de mieux comprendre les intérêts et les forces des groupes armés, favorisent un désarmement.
     

Depuis juin 2017, l’UA, soutenue par des pays africains et les Nations unies ainsi que par l’UE et ses Etats membres, tente  de jouer un rôle de médiateur entre le gouvernement et quatorze groupes armés, y compris des factions ex-Seleka, des groupes anti-balaka et des milices d’autodéfense communautaires, qui ont souvent des intérêts et objectifs concurrents. Le panel de facilitation de l’UA, présidé par le burkinabè Moussa Nébié, a rencontré les dirigeants de ces groupes en préparation du dialogue avec le gouvernement. Cela s’est traduit par une liste de 115 demandes réparties en quatre domaines thématiques (politique, socio-économique, sécurité et défense, justice et réconciliation). Les principales revendications susceptibles de constituer des obstacles aux négociations portent sur la décentralisation (le gouvernement craint que les groupes armés l’utilisent pour consolider leur emprise sur les provinces qu’ils contrôlent, en particulier dans le cas des grandes factions ex-Seleka du Nord et de l’Est du pays) ; le partage du pouvoir au niveau national ; le contrôle des ressources naturelles ; les revendications des groupes armés en matière d’immunité pour les crimes commis pendant le conflit ; et l’intégration de certains de leurs membres dans l’armée (et à quel grade).

Ces derniers mois, une initiative russo-soudanaise parallèle a entravé les efforts déployés par l’UA. A la fin de l’année 2017, frustré par ce qu’il percevait comme l’inefficacité ou la lenteur de ses partenaires pour aider l’armée nationale à se déployer et pour amener les groupes armés à la table des négociations, le président Faustin-Archange Touadéra a sollicité l’aide de la Russie. L’armée nationale a obtenu de Moscou des formations et des équipements, en plus de ce qu’avait déjà fourni la mission de formation de l’UE active en RCA depuis 2016. La Russie a également commencé à prodiguer au président des conseils en matière de sécurité et à lui fournir une protection personnelle. A la mi-2018, elle a encouragé le Soudan, avec lequel Moscou entretient des relations très étroites, à entamer des pourparlers à Khartoum avec des représentants des groupes armés et du gouvernement centrafricain. Cette voie parallèle a longtemps asphyxié les efforts de l’UA et permis à la fois aux représentants des groupes armés et au gouvernement de passer opportunément d’une instance à l’autre. Elle a également provoqué des tensions entre, d’une part, l’UA, l’ONU et l’UE, qui ont soutenu la voie de l’UA, et d’autre part, le Soudan, la Russie et le président Touadéra.

Les récents efforts diplomatiques de l’UA et des Nations unies ont contribué à rapprocher ces deux voies parallèles. Le 9 janvier, à la suite d’une visite à Bangui du commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, Smaïl Chergui, et du secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, Pierre Lacroix, le président Touadéra a annoncé que le gouvernement rencontrerait les groupes armés à Khartoum le 24 janvier sous les auspices de l’UA. Donner au Soudan la possibilité de jouer les maîtres de cérémonie est une solution judicieuse pour combler le fossé entre les deux initiatives et apaiser les divisions internationales.

Cependant, les pourparlers pourraient être épineux. Le gouvernement a accepté d’intégrer certains membres des groupes armés dans les forces régulières, tout en respectant les conditions existantes en matière d’âge et de niveau d’éducation. Mais les négociateurs gouvernementaux résisteront probablement à l’idée de céder davantage de terrain sur le partage du pouvoir et l’immunité, étant donné la colère populaire face à la violence et aux exactions commises par les groupes armés, et le fait que les concessions obtenues par le passé ne les ont pas conduits à modifier leur comportement. A moins d’être mis sous pression par leurs alliés, les chefs des groupes armés risquent de maintenir leurs revendications maximalistes. Khartoum devrait ainsi accoucher d’un accord général sur les modalités d’intégration d’un nombre limité de combattants des groupes armés dans l’armée et sur la nomination à des fonctions publiques et politiques de certains rebelles, en échange d’un cessez-le-feu et d’un accord de démobilisation des groupes armés.

Or, même si les pourparlers de Khartoum parviennent à un accord en ce sens, le principal risque est de voir ses dispositions non appliquées. De nombreux accords passés entre le gouvernement et les groupes armés n’ont pas abouti à des changements concrets sur le terrain. Tout au long de l’année 2018, de petits groupes armés se sont dits prêts à désarmer, mais ont tardé à le faire dans l’attente de meilleures conditions découlant d’un accord à Khartoum. À l’issue de ce cycle de pourparlers, le gouvernement du président Touadéra et ses partenaires internationaux, en particulier les Nations unies, doivent se servir de cet accord pour faire des progrès vers une démobilisation des groupes armés.

