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In Backing Chad, the West Faces Moral Hazards
In Backing Chad, the West Faces Moral Hazards
People walk on the N'Gueli bridge, marking the border between Chad and Cameroon near N'Djamena, 4 April 2015. AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES
Report 233 / Africa

Tchad: entre ambitions 
et fragilités

A la veille du scrutin présidentiel du 10 avril, la grogne sociale monte alors que le pays est confronté à une crise économique majeure, une fragilisation du modèle religieux, et des attaques violentes de Boko Haram. Le régime, qui ambitionne de prendre les commandes de la lutte antiterroriste dans la région, risque de faire face à l’émergence de toutes sortes d’acteurs violents si des institutions légitimes et un contrat social ne sont pas mis en place.

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Synthèse

Alors que le Tchad est devenu un partenaire privilégié des pays occidentaux dans la lutte contre le jihadisme dans l’espace sahélo-saharien, les vulnérabilités du régime s’accentuent rapidement et l’année 2016 s’annonce difficile. En plus d’un contexte très tendu avant le scrutin présidentiel du 10 avril et d’une montée de la grogne sociale, le pays fait face à une crise économique majeure, à une fragilisation du modèle religieux et aux attaques violentes de Boko Haram, même si le groupe est affaibli. L’approche principalement militaire, au détriment de l’engagement politique et social de l’Etat dans les zones affectées par la violence jihadiste, risque d’exacerber les tensions. Enfin, à la veille d’une élection qui, sauf surprise, devrait voir le président  Idriss Déby reconduit pour un cinquième mandat, de nombreux Tchadiens perçoivent l’absence d’alternance démocratique ou de plan de succession comme les germes d’une crise violente. Il est urgent d’ouvrir l’espace politique et de créer des institutions étatiques susceptibles de recevoir l’appui de la population et de durer. Cela exigera un changement d’approche à la fois des autorités nationales et de leurs partenaires. 

Jusqu’à récemment, le Tchad était considéré comme un pays pauvre, sans influence et constamment sous la menace de rébellions. Mais la donne a changé : le Tchad a normalisé ses relations avec le Soudan en 2010, est devenu un producteur de pétrole et un acteur militaire incontournable, tout particulièrement dans la bande sahélo-saharienne mais également plus au sud en République centrafricaine (RCA). En déployant ses soldats sur différents fronts : en RCA dans une intervention très critiquée, au Mali et plus récemment dans la région du lac Tchad pour lutter contre Boko Haram, le régime joue la carte de la diplomatie militaire et ambitionne de prendre les commandes de la lutte antiterroriste dans la région. Ce faisant, le Tchad consolide ses alliances avec les Occidentaux dans un partenariat fondé sur la lutte contre des ennemis communs, mais perçu par une partie des Tchadiens comme une garantie pour un régime en mal de légitimité. Ce partenariat, qui s’inscrit dans une longue histoire de proximité avec les Occidentaux, comporte ainsi des risques politiques et démocratiques importants.

Le Tchad demeure très fragile à l’intérieur de ses frontières et fait face à une situation sécuritaire inédite. Habitué aux rébellions à base ethnico-régionale, le pays est aujourd’hui engagé dans un nouveau combat, asymétrique, contre le mouvement violent jihadiste Boko Haram. Bien que ce dernier n’ait pas constitué de véritable base sociale au Tchad, des combattants tchadiens sont présents dans ses rangs. Après un premier choc frontal au début de l’année 2015, l’appareil sécuritaire tchadien doit prévenir les attentats dans la capitale et faire face à une guérilla dans la zone du lac Tchad. Les populations du lac sont ainsi confrontées aux attentats-suicides de Boko Haram et aux fréquents pillages de villages qui font de nombreuses victimes et engendrent des déplacements massifs de populations. Si le groupe est aujourd’hui affaibli par les opérations militaires des pays de la région, la menace demeure. Parallèlement, l’instabilité en Libye continue à susciter de fortes inquiétudes à N’Djamena. 

Craignant de nouvelles attaques sur le sol tchadien, y compris à N’Djamena, le gouvernement a pris une série de mesures pour renforcer le dispositif sécuritaire, adapter l’arsenal législatif aux nouvelles menaces et contrôler davantage l’espace religieux. Si beaucoup de Tchadiens, notamment dans la capitale, adhèrent à cette politique antiterroriste, des voix s’élèvent pour dénoncer les dérives des forces de sécurité lors de contrôles, mais aussi les arrestations et convocations arbitraires. 

