Katanga: la crise oubliée de la RDC
Katanga: la crise oubliée de la RDC
Table of Contents
  1. Executive Summary
Supporting Dialogue and Demobilisation in the DR Congo
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Report 103 / Africa

Katanga: la crise oubliée de la RDC

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Résumé Analytique

La province du Katanga est l’une des régions les plus violentes de la République démocratique du Congo (RDC) et, cependant, l’une des plus négligées. La plupart de ses problèmes sont identiques à ceux qui touchent le reste du pays. Cependant, elle a besoin d’une attention immédiate car elle constitue le coeur politique aussi bien que le poumon économique de la nation. C’est un moteur potentiel de croissance, dont les mines, à une certaine époque, rapportaient de 50 à 80 % du budget national. Si l’on souhaite que les élections de l’année 2006 aient une chance quelconque de se dérouler dans le calme et de produire un gouvernement stable et légitime, il est indispensable que les acteurs nationaux et internationaux prêtent une attention particulière à cette province clé dans les domaines suivants: l’intégration de l’armée, l’élimination des chaînes de commandement parallèles, ainsi que l’éradication de la corruption. Si les parties prenantes attendent la mise en place d’un nouveau gouvernement issu des élections pour s’atteler à ces problèmes, tel que semble le suggérer la donne internationale actuelle, elles risquent d’arriver trop tard.

La province natale du président Joseph Kabila et de nombreux hommes politiques importants à Kinshasa est secouée par trois conflits: sudistes contre nordistes, “originaires” contre “non-originaires”, et milices Maï-Maï contre armée nationale.

La compétition nord-sud s’est exacerbée depuis que Laurent Kabila, nordiste et père du président actuel, Joseph Kabila, a pris le pouvoir en mettant fin à la dictature de Mobutu en 1997. Le sud est l’une des zones minières les plus riches de tout le continent africain; ses immenses réserves de cuivre et de cobalt ont amené les hommes politiques du Katanga, essentiellement des nordistes, à entretenir des réseaux individuels parmi les effectifs des forces de sécurité locales afin de protéger leurs intérêts en tenant sous la menace leurs adversaires. Ayant le sentiment d’avoir été écartés dans le partage des richesses de leur propre province, les sudistes nourrissent une rancune affichée envers ces officiels du nord. Il faut signaler que cette rivalité a donné lieu à de nombreux épisodes violents. À titre d’exemple, en octobre 2004, pendant qu’elle combattait une rébellion dans la ville minière de Kilwa, l’armée a tué plus de 70 civils. Et, en mai 2005, alléguant d’un complot de sécession à Lubumbashi, l’État a arrêté et tenté d’intimider des hommes politiques et des officiers du Sud Katanga. Des acteurs de Kinshasa, soucieux de protéger leurs intérêts miniers et d’étouffer dans l’oeuf toute opposition, semblent être à la base des deux opérations.

La campagne électorale a rallumé le vieux conflit entre les natifs du Katanga et les immigrés venus de la province du Kasaï. En effet, sous la tutelle belge, de nombreux Luba du Kasaï sont venus travailler dans les sociétés minières et les administrations publiques, créant des tensions; des politiciens ont manipulé ces tensions et, en 1992-1993, ont organisé des milices en vue d’une purification ethnique. Plus de 5,000 Luba ont été ainsi tués. L’Union des nationalistes et des fédéralistes du Congo (UNAFEC), un parti dirigé par certains des instigateurs de la violence au début des années 1990, utilise des bandes de jeunes pour intimider ses opposants, souvent des Luba. Les chefs de la jeunesse de ce parti ont exhorté leurs militants à soumettre leurs adversaires au supplice du collier en leur passant un pneu enflammé autour du cou.

La violence au nord Katanga est étroitement liée à des acteurs politiques installés à Kinshasa. Pendant la guerre, Laurent Kabila a créé dans la région des milices Maï-Maï afin d’endiguer l’avancée des rebelles soutenus par le Rwanda. Ces milices, qui recevaient des armes de Kinshasa jusqu’en 2004, n’ont pas été intégrées dans l’armée nationale, et se battent souvent entre elles ou contre l’armée au sujet de taxes locales et de butins de braconnage.

Il est plus que temps que les acteurs concernés s’attellent à ces problèmes. Il incombe au gouvernement de prendre la responsabilité du maintien de la sécurité dans la province. Ce dernier doit prendre des mesures concrètes en vue d’intégrer les milices Maï-Maï dans l’armée nationale, et d’arrêter les commandants coupables de crimes de guerre. Après avoir épuisé toutes les voies pacifiques, le gouvernement devrait déployer des brigades de l’armée intégrée au Katanga afin de démanteler les groupes armés récalcitrants. La Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC) doit être associé à ces opérations. Elle a déjà prouvé son efficacité face à des milices similaires dans le district de l’Ituri, où elle a démobilisé 14,000 combattants; et les milices du Katanga ne sont pas aussi bien armées et organisées. Cependant, l’augmentation des effectifs pour la province (un bataillon de 800 hommes) autorisée fin 2005 par le Conseil de sécurité est largement insuffisante. La brigade de 2,590 hommes demandée par le Secrétaire général est indispensable.

