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Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully
Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully
Report 164 / Africa

Guinée : reformer l’armée

Si les forces armées de Guinée ne sont pas réformées en profondeur, elles continueront à constituer une menace pour un régime civil démocratique, risquant de plonger le pays et sa région dans le chaos.

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Synthèse

Après avoir été mal gérées et utilisées à mauvais escient pendant plusieurs décennies, les forces armées guinéennes constituent aujourd’hui une source potentielle d'instabilité qui pourrait de nouveau plonger la Guinée et sa région dans le chaos. Si elles ne sont pas réformées en profondeur, elles continueront d’être une menace pour un régime civil démocratique. La mise sur pied récente d'un gouvernement de transition et le processus électoral en cours, bien que fragile, constituent une opportunité réelle pour redresser la situation. Une réforme des forces armées mal menée pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l'avenir politique du pays. Une réforme conduite correctement devra relever de nombreux défis techniques, ainsi que redéfinir la relation entre les forces armées et un régime civil, et résoudre le grave problème du financement de l’armée, afin d’avoir des forces armées disciplinées, efficaces et ne pesant pas trop lourd sur le budget national. Le report du deuxième tour de l'élection présidentielle, initialement prévu pour le 19 septembre, a accru les tensions. Bien que l'armée soit restée neutre, elle pourrait saisir l’occasion d’intervenir à nouveau si le processus électoral n’allait pas au bout ou prenait trop de retard. Cela constituerait un important contretemps pour toute perspective de réforme à moyen terme, qui doit être centrée sur le respect et la soumission à un régime civil.

La réputation bien méritée qu’a l’armée d’être indisciplinée et récalcitrante à l’idée d’un régime civil démocratique est la conséquence de son passé tumultueux. Les deux premiers présidents du pays ont instrumentalisé les forces armées pour servir leur intérêt politique, permettant à l’insubordination de se développer, et ont acheté le soutien d’officiers contre des avantages et une protection politique. Des mutineries contre les mauvaises conditions de service et des vagues de recrutement non réglementaires ont marqué les dernières années au pouvoir du président Lansana Conté. La junte qui a pris le pouvoir à sa mort, en décembre 2008, a aggravé la situation. Son chef, Dadis Camara, a utilisé l’armée contre les opposants politiques, a renforcé les tensions entre la junte et le reste des forces armées, et recruté des milices ethniques.

Les forces armées sont aujourd’hui divisées selon des clivages ethniques et générationnels et sont connues pour leur indiscipline, leurs violations des droits de l’homme, leur insubordination et leurs activités criminelles. Alors que les conditions de vie sont difficiles et ingrates pour la plupart des militaires, une poignée d'officiers supérieurs vit dans l’opulence. La gestion financière est entachée de corruption, les institutions de contrôle civiles et militaires sont faibles ou inexistantes. L'armée est pléthorique et mal formée. La confiance de la population en elle étant au plus faible, une réforme serait une étape importante pour aider la Guinée à mettre en place un environnement sûre, propice au développement d’institutions démocratiques.

Depuis l’arrivée au pouvoir, en décembre 2009, du général Sékouba Konaté comme chef de l’Etat par intérim, une attention nouvelle a été portée à la question de la réforme des forces armées. La discipline de base a été améliorée et les autorités de transition ont accueilli favorablement le rapport, publié en mai 2010, de la mission d’évaluation de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) menée par la Cédéao. L’armée est jusqu’à présent restée neutre lors du long et délicat processus électoral. Dadis Camara, dont les soutiens au sein de l’armée sont de moins en moins nombreux, est toujours en exil au Burkina Faso et efficacement maîtrisé. Cependant, l’importance réelle que les officiers supérieurs accordent à une vraie réforme reste encore à démontrer.

