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Niger’s soldiers stand at Bosso military camp following attacks by Boko Haram fighters in the region, on June 17, 2016. ISSOUF SANOGO/AFP
Report 245 / Africa

Le Niger face à Boko Haram : au-delà de la contre-insurrection

La lutte contre Boko Haram dans le Sud-Est du Niger suscite depuis deux ans des tensions locales et exacerbe les violences intercommunautaires autour de l’accès aux ressources. Face aux limites de l’intervention militaire, les autorités doivent mettre l’accent sur la démobilisation des militants du mouvement, le règlement politique des conflits locaux, ainsi que la relance de l’économie et des services publics.

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Synthèse

Depuis deux ans, le Niger est en guerre contre Boko Haram. Ce conflit armé pèse sur les équilibres fondamentaux, notamment financiers, de ce pays pauvre et déstabilise le Sud-Est, théâtre principal des affrontements. Dans cette région située à 1 350 kilomètres de la capitale, exsangue économiquement, la lutte contre Boko Haram suscite des tensions locales et exacerbe les violences intercommunautaires autour de l’accès aux ressources. Malgré l’appui direct des troupes tchadiennes depuis 2015 et une meilleure collaboration avec l’armée du Nigéria, les forces nigériennes n’ont pas mis un terme aux attaques des insurgés, dont certains sont liés à l’Etat islamique (EI). L’option militaire a donné des résultats mais a également montré ses limites. Une approche permettant la démobilisation des militants du mouvement et le règlement politique des tensions qui nourrissent son implantation locale doit accompagner l’effort de guerre. La relance de l’économie et des services publics doit également devenir une priorité pour soulager des populations épuisées, dont la détresse alimente l’insurrection.

En dépit de scénarios alarmistes, Boko Haram n’a pas réussi à étendre son influence au-delà de la région de Diffa, au Sud-Est du pays. Ce territoire relativement riche entretient un rapport particulier avec l’état nigérian du Borno auquel il est intimement lié par l’histoire, la culture religieuse et l’économie. Ces liens étroits expliquent l’écho qu’y a rencontré Mohamed Yusuf, le fondateur nigérian de Boko Haram. Il a trouvé de nombreux adeptes parmi les Nigériens, et tout particulièrement les jeunes, venus à Maiduguri, la capitale du Borno, à seulement 425 kilomètres de Diffa, en quête de formation religieuse ou de succès commercial. Lorsqu’en juillet 2009, les forces armées nigérianes ont massacré plus de 1 000 de ses partisans, de nombreux membres de Boko Haram ont trouvé refuge dans le Sud-Est du Niger. Le mouvement s’est longtemps gardé de mener des opérations militaires dans le pays pour mieux faire de Diffa une zone de financement, de ravitaillement, de repli et de recrutement.

Face à Boko Haram, les autorités nigériennes ont d’abord opté pour une stratégie de surveillance. A leurs yeux, le problème concernait essentiellement le Nigéria. En 2014, cette attitude a évolué alors que la menace devenait plus pressante : l’expan­sion territoriale de Boko Haram jusqu’aux frontières du Niger s’est accompagnée d’une intensification des recrutements de centaines de jeunes Nigériens. Incité par ses partenaires, régionaux et internationaux, à s’impliquer plus activement, le Niger s’est engagé militairement au sein de la Force multinationale mixte (FMM). Depuis, l’effort de guerre pèse sur le budget de l’Etat, met à mal le système judiciaire et attise les tensions entre le pouvoir politique et la hiérarchie militaire.

La région de Diffa souffre à la fois des offensives de Boko Haram et des mesures contre-insurrectionnelles prises par les autorités nigériennes, comme la prolongation de l’état d’urgence mis en place en février 2015 et qui introduit des interdictions sur certaines activités commerciales. Des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés internes survivent grâce à l’aide extérieure. Le recours aux comités de vigilance locaux et les représailles de Boko Haram contre ceux qui collaborent avec l’armée entretiennent une atmosphère pesante où vengeances locales, psychose collective et délations s’entremêlent dangereusement.