Enfin au Katanga, comme ailleurs dans le pays, la mauvaise gouvernance et l’impunité sont des parents proches de la violence. Des responsables utilisent des chaînes de commandement parallèles dans l’armée et l’administration pour protéger leurs intérêts propres et détourner les deniers publics. La justice est trop faible et trop politisée pour en venir à bout. Les niveaux actuels de corruption et d’abus de pouvoir sont en eux-mêmes des sources d’instabilité qui menacent la transition et pourraient compromettre les élections. De plus, des politiciens mécontents risquent de tirer profit de la faiblesse de l’État pour causer des troubles et contester les résultats des élections. Les bailleurs de fonds doivent dès à présent prendre une position plus ferme contre la corruption et l’impunité. Leur aide financière (plus de la moitié du budget national actuel) leur donne les moyens d’imposer une supervision plus stricte de la gestion des fonds, comme au Libéria. Les bailleurs de fonds doivent également apporter un appui plus ferme aux institutions congolaises chargées de la bonne gouvernance qui tentent actuellement de juguler la corruption, tels que les tribunaux et les commissions parlementaires.

Executive Summary

Katanga province is one of the most violent yet neglected regions of the Democratic Republic of the Congo. Most of its problems are the same as those that are systemic in the rest of the country but it needs urgent attention because it is both the heartland of national politics and the nation’s most mineral-rich province, a potential economic dynamo whose mines once produced 50 per cent to 80 per cent of the national budget. If the March 2006 elections are to be peaceful and have a chance to produce a stable, legitimate government, both foreign and domestic actors need to pay particular heed to the key province while doing more and doing it immediately to integrate the army, eliminate parallel chains of command and eradicate corruption. Waiting for the elections to put a new government in place before moving on those issues, as present international strategy implies, has it the wrong way around.

The home province of President Joseph Kabila and many other senior Kinshasa politicians is divided by three conflicts: tensions between southerners and northerners, between outsiders and natives, and between Mai-Mai militias and the national army. 

The north-south competition has become pronounced since Laurent Kabila, a northerner and father of the current president, Joseph Kabila, seized power by overthrowing the Mobutu dictatorship in 1997. The south is one of the most mineral-rich areas of the continent, whose copper and cobalt deposits have prompted Katangan politicians – mainly northerners – to cultivate personal networks in the local security forces to protect their interests and threaten their rivals. These officials are resented by southerners, who feel excluded from the wealth of the province. This rivalry has triggered violence. In October 2004, for example, the army killed over 70 civilians while suppressing a rebellion by a ramshackle militia in the mining town of Kilwa. In May 2005, officials alleged a secession plot in Lubumbashi and arrested south Katangan politicians and military officers. Both operations appear to have been prompted by Kinshasa politicians eager to protect their mining interests and to squash opposition.

The election campaign has reignited conflict between native Katangans and immigrants from Kasai province. Under Belgian rule, many Luba from Kasai came to run the mining companies and state administration, creating tensions manipulated by politicians, who in 1992-1993 organised militias to ethnically cleanse the province. More than 5,000 Luba were killed. The Union of Congolese Nationalists and Federalists party (UNAFEC), which is run by some of the same figures who led the violence in the early 1990s, is using its youth gangs to intimidate its opposition, who are often Luba. Leaders of the party’s youth wing have called for “necklacing” opponents with burning tyres.

The violence in the remote areas of northern Katanga is tightly linked to actors in Kinshasa. During the war, Laurent Kabila created Mai-Mai militias in the region to stem the advance of Rwandan-backed rebels. These militias, bolstered by arms from officials in Kinshasa as recently as 2004, have not been integrated into the national army and are fighting each other and the army over poaching and taxation rights.

It is past time to address these problems. The government has primary responsibility for security in the province. It must take steps to integrate the Mai-Mai militias into the national army and arrest commanders guilty of war crimes. After exhausting all peaceful means, it should deploy integrated army brigades to Katanga to dismantle recalcitrant armed groups. The UN mission (MONUC) should play an important role in these operations. It has been efficient in dealing with similar militia in the Ituri district, where 14,000 combatants have been demobilised, and the Katanga militias are not as well armed or organised. However, the minimal reinforcement – an 800-strong battalion – authorised in late 2005 by the Security Council for the province is insufficient. The 2,590-strong brigade asked for by the Secretary-General is needed.

In Katanga, as elsewhere in the country, bad governance and impunity are closely linked to violence. Officials use parallel chains of command in the army and administration to protect their interests and embezzle state funds. The justice sector is too weak and politicised to curb these excesses. Current levels of corruption and abuse of power are themselves sources of instability that threaten the transition and could compromise elections, while discontented politicians are likely to take advantage of the weak state to stir up trouble and contest election results. Donors should take a firmer stance now on corruption and impunity. Their aid – over half the present national budget – gives leverage to impose stricter supervision of funds, like what is being attempted in Liberia. They should also give more support to Congolese institutions charged with good governance that are trying to curb corruption, such as courts and parliamentary commissions.

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