Le nouveau président sera confronté à une série de dilemmes qui l’entraîneront dans des directions contradictoires. Il devra dans un premier temps réussir à obtenir l’adhésion du plus grand nombre de militaires à l’idée d’une réforme, et faire coïncider les attentes des troupes avec les besoins réels du pays. Il sera difficile de trouver le point d’équilibre entre la nécessité de préserver l'armée et celle de réduire ses effectifs et de réformer sa gestion financière. Même si le président va devoir satisfaire certaines préoccupations de l'armée pour assurer sa sécurité et celle de la transition à court terme, il ne faudra pas laisser longtemps de côté les questions délicates. On trouve au sein de l’armée un mélange de réel soutien à la RSS et de peur de perdre des emplois et des privilèges ainsi que d’être exposés à de possibles sanctions pour les violations des droits de l'homme. Ces craintes sont exacerbées par la conscience de la profonde hostilité que l’armée suscite, surtout depuis le massacre des partisans de l'opposition du 28 septembre 2009.

Le risque existe de voir l'armée se montrer prête à abandonner le pouvoir formel tout en cherchant à conserver une influence significative en coulisses et finissant par refuser de se subordonner à l'autorité civile sur les questions qui la concerne. C’est ce qui est arrivé en Guinée-Bissau, où la RSS menée par l'Union européenne et l'ONU a échoué, l'armée ayant réussi à monter les différents acteurs internationaux les uns contre les autres. Une bonne coordination internationale sera indispensable pour éviter un tel scénario en Guinée.

L'objectif du processus de réforme est d'établir une force beaucoup plus petite, responsable devant le pouvoir civil et capable de répondre aux besoins sécuritaires du pays. La priorité la plus urgente doit être de faire en sorte que la plus grande partie possible de l'armée comprenne et accepte cet objectif sans le laisser dicter la nature et le rythme du processus. Les défis à long terme seront d'améliorer le contrôle du pouvoir civil sur l’armée, de réduire la taille de ses effectifs et d'établir la transparence financière. Ces mesures doivent aller de pair avec une amélioration des conditions de vie et de travail des forces armées. Le président doit aussi résister à la tentation d'utiliser l'armée à des fins partisanes et chercher plutôt à s'appuyer sur sa légitimité démocratique pour gouverner efficacement.

Les officiers supérieurs doivent être conscients qu'une réforme globale est dans l’intérêt de l’armée et que toute tentative de gêner sa mise en œuvre entamerait leur crédibilité, renforcerait les sentiments anti-militaires des Guinéens, empêcherait l’armée de prendre part à des missions internationales de maintien de la paix; engendrerait une instabilité politique et aboutirait à un plus grand isolement du pays, ainsi qu’à d’éventuelles sanctions internationales comme des interdictions de voyager pour les officiers et leurs familles.

La communauté internationale ne sera probablement pas autant impliquée dans la réforme du système de sécurité de la Guinée qu’elle l'a été au Libéria et en Sierra Leone, même si elle offrira probablement son aide et son soutien à la formation. La plupart des bailleurs de fonds sont dans l’attente, prêts à négocier leur aide avec une nouvelle administration civile. Cette aide devra être généreuse et à long terme, parce que la situation restera fragile pendant quelque temps encore, et que tout retour en arrière mettrait en péril les acquis dans la région. La réforme de l’armée nécessitera donc un effort soutenu, elle exigera et alimentera tout à la fois une réforme plus large du secteur public, avec des répercussions importantes pour l’Afrique de l’Ouest.

Dakar/Nairobi/Brussels, 23 septembre 2010

Op-Ed / Africa

Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully

Originally published in The Guardian

Guinea’s history of electoral violence may not be over. Tension is building around the presidential poll scheduled for this October and the local elections planned for early next year. The opposition – principally Cellou Dalein Diallo's Union of Democratic Forces of Guinea and Sidya Touré’s Union of Republican Forces – is concerned about possible fraud. Threatened protests should be taken seriously: in 2013, about 100 people died during electoral unrest.

To set the stage for a comprehensive dialogue about the voting system, the local elections should be rescheduled for this year, so that they take place before the presidential ballot. International actors, in particular the UN Office for West Africa and the EU, would then need to support that dialogue and ensure its results are implemented.

