La sécurité des élections au Congo: les leçons des affrontements de Kinshasa
La sécurité des élections au Congo: les leçons des affrontements de Kinshasa
Table of Contents
  1. Overview
Tensions dans la région des Grands-Lacs | Turmoil in the Great Lakes
Tensions dans la région des Grands-Lacs | Turmoil in the Great Lakes
Briefing 42 / Africa

La sécurité des élections au Congo: les leçons des affrontements de Kinshasa

À quelques heures de l’annonce à Kinshasa des résultats du premier tour des élections présidentielles en République démocratique du Congo le 20 août 2006, des violences ont opposé les troupes fidèles au vice-président Jean-Pierre Bemba et celles du président en exercice Joseph Kabila, illustration spectaculaire de la fragilité du processus électoral dans ce pays.

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Synthèse

À quelques heures de l’annonce à Kinshasa des résultats du premier tour des élections présidentielles en République démocratique du Congo le 20 août 2006, des violences ont opposé les troupes fidèles au vice-président Jean-Pierre Bemba et celles du président en exercice Joseph Kabila, illustration spectaculaire de la fragilité du processus électoral dans ce pays. Parce que Kabila comme Bemba seront tentés de recourir à la violence en cas de défaite au deuxième tour et parce que le premier détient une certaine puissance militaire, le gouvernement congolais et la communauté internationale doivent agir rapidement pour assurer la sécurité du deuxième tour des présidentielles, qui coïncident avec les élections provinciales, le 29 octobre prochain. Les milices représentent une menace pour la stabilité du pays, en particulier dans le Nord Kivu et en Ituri, mais c’est sans doute la capitale qui sera de nouveau la zone la plus sensible. La situation exige d’adopter une stratégie sur trois fronts : améliorer la sécurité à Kinshasa, promouvoir une plus grande responsabilité des médias et résoudre certains problèmes techniques liés au processus électoral.

Premièrement, il faut rétablir le contrôle sur les milliers de soldats présents à Kinshasa et en particulier les gardes privées de Kabila et de Bemba, qui ne sont pas intégrées dans la structure de commandement de l’armée régulière. Deuxièmement, des mesures doivent être prises pour empêcher l’incitation à la haine et la diffamation dans les médias congolais, qui sont souvent liés à certains candidats et qui ont contribué à alimenter les violences dans la capitale. Enfin, il faut remédier d’urgence aux faiblesses du processus électoral et garantir que le deuxième tour se déroule correctement. Lors du premier tour, les listes d’électeurs et des centres de vote ont été modifiées à la vieille du scrutin, altérant la transparence des élections. Des milliers de centres de vote se sont trouvés sans observateurs électoraux parce que ceux-ci n’avaient pas les moyens de se rendre dans les zones reculées. La collecte des bulletins de votes avait été mal préparée, notamment à Kinshasa, où un deuxième décompte des voix était pratiquement impossible.

Les priorités politiques sont les suivantes:

  • Assurer la sécurité à Kinshasa, d’une part en obtenant de Bemba et Kabila qu’ils acceptent de limiter les effectifs de leurs gardes rapprochées, qu’ils permettent aux observateurs de l’EUFOR (force de l’Union européenne) et de la MONUC (mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo) d’accéder à leurs installations militaires et que tous les autres soldats congolais soient confinés dans leurs casernes à travers le pays pendant le deuxième tour des élections; et d’autre part en déployant dans le pays davantage de troupes de l’EUFOR, jusqu’ici en réserve au Gabon, avec un mandat qui leur permette d’utiliser la force de manière préventive et en prolongeant leur présence jusqu’à la fin du cycle électoral en janvier 2007;
     
  • Promouvoir la critique constructive en renforçant la Haute Autorité des médias (HAM), en demandant au ministère de la Justice de détacher des officiers de police judiciaire auprès de celle-ci afin qu’elle puisse agir promptement et suspendre les médias qui se rendraient coupables d’incitation à la haine, et en veillant à ce que les chaînes de radio et télévision d’État assurent un temps de parole égal entre les différents candidats et partis politiques; et
     
  • Remédier aux faiblesses qui sont apparues pendant le premier tour des élections par la publication en temps utile des listes d’électeurs et des centres de votes, la répartition coordonnée des observateurs électoraux et la planification détaillée de la collecte et de la protection des bulletins de votes.

La section V du présent briefing présente une série de recommandations détaillées sur la mise en œuvre de ces priorités par l’ONU, l’UE et les responsables locaux.

