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Guinée : remettre la transition sur les rails
Guinée : remettre la transition sur les rails
Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully
Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully
Report 178 / Africa

Guinée : remettre la transition sur les rails

Si les principaux acteurs politiques guinéens ne parviennent pas à un accord sur l’organisation des prochaines élections législatives, les tensions intercommunautaires risquent de déclencher des violences et de favoriser un retour de l’armée sur la scène politique.

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Synthèse

Après l’élection d’Alpha Condé à la présidence en novembre 2010, des élections législatives doivent clôturer une nouvelle étape de la transition politique guinéenne. La récente expérience de politisation violente des ethnicités et le manque de confiance des acteurs politiques dans le dispositif électoral sont des motifs d’inquiétude. Le président Condé a engagé unilatéralement une refonte du système électoral, mais il suscite d’autant plus de méfiance que les perspectives du parti présidentiel pour les législatives sont incertaines. Il n’a prêté que peu d’atten­tion, et bien tard, à la réconciliation et au dialogue avec son opposition, très mobilisée. La Guinée ne peut se permettre ni un bricolage du système électoral ni une nouvelle campagne fondée sur des arguments ethniques. Un accroissement des tensions à l’approche du scrutin pourrait susciter des violences intercommunautaires. Il pourrait aussi offrir une opportunité d’agir à ceux qui, dans l’armée, se satisfont mal d’avoir regagné les casernes. L’attaque lancée le 19 juillet 2011 par des militaires contre la résidence du président confirme la réalité de ce risque. Un véritable accord entre les principaux acteurs politiques sur les modalités des élections législatives est impératif et urgent. Sans une forte implication internationale, les chances de parvenir à un tel accord sont minces.

L’arrivée au pouvoir de l’opposant Alpha Condé est une opportunité extraordinaire de clore 50 années d’autorita­risme politique et de stagnation économique. Le nouveau régime fait face à des défis immenses, avec des moyens limités, même si les bailleurs de fonds semblent disposés à fournir une aide accrue. L’échec de la tentative du 19 juillet 2011 contre la vie du président semble indiquer que le nouveau pouvoir s’est, pour le moment au moins, assuré de la hiérarchie militaire. Il a pu consolider la normalisation entamée sous son prédécesseur, le général Sékouba Konaté, éloignant les militaires de l’espace public et de Conakry. Le resserrement sécuritaire consécutif à la tentative du 19 juillet a cependant entraîné un recul de ce point de vue. La réforme du secteur de la sécurité se dessine, mais elle en est encore à un stade très préliminaire.

Le nouveau pouvoir affiche une volonté de bonne gouvernance économique et financière et a fait des gestes significatifs en ce sens. A court terme au moins, la rigueur en matière budgétaire a un effet déprimant sur l’écono­mie, que le gouvernement tente de contenir en essayant de répondre à la demande sociale. Des efforts sont ainsi réalisés dans l’importation de produits vivriers et pour la fourniture d’électricité. A plus long terme, un programme économique ambitieux a été esquissé, qui vise une transformation des structures économiques du pays.

En revanche, le dialogue avec l’opposition ne s’est réengagé que récemment : c’est seulement ces dernières semaines, que le pouvoir a fait quelques gestes d’apaise­ment, Alpha Condé recevant par exemple le 15 août 2011 un représentant de haut niveau de l’opposition pour la première fois depuis l’élection présidentielle. Mais le président souffle le chaud et le froid, par exemple en incriminant l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le parti de son principal opposant, Cellou Dalein Diallo, dans l’attaque du 19 juillet avant que la justice ne fasse son travail, ou en laissant longtemps sans réponse, avant de le rejeter, un mémorandum sur l’organisation des élections remis par l’oppo­sition au gouvernement le 17 août dernier.

