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Au-delà des luttes de pouvoir:que faire face au coup d’Etat et à la transition en Guinée-Bissau
Au-delà des luttes de pouvoir:que faire face au coup d’Etat et à la transition en Guinée-Bissau
Guinea-Bissau: Transition after the Coup
Guinea-Bissau: Transition after the Coup
Report 190 / Africa

Au-delà des luttes de pouvoir:que faire face au coup d’Etat et à la transition en Guinée-Bissau

Les acteurs internationaux doivent s’engager à adopter une stratégie commune pour aider la Guinée-Bissau, victime d’un coup d’Etat, à réformer son système électoral et sa sphère judiciaire ainsi que le secteur de la sécurité, actions indispensables pour permettre au pays de ne plus être un maillon du trafic de drogue vers l’Europe.

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Synthèse

La Guinée-Bissau a renoué avec l’instabilité le 12 avril 2012, lorsque l’armée a arrêté le Premier ministre, Carlos Gomes Júnior, sur le point d’être élu président. Une junte militaire, qui l’a accusé de comploter avec l’Angola pour réduire le pouvoir de l’armée, a rapidement mis en place des institutions de transition et s’est officiellement retirée de la vie politique le 22 mai. Si la condamnation internationale a été immédiate, des divergences se sont rapidement fait jour entre la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). La première, sous l’influence du Nigéria, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, est favorable à une période de transition d’un an, alors que la seconde, inspirée par le Portugal et l’Angola, préconise la tenue immédiate de l’élection présidentielle avortée. La transition pourrait permettre des réformes cruciales, qui doivent aller au-delà de simples changements au sein de l’armée et de la lutte contre le trafic des stupéfiants. Mais pour ce faire, la Cedeao et la CPLP doivent, d’une part, parvenir à un consensus pour travailler avec les partenaires internationaux afin de réunir les ressources nécessaires à la réforme du système électoral, de la sphère judiciaire et du secteur de la sécurité, et d’autre part, rejeter l’exclusion illégale de Gomes Júnior de la vie politique.

Trois mois avant le coup d’Etat, Crisis Group avait signalé que deux facteurs intrinsèquement liés posaient un risque pour la stabilité du pays : la victoire probable du Premier ministre à l’élection présidentielle, et la présence militaire de son allié, l’Angola, et notamment son rôle en matière de réforme du secteur de la sécurité (RSS). Ces deux éléments ont poussé les Forces armées de Guinée-Bissau (Forças Armadas da Guiné-Bissau, FAGB) à s’interroger sur leur devenir en cas d’accession de Gomes Júnior à la présidence.

Le coup d’Etat a rompu l’ordre constitutionnel et rendu impossible la tenue du second tour de l’élection présidentielle (prévu pour le 29 avril). Il ne s’agit pas simplement de la réaction d’une minorité isolée de militaires narcotrafiquants face à un gouvernement civil réformiste. Cet épisode montre combien les relations entre les élites civiles et militaires, qui ont entaché les progrès du pays depuis l’indépendance obtenue en 1974, restent mauvaises et nourrissent le mécontentement sur des questions plus larges comme la citoyenneté, les droits, le clivage entre urbains et ruraux, les inégalités régionales, ainsi que le sentiment croissant de marginalisation ressenti par le groupe ethnique balante, qui mise sur sa forte présence au sein de l’armée pour défendre ses intérêts.

Le débat fait rage quant au rôle joué par les dirigeants de l’opposition. Deux d’entre eux ont en effet de l’influence au sein de l’armée. Le premier, Serifo Nhamadjo, qui s’oppose à Gomes Júnior au sein même de son parti, le Parti africain d’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo Verde, PAIGC), est l’héritier du président décédé, Malam Bacai Sanhá. Le second, l’ancien président Kumba Yalá, dirige le Parti de la rénovation sociale (Partido para a Renovação Social, PRS), solidement implanté au sein de la communauté balante. Mais le coup d’Etat résulte également de l’incapacité du processus électoral à produire des résultats incontestables. Nhamadjo et Yalá, ainsi que Henrique Rosa, un ancien président de transition, ont rejeté l’issue du premier tour de mars, dénonçant des dysfonctionnements lors des inscriptions électorales et les irrégularités qui ont entaché le scrutin.

Le coup d’Etat a également confirmé que l’exercice du pouvoir de Gomes Júnior a été porteur de divisions et lui a valu de nombreux ennemis tant au sein de la classe politique que des militaires. Accusé par l’opposition de népotisme et d’implication dans les assassinats politiques de 2009, qui n’ont pas encore été pleinement élucidés, il a vu s’affaiblir la légitimité qu’il tire de l’amélioration des conditions de vie des citoyens sous son mandat. Bien qu’il ait réfuté ces accusations, de nombreux citoyens qui l’avaient défendu au péril de leur vie durant les troubles d’avril 2010 n’en ont pas fait de même deux années plus tard.

Ces évènements posent également une autre question : pourquoi les efforts internationaux pour aider ce petit pays, pauvre et tributaire de l’aide internationale, ont-ils systématiquement échoué à susciter un véritable changement ? Suite au retrait de l’Union européenne (UE) après les remous d’avril 2010, et en l’absence d’autres acteurs internationaux, l’Angola s’est efforcé d’instaurer la stabilité, mais n’a réussi ni à encourager une véritable transformation, ni à construire ou maintenir un consensus au niveau national et international pour déterminer l’avenir de la Guinée-Bissau. Son action dans le pays a suscité de la méfiance, et Luanda s’est embourbé dans des litiges juridictionnels avec des membres importants de la Cedeao, ce qui a affaibli sa crédibilité, son acceptabilité et l’efficacité de son action.

