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Centrafrique : éviter la surchauffe électorale
Centrafrique : éviter la surchauffe électorale
In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force
In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force
An African Union peacekeeping soldier takes a strategic position to quell street violence in neighbourhoods in the Central African Republic’s capital Bangui, on 20 December 2013. REUTERS/Andreea Campeanu
Commentary / Africa

Centrafrique : éviter la surchauffe électorale

En Centrafrique, la période pré-électorale s’annonce explosive : à Bangui, les milices de jeunes s’adonnent à des actes criminels quotidiens et les tensions intercommunautaires sont très fortes, et, en province, de nombreux groupes de combattants de l’ex-Seleka et de miliciens anti-balaka se rassemblent et tentent de marcher vers la capitale avec la volonté d’en découdre. Si jusqu’ici, les forces internationales ont réussi à contenir une partie de ces mouvements de combattants avant qu’ils ne gagnent la capitale, ces derniers n’ont toujours pas renoncé à leurs projets de déstabilisation de la transition. Alors que Bangui continue d’être frappée par une flambée de violence, amorcée en septembre dernier, et que les élections sont prévues avant la fin de l’année, l’afflux de combattants pourrait encercler la ville et aboutir à de nouveaux affrontements dans la capitale et en province sur fond de tensions intercommunautaires.*

L’arrêt de la progression des miliciens de Nourredine Adam (chef de file du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique, FPRC, l’aile la plus dure de la coalition de l’ex-Seleka) les 10 et 11 octobre à 150km de Bangui par les forces internationales n’exclut pas d’autres tentatives à brève échéance. Dans un tel contexte, l’organisation précipitée d’élections préconisée par les partenaires internationaux est une fuite en avant porteuse d’instabilité. Aujourd’hui, l’urgence est de desserrer l’étau des groupes armés et de créer un consensus qui n’existe pas autour du processus électoral. Pour ce faire, les effectifs des forces françaises et des Nations unies devraient rapidement être augmentés et les élections devraient être repoussées à 2016 pour se dérouler dans un climat apaisé et promouvoir une stabilité durable.

Les violences qui se sont déroulées à Bangui à la fin du mois de septembre et dont le bilan s’élève à environ 70 morts, des centaines de blessés et plus de 40 000 déplacés, pourraient malheureusement n’être qu’un début. La mort d’un taxi-moto musulman fin septembre dans la capitale a provoqué un cycle de représailles de violences intercommunautaires et des troubles dirigés contre le gouvernement de transition et la présence internationale. Appel à la désobéissance civile par des leaders de la société civile et pillages ont créé une situation insurrectionnelle instrumentalisée par des leaders anti-balaka, soutiens à l’ancien président François Bozizé (2003-2013) et par des dirigeants de l’ex-Seleka.

Ces troubles ont rappelé des réalités bien connues des Centrafricains et des humanitaires mais ignorées par certains membres de la communauté internationale : la capitale n’est pas sécurisée et les miliciens contrôlent toujours plusieurs quartiers ; les recommandations adoptées lors du forum national de réconciliation de Bangui en mai 2015 n’ont pas encore été mises en œuvre faute de moyens, de volonté politique et de consensus au sein des groupes armés et de la classe politique centrafricaine ; l’accord de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) signé lors de ce forum est resté lettre morte ; et les tensions intercommunautaires entre musulmans et non-musulmans sont encore très vives dans la capitale et dans l’ouest et le centre du pays.

Perpétrées pendant que la présidente de la transition centrafricaine, Catherine Samba Panza, était à New York pour participer à une réunion sur la République centrafricaine (RCA) en marge de l’assemblée générale des Nations unies, les violences qui ont embrasé Bangui et les manifestations qui ont suivi révèlent une stratégie de déstabilisation et l’opportunisme de certains politiciens et acteurs de la société civile – dont des partisans de Bozizé et des proches de l’ex-Seleka – mais elles doivent pourtant être prises au sérieux en ce qu’elles expriment une forte insatisfaction. Insatisfaction à l’égard des forces internationales qui, presque deux ans après le début de l’opération française Sangaris et malgré le déploiement d’environ 10 000 casques bleus, ne sont parvenues ni à sécuriser la capitale ni à sécuriser la principale route du pays. Insatisfaction à l’égard du gouvernement de transition qui a beaucoup promis lors du forum de Bangui et a si peu réalisé.

