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République Centrafricaine : anatomie d’un État fantôme
République Centrafricaine : anatomie d’un État fantôme
In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force
In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force
Report 136 / Africa

République Centrafricaine : anatomie d’un État fantôme

La République centrafricaine est pire qu’un État failli : elle est quasiment devenue un État fantôme, ayant perdu toute capacité institutionnelle significative, du moins depuis la chute de l’Empereur Bokassa en 1979.

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Synthèse

La République centrafricaine est pire qu’un État failli : elle est quasiment devenue un État fantôme, ayant perdu toute capacité institutionnelle significative, du moins depuis la chute de l’Empereur Bokassa en 1979. Le déploiement des forces de l’Union Européenne (EU) et des Nations unies (EUFOR et MINURCAT) récemment approuvé, et qui vient appuyer les efforts de l’Union africaine (UA) et de l’ONU au Darfour, peut contribuer de manière importante à aider la RCA à entamer son long et lent processus de rétablissement. Mais pour ce faire, elles devront trouver les moyens d’utiliser au mieux les capacités et l’influence de l’ancienne puissance coloniale, la France, sans servir tout simplement de couverture internationale à la perpétuation de sa domination.

La RCA est officiellement indépendante depuis presqu’un demi siècle, mais son gouvernement n’a connu un premier semblant de légitimité populaire qu’à la suite des élections libres de 1993. Très vite, le processus de démocratisation périclita alors en raison de divisions communautaires instrumentalisées entre les populations du fleuve et celles de la savane, menant finalement à la guerre civile. Suite à une succession de mutineries et de rebellions qui ont engendré une crise permanente, le gouvernement a perdu son monopole de l’usage légitime de la violence. Les troupes étrangères ont contribué à contenir la violence dans la capitale, Bangui, mais le nord du pays reste dans un état d’insécurité permanent, de dénuement et de misère.

En privatisant l’État pour leur seul bénéfice, les leaders centafricains réussissent à prospérer, tout en usant de la répression pour garantir leur impunité. Francois Bozizé a été mis au pouvoir en 2003 par la France et le Tchad et a été démocratiquement élu deux ans plus tard, mais comme son prédécesseur, Ange-Félix Patassé, il a nourri un état de rebellion permanent aux conséquences humanitaires désastreuses. Depuis l’été 2005, l’armée et plus particulièrement la Garde présidentielle – essentiellement une milice tribale – ont usé systématiquement d’une violence indiscriminée dans les bastions nord ouest de Patassé. Des centaines d’individus ont été éxécutés sommairement et des miliers de maisons ont été incendiées. Au moins 100 000 personnes ont fui dans la forêt où elles sont exposées aux intempéries.

La force de maintien de la paix de l’UE, mandatée par le Conseil de sécurité de l’ONU pour aider à sécuriser le Darfour, devrait être déployée début 2008 dans le nord est de la RCA et à l’est du Tchad. L’initiative de cette opération est venue de la France, qui a persuadé ses partenaires d’empêcher que le conflit qui ravage l’est du Soudan ne s’étende au-delà de ses frontières, en venant compléter au Tchad et en RCA les efforts de la mission hybride UA/NU au Darfour.

À l’instar du Darfour, la province centrafricaine de la Vakaga est une région géographiquement reculée, historiquement marginalisée et, par dessus tout, négligée par une administration centrale dont la seule réponse à l’agitation politique a été une réponse sécuritaire. Dans un effort d’endiguement de la crise au Darfour, la communauté internationale risque d’exonérer le régime de Bozizé de ses responsabilités et d’entretenir le cycle de l’instabilité actuel en RCA.

