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Guinée : les élections communales d'abord
Guinée : les élections communales d'abord
Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully
Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully
Op-Ed / Africa

Guinée : les élections communales d'abord

Originally published in Jeune Afrique

La Guinée n’en a peut-être pas fini avec son histoire de violence électorale. La tension monte autour de la date des élections présidentielle (octobre 2015) et communales (premier trimestre 2016). L’opposition se dit préoccupée par les risques de fraude. Comme les incidents survenus lors de sa tentative de manifestation à Conakry, le 13 avril (un mort et de nombreux blessés), l’ont montré, l’opposition est capable de mobiliser. Elle en est capable malgré ou peut-être à cause des lourdes pertes subies lors de la dernière phase de controverse électorale, en 2012-2013, au cours de laquelle plus de 50 personnes, essentiellement des partisans de l’opposition, avaient trouvé la mort. Le pays doit échapper à la spirale entre répression et mobilisation.

Pour permettre un dialogue global sur le système électoral, la première chose à faire est de reprogrammer les élections communales pour cette année, avant le scrutin présidentiel. Ensuite, les acteurs internationaux, et en particulier le bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest (Unowa) et l’Union européenne (UE), doivent travailler ensemble dans le soutien au dialogue et dans la mise en œuvre de ses résultats.

En Guinée, à la différence d’autres pays africains qui souffrent de processus électoraux controversés, le problème n’est pas que le président sortant veut retarder le scrutin, ou bien s’essayer à un mandat supplémentaire en violation de la Constitution. L’opposition conteste l’ordre dans lequel les deux scrutins sont organisés car elle est convaincue que les autorités locales, dont le mandat officiel a pris fin en 2010, sont sous le contrôle du président de la République.

Les élus locaux, dont certains, dans des circonscriptions peuplées où l’opposition a du poids, ont été remplacés par des administrateurs désignés par le pouvoir exécutif, sont supposés avoir été impliqués lors des élections législatives de 2013 dans une série de manipulations électorales visant à décourager le vote dans les zones favorables à l’opposition et à le renforcer dans celles qui soutiennent le pouvoir. L’opposition craint que cela ne se reproduise lors de la présidentielle et compte sur des élections communales préalables pour rétablir un peu d’équité.

Avant d’accepter de participer aux législatives de 2013, l’opposition avait insisté sur le fait que les élections communales devaient avoir lieu avant le scrutin présidentiel, dès le début de l’année 2014. Cette disposition était inscrite dans l’annexe de l’accord qui avait résulté du dialogue politique de 2013, mais le pouvoir n’avait pas signé cette annexe et conteste aujourd’hui la validité de cet engagement.

Les partisans du pouvoir se déclarent hostiles à l’inversion du calendrier électoral (et à un éventuel retard de la présidentielle), arguant que l’opposition pourrait proclamer une situation de vacance institutionnelle. Certains opposants ont d’ailleurs déjà menacé de le faire. Mais la Guinée a connu tellement de situations d’exception – les législatives et les communales ont connu des délais de trois et cinq ans respectivement. Un délai ne provoquerait pas une crise de régime. Dans des discussions informelles, certains responsables de l’opposition s’affirment prêts à accepter un report raisonnable de l’élection présidentielle si cela devait s’avérer nécessaire pour organiser les communales en premier.

Le débat, cependant, dépasse de beaucoup la seule question du calendrier. L’opposition met en cause depuis longtemps de nombreux aspects du processus, entre autres le fichier et le découpage électoral, la composition et le fonctionnement de la commission électorale et de la Cour constitutionnelle, les conditions du vote de la diaspora, la neutralité des préfets et des gouverneurs. Même le récent recensement de la population est contesté : l’opposition affirme que le pouvoir a gonflé les résultats dans les zones qui lui sont favorables afin de se préparer à justifier une augmentation de son électorat.

