Zimbabwe : en quête d'une nouvelle stratégie
Zimbabwe : en quête d'une nouvelle stratégie
Table of Contents
  1. Executive Summary
Revolt and Repression in Zimbabwe
Revolt and Repression in Zimbabwe
Report 78 / Africa

Zimbabwe : en quête d'une nouvelle stratégie

En dépit de tout le vacarme et la fureur de la condamnation internationale et de l'opposition intérieure, le Président octogénaire Robert Mugabe garde la main haute sur le Zimbabwe. Il a matraqué les partis de l'opposition, neutralisé les stratégies "d'action de masse", tenu en respect la critique africaine, préservé une relation amicale avec l'Afrique du Sud et résisté aux pressions sporadiques de l'ensemble de la communauté internationale.

Synthèse

En dépit de tout le vacarme et la fureur de la condamnation internationale et de l’opposition intérieure, le Président octogénaire Robert Mugabe garde la main haute sur le Zimbabwe. Il a matraqué les partis de l’opposition, neutralisé les stratégies “d’action de masse”, tenu en respect la critique africaine, préservé une relation amicale avec l’Afrique du Sud et résisté aux pressions sporadiques de l’ensemble de la communauté internationale. Il s’agit là d’une belle performance d’autoritarisme qui a aussi énormément endommagé l’économie du Zimbabwe qui se rétrécit à une vitesse record. Il est temps de reconnaître l’échec collectif, de réévaluer les stratégies pour résoudre la crise et de se concentrer sur l’opportunité que présentent les élections parlementaires de mars 2005.

Bien qu’il conserve quelques uns des attributs d’une démocratie pluripartite, le Zimbabwe est de facto un régime de parti unique contrôlé par un petit groupe issu de la ZANU-PF et de l’armée qui ont disposé des ressources et institutions de l’État à des fins d’enrichissement personnel. Le parti au pouvoir s’assure la fidélité de ses principaux partisans au sein des services de sécurité, de l’armée ainsi qu’à travers un large réseau de clientélisme, en leur donnant une part du gâteau. Si bien qu’il reste peu pour subvenir aux besoins sociaux du Zimbabwe qui détient en Afrique le pourcentage le plus élevé de personnes nourries par l’aide internationale et qui jusqu’à récemment encore exportait des biens alimentaires.

Occupé comme il l’est avec le pillage de l’État et les manœuvres politiques relatives à la succession présidentielle, il est désormais quasiment inconcevable que la ZANU-PF négocie sérieusement avec le Mouvement de l’opposition pour le Changement Démocratique (MDC). Alors que le Président sud-africain, Thabo Mbeki, parle de discussions, la stratégie de la ZANU-PF semble consister à retarder tout processus formel. Pendant ce temps, le régime est passé maître dans l’art d’anticiper les tentatives de résistance à son pouvoir. Les manifestations sont généralement contrecarrées avant même qu’elles ne débutent ou sont dispersées très tôt. Les milices de jeunes terrorisent les militants de l’opposition. Les leaders civils et l’opposition sont arrêtés, détenus puis relâchés de manière cyclique, et soumis à des actions en justice sans fin pour venir à bout de leurs ressources et endurance. Au centre, siège la violence, utilisée de façon ciblée et aveugle à la fois.

Deux schémas sont envisageables pour les élections législatives que le gouvernement a indiqué vouloir tenir dans moins d’un an. Dans le premier cas, un accord négocié entre partis ou une pression internationale nettement supérieure (ou bien les deux) créera les conditions pour un processus électoral libre et équitable; dans le second, le parti au pouvoir continuera de saper les discussions, manipuler le processus électoral, accroître la violence étatique et de gagner des élections biaisées. Si c’est ce dernier schéma qui l’emporte, le Zimbabwe aura probablement atteint le point de non retour. D’un côté des éléments de l’opposition et de la société civile, et de l’autre des vétérans de la guerre désœuvrés et les milices de jeunes ainsi que les perdants de la bataille de factions au sein de la ZANU-PF, pourraient bien s’affronter les uns les autres ou se retourner contre l’État. Aujourd’hui, la promotion de la démocratie au Zimbabwe relève d’une stratégie de prévention des conflits.

La réponse apportée à la tragédie du Zimbabwe a été inadéquate et inefficace à tous les niveaux. Les États-Unis et l’UE nourrissent la majorité des habitants du Zimbabwe, mais leurs politiques n’ont pas encore commencé à traiter les racines de la crise. L’Afrique du Sud et les autres États voisins n’ont pas entrepris le type d’efforts concertés pour résoudre la crise qu’avaient tentés les États d’Afrique de l’Est et d’Afrique de l’Ouest alors confrontés à leurs propres problèmes régionaux. Au contraire, l’attitude des pays voisins s’est résumée à couvrir le régime. L’opposition et la société civile avaient fait preuve de bonne foi en participant aux institutions gouvernementales ainsi qu’aux processus électoraux, mais cela n’a donné qu’une légitimité de façade à un système qui ôte les libertés politiques et détruit ce qui a été un des fleurons de l’économie africaine. Tous ces acteurs doivent rectifier le tir.