Le déploiement de l’UE devra assumer un lourd fardeau post-colonial. Tout comme au Tchad, la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, est à la fois la mieux et la moins bien placée pour intervenir en RCA : la moins bien placée en raison de son ingérence quasi permanente dans le pays depuis l’indépendance et la mieux placée parce qu’elle possède aussi bien la volonté que les moyens d’agir. Comme Paris fournira l’essentiel des troupes de l’EUFOR, cette nouvelle intervention est largement perçue comme un simple changement d’écusson et de casque qui confèrera au rôle militaire de la France en Centrafrique une plus grande légitimité internationale. L’EUFOR pourrait néanmoins contribuer de manière significative, si elle mène à bien la réforme indispensable de l’armée centrafricaine et si elle s’accompagne d’une véritable stratégie européenne à sortir la Centrafrique de sa misère politique, économique et sécuritaire.

Pour résoudre les nombreux problèmes structurels de la RCA, il est cependant essentiel que tous les acteurs s’y engagent : le gouvernement de Bangui, les mouvements rebelles, les organes régionaux africains et le Conseil de sécurité, ainsi que l’UE et la France. Il s’agit peut-être de la dernière chance dont dispose la RCA pour briser son statut d’État fantôme avant que le simulacre d’indépendance et de souveraineté actuel ne disparaisse définitivement dans le cercle vicieux des violences et de la paupérisation dont le pays est prisonier.

Ce rapport de fond est le premier sur la RCA publié par Crisis Group et pose les fondations des analyses futures qui seront centrées sur des questions spécifiques.

Nairobi/Brussels, le 13 décembre 2007

Op-Ed / Africa

In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force

Originally published in World Politics Review

The U.N. Security Coucil approved a resolution to extend the mandate of the U.N. Mission in the Central African Republic (MINUSCA) until 15 November 2018, also increasing the mission’s troop ceiling by 900. Richard Moncrieff, Project Director for Central Africa, states that the Central African Republic needs more than just troops to meet the country's security challenges.

On Nov. 15, the United Nations Security Council will meet to decide on the fate of the U.N. mission in Central African Republic, known by its acronym MINUSCA. In stark contrast to the debate over the U.N. mission in the neighboring Democratic Republic of Congo, which the U.S. pushed to reduce last April after citing its ineffectiveness and cost, few in New York expect cuts to the Central African Republic (CAR) mission. 

To the contrary, U.N. Secretary-General Antonio Guterres visited CAR at the end of October and called for increasing the mission’s authorized troop ceiling, currently just over 12,000, by an additional 900 troops. Adama Dieng, his adviser on genocide prevention, and Stephen O’Brien, the undersecretary for humanitarian affairs, both also visited the country in recent months and warned of the escalating violence and a distressing humanitarian catastrophe there. The troubling situation and the pockets of success the U.N. force has achieved so far have left the U.S. relatively favorably disposed to increasing troop numbers, despite serious concerns over allegations of sexual abuse by some contingents. 

The U.N. mission is in an increasingly complicated position on the ground. Having made some gains in late 2016 and early 2017 by pushing armed groups out of some towns and deterring some attacks, the U.N. force has since appeared overwhelmed by the scale of the crisis as well as by its own rigidity. Poor mobility—the mission has two operational helicopters in a country larger than France—a lack of intelligence, and an unwillingness to react quickly when such intelligence is available have rendered it ineffective in the face of rising violence among competing militias. 

This has put the U.N. under intense pressure in the capital, Bangui. When Guterres spoke to CAR’s parliament on Oct. 27, government and opposition politicians managed a rare moment of unity, criticizing the U.N. for its passivity and, according to some, even complicity in the face of the violence. Aside from wanting a far more proactive posture from the U.N., the parliamentarians want to see CAR’s national army up and running, despite slow progress on training and its history of incompetence and abuse. Guterres, sensing the mood, acknowledged that the army would start deploying soon. Unless his U.N. force can up its game, calls for ever greater—and ever riskier—deployment of the national army will increase.

The U.N. force certainly needs more troops, and the Security Council should increase the ceiling. It also needs greater mobility and a stronger willingness to react quickly and decisively. But these measures alone would still limit the U.N. mission to merely putting out fires. The U.N., and other international actors, also need to address the incentive structure that is driving the violence.

Read the full article at: World Politics Review