La feuille de route de la transition qui prévoyait le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des miliciens après le forum de Bangui et avant les élections a complètement déraillé. Le DDR est maintenant renvoyé à l’après-élection et les élections sont organisées dans des conditions problématiques aux points de vue technique, financier, sécuritaire et politique.

Aujourd’hui, l’impasse politique et communautaire risque de conduire à une nouvelle déflagration sécuritaire. En effet, des groupes de combattants de l’ex-Seleka, proches de Nourredine Adam et de son mouvement, le FPRC, se sont regroupés depuis le mois de juin 2015 vers Kaga-Bandoro, à plus de 300km au nord-est de Bangui et ont tenté début octobre de rejoindre la capitale empruntant des pistes pour contourner les villes contrôlées par les forces internationales. Des affrontements entre les forces internationales et les combattants de l’ex-Seleka ont eu lieu les 10 et 11 octobre à plusieurs kilomètres de Sibut, située à 150km au nord-est de Bangui, et ont temporairement permis de stopper leur avancée. Bien que ces affrontements aient occasionné de nombreuses pertes dans les rangs des rebelles, la capacité de nuisance de ces groupes armés demeure quasiment intacte et la préparation de nouvelles attaques est très certainement en cours. De leur côté, plusieurs groupes de miliciens anti-balaka seraient en train de se rassembler dans plusieurs villes de l’ouest centrafricain comme Bossangoa, à 250km au nord-ouest de Bangui ou encore Berberati au sud-ouest de la RCA. Leur objectif est toujours le même, descendre sur la capitale pour porter main fortes aux jeunes anti-balaka de Bangui et chasser les musulmans de Bangui. Certains d’entre eux auraient d’ailleurs participé aux violences qui se sont déroulées fin septembre à Bangui avant de repartir chez eux. A l’heure actuelle, le risque majeur n’est pas un nouveau putsch mais la reprise d’affrontements intercommunautaires sanglants dans la capitale et en province.

Dans cette situation d’urgence, la communauté internationale se focalise sur un faux objectif : organiser des élections le plus vite possible. En dépit des nombreux avertissements, elle préfère une élection à tout prix plutôt qu’une transition chancelante, tandis que le gouvernement de transition envisage un énième remaniement ministériel et une nouvelle concertation. Après la démission du président de l’Autorité nationale des élections qui s’opposait à une élection à la va-vite en 2015, un nouveau calendrier électoral qui doit être prochainement voté par le Conseil national de transition et qui a été décidé après concertations entre autorités de la transition et partenaires internationaux, prévoit de repousser le premier tour des élections présidentielles à décembre 2015. Ces échéances ne sont pas tenables et les acteurs internationaux et le gouvernement de Samba Panza devraient avant tout former un véritable partenariat pour créer les conditions techniques, politiques et sécuritaires nécessaires pour des élections transparentes, libres et inclusives.

Comme un rapport récent de Crisis Group, Centrafrique : les racines de la violence, l’a recommandé, les mesures suivantes doivent être rapidement mises en œuvre par les autorités centrafricaines et les partenaires internationaux pour éviter une amplification des tensions et des violences entre groupes armés, et favoriser un climat propice pour les élections :

Renforcer les forces internationales en augmentant les troupes françaises (les plus dissuasives sur le terrain), les casques bleus et les capacités de gestion des mouvements de foule ;
Initier le programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion avec les groupes armés volontaires ;
Arrêter et traduire en justice certains dirigeants des anti-balaka et des ex-Seleka suspectés d’être impliqués dans la récente flambée de violence ;
Reporter les élections à la première moitié de 2016, et remplacer le président démissionnaire de l’Autorité nationale des élections par une personnalité intègre et connue pour son indépendance politique ;
Compléter le budget électoral, formuler clairement les critères d’éligibilité des candidats aux élections législative et présidentielle et les possibilités de recours selon la loi électorale, et réaffirmer publiquement le droit de vote des musulmans centrafricains ; et
Promouvoir les efforts de réconciliation entre communautés, notamment grâce à la revitalisation des échanges économiques au niveau local, à l’annonce de plans de développement des régions périphériques ainsi qu’à la préparation d’un plan d’investissement massif dans le secteur de l’éducation incluant un enseignement sur la tolérance.
 

