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Elections au Mali : un report de courte durée serait bénéfique à long terme
Elections au Mali : un report de courte durée serait bénéfique à long terme
A la frontière Niger-Mali, le nécessaire dialogue avec les hommes en armes
A la frontière Niger-Mali, le nécessaire dialogue avec les hommes en armes
Statement / Africa

Elections au Mali : un report de courte durée serait bénéfique à long terme

L’accord récemment conclu entre le gouvernement et deux groupes armés touareg constitue une avancée positive, mais les responsables politiques maliens devraient maintenant envisager de reporter l’élection présidentielle dont le premier tour est toujours prévu pour le 28 juillet. Ce report permettrait aux autorités de s’assurer que la majorité des citoyens désireux de voter seront en mesure de le faire. Ce report doit être court – pas plus de trois mois – et les tâches à accomplir avant le scrutin doivent être clairement définies. S’obstiner à tenir le calendrier actuel revient à prendre le risque d’un processus électoral chaotique et contesté débouchant sur l’élection d’un président dépourvu de la légitimité nécessaire au rétablissement du pays. Les partenaires internationaux du Mali ne doivent pas se résoudre à accepter un processus électoral peu satisfaisant. Une telle stratégie de court terme ne ferait que replonger le pays dans l’instabilité.

Le président intérimaire malien Dioncounda Traoré a reçu dernièrement les représentants des principaux partis politiques du pays pour discuter de l’« Accord préliminaire » que son gouvernement a signé la semaine dernière à Ouagadougou avec deux mouvements armés du Nord, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA). Cet accord est censé permettre la tenue du scrutin présidentiel sur tout le territoire national. Il prévoit le redéploiement rapide de l’administration et des forces de sécurité maliennes à Kidal, la région la plus septentrionale actuellement sous le contrôle des rebelles touareg, qui ont par ailleurs accepté le principe du cantonnement de leurs forces.

 Le contenu précis des consultations qui se sont tenues à Bamako n’est pas encore connu mais il serait bienvenu que le président intérimaire et les partis politiques s’accordent sur un léger report des élections. Fixer la date fort ambitieuse du 28 juillet a certes permis d’accélérer les négociations de Ouagadougou et les premières étapes de l’organisation des élections. Mais en dépit des efforts remarquables déployés par le personnel du ministère de l’Administration territoriale, en charge de l’organisation des élections, les délais sont beaucoup trop courts pour achever tous les préparatifs et organiser le scrutin dans de bonnes conditions.

 Les nouvelles cartes d’identification nationale sont arrivées à Bamako et leur distribution à travers le pays est sur le point de commencer. Il manquera cependant du temps pour les faire parvenir avant le jour du vote aux électeurs de toutes les régions du Mali. Les experts craignent que la majorité des 6,9 millions d’électeurs recensés ne puissent pas recevoir leur carte à temps. Ils ne pourront voter sans celle-ci et cela pourrait nourrir un sentiment de frustration pouvant dégénérer en violences. D’autres pourraient la recevoir mais ne pas être en mesure de voter pour autant parce qu’ils auront changé de localité depuis le recensement biométrique de 2009 et n’auront pas eu le temps de notifier leur déplacement lors de l’opération de finalisation des listes électorales. Les préfets, en charge de l’organisation des élections dans les départements, sont à peine de retour dans les circonscriptions du Nord et les conditions précaires dans lesquelles ils travaillent compliquent également les préparatifs. En outre, les précédentes élections constituent autant de mauvais augures : en 2002, près d’un suffrage sur quatre a été annulé, et en 2007 près de 40 pour cent des électeurs n’ont pas retiré ou reçu leurs cartes.

 Un scrutin maintenu à la fin du mois de juillet aurait dès lors trop de chances d’être chaotique et de susciter la colère de nombreux électeurs. Les résultats seront inévitablement contestés. Les favoris de la compétition présidentielle pensent chacun aujourd’hui pouvoir gagner, même en cas de scrutin bâclé. Certains peuvent même penser qu’une participation électorale très faible, et variable d’une région à l’autre, les avantagerait. Mais ceux qui seront éliminés au premier tour disposeront alors de nombreux arguments pour contester la validité des résultats et ne s’en priveront pas. L’histoire récente du Mali ne plaide pas en faveur d’un grand optimisme quant à la capacité des institutions de règlement des conflits postélectoraux de jouer leur rôle d’une manière acceptable pour tous.

Un report n’excédant pas trois mois donnerait aux autorités maliennes le temps d’entreprendre des actions spécifiques telles que :

  • achever la distribution des nouvelles cartes d’identification à tous les électeurs recensés ;
     
  • redéployer de façon permanente les préfets et sous-préfets à leurs postes, et les doter des moyens matériels nécessaires à l’organisation et à la sécurisation du processus électoral ;
     
  • étendre la période pendant laquelle les populations déplacées pourront notifier le changement de leur lieu de résidence aux commissions administratives chargées d’établir les listes électorales définitives ; et
     
  • finaliser les listes électorales dédiées aux réfugiés présents dans les pays voisins et protéger ces derniers des menaces et pressions qui pourraient s’exercer sur eux.