Les élections de mars 2005 sont une étape vitale. Dans la mesure où un vaste accord ZANU-PF/MDC sur les problèmes du pays semble désormais compromis, l’attention internationale devrait se tourner vers l’élaboration de critères spécifiques et d’échéances garantissant un processus électoral libre et équitable. Les États-Unis, l’UE et les Nations unies devraient travailler étroitement les uns avec les autres, avec la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’Union africaine (UA) et le Commonwealth, et consulter les principales parties prenantes au Zimbabwe, afin d’établir ces critères et les délais de réalisation correspondants. Les critères devraient être élaborés à partir des normes de la SADC relatives à la tenue d’élections libres et équitables. Une procédure devrait être convenue afin de déterminer rapidement si le processus (et non le jour du vote lui-même) se déroule correctement, et dans la mesure du possible, une position devrait être adoptée quant aux conséquences spécifiques qui résulteraient des violations. Les États-Unis et l’UE devraient commencer à bâtir un consensus autour de ce plan d’action en nommant des envoyés pour une série de consultations dans toute la région.

Nairobi/Bruxelles, 19 avril 2004

Executive Summary

For all the sound and fury of international condemnation and domestic opposition, octogenarian President Robert Mugabe maintains the upper hand in Zimbabwe. He has bludgeoned opposition parties and neutralised mass action strategies, minimised African criticism, maintained South Africa’s friendship, and withstood sporadic pressure from the wider international community. It has been a masterful performance. It is also one that has done massive damage to Zimbabwe’s economy, which is shrinking at world record speed. It is time to acknowledge the collective failure to date, re-evaluate strategies for resolving the crisis, and concentrate on the opportunity presented by the March 2005 parliamentary elections.

Though it retains some of the trappings of a multi-party democracy, Zimbabwe is de facto a one-party state controlled by a narrow group of ZANU-PF and military officials who have used its resources and institutions for personal enrichment. The ruling party gives its key supporters in the security services, the army and a large patronage network a piece of the action to ensure their commitment to the status quo. So little is left for social requirements that Zimbabwe, which exported food until recently, has the highest percentage in Africa of people being fed by international aid.

Preoccupied as it is with looting the state and with the politics of presidential succession, it is almost inconceivable that ZANU-PF would now negotiate seriously with the opposition Movement for Democratic Change (MDC). Its strategy appears to be to delay any formal process, while South African President Thabo Mbeki talks about talks. Meanwhile, the regime has become more proficient at forestalling resistance to its rule. Demonstrations are usually thwarted before they begin or broken up early. Youth militias terrorise opposition supporters. Detain-and-release cycles are applied to opposition and civic leaders, combined with endless court actions to wear down stamina and resources. At the core is violence, used in both targeted and indiscriminate ways.

There are two possibilities for the parliamentary elections that the government has indicated will be held in less than a year’s time. One is that a negotiated inter-party settlement or greatly intensified international pressure -- or both -- will produce the conditions for a free and fair electoral process; the other is that the ruling party will continue to stall on talks, rig the electoral process, increase state violence, and win a non-credible vote. If the latter happens, Zimbabwe will probably be at the point of no return. Elements of the opposition and civil society, disaffected war veterans and youth militia, and losers in the ZANU-PF factional battle might well fight one another or the state. Democracy promotion in Zimbabwe today is a conflict prevention strategy.

The response to Zimbabwe’s tragedy has been inadequate and ineffectual at all levels. The U.S. and EU feed the majority of Zimbabweans, but their policies do not begin to address the roots of the crisis. South Africa and other neighbours have not made the kind of concerted effort to resolve the crisis that states in East Africa and West Africa have attempted when confronted with their own regional problems. On the contrary, their policies have amounted to covering for the regime. The opposition and civil society have made shows of good faith by participating in governing institutions and electoral processes, but that has only given a veneer of legitimacy to a system that is suppressing political freedom and destroying what had been one of Africa’s more dynamic economies. All these actors need to change course.

The March 2005 elections are the vital target. Since a broad ZANU-PF/MDC agreement on the country’s problems now seems unattainable, the focus of international engagement should be on crafting specific benchmarks and timelines for a free and fair electoral process. The U.S., EU and UN should work closely with each other, the Southern African Development Community (SADC), the African Union (AU), and the Commonwealth and consult with key stakeholders in Zimbabwe to craft these benchmarks and accompanying timelines. The benchmarks should be based on the SADC Norms and Standards for Free and Fair Elections. There should be an agreed procedure for determining quickly whether the process -- not the voting day itself -- is conducted properly, and to the greatest extent possible agreement on the specific consequences that would flow from violations. The EU and U.S. should start the urgent task of building consensus around this plan of action by appointing envoys to consult throughout the region.

Nairobi/Brussels, 19 April 2004

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