Les missions d’observation électorale les plus fiables (en particulier celles de l’UE) ont souligné une longue série de problèmes dans l’organisation des élections en 2010 et en 2013. En 2013, par exemple, le nombre d’électeurs âgés de tout juste dix-huit ans était particulièrement élevé dans certaines zones fidèles au pouvoir, tout comme la participation et le nombre de bureaux de vote ; dans ces zones, il y a eu très peu de voix ou de bureaux annulés pour des raisons de procédure. À l’inverse, en Guinée forestière, une région très disputée, les résultats de plus de 180 bureaux de vote ont été annulés sans explication.

Les affirmations de l’opposition sont peut-être fausses ou exagérées, en totalité ou en partie. Quand bien même, pourquoi risquer une crise pour une modification de quelques mois du calendrier électoral ? Comme Crisis Group l’écrivait en décembre dernier, un consensus sur les préparatifs électoraux est la meilleure manière d’éviter une éventuelle escalade à partir d’incidents locaux, alimentée par des alignements politiques qui fonctionnent en bonne part selon des clivages ethniques.

Un consensus serait d’autant plus précieux que les rumeurs et les soupçons se nourrissent déjà d’autres éléments, y compris de l’épidémie d’Ebola et d'une poignée d’assassinats ou de tentatives d’assassinat contre des responsables politiques et administratifs. Le porte-parole de l’opposition, Aboubacar Sylla, affirme ainsi qu’on lui a tiré dessus le 4 avril. Le président Alpha Condé a réussi à garder le contrôle sur les forces de défense et de sécurité, mais des troubles prolongés pourraient mettre en cause cet appréciable succès et, plus largement, contribuer à détériorer les relations entre les différentes communautés du pays.

Le pouvoir a lancé un appel au dialogue, le 26 mars. L’opposition a répondu que deux phases de dialogue avaient déjà eu lieu en 2013 et en 2014, et que les autorités n’avaient qu’à mettre en œuvre les conclusions atteintes alors. Il revient au pouvoir de faire le premier pas et de commencer à rétablir la confiance en demandant à la commission électorale de repenser le calendrier et de prévoir l’organisation des élections communales avant la présidentielle (avec un intervalle raisonnable entre les deux, entre trois et six mois). Ceci devrait être la première étape d’un dialogue couvrant les autres questions électorales en attentes. L’opposition devra alors s’engager dans le dialogue et produire une évaluation détaillée et réaliste des étapes qu’elle considère comme indispensables.

Dans tout ceci, l’engagement international est essentiel. En 2013, les observateurs électoraux européens avaient passé plusieurs nuits devant un centre de compilation des résultats à Conakry pour garantir la probité des résultats. Ceci indique bien à quel point la situation électorale est tendue, et à quel point la présence internationale est décisive. Le président Condé avait d’abord exclu toute implication internationale pour les scrutins à venir, mais il a changé de position : les autorités ont sollicité l’UE pour une mission d’observation et les Nations unies doivent envoyer ce mois-ci une mission pour évaluer les préparatifs électoraux. La nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie s’est rendue à Conakry dernièrement. Ces interventions sont bienvenues. Les partenaires internationaux vont cependant devoir construire un mécanisme de coordination solide afin d’éviter que les acteurs guinéens jouent les uns contre les autres.

Op-Ed / Africa

Guinea Needs Consensus on Poll Position if Election Race is to Pass Peacefully

Originally published in The Guardian

Guinea’s history of electoral violence may not be over. Tension is building around the presidential poll scheduled for this October and the local elections planned for early next year. The opposition – principally Cellou Dalein Diallo's Union of Democratic Forces of Guinea and Sidya Touré’s Union of Republican Forces – is concerned about possible fraud. Threatened protests should be taken seriously: in 2013, about 100 people died during electoral unrest.

To set the stage for a comprehensive dialogue about the voting system, the local elections should be rescheduled for this year, so that they take place before the presidential ballot. International actors, in particular the UN Office for West Africa and the EU, would then need to support that dialogue and ensure its results are implemented.