Le pays traverse également une crise économique majeure liée à la fois à la régionalisation des attaques de Boko Haram, qui perturbe fortement ses échanges commerciaux avec le Nigéria et le Cameroun, et à la baisse du cours du pétrole, qui frappe de plein fouet une économie devenue très dépendante des revenus de l’or noir. Ces difficultés contraignent le gouvernement à une politique d’austérité. A l’approche de l’élection, la grogne sociale prend de l’ampleur. Plusieurs thèmes sont mobilisateurs : cherté de la vie, austérité budgétaire, corruption, impunité, et les manifestations prennent même une couleur plus politique avec la dénonciation de la candidature du président Déby à un cinquième mandat. Le climat politique et social est très tendu et la répression des manifestations ainsi que l’arrestation des membres de la société civile pourraient encore exacerber ces tensions.   

Enfin, la volonté du gouvernement de policer et de contrôler l’espace religieux, qui se manifeste notamment par l’interdiction de la burqa et la promotion d’un islam « tchadien », sous-entendu soufi, est plébiscitée mais rencontre aussi des résistances. Celles-ci révèlent des antagonismes profonds entre courants majoritaires soufis et minorités fondamentalistes, dans un contexte de forte expansion du wahhabisme, notamment chez les jeunes. Si ces tensions intramusulmanes ne constituent pas une menace immédiate, elles sont un facteur de délitement du tissu social sur le moyen terme. 

Face à ces défis en cascades, les autorités tchadiennes doivent avant tout éviter les politiques d’exclusion géographique ou religieuse. La menace la plus importante pour la stabilité du Tchad sur le long terme n’est pas Boko Haram, bien qu’il faille combattre ce groupe avec détermination, mais une crise politique nationale qui créerait un terreau fertile pour l’émergence de toutes sortes d’acteurs violents, y compris jihadistes. Pour éviter cela, les autorités tchadiennes doivent à tout prix ouvrir l’espace politique et bâtir des institutions légitimes capables de survivre au régime actuel. 

Nairobi/Bruxelles, 30 mars 2016

Chadian President Idriss Déby acknowledges soldiers and military officers in the Chadian capital N'djamena, on 11 December, 2015 Brahim Adji/AFP
Commentary / Africa

In Backing Chad, the West Faces Moral Hazards

The West sees Chad as a reliable ally in the fight against extremists in the African Sahel. But it needs to take more care. Chad is breaking prior agreements by spending much of its oil revenue on the military, while social services and good governance have suffered.

Chad is facing a severe fiscal and social crisis. On 7-8 September, President Idriss Déby is in Paris for an International Donor Conference to seek much-needed funding for the country’s National Development Program. The government likes to portray the country’s problems as due to external shocks like the drop in oil prices and the cost of military intervention against Boko Haram and other extremists. Donors, under pressure from France, largely accept this narrative and support has recently been forthcoming from the International Monetary Fund (IMF). But a closer look at the country’s recent history tells another story.

According to the Chadian economy minister, the conference aims to mobilise support “for the transformation of Chadian economy”. This is not the first time Chadians have been promised such a transformation. When Chad joined the club of oil-producing countries in 2003, the World Bank supported the building of the critical pipeline to get the oil to the coast on condition that the money generated would be put to good use. The Oil Governance Law was passed in 1999, stipulating that 80 per cent of revenues were to be allocated to pre-defined priority sectors – public health, social affairs, education, infrastructure, agriculture, livestock and water. Ten per cent of oil revenue was to be channelled into a fund for future generations, while another 5 per cent was earmarked for the oil-producing region. Only the remaining 5 per cent would flow directly into the state budget.

Soon thereafter, however, Déby started to dismantle these control mechanisms. In 2006, he amended the Oil Governance Law, dismantling the future generations fund and, crucially, adding defence to the list of priority sectors. He faced down donors and gradually rolled back all the control mechanisms so painstakingly negotiated by the World Bank, eventually gaining full discretion over spending of oil revenues.