Les voisins de la RCA doivent apporter leur soutien pour garantir que les groupes armés respectent les engagements pris à Khartoum. Certaines factions de l’ex-Seleka en particulier ont des liens étroits avec les gouvernements voisins, notamment ceux du Tchad et du Soudan, car de nombreux combattants et éleveurs armés qui cherchent des terres pastorales en RCA viennent de ces pays. Pour N’Djamena et Khartoum, la stabilité du voisin du sud est importante. Mais ces intérêts sont contrebalancés par ceux de leurs communautés pastorales et commerciales ou des groupes armés alliés dans les zones frontalières. Des concertations sont nécessaires entre Bangui et à la fois Khartoum et N’Djamena afin de se mettre d’accord sur des mécanismes de sécurité aux frontières des trois pays et sur les modalités de rapatriement des Tchadiens et des Soudanais qui combattent actuellement avec des groupes armés en RCA. Les gouvernements africains et européens, ainsi que la Russie, devraient apporter leur soutien à de tels échanges.

Il importe également que les efforts de médiation locale soient complémentaires de ceux déployés au niveau national. Les groupes armés centrafricains ont en effet des intérêts très différents. Certains ont des agendas locaux, d’autres nationaux. Leur capacité de nuisance et les liens qu’ils entretiennent avec les communautés locales varient également beaucoup. Sur les quatorze groupes représentés à Khartoum, seuls trois, tous ex-Seleka, ont une portée nationale et transfrontalière importante. Les groupes anti-balaka sont quant à eux fragmentés et certains ont des liens étroits avec le gouvernement avec lequel ils sont censés négocier. Les principales préoccupations de la plupart des groupes sont locales et tournent souvent autour de l’accès aux ressources dans les zones qu’ils contrôlent. En outre, divers autres groupes n’étaient pas représentés à Khartoum mais doivent être démobilisés.

Les efforts de médiation locale initiés par des organisations religieuses, des figures de la société civile et des responsables politiques centrafricains ont déjà connu un certain succès, permettant des trêves temporaires entre groupes armés qui s’affrontent et apaisant les tensions intercommunautaires. Contrairement aux négociations plus larges, dont Khartoum est le dernier exemple en date, ces initiatives portent sur des différends locaux entre groupes armés plutôt que sur leurs griefs à l’égard du gouvernement ou leurs revendications de portée nationale. Les accords locaux qui en résultent sont souvent précaires mais pourraient s’inscrire dans une stratégie plus durable s’ils étaient fortement soutenus par des acteurs internationaux. Le soutien de l’ONU à de telles initiatives pourrait sans doute bénéficier de l’appui du panel de l’UA qui connaît bien les chefs des groupes armés.

It will be important for international actors to present a united front and pressure neighbouring countries [...] to use their influence over armed groups.

As of late January (as this Watch List went to print), representatives of the different armed groups and the government were holding talks in the Sudanese capital Khartoum. These talks present a welcome opportunity to refocus regional efforts on the African Union (AU)-led mediation, which have recently been in unhelpful competition with a parallel Russian-Sudanese initiative. Some form of agreement appears likely to emerge from the Khartoum meeting, though will require compromise from both sides. The challenge for 2019 will be to ensure that such an agreement makes a concrete difference on the ground. It will be important for international actors to present a united front and pressure neighbouring countries, particularly Sudan and Chad, to use their influence over armed groups – notably the largest ex-Seleka factions – to ensure they fulfil any pledges made in Khartoum. They should also support local peace initiatives, during which armed groups’ demands can be taken into account alongside the concerns of local communities in which they operate, as a complement to the national-level agreement.

The EU and its member states should:

  • Follow up its support to the AU’s mediation effort with pressure on the government to adhere to its side of the prospective deal and on Sudan and Chad to use their influence to persuade armed groups to demobilise; those governments should also open talks with the CAR government on the repatriation of Chadian and Sudanese fighters in those groups;
     
  • Support the proposed nomination of a high-level AU-UN envoy and encourage that person to focus not only on negotiations between armed groups and the government but on regional diplomacy aimed at encouraging Bangui and neighbouring capitals to find common ground on issues such as the repatriation of foreign fighters and access to pastoral land;
     
  • Alongside the UN, step up support for local peace initiatives that factor in armed groups’ local demands and the concerns of local communities, and thus both diminish levels of violence and allow for a finer-grained understanding of armed groups’ interests and strengths, and improving prospects for their disarmament.

