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Boulevard des désillusions : la « rue » et la politique en RD Congo
Boulevard des désillusions : la « rue » et la politique en RD Congo
L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC
L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC
Flares are launched by DR Congo Police forces during a demonstration in Goma on 19 September 2016. AFP/Mustafa Mulopwe
Briefing 123 / Africa

Boulevard des désillusions : la « rue » et la politique en RD Congo

Des manifestations violentes ont eu lieu à Kinshasa en septembre, tandis que l’intention du président Kabila de se maintenir au pouvoir après la limite constitutionnelle du 19 décembre devenait plus claire. Les acteurs régionaux et internationaux doivent user des leviers diplomatiques et financiers à leur disposition pour permettre la tenue d’élections crédibles et faire cesser les violences en République démocratique du Congo.

Synthèse

Les manifestations à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), sont émaillées de violences depuis le 19 septembre 2016, date à laquelle la Commission électorale nationale indépendante (CENI) aurait dû lancer le processus électoral en vue du scrutin présidentiel, comme requis par la Constitution. Des manifestations étaient à prévoir dès lors que le dialogue politique lancé le 1er septembre n’avait pas abouti à un compromis concernant le report de l’élection. Ceci a accentué le risque de colère populaire violente dans les centres urbains et de réponse brutale des forces de sécurité. Le danger demeure aussi que les partis politiques au sein de la coalition au pouvoir (ci-après, « la majorité ») et de l’opposition, qui compte sur la rue pour pousser le président Joseph Kabila au départ, cherchent à manipuler cette colère. Miser sur des révoltes populaires peu structurées pour provoquer un changement politique est une stratégie risquée. Afin d’éviter l’engrenage de la violence, les partenaires du Congo devraient utiliser les outils financiers et diplomatiques à leur disposition pour convaincre les acteurs, en particulier la majorité, de la nécessité d’organiser des élections crédibles au plus vite. Ils doivent également peser de tout leur poids et prendre position publiquement pour réduire au maximum la violence tant que l’impasse politique demeure.

Au cours de l’histoire de la RDC, les acteurs politiques ont compté sur la rue pour sortir d’apparentes impasses politiques. Comme ce fut le cas par le passé en période d’agitation populaire, une crise politique se combine actuellement à une récession économique. La promesse de démocratisation a accentué la fragmentation du pays depuis les années 1990, et la légitimité des partis politiques et des organisations de la société civile, à l’exception de l’Eglise catholique, continue de décliner tandis que leur nombre augmente. La frustration populaire est exacerbée par la pauvreté généralisée et la violence chronique. Pour garder son assise, le gouvernement dépend de plus en plus de forces de sécurité largement dysfonctionnelles, dont les problèmes de contrôle et de commandement aggravent le risque d’usage excessif de la force. Les manifestations sont une forme d’expression politique légitime pour une population frustrée, à juste titre, par le non-respect de la Constitution et le retard pris dans l’organisation du scrutin. Il est de la responsabilité du gouvernement de garantir qu’elles se déroulent sans heurts. Cependant, pour que les manifestations réussissent, elles doivent s’inscrire dans une stratégie politique cohérente ; aucun acteur ne devrait les utiliser pour exacerber les tensions.

Dix ans après les élections de 2006, globalement satisfaisantes, la RDC fait face à une autre crise profonde. La tentative du président Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de son deuxième et dernier mandat prévu par la Constitution, qui s’achève le 19 décembre, met à mal plus d’une décennie de progrès. Moins de trois mois avant la fin de son mandat, la majorité espère conserver le pouvoir en provoquant un long report du vote (glissement), alors que l’opposition se bat pour conduire une « transition ». A l’approche de la fin du mandat de Kabila et faute d’un accord consensuel, le risque de nouveaux affrontements violents augmente.

Afin de réduire le potentiel de violences urbaines dans les prochains mois :

  • L’Union africaine (UA), les Nations unies et autres partenaires internationaux devront soutenir un dialogue politique plus inclusif mettant l’accent sur les arrangements post-19 décembre et ayant pour objectif l’organisation d’élections crédibles selon un calendrier ambitieux et précis. Les acteurs nationaux devraient modérer leurs positions maximalistes et s’engager de bonne foi dans ce dialogue.
     
  • A défaut de sortir de l’impasse politique, ces derniers devront prendre des mesures pour réduire le risque de violence, tout en permettant l’organisation de manifestations pacifiques. Les partis politiques portent une grande responsabilité, non seulement pour travailler de bonne foi à l’organisation d’élections, mais aussi pour éviter d’exacerber les tensions. Le gouvernement doit maintenir la liberté de la presse, qui devrait demander des comptes aux acteurs étatiques comme à l’opposition.
     
