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Vers une nouvelle approche de l’ONU pour stabiliser la RDC
Vers une nouvelle approche de l’ONU pour stabiliser la RDC
Table of Contents
  1. Synthèse
Congolese men push their makeshift bicycle (chukudu or tshukudu) past peacekeepers of the MONUSCO, as they ride on patrol in the town of Kiwanja, Democratic Republic of Congo on 19 October, 2018. REUTERS/Oleksandr Klymenko
Briefing 148 / Multilateral Diplomacy

Vers une nouvelle approche de l’ONU pour stabiliser la RDC

A l'occasion du prochain renouvellement de la mission de l'ONU en République démocratique du Congo, le Conseil de sécurité devrait donner la priorité à la résolution des conflits au niveau local et soutenir les efforts du président Tshisekedi pour améliorer les relations dans la région et stabiliser l'Est du pays.

Que se passe-t-il ? Le Conseil de sécurité cherche des alternatives à l’opération de maintien de la paix de l’ONU pour stabiliser la République démocratique du Congo (RDC). Parallèlement, le président congolais Félix Tshisekedi voudrait conclure un nouvel accord avec les pays voisins pour neutraliser les groupes armés dans l’Est du pays.

En quoi est-ce significatif ? La persistance de plus d’une centaine de groupes armés dans l’Est de la RDC représente une menace pour les civils congolais et pour la stabilité régionale. Les voisins du pays se sont également souvent servis de ces milices pour s’attaquer mutuellement et contrôler les ressources économiques.

Comment agir ? Le Conseil de sécurité devrait renforcer les capacités de la mission de l’ONU d’analyser les liens politiques des groupes armés et de répondre aux griefs locaux qu’ils exploitent. L’ONU devrait soutenir la diplomatie régionale de Tshisekedi, en envisageant la réconciliation politique et l’intégration économique comme des vecteurs de sécurité.

Synthèse

Le Conseil de sécurité doit s’entendre d’ici le 20 décembre sur un nouveau mandat pour la mission de maintien de la paix de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC), présente dans le pays depuis vingt ans. A bien des égards, il s’agit d’un exercice de routine. Le Conseil a adopté des dizaines de résolutions sur la RDC depuis les débuts de la guerre civile dans les années 1990. Mais les diplomates du Conseil estiment que cette négociation pourrait prendre une autre dimension. Il semblerait que le gouvernement congolais et les puissances régionales en Afrique centrale envisagent d’unir leurs forces pour lutter contre l’instabilité en RDC. La diplomatie et les Casques bleus de l’ONU pourraient peut-être faire avancer ce processus.

Ces dernières années, la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (Monusco) a mis l’accent sur le contrôle des groupes armés de l’Est du pays, mais ses résultats sont au mieux mitigés. Dans les provinces orientales de la RDC, Ituri,  Nord- et Sud-Kivu, des dizaines de groupes armés sévissent encore, faisant des victimes civiles et menaçant la stabilité régionale. La Brigade d’intervention de la Monusco (FIB), déployée sous les auspices de l’ONU en 2013, a contribué à mettre en déroute le mouvement rebelle M23, mais elle peine à contenir les groupes armés encore présents, notamment les Forces démocratiques alliées (ADF), au Nord-Kivu, qui se montrent particulièrement opiniâtres. Bien que certains rapports suggèrent que les chefs de l’ADF ont des liens avec des réseaux islamistes à l’étranger, ce groupe est essentiellement ancré au niveau local. Il combat souvent aux côtés de milices locales et exploite les conflits communautaires pour obtenir des soutiens. Au sein de la Monusco et du Conseil de sécurité, les responsables et les diplomates sont en désaccord ; certains estiment que la solution réside dans un financement renforcé des opérations militaires tandis que d’autres prônent des efforts de médiation pour résoudre des conflits locaux et rallier les communautés dans les régions concernées.

Le président congolais Félix Tshisekedi, qui est entré en fonction en janvier, a passé sa première année à la tête de l’exécutif à promouvoir de meilleures relations avec les voisins de la RDC, notamment le Burundi, le Rwanda, et l’Ouganda. Il insiste principalement sur la nécessité de s’unir pour lutter contre les groupes armés à l’Est de la RDC. Les homologues de Tshisekedi dans la région, qui se sont longtemps servis de ces milices pour faire la guerre par procuration, restent très méfiants les uns des autres, mais ils se sont tous montrés, cette année, plus ou moins disposés à participer à des pourparlers sur des questions militaires et de renseignement. Une partie, voire l’ensemble des gouvernements concernés risquent d’utiliser ces échanges comme une couverture pour accroitre leur ingérence militaire en RDC. Il est néanmoins possible que Tshisekedi atteigne son objectif affiché et parvienne à établir un nouveau cadre de coopération régional.

Le Conseil de sécurité a l’occasion de repenser son approche en RDC.

Le Conseil de sécurité a donc l’occasion de repenser son approche en RDC. Les membres du Conseil sont depuis longtemps frustrés par l’incapacité de la Monusco à stabiliser l’Est du pays et la plupart sont d’avis qu’elle devrait se retirer progressivement dans les années à venir. Mais ils n’osent pas pousser trop fort dans cette direction, dans un contexte où les groupes armés poursuivent leurs exactions, et où une épidémie de fièvre Ebola dans l’Est de la RDC a compliqué le travail de la mission dans cette région. Contrairement à son prédécesseur, Joseph Kabila, le président Tshisekedi indique qu’il est prêt à continuer de travailler avec l’ONU pour neutraliser les groupes armés. Les membres du Conseil ont également été encouragés par la diplomatie régionale du président, et considèrent généralement que l’ONU devrait désormais faire son possible pour le soutenir, tout en se préservant une porte de sortie.

Dans le renouvellement de son mandat, le Conseil de sécurité devrait :

  • indiquer son soutien aux initiatives du président Tshisekedi visant à désamorcer les tensions politiques dans la région, que ce soit dans le texte de la résolution ou dans des déclarations faites après son approbation ; les diplomates de l’ONU à Kinshasa, Kigali, et Kampala devraient faire de même. Dans l’ensemble, il importe de réduire les tensions entre la RDC et ses voisins avant toute opération militaire conjointe.
     
  • ordonner à la Monusco de fonder les décisions militaires en priorité sur l’analyse politique et la collecte de renseignements et de renforcer ses efforts de médiation à l’échelle locale entre des communautés en conflit dans les zones où sévissent les Forces démocratiques alliées (ADF). Ces mesures viseraient à réconcilier ces communautés puis à coopérer avec elles pour concevoir des opérations militaires plus précises contre les ADF, qui seraient aussi plus susceptibles de démobiliser leurs combattants si elles perdaient le soutien dont elles bénéficient au niveau local. La Brigade d’intervention devrait suivre cette approche reposant davantage sur l’information et contribuer à la mission plus globale de protection civile de la Monusco ; et
     
  • veiller à ce que les références aux ADF reflètent la réalité du terrain ; éviter d’exagérer leurs liens transnationaux et s’en remettre à la mission onusienne pour élaborer les politiques les plus adaptées face à la menace que le groupe constitue.

 

Nairobi/New York/Bruxelles, 4 décembre 2019