*Pour rappel, la prise du pouvoir par la Seleka en mars 2013 a constitué un renversement du paradigme politique centrafricain. Pour la première fois depuis l’indépendance, une coalition de groupes armés issue du nord et de l’est du pays s’est emparée du pouvoir. Dans la foulée, la partie occidentale de la Centrafrique a été le théâtre d’une véritable persécution des musulmans par les milices anti-balaka qui a conduit à leur départ forcé, à un désir de vengeance et à l’émergence de discours de partition à l’est du pays. Le conflit entre ex-Seleka et anti-balaka s’est aujourd’hui doublé d’un conflit entre communautés armées.

Contributors

Former Senior Consultant, Central Africa
Consulting Senior Analyst, Central Africa
Op-Ed / Africa

In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force

Originally published in World Politics Review

The U.N. Security Coucil approved a resolution to extend the mandate of the U.N. Mission in the Central African Republic (MINUSCA) until 15 November 2018, also increasing the mission’s troop ceiling by 900. Richard Moncrieff, Project Director for Central Africa, states that the Central African Republic needs more than just troops to meet the country's security challenges.

On Nov. 15, the United Nations Security Council will meet to decide on the fate of the U.N. mission in Central African Republic, known by its acronym MINUSCA. In stark contrast to the debate over the U.N. mission in the neighboring Democratic Republic of Congo, which the U.S. pushed to reduce last April after citing its ineffectiveness and cost, few in New York expect cuts to the Central African Republic (CAR) mission. 

To the contrary, U.N. Secretary-General Antonio Guterres visited CAR at the end of October and called for increasing the mission’s authorized troop ceiling, currently just over 12,000, by an additional 900 troops. Adama Dieng, his adviser on genocide prevention, and Stephen O’Brien, the undersecretary for humanitarian affairs, both also visited the country in recent months and warned of the escalating violence and a distressing humanitarian catastrophe there. The troubling situation and the pockets of success the U.N. force has achieved so far have left the U.S. relatively favorably disposed to increasing troop numbers, despite serious concerns over allegations of sexual abuse by some contingents. 

The U.N. mission is in an increasingly complicated position on the ground. Having made some gains in late 2016 and early 2017 by pushing armed groups out of some towns and deterring some attacks, the U.N. force has since appeared overwhelmed by the scale of the crisis as well as by its own rigidity. Poor mobility—the mission has two operational helicopters in a country larger than France—a lack of intelligence, and an unwillingness to react quickly when such intelligence is available have rendered it ineffective in the face of rising violence among competing militias. 

This has put the U.N. under intense pressure in the capital, Bangui. When Guterres spoke to CAR’s parliament on Oct. 27, government and opposition politicians managed a rare moment of unity, criticizing the U.N. for its passivity and, according to some, even complicity in the face of the violence. Aside from wanting a far more proactive posture from the U.N., the parliamentarians want to see CAR’s national army up and running, despite slow progress on training and its history of incompetence and abuse. Guterres, sensing the mood, acknowledged that the army would start deploying soon. Unless his U.N. force can up its game, calls for ever greater—and ever riskier—deployment of the national army will increase.

The U.N. force certainly needs more troops, and the Security Council should increase the ceiling. It also needs greater mobility and a stronger willingness to react quickly and decisively. But these measures alone would still limit the U.N. mission to merely putting out fires. The U.N., and other international actors, also need to address the incentive structure that is driving the violence.

Read the full article at: World Politics Review