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Madagascar : la crise à un tournant critique ?
Madagascar : la crise à un tournant critique ?
Table of Contents
  1. Synthèse
Madagascar's Back on Track - Destination Unknown
Madagascar's Back on Track - Destination Unknown
Report 166 / Africa

Madagascar : la crise à un tournant critique ?

Alors que la crédibilité de l’annonce d’un coup d’Etat hier par un groupe d’officiers militaires reste incertaine, les derniers événements démontrent la fragilité de la situation à Madagascar et l’urgence d’adopter une nouvelle stratégie pour sortir de cette longue crise. Les négociations doivent maintenant porter sur un soutien international à l’organisation d’élections, soumis au respect de conditions strictes.

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Synthèse

Le climat politique est tendu à Madagascar alors que ce rapport est mis sous presse. La veille, le 17 novembre 2010, un groupe d’officiers a annoncé un coup d’Etat et a déclaré avoir mis en place un « Comité militaire pour le salut public ». Les autorités affirment avoir la situation sous contrôle et estiment que cette annonce n’était destinée qu’à perturber le référendum constitutionnel qui avait lieu le même jour. Le régime est confiant dans la victoire du « oui » sur sa proposition de constitution, alors que certaines irrégularités ont déjà été signalées. En coulisses, certaines sources expriment davantage d’inquiétude concernant la situation. Tout ce qui peut être affirmé avec certitude, c’est que ces derniers développements démontrent la fragilité de la longue crise malgache et la nécessité, comme décrit ci-dessous, d’adopter une nouvelle approche pour en sortir.

Madagascar s’enfonce dans une crise politique majeure. Les tentatives de médiation internationales et nationales ont à nouveau échoué en 2010, alors que la population s’appauvrit et que les structures de l’Etat se délitent. La Haute autorité de la transition (HAT) a entamé un processus de sortie de crise unilatéral, non reconnu par l’oppo­sition et la communauté internationale, qui contestent toujours la légitimité du régime. Les acteurs qui auraient pu contribuer au déblocage de la situation n’y sont pas parvenus, ou ne l’ont pas voulu, alors que d’autres ont délibérément fait traîner la situation à leur avantage. Il est temps de mettre fin à toute tentative de médiation entre les différentes parties et de se concentrer sur le soutien à l’organisation d’élections crédibles, soumis au respect de conditions strictes.

Depuis le début de l’année et la fin de la médiation internationale conjointe, les tentatives de résolution de la crise n’ont mené qu’à une impasse. La gestion du pouvoir par les autorités actuelles est contestée et la corruption atteint un seuil critique. Le président de la HAT, Andry Rajoelina, suit les pas de son prédécesseur, Marc Ravalomanana, dans la collusion entre les intérêts publics et privés, qu’il dénonçait ardemment avant de prendre le pouvoir. L’absence de règles et d’autorité qui caractérise le régime aggrave ces pratiques.

Le soutien de nombreux partis politiques opportunistes confère une impression trompeuse d’inclusivité au processus de transition que les autorités ont mis en œuvre. Mais le régime est aux commandes de ce qui est en réalité un processus unilatéral, confiant dans la possibilité de trouver les financements nécessaires pour mener à bien son plan.

Ce scénario présente des risques importants. Si les autorités persistent dans l’organisation unilatérale d’élections en 2011, la communauté internationale refusera certainement de reconnaître le nouveau régime et la crise pourrait durer encore plusieurs années, avec des conséquences désastreuses pour le pays et la population. Madagascar se trouve dans un équilibre précaire, avec un risque élevé d’explosion sociale et ne peut pas se permettre d’être isolé du reste du monde.

Les tentatives de médiation pour une gestion inclusive de la transition ont toutes achoppé sur un refus de réaliser des compromis et il est désormais temps d’y mettre un terme. Il s’agit maintenant de sortir de la crise avant de pouvoir entreprendre les réformes dont le pays a besoin. L’objectif des mois à venir doit donc être l’organisation d’élections crédibles avec le soutien de la communauté internationale, qui seules permettront au pays de retrouver un ordre constitutionnel et de relancer son économie.

Les trois mouvances de l’opposition représentant les anciens présidents sont de plus en plus marginalisées et il est à présent évident que le régime ne reculera plus dans l’exécution de son processus – que le référendum constitutionnel a pour objectif de légitimer. Les autorités, de leur côté, affirment qu’elles souhaitent des élections crédibles, notamment afin de regagner la reconnaissance internationale. A cette fin, elles doivent offrir à l’opposition les garanties nécessaires à un environnement électoral équitable et les respecter.

Les acteurs politiques malgaches et la communauté internationale devraient donc adopter l’approche suivante :