Dans le bassin du lac Tchad, à l’extrême est de la région de Diffa, la présence de Boko Haram a aggravé les tensions intercommunautaires qui ont dégénéré en conflits meurtriers à partir de mai 2016. La médiation entre communautés initiée par les autorités depuis juin 2016 constitue une initiative bienvenue mais elle n’a pas encore apaisé toutes ces tensions. Sur le lac, un groupe de combattants en rupture avec l’aile de Boko Haram menée par Aboubakar Shekau, le chef du mouvement et successeur de feu Mohamed Yusuf, exploite ces tensions locales. Ce groupe tente actuellement de s’implanter durablement et bénéficierait d’un lien privilégié avec l’EI.

Face à la résilience de Boko Haram sur son territoire, l’Etat nigérien ne peut se contenter d’une approche mêlant opérations militaire et blocus économique. En décembre 2016, la création de sites de démobilisation a marqué une première inflexion dans la politique de répression qui prévalait depuis 2015. Un plan de sortie de crise pour la région de Diffa est également à l’étude à Niamey. Avec l’aide de ses partenaires régionaux et internationaux, l’Etat doit poursuivre dans cette direction et étoffer sa stratégie contre-insurrectionnelle pour qu’elle aille au-delà d’une réponse essentiellement militaire. Cela est d’autant plus important qu’une partie des insurgés, en rupture avec les excès d’Aboubakar Shekau, pourraient chercher à regagner le soutien des civils en évitant de prendre les musulmans pour cible. L’Etat doit en outre accentuer sa coopération avec ses voisins et anticiper un possible désengagement de partenaires internationaux dont les finances publiques se dégradent ou qui pourraient, dans les mois à venir, opter pour des politiques isolationnistes.

Recommandations

Pour réduire les violences en allant au-delà de la réponse sécuritaire

Au gouvernement du Niger :

  1. Décourager le développement de milices armées à base communautaire.
     
  2. Poursuivre et renforcer les efforts de médiation entrepris depuis juin 2016 entre les communautés du bassin du lac Tchad.
     
  3. Veiller à garantir un accès équitable et juste aux ressources du lac, y compris si nécessaire à travers une réforme concertée de la chefferie dans la zone lacustre.
     
  4. Proposer rapidement un plan de sortie de crise pour le Sud-Est du Niger, élaboré en partenariat étroit avec les élus et la société civile de la région de Diffa, et prenant particulièrement en compte les aspects de réconciliation, de rétablissement des services publics et de relance économique.

Pour soulager l’appareil judiciaire et préparer dès à présent la réintégration des militants de Boko Haram

Au gouvernement du Niger :

  1. Concevoir des politiques de démobilisation et de réintégration des anciens combattants de Boko Haram et en particulier de ceux qui ne sont pas impliqués dans des crimes graves, tout en veillant à consulter ceux qui ont été victimes de Boko Haram et leurs représentants pour éviter les cycles de vengeances. La création récente de sites de démobilisation est bienvenue mais la réintégration des anciens insurgés est une question sensible qui demande des actions habiles et un investissement fort dans la durée de la part de l’Etat et de ses partenaires.
     
  2. Renforcer les moyens alloués au système judicaire afin d’assurer un meilleur traitement des dossiers en lien avec Boko Haram, y compris ceux traitant des suspects potentiellement impliqués dans des crimes graves, qui engorgent actuellement les tribunaux du pays.
     
  3. Exiger des services de sécurité qu’ils constituent un dossier suffisamment étayé pour justifier le transfert à la prison de Niamey des suspects arrêtés sur dénonciation.

Aux partenaires du Niger :

  1. Fournir conseils et ressources humaines pour renforcer les moyens alloués au système judiciaire.

Pour suspendre les restrictions économiques liées à l’état d’urgence et lancer au plus tôt un plan de relance de l’économie de la région de Diffa

Au gouvernement du Niger :

  1. Réorienter les flux économiques suspendus en les canalisant vers la ville de Diffa puis en encourageant les exportations à emprunter des routes plus sécurisées vers le Nigéria le temps que la zone sud de la Komadougou retrouve sa stabilité.
     
