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Centrafrique : les racines de la violence
Centrafrique : les racines de la violence
In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force
In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force
A Seleka fighter holds his machine gun as other fighters cross a river near the town of Kuango, close to the border with Democratic Republic of Congo, on 9 June 2014. REUTERS/Goran Tomasevic
Report 230 / Africa

Centrafrique : les racines de la violence

En République centrafricaine, le conflit entre groupes armés s'est progressivement doublé d'un conflit entre communautés armées. La feuille de route de sortie de crise qui prévoit des élections avant la fin de l’année 2015 ne prend pas en compte la communautarisation et la criminalisation du conflit et risque d'exacerber les tensions existantes. Dans ce contexte, les autorités de transition et leurs partenaires internationaux devraient appliquer une véritable politique de désarmement et réaffirmer l’appartenance des musulmans centrafricains à la nation.

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Synthèse

La crise centrafricaine est une crise de longue durée, émaillée de violences sporadiques sur fond de désintégration de l’Etat, d’économie de survie et de profonds clivages entre groupes socio-ethniques. Alors que les groupes armés (dont les anti-balaka et les ex-Seleka) se caractérisent par leur criminalisation et leur fragmentation, les tensions intercommunautaires ont mis à mal l’unité nationale et la fabrique sociale centrafricaine. Malheureusement, la feuille de route de la sortie de crise qui prévoit des élections avant la fin du mois de l’année 2015 n’est qu’une réponse de court terme aux défis de long terme. Pour éviter une solution qui repousse les problèmes à l’après-élection au lieu de commencer à les résoudre, les autorités de la transition et les partenaires internationaux devraient appliquer une véritable politique de désarmement et réaffirmer l’appartenance des musulmans centrafricains à la nation. Ces actions devraient précéder les élections et non succéder aux élections, au risque de faire de ces dernières un jeu à somme nulle.

De par sa géographie et son histoire, la Centrafrique est à la jonction de deux régions et de deux populations : au nord, le Sahel et les populations d’éleveurs et de commerçants à majorité musulmane et, au sud, l’Afrique centrale et les populations de la savane et du fleuve initialement animistes et maintenant majoritairement chrétiennes. La prise du pouvoir par la Seleka en mars 2013 a constitué un renversement du paradigme politique centrafricain. Pour la première fois depuis l’indépendance, une force issue des populations musulmanes du nord et de l’est du pays s’est emparée du pouvoir. L’affrontement qui a suivi entre Seleka et anti-balaka a engendré de fortes tensions communautaires exacerbées par l’instrumentalisation de la religion, des fractures de la société centrafricaine et des peurs collectives ravivant la mémoire traumatique des razzias esclavagistes de l’époque pré-coloniale.

Ces tensions communautaires qui ont abouti à des tueries et au départ des musulmans de l’ouest du pays sont particulièrement vives au centre sur la ligne de front entre les groupes armés. Ainsi, le conflit entre ex-Seleka et anti-balaka s’est maintenant doublé d’un conflit entre communautés armées. Dans les zones où les affrontements communautaires sont récurrents, le lien entre groupes armés et communautés est étroit : les combattants de l’ex-Seleka apparaissent comme les protecteurs des communautés musulmanes et les anti-balaka comme les protecteurs des communautés chrétiennes. Dans d’autres régions du pays en revanche, les populations prennent leur distance avec les groupes armés.

L’approche actuelle du désarmement des groupes armés, formalisée par l’accord signé lors du forum de Bangui en mai dernier, sous-estime la dimension communautaire de la violence ainsi que la criminalisation et la fragmentation des groupes armés. A l’ouest du pays, faute d’ennemis après la fuite des combattants de l’ex-Seleka et des musulmans, la nébuleuse de groupes armés locaux communément dénommée anti-balaka n’est parvenue à se structurer ni militairement, ni politiquement : elle constitue maintenant une menace criminelle qui pèse sur les populations locales. L’ex-coalition de la Seleka a implosé en plusieurs mouvements dont les affrontements sont motivés par des rivalités de direction, des querelles financières et des désaccords sur la stratégie à adopter vis-à-vis du gouvernement de transition et des forces internationales. La dynamique de criminalisation et de déstructuration des groupes armés est un obstacle à toute négociation avec eux.