Un report donnerait à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui a exprimé des réserves sur le calendrier actuel, le temps de superviser étroitement le processus électoral conformément à son mandat. L’extension de la période pré-électorale permettrait aux médias et aux organisations de la société civile d’assurer un meilleur suivi de la campagne et des préparatifs du scrutin. Il leur permettrait également de jouer un rôle crucial pour garantir la transparence, à travers des mécanismes d’observation préalablement acceptés par tous les acteurs, lors des moments sensibles de collecte, de transport et de publication des résultats des opérations de dépouillement. Attendre la fin de la grande saison des pluies, période peu propice aux déplacements et qui correspond à un moment d’intenses activités agricoles, permettrait également à un nombre plus important de citoyens des zones rurales de participer au vote. Enfin, ce n’est que le 24 juin dernier que le Conseil de sécurité a confirmé le déploiement de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) à compter du 1er juillet. Dans ce contexte, un report de courte durée donnerait à cette mission le temps nécessaire pour :

  • fournir aux autorités maliennes l’assistance technique et logistique nécessaire ainsi qu’un appui effectif pour sécuriser le territoire conformément à la résolution 2100 du Conseil de sécurité ;
     
  • aider les autorités maliennes à anticiper les difficultés postélectorales immédiates, y compris la sécurisation et le convoyage des procès-verbaux des bureaux de vote, et à dissuader d’éventuelles violences postélectorales ou, tout au moins, à pouvoir y répondre.

Les causes profondes de l’actuelle crise vont bien au-delà de la faillite de la démocratie électorale. Même une élection crédible et techniquement réussie ne suffira pas à rebâtir la démocratie, reconstruire le système politique et l’appareil sécuritaire et réconcilier la société malienne avec elle-même. Cette élection présidentielle constitue cependant une première étape cruciale qu’il ne faut absolument pas rater. Les responsables politiques maliens et les partenaires internationaux du pays doivent tout faire pour empêcher les problèmes du passé de resurgir. Si le Mali vote le 28 juillet, l’élection risque d’être marquée par de telles insuffisances techniques et un taux de participation si faible qu’elle ne permettra pas de donner au président élu une légitimité suffisante et pourrait au contraire exposer le pays à un nouveau cycle d’instabilité. Dans ces conditions, il vaut mieux décider d’un report pour raisons techniques et s’accorder du temps supplémentaire, sans aller au-delà de ce qui est strictement nécessaire et, dans tous les cas, sans dépasser trois mois, afin de donner aux autorités le temps de se préparer de façon convenable et de permettre à un nombre plus élevé de Maliens de choisir leur président.

Dakar/Bruxelles

Op-Ed / Africa

A la frontière Niger-Mali, le nécessaire dialogue avec les hommes en armes

Originally published in Jeune Afrique

La stratégie qui privilégie une option militaire disproportionnée à la frontière entre le Niger et le Mali fait peser un risque sur la région : celui de créer un nouveau foyer d’insurrection. C'est le constat que dresse l’International Crisis Group, qui fait une série de recommandations.

Plus de cinq ans après le début de l’intervention militaire française au Mali, la lutte contre les groupes armés jihadistes agite toujours le Sahel. Non seulement les tensions s’étendent à de nouvelles zones, mais elles alimentent aussi de nouvelles violences en interférant avec des tensions intercommunautaires plus anciennes. C’est le cas, en particulier, à la frontière entre le Niger (régions de Tillabéri et Tahoua) et le Mali (région de Ménaka).

Dans un récent rapport, l’International Crisis Group (ICG) alerte ainsi le gouvernement du Niger, l’opération française Barkhane et leurs différents partenaires internationaux des risques liés à des interventions qui privilégient de manière disproportionnée les réponses militaires dans la zone.

Pour éviter qu’un nouveau foyer d’insurrection se développe au Sahel, le gouvernement nigérien et ses partenaires occidentaux devraient sortir du cadre restrictif de la lutte antiterroriste et subordonner l’action militaire à une approche plus politique, y compris en engageant un dialogue avec les insurgés de toute obédience.

Un « vivier d’hommes en armes »

Beaucoup de militants jihadistes ont rejoint depuis mai 2015 la branche locale de l’etat islamique dans le grand Sahara.

La situation sécuritaire dans la zone frontalière entre le Mali et le Niger s’est dégradée progressivement dans les deux dernières décennies. Les violences en zones rurales se sont aggravées à la frontière entre le Mali et le Niger sur fond de rivalités entre communautés pour le contrôle de l’espace et de difficulté des États à réguler les conflits locaux.

Dans le sillage des rébellions arabo-touareg des années 1990, la prolifération des armes de guerre a accru les niveaux de violence et graduellement changé la nature des conflits. Elle a notamment permis à une génération de jeunes hommes de vivre du métier des armes, en versant dans le banditisme ou en intégrant des milices communautaires pour défendre hommes et bétail ou négocier des prébendes avec l’État.