Since June 2017, the AU, backed by African countries and the UN as well as the EU and its member states, has tried to mediate between the government and fourteen armed groups including ex-Seleka factions, anti-balaka groups and community self-defence militias, which in many cases have competing sets of interests and goals. The AU Mediation Panel of Facilitation, led by Burkina Faso’s Moussa Nébié, has met those groups’ leaders in preparation for dialogue with the government, resulting in a list of 115 different demands grouped into four thematic areas (politics, socio-economy, security and defence, justice and reconciliation). Key demands likely to be obstacles in negotiations centre around devolution (which the government fears armed groups would use to consolidate their grip on provinces they control, particularly in the case of the large ex-Seleka factions in the north and east of the country ); national-level power sharing; control over natural resources; the armed groups’ demands for immunity for crimes committed during the conflict; and the integration of some of their members into the army, including at what rank.

Over the past few months, Nébié’s AU-led efforts had been undercut by a parallel Russian-Sudanese initiative. At the end of 2017, President Faustin-Archange Touadéra, frustrated by the perceived inefficiency or slowness of his partners to help deploy the national army and bring armed groups to the negotiating table, had sought Russian help. Moscow provided the national army with training and equipment following that already delivered by the EU Training Mission active in CAR since 2016. Russia also started to provide the president with security advice and personal protection. In mid-2018, it encouraged Sudan, with which Moscow has increasingly close relations, to initiate its own talks in Khartoum with armed groups and government representatives. Until recently, this parallel track had sucked oxygen from the AU’s efforts and allowed both armed groups and government representatives to forum-shop. It also provoked tensions between on the one hand the AU, the UN and the EU, which supported the AU track, and on the other Sudan, Russia and President Touadéra.

The main risk is less that the Khartoum talks fail to reach an accord along these lines than that its provisions are not enforced.

Recent AU and UN diplomacy has helped unite these parallel tracks. On 9 January, following a visit to Bangui by AU Peace and Security Commissioner Smail Chergui and UN Under-Secretary-General for Peacekeeping Pierre Lacroix, President Touadéra announced that the government would meet with armed groups in Khartoum on 24 January under the aegis of the AU. Giving Sudan the opportunity to host is a neat solution to bridge the gap between the two initiatives and mend international divisions.

Talks may still be tricky, however. The government has agreed to integrate some armed group members into the armed forces, while adhering to the age and education requirements already in place. But government negotiators are likely to resist ceding more ground on power sharing and immunity, given popular anger at the armed groups’ predation and violence and the fact that the concessions those groups have won in the past have not led them to change their behaviour. Unless they face pressure from their allies, armed groups’ leaders may camp on their maximalist demands. Probably the best that can reasonably be expected from Khartoum is a broad agreement on the ranks at which a limited number of armed group members could enter the army and for some rebels who disarm to be granted mid-level public offices, in exchange for a ceasefire and an agreement from armed groups that they will demobilise.

The main risk is less that the Khartoum talks fail to reach an accord along these lines than that its provisions are not enforced. Many previous deals between government and armed groups have not brought concrete changes on the ground. Throughout 2018, some smaller armed groups expressed a willingness to disarm, but stalled doing so in anticipation of better terms emerging from an agreement in Khartoum. Following this round of talks, President Touadéra’s government and international partners, especially the UN, need to seize the opportunity of whatever is agreed to advance efforts to demobilise armed groups as much as possible.

Also important is that local mediation efforts [in CAR] complement those at national level.

CAR’s neighbours ought to lend their support to ensure that armed groups fulfil any commitments made in Khartoum. Some ex-Seleka factions in particular have close links to neighbouring governments, notably those of Chad and Sudan; indeed many combatants and armed herders that seek pastoral land hail from those countries. N’Djamena and Khartoum have an interest in their southern neighbour’s stability. But they balance that against the interests of their pastoralist and trading communities or allied armed groups in border areas. Talks are needed between Bangui and both Khartoum and N’Djamena aimed at reaching agreement on security guarantees for all sides and on modalities for repatriating Chadians and Sudanese currently fighting with armed groups in CAR. African and EU governments, as well as Russia, should offer support to such talks.

Also important is that local mediation efforts complement those at national level. The armed groups in CAR vary significantly in strength, geographical reach, motivations and relations with their communities. Of the fourteen represented in Khartoum only three, all ex-Seleka groups, have significant national and cross-border reach. The anti-balaka groups in particular are fragmented and some have ties to the government with which they are in principle negotiating. Most groups’ main concerns are local, often revolving around control of resources in areas they control. Moreover, a patchwork of other groups were not represented in Khartoum, but still need to be demobilised.

Local mediation efforts initiated by religious organisations, civil society leaders and CAR politicians already have had some success, allowing temporary truces between armed groups fighting each other and calming intercommunal tensions. Unlike the broader negotiations of which Khartoum is the latest iteration, these initiatives address local disputes among armed groups rather than their grievances toward the government or national-level demands. Resulting local agreements are precarious, however, and can scale up from small local gains to become part of a more durable and country-wide solution with sustained support, including from international actors and alongside a national-level agreement that enjoys regional backing. UN backing for such initiatives could be supplemented by the AU panel in-country, building on contacts it already has with armed groups.