Dans ce contexte, l’organisation précipitée d’élections ressemble fort à une fuite en avant qui présente de nombreux risques : exacerber les tensions intercommunautaires existantes, éclipser l’indispensable travail de reconstruction du pays et reporter aux calendes grecques la solution de problèmes urgents comme le désarmement des miliciens et des communautés.   

En Centrafrique, les défis à relever pour les autorités de la transition et les partenaires internationaux imposent de remplacer le programme de désarmement par une politique de désarmement qui ne concerne pas uniquement les miliciens mais aussi les communautés et qui comporte des opportunités réelles et des sanctions effectives. Cela suppose de conserver une capacité de contrainte sur les groupes armés, c’est-à-dire, entre autres, de revoir le calendrier de départ de la force française Sangaris et de réduire les capacités de financement des groupes armés. Cette politique permettra de réduire l’attractivité de l’économie milicienne pour la jeunesse centrafricaine.

Il faut aussi éviter que le processus électoral ne jette de l’huile sur le feu. A ce titre, les autorités en place devraient réaffirmer l’égalité des droits des musulmans en les enregistrant en tant qu’électeurs, en démontrant l’intérêt du gouvernement pour les populations du nord-est et en diversifiant le recrutement de la fonction publique. Les partenaires internationaux de la Centrafrique et les autorités de transition qui ont le regard braqué sur le processus électoral devraient prendre en compte ces enjeux dans leur stratégie de sortie de crise pour éviter des lendemains d’élections difficiles dans un pays qui n’est aujourd’hui plus qu’un territoire.

Op-Ed / Africa

In the Central African Republic, Peace Requires More Than a Bigger U.N. Force

Originally published in World Politics Review

The U.N. Security Coucil approved a resolution to extend the mandate of the U.N. Mission in the Central African Republic (MINUSCA) until 15 November 2018, also increasing the mission’s troop ceiling by 900. Richard Moncrieff, Project Director for Central Africa, states that the Central African Republic needs more than just troops to meet the country's security challenges.

On Nov. 15, the United Nations Security Council will meet to decide on the fate of the U.N. mission in Central African Republic, known by its acronym MINUSCA. In stark contrast to the debate over the U.N. mission in the neighboring Democratic Republic of Congo, which the U.S. pushed to reduce last April after citing its ineffectiveness and cost, few in New York expect cuts to the Central African Republic (CAR) mission. 

To the contrary, U.N. Secretary-General Antonio Guterres visited CAR at the end of October and called for increasing the mission’s authorized troop ceiling, currently just over 12,000, by an additional 900 troops. Adama Dieng, his adviser on genocide prevention, and Stephen O’Brien, the undersecretary for humanitarian affairs, both also visited the country in recent months and warned of the escalating violence and a distressing humanitarian catastrophe there. The troubling situation and the pockets of success the U.N. force has achieved so far have left the U.S. relatively favorably disposed to increasing troop numbers, despite serious concerns over allegations of sexual abuse by some contingents. 

The U.N. mission is in an increasingly complicated position on the ground. Having made some gains in late 2016 and early 2017 by pushing armed groups out of some towns and deterring some attacks, the U.N. force has since appeared overwhelmed by the scale of the crisis as well as by its own rigidity. Poor mobility—the mission has two operational helicopters in a country larger than France—a lack of intelligence, and an unwillingness to react quickly when such intelligence is available have rendered it ineffective in the face of rising violence among competing militias. 

This has put the U.N. under intense pressure in the capital, Bangui. When Guterres spoke to CAR’s parliament on Oct. 27, government and opposition politicians managed a rare moment of unity, criticizing the U.N. for its passivity and, according to some, even complicity in the face of the violence. Aside from wanting a far more proactive posture from the U.N., the parliamentarians want to see CAR’s national army up and running, despite slow progress on training and its history of incompetence and abuse. Guterres, sensing the mood, acknowledged that the army would start deploying soon. Unless his U.N. force can up its game, calls for ever greater—and ever riskier—deployment of the national army will increase.

The U.N. force certainly needs more troops, and the Security Council should increase the ceiling. It also needs greater mobility and a stronger willingness to react quickly and decisively. But these measures alone would still limit the U.N. mission to merely putting out fires. The U.N., and other international actors, also need to address the incentive structure that is driving the violence.

Read the full article at: World Politics Review