La crise malienne de 2012 a aggravé cette situation en amplifiant un peu plus encore la circulation des armes de guerre et en permettant à des groupes jihadistes de s’implanter. Ils ont attiré en particulier, mais pas exclusivement, de jeunes nomades dossaak et surtout peul, inquiets de voir d’autres communautés s’armer et s’organiser en groupes politico-militaires, à l’instar des Touareg avec le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

Les jihadistes sont parvenus à prendre pied dans la zone en fournissant des services aux communautés nomades, notamment une justice fondée sur la « Charia ». Dans le même temps, ils ont redirigé les griefs locaux contre les États centraux, accusés de partialité dans le traitement des conflits entre communautés nomades.

En 2016 et 2017, les militants jihadistes, dont beaucoup ont rejoint depuis mai 2015 la branche locale de l’Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS), ont multiplié les attaques contre les forces de sécurité nigériennes (FDS) dans la zone du Nord-Tillabéri, au Niger.

La tentation de collaborer avec des groupes politico-militaires

Les FDS et leurs partenaires occidentaux peinent à lutter contre un front insurrectionnel localisé dans la zone frontalière, capable de mobiliser rapidement des combattants, et d’échapper ensuite aux poursuites en se repliant du côté malien de la frontière. L’embuscade du 4 octobre 2017 à Tongo Tongo, au cours de laquelle quatre membres des forces spéciales américaines et quatre soldats nigériens ont été tués, l’a très bien illustré.

Le recours à ces groupes à des fins contre-insurrectionnelles renforce les tensions intercommunautaires.

Les autorités nigériennes déplorent l’incapacité de l’État malien à déployer des forces suffisantes dans une zone frontalière que les jihadistes utilisent comme base arrière. Pour pallier cette faiblesse, le gouvernement nigérien comme ses partenaires internationaux, en particulier la France, sont tentés de collaborer avec des groupes armés maliens qui connaissent bien le terrain, en l’occurrence le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA), et le Groupe armé touareg imghad et alliés (Gatia), à majorité dossaak et touareg imghad respectivement.

Pourtant, en dépit de succès militaires à court terme, le recours à ces groupes à des fins contre-insurrectionnelles renforce les tensions intercommunautaires et menace d’embraser la région.

Ainsi, entre le 27 avril et le 18 mai, plus d’une centaine de civils auraient été tués lors d’attaques de campements dossaak et peul dans la zone frontalière. En effet, l’appui à certains groupes armés à base communautaire, comme le MSA et le Gatia, à des fins contre-insurrectionnelles ne s’effectue pas dans un espace vide d’enjeux politiques locaux mais sur fond de luttes pour le contrôle de territoires et de ressources. Les violences prennent une dimension communautaire dans une région où les groupes armés s’organisent sur la base des affinités ethniques.

Mais les raisons de prendre les armes sont multiples : la frontière entre le combattant jihadiste convaincu, le bandit armé et celui qui prend les armes pour défendre sa communauté est souvent floue. Or, faire l’économie de cette distinction conduit à ranger imprudemment dans la catégorie « jihadiste » des communautés entières ou, tout au moins, un vaste vivier d’hommes en armes que les autorités politiques et militaires du Niger, comme leurs partenaires français, gagneraient à traiter différemment.

Mettre les stratégies militaires au service d’une approche politique

Il est aujourd’hui nécessaire d’enrayer ce cycle inquiétant de violences, qui font le jeu des éléments les plus extrêmes. Aux réponses essentiellement militaires enfermées dans le cadre restrictif de la lutte antiterroriste, il faut substituer des initiatives politiques. Replacées au cœur des stratégies sécuritaires, celles-ci devront passer par un redéploiement des services publics adaptés aux populations nomades et une réforme de la carte administrative permettant une meilleure représentation des populations, en particulier des peul nomades.

Les autorités nigériennes devraient également privilégier le dialogue avec les hommes en arme, même avec les jihadistes, tant qu’ils n’ont pas commis de crime grave, et faire des offres de pardon ou d’insertion dans les forces de sécurité locale.

Négocier avec les insurgés n’est pas une voie aisée et les tentatives de dialogue se sont jusqu’ici avérées difficiles voire décevantes. Cependant, l’écrasement par la force seule de ces insurrections, option fort coûteuse en vies humaines, n’est pas réaliste dans une région où les violences à l’égard des civils renforcent le rejet de l’Etat et contribuent à l’enracinement des groupes jihadistes.

Dans ce contexte, les initiatives de dialogue mises en place par les autorités du Niger avec une partie des insurgés à la frontière ouest, ou celles ayant permis de démobiliser une partie des combattants de Boko Haram au Sud-Est du pays, apparaissent comme la seule piste raisonnable pour limiter l’extension des insurrections jihadistes.

Ces initiatives n’excluent pas le recours à l’outil militaire, elles en sont le complément. Elles replacent surtout les opérations antiterroristes dans une stratégie politique plus large qui requiert que les acteurs militaires, locaux comme occidentaux, acceptent de voir le tempo des opérations en partie dicté par les responsables politiques sahéliens.

Contributors

Director, Sahel Project
jhjezequel
Former Research Assistant, West Africa
cherbibhamza