La situation reste préoccupante, dans la mesure où le scrutin passé a donné un poids nouveau à l’idée que l’histoire de la Guinée est celle des luttes entre quatre grands blocs ethnorégionaux. Au premier tour, les hommes politiques ont pour la plupart mobilisé d’abord au sein de leurs communautés respectives. Le deuxième tour – pendant lequel la rhétorique ethnique s’est renforcée de toutes parts – a été un débat à mots à peine couverts autour de la domination supposée des Peul, le Malinké Alpha Condé prêtant une volonté d’hégémonie à cette communauté dont est issu Cellou Dalein Diallo. Si les plus graves violences ont, cette fois encore, été le fait des forces de sécurité, les mobilisations politiques à connotation ethnique ont suscité des heurts et fait des victimes. Les faiblesses organisationnelles du processus électoral ont nourri les tensions en autorisant à chaque étape des accusations de fraude de l’un ou l’autre camp.

Les nouvelles autorités n’ont guère fait d’efforts pour gérer ce passif, n’avançant que lentement dans l’organisa­tion des élections législatives indispensables pour compléter le dispositif institutionnel prévu par la Constitution. Elles ont gardé le silence sur les modalités du scrutin pendant des mois. Le 15 septembre dernier, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a proposé la date du 29 décembre 2011. Sans concertation, les autorités avaient auparavant annoncé une refonte complète du fichier électoral, ainsi qu’une transformation de la CENI et de la répartition des rôles entre elle et le ministère de l’Administration territoriale. Alors que les tensions montaient, le Conseil national de transition (un organe législatif intérimaire) et la société civile guinéenne ont tenté une médiation. Sous les pressions internes et internationales, le pouvoir a finalement lancé des appels à la concertation et a affirmé renoncer à la création d’un nouveau fichier électoral. L’amorce d’un dialogue n’a jusqu’à présent pas permis le moindre accord sur les points litigieux : la composition et le fonctionnement de la CENI, le fichier électoral et la date du scrutin.

Les soupçons que suscite toujours le dispositif électoral pourraient aggraver les tensions dans certaines zones et entraîner des violences intercommunautaires. Celles-ci pourraient déclencher des représailles ailleurs dans le pays, ou provoquer une réaction brutale des forces de sécurité. Or comme les événements du 19 juillet dernier l’ont montré, l’armée est encore partagée sur le retour à un pouvoir civil susceptible de mettre fin aux pratiques grossières d’enrichissement illicite en son sein, et elle est aussi marquée par un factionnalisme qui recoupe en partie les clivages ethniques. Retarder beaucoup plus les élections n’est pas une option : cela ne ferait qu’aggraver les tensions et les suspicions. Surtout, une assemblée nationale bénéficiant d’un véritable mandat populaire est nécessaire pour l’équilibre du système politique et une progression dans l’apprentissage de la pratique démocratique.

Parce qu’une nouvelle période d’instabilité électorale pourrait s’avérer dangereuse pour la jeune démocratie guinéenne, le pouvoir et l’opposition doivent engager un dialogue au plus haut niveau sur l’ensemble du dispositif électoral, et tous les acteurs politiques doivent s’abstenir d’alimenter les tensions interethniques. La communauté internationale, en retrait depuis la prise de pouvoir du président Condé, doit accompagner ce nouveau moment de la transition comme elle l’a fait lors des étapes précédentes. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine (UA) et les Nations unies doivent se réinvestir vigoureusement en Guinée pour sauvegarder les acquis obtenus depuis la fin du régime de Lansana Conté en décembre 2008 et la neutralisation de la junte militaire du capitaine Moussa Dadis Camara en janvier 2010. Malheureusement, la transition démocratique en Guinée n’est pas encore irréversible.

Dakar/Bruxelles, 23 septembre 2011

 

Op-Ed / Africa

Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully

Originally published in The Guardian

Guinea’s history of electoral violence may not be over. Tension is building around the presidential poll scheduled for this October and the local elections planned for early next year. The opposition – principally Cellou Dalein Diallo's Union of Democratic Forces of Guinea and Sidya Touré’s Union of Republican Forces – is concerned about possible fraud. Threatened protests should be taken seriously: in 2013, about 100 people died during electoral unrest.