La Guinée-Bissau n’est pas prête de faire l’objet davantage d’attention à court terme, pour plusieurs raisons : la communauté internationale est préoccupée par d’autres situations plus graves ; les autorités de transition parviennent jusqu’à présent à maintenir l’ordre public et jouent le jeu du dialogue ; et la Cedeao est disposée à traiter avec ces dernières. La ligne dure adoptée par la CPLP, qui a demandé une force de stabilisation et la poursuite du scrutin présidentiel, incite Gomes Júnior et le PAIGC à refuser tout compromis et fait de la Cedeao l’acteur préféré de l’armée pour négocier un accord.

L’organisation ouest-africaine a obtenu deux concessions importantes : la préservation du parlement et la libération de Gomes Júnior, qui a ainsi pu quitter le pays deux semaines après le coup d’Etat. En contrepartie, la Cedeao s’est prononcée en faveur d’une période de transition d’un an censée aboutir à de nouvelles élections. Nhamadjo a pris la relève en tant que président de transition, et Rui Duarte Barros, un proche du PRS, est devenu Premier ministre, a formé un gouvernement et a présenté son programme de transition le 21 juillet. La Cedeao a déployé un contingent de 629 policiers et militaires (la mission de la Cedeao en Guinée-Bissau, Ecomib selon son acronyme anglais), pour fournir une assistance en matière de réforme du secteur de la sécurité, soutenir la transition et faciliter le retrait de la mission militaire angolaise, qui s’est achevé dans le calme le 9 juin.

Des institutions de transition sont désormais en place, et de nouvelles élections sont prévues pour avril 2013. Mais la transition demeure fragile. Les nouvelles autorités sont com­posées de technocrates et de figures politiques de l’oppo­sition issues de différentes tendances, et un nouveau partage des postes et des privilèges est en cours, dont les implications pour les capacités de l’Etat restent floues. Le PAIGC contrôle toujours le parlement et reste hostile aux autorités provisoires, tandis que les hommes politiques favorables à la transition tentent de maintenir Gomes Júnior à l’écart par la dénonciation de ses crimes présumés. L’armée s’est officiellement retirée de la vie politique avec la dissolution de la junte en mai, mais elle conserve une influence. Elle reste marquée par un factionnalisme important, et les rumeurs d’un nouveau coup d’Etat vont bon train. La suspension de l’essentiel de l’aide internationale et les perturbations dans les exportations de noix de cajou annoncent des difficultés pour les autorités de transition.

Bien que la transition promue par la Cedeao prête le flanc à la critique, celle-ci représente pour l’instant la seule option. Les exigences radicales de Gomes Júnior et du PAIGC, soutenus par l’Angola et le Portugal, risquent de fragiliser davantage la situation. Même si certains sont tentés de s’accrocher à l’espoir que la transition s’effondre, perspective qui n’est pas par ailleurs complètement illusoire, il est plus sage de travailler avec la Cedeao dans le cadre qu’elle a instauré.

Les acteurs internationaux jugent que la Cedeao et ses principaux Etats membres font preuve de laxisme à l’égard de la junte. Ils estiment que, dans sa quête d’une solution négociée, l’organisation ouest-africaine a accordé trop d’avantages aux militaires, au détriment de la démocratie électorale, et ce essentiellement dans le but de contrecarrer l’influence angolaise. La communauté internationale s’est cependant dans son ensemble montrée pragmatique en acceptant le rôle majeur de la Cedeao, qui jouit d’une certaine crédibilité auprès de l’armée et du gouvernement de transition. Mais l’embarras demeure au sein des cercles diplomatiques quant à la réponse de l’organisation régionale à la situation. Cela complique la tâche du gouvernement de transition, en quête de reconnaissance internationale et de l’aide au développement suspendue, sans laquelle il sera difficile de réunir les ressources nécessaires pour mener à bien la transition et les réformes indispensables.

La Cedeao et plusieurs de ses Etats membres ont des intérêts légitimes en Guinée-Bissau et disposent d’un levier sur les nouvelles autorités. Cette influence peut et doit être utilisée pour parvenir à une solution pacifique. Cependant, l’organisation ouest-africaine, dont la stature dépend en partie du succès de son action, doit tirer les enseignements de l’expérience angolaise : elle ne doit pas agir sans le reste de la communauté internationale et s’empêtrer dans les conflits complexes qui divisent la Guinée-Bissau. Au contraire, elle doit aider le gouvernement de transition à prendre la mesure et à mettre en place ce qui est nécessaire pour renouer avec la communauté internationale : démontrer une vraie volonté de réforme. Pour que cela ait de véritables chances de se produire, la Cedeao et la CPLP doivent mettre de côté leurs luttes de pouvoir et élaborer une stratégie commune. La CPLP et ses Etats membres doivent faire montre de plus de flexibilité, et l’Union africaine (UA) doit jouer le rôle de facilitateur des discussions entre les deux organisations.

Dakar/Bruxelles, 17 août 2012

Video / Africa

Guinea-Bissau: Transition after the Coup

On 12 April 2012 a military uprising ousted former prime minister Carlos Gomes Júnior just as he was about to compete in a run-off presidential election that he was poised to win. Gabriela Keseberg Dávalos, Crisis Group's Senior Communications Officer, and Vincent Foucher, West Africa Senior Analyst, were in Bissau to examine the current situation in the country, the reasons for the overthrow and the priorities of the new transitional government.

Guinea-Bissau: Transition after the Coup

In this video, Crisis Group Senior Communications Officer Gabriela Keseberg Dávalos and West Africa Senior Analyst Vincent Foucher interview policy makers and civil society members in Bissau to examine the country’s current situation. CRISIS GROUP