  • La priorité pour la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) – avec le soutien du Groupe international de contact – et les autorités en place devrait être de parvenir à un accord sur les conditions d’un soutien international au processus électoral. Ce soutien devrait être soumis au respect de certains engagements par le régime, tels que la confirmation de la non candidature d’Andry Rajoelina ainsi que de ses ministres aux élections, la révision du calendrier électoral, la transparence en matière de contrats signés par les autorités, l’absence de prises de décisions en dehors du domaine des affaires courantes, la prise de mesures d’amnistie telles qu’envisagées dans les précédents accords, et un audit des finances publiques par les institutions financières internationales. Si ces engagements ne sont pas respectés, les sanctions individuelles de l’Union africaine (refus de visas, gel des avoirs financiers dans des établissements bancaires étrangers) devraient être relayées par l’Union européenne, les Etats-Unis et d’autres – si possible par l’entremise du Conseil de sécurité des Nations unies.
  • Des élections crédibles, totalement indépendantes des autorités, devraient être organisées le plus rapidement possible. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) devrait être en charge de l’ensemble du processus et devrait bénéficier des ressources et de l’expertise nécessaires à leur organisation. Elle devrait cependant être remaniée afin d’être acceptable par toutes les parties, en particulier par l’opposition, qui devrait occuper les sièges dont elle dispose en son sein.
  • Le Secrétariat des Nations unies devrait rapidement envoyer une mission d’évaluation électorale afin de déterminer quand des élections crédibles peuvent être organisées, et le calendrier électoral devrait être revu en fonction de ses conclusions. Sur la base de cette évaluation, les Nations unies devraient déployer une équipe de conseillers afin de renforcer les capacités de la CENI. Cette équipe devrait lui procurer un soutien important, particulièrement pour la refonte de la liste électorale, la logistique, la formation de toutes les personnes impliquées dans le processus, ainsi que pour l’éducation civique nécessaire. La possibilité de nommer des membres internationaux au sein de la CENI devrait également être envisagée afin de renforcer sa crédibilité et sa neutralité. Les Nations unies devraient coordonner leur action avec les autres organisations internationales capables de fournir une assistance électorale. Des observateurs internationaux devraient également être déployés rapidement.
  • Le Groupe international de contact devrait se réunir le plus rapidement possible pour que la communauté internationale commence à agir de manière coordonnée. La Chine, membre du groupe, devrait accorder sa position économique à sa position politique officielle. La mise en place du bureau de liaison de la SADC devrait être accélérée afin de suivre le processus de près et son envoyé spécial devrait travailler en étroite collaboration avec une équipe politique des Nations unies.

Antananarivo/Nairobi/Bruxelles, 18 novembre 2010

Op-Ed / Africa

Madagascar's Back on Track - Destination Unknown

Originally published in City Press

Madagascar, one of the world’s poorest countries, has been mired in political crisis, since 2009, when 34-year-old former radio disc jockey Andry Rajoelina toppled President Marc Ravalomanana in a military coup d’état.

Social and economic conditions are dire. Investment and aid have been cut off. Poverty is on the rise. Insecurity and lawlessness prevail, and in the south dozens of civilians have been killed by heavily armed bandits.  Compounding the deteriorating humanitarian situation, swarms of locusts now threaten 13 million farmers’ livelihood, as well as food security for all Malagasies. 

There is, however, a ray of hope. Presidential elections, which have been scheduled and re-scheduled repeatedly since the coup, are now slated to take place on 25 October (with a run-off before Christmas if no candidate receives more than 50 per cent of the vote). Campaigning officially commenced last week. An internationally recognised free and fair election is key to ending Madagascar’s isolation, bringing back foreign investment and aid, and offering a pathway out of the current economic abyss. 

That’s the best-case scenario; the country does not have a good democratic track record. In September 2011, an election roadmap brokered by the regional Southern African Development Community (SADC) was followed by an uncertain and tentative sixteen-month transitional power sharing arrangement. It did not resolve political deadlock between Ravalomana (living in exile in South Africa) and the transition leader, Rajoelina.

Earlier this year, the political winds looked promising. Both men agreed to withdraw from the presidential race in a good-faith agreement brokered by the international community to defuse the tense political situation. In a matter of weeks, both reneged. Ravalomanana put forward his wife, Lalao, in his stead, violating the agreement’s spirit if not the letter. Rajoelina broke it more directly, announcing that he would be a candidate himself. Another former president, Didier Ratsiraka,, also threw his hat in the ring. 

Remarkably, the electoral court accepted their candidacies, despite all three failing to comply with eligibility criteria. Outraged, the international community refused to finance the vote and threatened sanctions if the three did not withdraw; they refused. An impasse ensued, with the politicians playing self-interested games while Madagascar slumped deeper into stagnation. 

Recent developments have generated renewed momentum. A reconstituted electoral court ruled on 17 August that all three candidates (along with several others) did not qualify and would be excluded. The decision took domestic and international actors by surprise, but unlocked withheld finances and opened the way for the first legitimate elections in over two decades.

But uncertainty remains, exacerbated by several bomb blasts in the capital Antananarivo during September. The disqualifying of popular candidates like Ravalomana and Rajoelina has heightened tensions. Current regime insiders also have much to lose from surrendering power. Former presidents are invariably pushed into exile and it remains to be seen whether the outgoing government will continue to have a stake in the political system. With many uncertainties, it seems unlikely the regime will bow out graciously. 

But in a country where the cynics are nearly always vindicated, there is still cause for optimism. Both the camps of Ravalomanana and Rajoelina have identified proxy candidates. While Rajoelina has tapped several regime insiders, Ravalomanana’s movement will be represented by Dr. Jean Louis Robinson, who served in his cabinet and worked closely with the World Health Organization. There are 31 other candidates, of varying quality. 

If elections proceed peacefully and the Malagasy people and the international community deem the process and outcome credible, the country may have some real hope for recovery. If a return to electoral manipulation is allowed, the crisis will continue and some violence will be likely.

This outcome is not inevitable, but Madagascar’s politicians need to stop playing games and focus on national interests. Only then can the crisis end and the real work of dealing with locusts, bandits, and crippling poverty begin.