  • Du côté de la communauté internationale, une diplomatie plus vigoureuse et cohérente, y compris en menaçant de retirer les forces de maintien de la paix des Nations unies, en particulier la Brigade d’intervention (FIB) de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (Monusco), pourrait aider à faire avancer le dialogue. Développer les capacités de la police à encadrer pacifiquement les manifestations, faire usage des bons offices des Nations unies et du corps diplomatique et menacer, de façon judicieuse, de sanctions ciblées ceux qui exacerbent les tensions sont des pistes pour aider à réduire le risque de violences.

Ce briefing repose sur un travail de terrain à Bukavu, Goma, Lubumbashi et Kinshasa, et fait partie d’une série de publications sur le processus électoral en RDC.

Nairobi/Bruxelles, 13 octobre 2016

An Independent National Electoral Commission (CENI) agent seals a ballot box in front of observers in the Lubumbashi's Mapala district on December 30, 2018, following the close of polls in DR Congo’s presidential, provincial and national elections. CAROLINE THIRION/AFP
Statement / Africa

L’unité internationale est cruciale dans l’attente des résultats des élections en RDC

The Democratic Republic of Congo awaits the official results of 30 December 2018 elections, amid hints that unofficial numbers show an opposition presidential candidate winning. Conflicting tallies could spark violence. Outside powers should stand together in urging calm and careful verification of the electoral outcome.

En République démocratique du Congo, la Commission électorale indépendante va probablement annoncer cette semaine les résultats des élections du 30 décembre. Les acteurs internationaux ont montré des signes de division après une déclaration de l’Eglise catholique, qui a dépêché la principale mission d’observation électorale, indiquant une victoire de l’opposition. Le non-respect des résultats des élections risquerait de plonger le pays dans une crise politique majeure. S’il y a des raisons de penser que la Commission électorale a tenté de manipuler les résultats, les acteurs internationaux, et en particulier le Conseil de sécurité de l’ONU qui prévoit de se réunir ce vendredi, devraient appeler à une enquête approfondie et crédible avant que les résultats officiels soient considérés comme définitifs. Ils doivent parler d’une même voix et, sous l’impulsion des puissances africaines, encourager les Congolais à entamer des négociations pour garantir une issue pacifique qui reflète la volonté du peuple.

Dimanche 30 décembre, des millions de Congolais se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau président, ainsi que leurs représentants au sein des parlements national et provinciaux. Malgré des tensions croissantes dues aux multiples retards et l’exclusion injustifiable de près de 4 pour cent du corps électoral, principalement dans la province du Nord-Kivu, le vote s’est déroulé dans un calme relatif. L’Union africaine (UA) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui ont dépêché les principales missions d’observation à l’échelle internationale, ont conclu que le déroulement du scrutin avait été convenable, malgré quelques troubles et des problèmes techniques.

Le 3 janvier, la Conférence épiscopale de l’Eglise catholique du Congo (Cenco) a publié une déclaration fondée sur les informations transmises par ses 40 000 observateurs déployés dans une grande partie des 75 500 bureaux de vote et sur son propre décompte des voix. La Cenco jouit d’une grande crédibilité en RDC et a déjà observé de nombreuses élections par le passé. Elle a déclaré que les irrégularités et les problèmes observés n’avaient pas entravé le choix démocratique du peuple congolais et qu’un candidat se démarquait clairement. La loi interdit à la Cenco de désigner un vainqueur avant l’annonce des résultats officiels. Mais en exhortant la Commission électorale nationale indépendante (CENI), largement contrôlée par le gouvernement, à respecter le résultat du vote, elle a laissé entendre que le dauphin désigné du président Joseph Kabila, Emmanuel Shadary, avait été battu. Des sources informées par la Cenco indiquent que le vainqueur est le candidat de l’opposition Martin Fayulu.

Alors que la majorité au pouvoir a vivement critiqué la déclaration de la Cenco, les diplomates peinent à trouver un consensus.