Nairobi/Bruxelles, 2 octobre 2006

Hours before the first-round results of the Democratic Republic of the Congo’s presidential elections were to be announced in Kinshasa on 20 August 2006, violence erupted between troops loyal to Vice President Jean-Pierre Bemba and those loyal to the incumbent, Joseph Kabila, providing dramatic proof of the fragility of the electoral process. Because both Kabila and Bemba will be tempted to use violence should they lose the second round, and the former in particular is very strong militarily, the Congolese government and the international community must move quickly to make secure the run-off as well as the provincial assembly elections on 29 October. Militias also threaten stability elsewhere in the country, notably in North Kivu and Ituri, but the capital is likely to be the most sensitive location again. A three-pronged strategy is required: improving security in Kinshasa, promoting a more responsible approach to the media and resolving some basic problems in the electoral process.

First, the thousands of troops in Kinshasa must be reined in, particularly the private guards of Kabila and Bemba, who are not part of the army’s regular command structure. Secondly, steps need to be taken to prevent hate speech and defamation in media outlets, which are often de facto allies of the candidates and have helped stoke violence in the capital. Lastly, weaknesses in the electoral process must be urgently corrected to make sure the run-off is fair. In the first round, lists of voters and polling stations were altered on the eve of elections, lessening the transparency of the process. Election monitors did not have the resources to deploy to remote areas, leaving thousands of polling stations without observers. Ballot collection was poorly planned, particularly in Kinshasa where any recount was nearly impossible.

The policy priorities are to:

  • secure Kinshasa by obtaining Bemba and Kabila’s agreement to limit their personal guards, allow EUFOR (European Union Force) and MONUC (United Nations Organisation Mission in the Democratic Republic of the Congo) observers access to their military installations and confine all other Congolese troops in the country to barracks during the second round; as well as by deploying more EUFOR troops to the capital from the reserve in Gabon, with clear authority to use force to prevent violence, and extending the EUFOR troop deployment to the end of the electoral cycle in January 2007;
     
  • promote a climate of constructive criticism by strengthening the High Media Authority (HAM), having the ministry of justice attach judicial police to it so it can act quickly to suspend media guilty of hate speech and ensuring that state television and radio cover the political parties and candidates equally; and
     
  • fix the electoral process by addressing the first-round weaknesses through timely publication of voter and polling centre lists, coordinating election monitor deployment and carefully planning collection and protection of ballots.

More detailed recommendations for the implementation of these priorities by the UN, EU and local officials are set out in Section V of this Briefing.

Nairobi/Brussels, 2 October 2006

Video / Africa

Tensions dans la région des Grands-Lacs | Turmoil in the Great Lakes

English version below / English subtitles available

FRANÇAIS: Depuis 25 ans, l'est de la République démocratique du Congo est devenu une zone de non-droit où opère une multitude de groupes armés locaux ou originaires des pays voisins. Les civils sont les premières victimes des violences dans cette région riche en ressources naturelles. 

Depuis fin 2021, avec l'accord de Kinshasa, l’Ouganda maintient une présence militaire dans l’est de la RDC pour combattre les Forces démocratiques alliées, un groupe armé aux origines ougandaises. Cette présence n’a toutefois pas permis d’endiguer les attaques. Dans le même temps, un groupe armé congolais que l’on croyait moribond, le Mouvement du 23 Mars, a refait surface sur fond de tensions entre les pays des Grands Lacs.

Pour amorcer une sortie des cycles de violence dans la région, notre analyste pour la RDC, Onesphore Sematumba, nous explique que le gouvernement congolais devrait à la fois tenter de mettre en place une diplomatie régionale pour apaiser les tensions entre pays des Grands Lacs et se concentrer sur l'adoption de mesures visant à résoudre les causes profondes de la violence dans l’est de la RDC.

ENGLISH: For the past 25 years, the eastern part of the Democratic Republic of Congo has been a lawless zone where a multitude of local and foreign armed groups operate. Those who bear the biggest brunt of the violence in this resource-rich region are the civilians.

Since the end of 2021, Uganda has had a military presence in the eastern DRC, as requested by Kinshasa, to fight the Allied Democratic Forces, an armed group originating from Uganda. However, this intervention has not been able to put an end to the attacks. Meanwhile, a Congolese armed group thought to be no longer active, the March 23 Movement, has resurfaced against a backdrop of tensions between the Great Lakes countries.

Our DRC analyst, Onesphore Sematumba, explains that in order to break out of this cycle of violence, the Congolese government should attempt to implement regional diplomacy to ease tensions between Great Lakes countries, while simultaneously placing greater emphasis on measures to address the root causes of the violence in eastern DRC.

CRISIS GROUP

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