Unlike other African countries with contentious electoral processes, Guinea’s problem is not one of an incumbent president delaying a vote or trying for an unconstitutional new term. The opposition's quarrel is with the order of the two elections. They are convinced that the local authorities, whose mandate formally expired in 2010, are completely under the president’s control.

These local officials, some of whom have been replaced by administrative appointees in constituencies where the opposition has weight, are said to have been responsible for a variety of disenfranchisement schemes in pro-opposition areas during the 2013 legislative elections. They have also been accused of massaging the vote in pro-government areas.

The opposition fears a repeat in the presidential contest unless earlier local polls give them a better chance to get fair play.

Before agreeing to the 2013 legislative elections, the opposition had insisted that the next round of local elections be held well before the presidential ballot, in early 2014. This was written into an annex of an agreement resulting from the 2013 political dialogue, but the government did not sign the document and now disputes the commitment.

Pro-government politicians do not support the schedule change (and possible delay of the presidential vote), fearing the opposition would claim there was a constitutional vacuum, as some opposition figures have threatened. But contemporary Guinea has experienced many exceptional situations – three- and five-year delays for the legislative and local elections respectively, for example. This would not cause it to crumble. In informal discussions, some opposition leaders said they would agree to a reasonable delay in the presidential election were it necessary in order to hold the local vote first.

The controversy, however, goes well beyond the calendar. The opposition has also repeatedly challenged the electoral registry, the map of constituencies, the composition and functioning of the electoral commission and the constitutional court. Not to mention the conditions for diaspora voting, the neutrality of prefects and governors, and much more. Even the recent population census is disputed: the opposition says the authorities inflated results in pro-government areas, in order to prepare to justify a forthcoming increase in pro-government voters there.

Reliable observation missions (particularly the EU’s) noted a long list of problems in the 2010 and 2013 elections. In 2013, for instance, the number of 18-year-old voters registered was unusually high in some pro-government areas, as was the level of participation and the number of voting stations. The number of polling stations and votes invalidated on procedural grounds was correspondingly low. In the closely disputed swing state of Guinée Forestière, the results from more than 180 polling stations were cancelled without explanation.

Some or all of the opposition claims may be false or exaggerated, but why take the chance over a few months’ change in the electoral calendar? As Crisis Group wrote in December 2014, a consensus on arrangements would offer the best chance to avoid an escalation from local incidents fuelled by political affiliations that function largely along ethnic lines.

Such a consensus would be all the more valuable because worrying rumours and suspicions are being fed by other matters, including the Ebola epidemic and a handful of assassinations and attempted assassinations of politicians and administrators. The opposition’s spokesperson, Aboubacar Sylla, claims he was shot at on 4 April, for example. While President Alpha Condé has done a good job of reining in the military and other security forces, sustained troubles could put these important achievements at risk and further poison relations between the country’s communities.

The government called for dialogue on 26 March. The opposition responded that there had been two such dialogues in 2013-14; the authorities simply needed to implement the conclusions reached then. It is up to the government to take the first step by asking the electoral commission to schedule the local elections before the presidential (with a reasonable three- to six-month interval between them). This would build confidence and could pave the way for a dialogue covering the other pending electoral issues. In turn, the opposition should commit to that dialogue and produce a detailed, realistic and time-sensitive assessment of what it considers essential.

In all this, international engagement is essential. In 2013, European observers stayed several nights at a key tallying centre in Conakry to guarantee results would not be tampered with. That is how tense the situation has been, and why an international presence is so essential.

President Condé initially excluded such missions for this year, but he has changed his position: the authorities have approached the EU for observers, and the UN is due to dispatch a mission this month to review electoral preparations. The new secretary general of the International Organisation of la Francophonie has visited Conakry. These are welcome moves. International partners will need to develop a solid coordinating mechanism, however, to prevent Guinean actors playing them off against each other.