Unlike other African countries with contentious electoral processes, Guinea’s problem is not one of an incumbent president delaying a vote or trying for an unconstitutional new term. The opposition's quarrel is with the order of the two elections. They are convinced that the local authorities, whose mandate formally expired in 2010, are completely under the president’s control.

These local officials, some of whom have been replaced by administrative appointees in constituencies where the opposition has weight, are said to have been responsible for a variety of disenfranchisement schemes in pro-opposition areas during the 2013 legislative elections. They have also been accused of massaging the vote in pro-government areas.

The opposition fears a repeat in the presidential contest unless earlier local polls give them a better chance to get fair play.

Before agreeing to the 2013 legislative elections, the opposition had insisted that the next round of local elections be held well before the presidential ballot, in early 2014. This was written into an annex of an agreement resulting from the 2013 political dialogue, but the government did not sign the document and now disputes the commitment.

Pro-government politicians do not support the schedule change (and possible delay of the presidential vote), fearing the opposition would claim there was a constitutional vacuum, as some opposition figures have threatened. But contemporary Guinea has experienced many exceptional situations – three- and five-year delays for the legislative and local elections respectively, for example. This would not cause it to crumble. In informal discussions, some opposition leaders said they would agree to a reasonable delay in the presidential election were it necessary in order to hold the local vote first.

The controversy, however, goes well beyond the calendar. The opposition has also repeatedly challenged the electoral registry, the map of constituencies, the composition and functioning of the electoral commission and the constitutional court. Not to mention the conditions for diaspora voting, the neutrality of prefects and governors, and much more. Even the recent population census is disputed: the opposition says the authorities inflated results in pro-government areas, in order to prepare to justify a forthcoming increase in pro-government voters there.

Reliable observation missions (particularly the EU’s) noted a long list of problems in the 2010 and 2013 elections. In 2013, for instance, the number of 18-year-old voters registered was unusually high in some pro-government areas, as was the level of participation and the number of voting stations. The number of polling stations and votes invalidated on procedural grounds was correspondingly low. In the closely disputed swing state of Guinée Forestière, the results from more than 180 polling stations were cancelled without explanation.

Some or all of the opposition claims may be false or exaggerated, but why take the chance over a few months’ change in the electoral calendar? As Crisis Group wrote in December 2014, a consensus on arrangements would offer the best chance to avoid an escalation from local incidents fuelled by political affiliations that function largely along ethnic lines.

Such a consensus would be all the more valuable because worrying rumours and suspicions are being fed by other matters, including the Ebola epidemic and a handful of assassinations and attempted assassinations of politicians and administrators. The opposition’s spokesperson, Aboubacar Sylla, claims he was shot at on 4 April, for example. While President Alpha Condé has done a good job of reining in the military and other security forces, sustained troubles could put these important achievements at risk and further poison relations between the country’s communities.

The government called for dialogue on 26 March. The opposition responded that there had been two such dialogues in 2013-14; the authorities simply needed to implement the conclusions reached then. It is up to the government to take the first step by asking the electoral commission to schedule the local elections before the presidential (with a reasonable three- to six-month interval between them). This would build confidence and could pave the way for a dialogue covering the other pending electoral issues. In turn, the opposition should commit to that dialogue and produce a detailed, realistic and time-sensitive assessment of what it considers essential.

In all this, international engagement is essential. In 2013, European observers stayed several nights at a key tallying centre in Conakry to guarantee results would not be tampered with. That is how tense the situation has been, and why an international presence is so essential.

President Condé initially excluded such missions for this year, but he has changed his position: the authorities have approached the EU for observers, and the UN is due to dispatch a mission this month to review electoral preparations. The new secretary general of the International Organisation of la Francophonie has visited Conakry. These are welcome moves. International partners will need to develop a solid coordinating mechanism, however, to prevent Guinean actors playing them off against each other.