To set the stage for a comprehensive dialogue about the voting system, the local elections should be rescheduled for this year, so that they take place before the presidential ballot. International actors, in particular the UN Office for West Africa and the EU, would then need to support that dialogue and ensure its results are implemented.

Unlike other African countries with contentious electoral processes, Guinea’s problem is not one of an incumbent president delaying a vote or trying for an unconstitutional new term. The opposition's quarrel is with the order of the two elections. They are convinced that the local authorities, whose mandate formally expired in 2010, are completely under the president’s control.

These local officials, some of whom have been replaced by administrative appointees in constituencies where the opposition has weight, are said to have been responsible for a variety of disenfranchisement schemes in pro-opposition areas during the 2013 legislative elections. They have also been accused of massaging the vote in pro-government areas.

The opposition fears a repeat in the presidential contest unless earlier local polls give them a better chance to get fair play.

Before agreeing to the 2013 legislative elections, the opposition had insisted that the next round of local elections be held well before the presidential ballot, in early 2014. This was written into an annex of an agreement resulting from the 2013 political dialogue, but the government did not sign the document and now disputes the commitment.

Pro-government politicians do not support the schedule change (and possible delay of the presidential vote), fearing the opposition would claim there was a constitutional vacuum, as some opposition figures have threatened. But contemporary Guinea has experienced many exceptional situations – three- and five-year delays for the legislative and local elections respectively, for example. This would not cause it to crumble. In informal discussions, some opposition leaders said they would agree to a reasonable delay in the presidential election were it necessary in order to hold the local vote first.

The controversy, however, goes well beyond the calendar. The opposition has also repeatedly challenged the electoral registry, the map of constituencies, the composition and functioning of the electoral commission and the constitutional court. Not to mention the conditions for diaspora voting, the neutrality of prefects and governors, and much more. Even the recent population census is disputed: the opposition says the authorities inflated results in pro-government areas, in order to prepare to justify a forthcoming increase in pro-government voters there.

Reliable observation missions (particularly the EU’s) noted a long list of problems in the 2010 and 2013 elections. In 2013, for instance, the number of 18-year-old voters registered was unusually high in some pro-government areas, as was the level of participation and the number of voting stations. The number of polling stations and votes invalidated on procedural grounds was correspondingly low. In the closely disputed swing state of Guinée Forestière, the results from more than 180 polling stations were cancelled without explanation.

Some or all of the opposition claims may be false or exaggerated, but why take the chance over a few months’ change in the electoral calendar? As Crisis Group wrote in December 2014, a consensus on arrangements would offer the best chance to avoid an escalation from local incidents fuelled by political affiliations that function largely along ethnic lines.

Such a consensus would be all the more valuable because worrying rumours and suspicions are being fed by other matters, including the Ebola epidemic and a handful of assassinations and attempted assassinations of politicians and administrators. The opposition’s spokesperson, Aboubacar Sylla, claims he was shot at on 4 April, for example. While President Alpha Condé has done a good job of reining in the military and other security forces, sustained troubles could put these important achievements at risk and further poison relations between the country’s communities.

The government called for dialogue on 26 March. The opposition responded that there had been two such dialogues in 2013-14; the authorities simply needed to implement the conclusions reached then. It is up to the government to take the first step by asking the electoral commission to schedule the local elections before the presidential (with a reasonable three- to six-month interval between them). This would build confidence and could pave the way for a dialogue covering the other pending electoral issues. In turn, the opposition should commit to that dialogue and produce a detailed, realistic and time-sensitive assessment of what it considers essential.

In all this, international engagement is essential. In 2013, European observers stayed several nights at a key tallying centre in Conakry to guarantee results would not be tampered with. That is how tense the situation has been, and why an international presence is so essential.

President Condé initially excluded such missions for this year, but he has changed his position: the authorities have approached the EU for observers, and the UN is due to dispatch a mission this month to review electoral preparations. The new secretary general of the International Organisation of la Francophonie has visited Conakry. These are welcome moves. International partners will need to develop a solid coordinating mechanism, however, to prevent Guinean actors playing them off against each other.