Le calcul de la Cenco, s’il s’avérait exact, pourrait avoir d’importantes conséquences. Fayulu, figure historique de l’opposition et ancien homme d’affaires, dispose de l’appui de deux poids lourds de l’opposition aujourd’hui en exil, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Les efforts fructueux du gouvernement pour écarter ces deux hommes de la course à la présidentielle ont exacerbé leurs mauvaises relations avec le pouvoir en place ; de nombreux responsables à Kinshasa craignent qu’une présidence Fayulu ne s’intéresse de trop près aux soupçons de crimes et d’actes de corruption dont ils font l’objet. Pour le président Kabila et ses proches alliés, une victoire de Fayulu serait en effet le pire scénario possible ; ils considèrent l’autre principal candidat de l’opposition, Félix Tshisekedi, comme plus conciliant. Il existe un risque réel qu’ils poussent la Commission électorale à annoncer un résultat plus à leur goût.

Alors que la majorité au pouvoir a vivement critiqué la déclaration de la Cenco, les diplomates peinent à trouver un consensus. Cette situation menace la cohésion internationale des douze derniers mois, qui avait permis de faire monter la pression sur le président Kabila et contribué à sa décision, en août 2018, de ne pas briguer un troisième mandat. Il est inquiétant de constater que certains qualifient en privé d’« occidentale » la position de la Cenco, ce qui pourrait alimenter l’idée d’une opposition entre l’Occident et une Afrique qui ne lui serait d’aucun secours. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas été en mesure de prendre position. Ses membres et d’autres acteurs internationaux s’accordent pour dire que les responsables politiques congolais doivent respecter les résultats des élections. Mais le débat porte sur l’opportunité de faire d’ores et déjà pression sur la Commission électorale, et par extension, sur le gouvernement, en l’exhortant à publier rapidement les résultats des élections tout en l’avertissant que le choix des électeurs doit être respecté ; ou au contraire de lui accorder le bénéfice du doute en lui laissant le temps de publier les résultats officiels, évitant ainsi d’accorder trop d’importance au décompte de la Cenco. Une importante réunion du Conseil de sécurité de l’ONU a été reportée à vendredi, date à laquelle la Commission électorale devrait avoir annoncé les résultats. Il est prévu que le Conseil s’entretienne avec des experts externes, y compris la Cenco et éventuellement des acteurs régionaux qui ont observé le déroulement du scrutin, comme l’UA et la SADC.

Il est primordial que la Commission électorale annonce en toute transparence les résultats des élections.

La situation est tendue. Une grande partie du pays n’a plus accès à internet et les rumeurs les plus folles circulent, générant des conjectures inutiles et clivantes qui alimentent le débat international. De nombreux Congolais oscillent entre espoir de changement et incertitude face à l’avenir. Les trois candidats et leur entourage doivent délivrer des messages constructifs et rassurants, appeler leurs partisans au calme, inciter à la patience et éviter toute déclaration susceptible d’attiser les tensions.

Il est primordial que la Commission électorale annonce en toute transparence les résultats des élections et fournisse suffisamment de détails pour que ses conclusions puissent être vérifiées et, le cas échéant, contestées devant les tribunaux. Toute tentative de manipulation des résultats risquerait de susciter une immense colère et pourrait provoquer des violences dans tout le pays. Cela dit, nombre de ceux qui sont actuellement au pouvoir ont beaucoup à perdre dans ce qui pourrait constituer un spectaculaire retournement de situation. Si Fayulu a gagné, il est important qu’ils reçoivent, dans la mesure du possible, des garanties sur leur avenir, afin d’augmenter les chances d’une transition pacifique.

Les acteurs internationaux doivent continuer à exiger que les résultats soient respectés. Ils doivent néanmoins s’abstenir de tirer des conclusions hâtives qui pourraient accentuer les divergences internationales. Les puissances étrangères doivent éviter de se diviser en deux camps, pro-Kabila et pro-opposition, car cela ne ferait qu’encourager chaque partie à camper sur ses positions, à un moment où il importe de mener des négociations délicates et de montrer des signes d’ouverture et de compromis. A la lumière de ces considérations, la réunion du Conseil de sécurité de vendredi constitue pour ses membres une occasion unique d’afficher leur unité. Le Conseil doit appeler au calme et exhorter toutes les parties à respecter le résultat du vote. Si la Commission électorale annonce des résultats sensiblement différents des chiffres recueillis par la Cenco et les autres observateurs, y compris ceux des partis politiques, le Conseil devra appeler à une enquête approfondie et crédible avant que les résultats officiels soient considérés comme définitifs. Les puissances africaines doivent prendre l’initiative pour aider les parties prenantes congolaises à trouver une issue pacifique qui respecte la volonté du peuple, comme elles l’ont fait en persuadant Kabila de se retirer.