This came about against the backdrop of mounting political and military opposition. The lack of political space, and in particular the constitutional changes in June 2005 that allowed Déby to run for a third term in 2006, led to the defection of senior political and military figures including his nephews Timane and Tom Erdimi. After a failed coup attempt on 14 March 2006, they established a rebel group, one of several rebellions to challenge Déby’s power with the support of neighbouring Sudan. Major rebel offensives on N’Djamena in 2006 and 2008 nearly overthrew the regime.

Oil money gave Déby a critical lifeline. Free from any obligations of transparency, he awarded his supporters import licenses or public contracts for numerous infrastructure projects. To ease social tensions, the regime also recruited workers into the public sector. Oil revenues likewise enabled Déby to confront the armed opposition, through heavy investments in the army. Military spending skyrocketed from $67 million in 2005 to $247 million in 2006. Military expenditures reached an all-time high in 2009, accounting for $670 million – a full 8 per cent of GDP. According to SIPRI data, between 2006 and 2016, the regime acquired 34 aircraft (attack and transport planes) and 372 armoured vehicles of different varieties, turning its armed forces into one of the best equipped on the continent. After this splurge, military spending declined, but still remains way above pre-oil money levels at 2.6 per cent of GDP.

As in other African countries that have received significant Western support for their militaries, Chad’s government is itself a product of a civil war and remains military at heart.

As in other African countries that have received significant Western support for their militaries, Chad’s government is itself a product of a civil war and remains military at heart. So diverting funds to the army fits seamlessly with the government’s own desire to reward its military and keep it loyal. Military spending has helped Chad intervene in the Central African Republic, Mali, in neighbouring countries threatened by Boko Haram and as far afield as the Saudi Arabia-led coalition to fight Huthi combatants in Yemen.

This engagement has strengthened relations with Western powers and brought substantial financial and political support. The EU, France and the U.S. in particular today consider Déby as their principal partner in the fight against terrorism in the Sahel. For Déby it is a win-win: tackle domestic armed opposition, pay his troops and gain significant leverage over donors.

But the rise in military spending along with mismanagement of oil revenues has come at a cost. Having failed to diversify the economy while the going was good, dependency on oil money has made the country highly vulnerable. Declining prices and production levels have led the country back to international donors. Partly as a requirement under the IMF financial and economic support program, the government has introduced drastic budget cuts, affecting allowances for civil servants, parliamentarians and police, student scholarships and the staffing size of state agencies. The government has accumulated arrears in payments of salaries, allowances and pensions.

This situation has caused waves of strikes by teachers and other public sector workers. Many feel that while they didn’t profit from the oil revenues in the first place, they are now, on top of this, paying the price for its mismanagement. Widespread corruption, high living costs, and the lack of political space and civil liberties have further fed the anger and the country’s growing number of protest movements.

The government has reacted [to strikes] with repression and a clampdown on civil liberties.

The government has reacted with repression and a clampdown on civil liberties. Reports of harassment, arbitrary arrests, ill-treatment and torture of journalists, civil society activists and political opponents have increased. Unsurprisingly, international partners have been reluctant to denounce such practices, let alone impose conditions for their support. So even as Chad’s economy nosedives in the context of corruption and authoritarianism, Déby’s international position appears untouchable. Europe’s increasing desire to get Sahelian countries to stop migrant flows from reaching the Mediterranean will likely give him a further opportunity to show how useful his country can be.

Chadian civil society activists and political opponents are increasingly frustrated with this unconditional international support for Déby, which they interpret as silent complicity. And understandably so: in backing Déby as he pours money into his military while the rest of the population suffers, Western powers are paying scant regard to the sustainability of their engagement, nor to what kind of state they are encouraging. The longer-term fight against extremism requires stronger and more legitimate public institutions, not “more strongmen”.

While financial support for the fight against extremists in the Sahel is certainly an immediate priority, Chad’s international partners should also extract real commitment to use part of international aid to support the country’s crumbling social sectors, as well as to build new monitoring mechanisms to guarantee greater transparency.

Eliane Giezendanner, Central Africa Project intern, assisted in the preparation of this commentary.

This text was changed on 12 September 2017 to rectify the original version that incorrectly stated, "Between 2006 and 2014, the regime purchased 139 aircraft and 153 armed vehicles". According to SIPRI data, the regime actually acquired 34 aircraft (attack and transport planes) and 372 armoured vehicles of different varieties between 2006 and 2016.