  2. Renforcer les capacités des pouvoirs publics à fournir des services concrets aux populations, en matière de justice, de santé et d’éducation, favoriser le recrutement local dans la fonction publique et l’octroi temporaire de primes aux fonctionnaires déployés dans les régions touchées par l’insurrection.

Pour encadrer plus efficacement les forces de sécurité et les budgets qui leur sont alloués

Au gouvernement du Niger :

  1. Encourager la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (Halcia) à enquêter sur la bonne utilisation des fonds injectés dans l’effort de guerre.
     
  2. Fournir aux forces armées présentes sur place les moyens dont elles ont besoin pour mener les opérations militaires contre l’insurrection, mais, en contrepartie, accentuer la surveillance des forces armées et exiger que leurs membres qui se rendent coupable d’exaction et autres crimes contre les civils rendent des comptes.
     
  3. Encadrer les comités de vigilances de façon à limiter leur rôle à la seule collecte de renseignements ; envisager dès à présent des politiques visant à favoriser leur démobilisation totale ou partielle si le recul de l’insurrection se confirme.

Bruxelles/Dakar, 27 février 2017

I. Introduction

Situé au cœur d’une zone de fortes turbulences géopolitiques, le Niger reste un maillon fragile de l’espace sahélien. La réélection du président Issoufou en mars 2016 offre une forme de stabilité politique mais le pays n’a toujours pas résolu les immenses défis économiques et démographiques auxquels il est confronté. Arguant des menaces qui pèsent sur ses frontières avec le Mali, la Libye et le Nigéria, les autorités mettent l’accent sur la sécurité au détriment du projet socioéconomique de la « Renaissance » pourtant porté par le président Issoufou depuis sa première élection en 2011.

Depuis plus de deux ans, le Niger est en guerre ouverte contre Boko Haram, mouvement insurrectionnel jihadiste né dans le Nord-Est du Nigéria avant de s’étendre aux pays voisins. La mobilisation de l’appareil militaire et une politique sans pitié visant à saper ses bases économiques ont jugulé son avancée au Niger. Mais les opérations de contre-insurrection ont aussi profondément perturbé la région de Diffa, dans le Sud-Est, où le conflit sévit. Boko Haram est certes sur le recul au Niger mais cela ne signifie pas sa défaite et sa fin. Dans tous les cas, ce mouvement insurrectionnel que des centaines d’individus ont rejoint a engendré un conflit qui laissera des traces durables dans le Sud-Est du pays.

Ce rapport analyse les dynamiques par lesquelles Boko Haram s’est développé au Niger et évalue les réponses apportées par les autorités. Décrivant les différentes étapes de cette implantation, il attire l’attention sur les dynamiques locales que l’insurrection jihadiste instrumentalise à son profit. Leur prise en compte est centrale pour rétablir une stabilité durable dans la région de Diffa. Ce rapport recommande par conséquent aux autorités nigériennes et à leurs partenaires d’aller au-delà d’une stratégie qui, jusqu’à présent, privilégie l’outil militaire. Il repose sur des entretiens menés lors de deux séjours d’enquête au Niger en 2016 auprès d’un ensemble varié de responsables politiques et religieux, de responsables communautaires, et de témoins, y compris des militants ou d’anciens sympathisants de Boko Haram rencontrés en milieu carcéral et dans la région de Diffa. Il s’inscrit dans une série de publications de Crisis Group sur la menace jihadiste dans le Sahel et le bassin du lac Tchad.

II. Le Sud-Est nigérien, terreau favorable à Boko Haram

Par sa proximité géographique et culturelle avec Maiduguri, berceau nigérian de Boko Haram, la région de Diffa est particulièrement perméable aux idées de ce mouvement. Les prêches de son fondateur, Mohamed Yusuf, y ont rencontré un grand succès. Quand, à partir de juillet 2009, les dirigeants de Boko Haram et les autorités nigérianes se livrent une guerre acharnée, le Sud-Est du Niger est logiquement affecté.

A. Une région polarisée par le Nord-Est nigérian

Le Sud-Est occupe une position singulière dans l’espace nigérien. Diffa est la capitale régionale la plus éloignée de Niamey (plus de 1 300 kilomètres par la route). La région, la moins peuplée du pays avec celle d’Agadez mais celle dont la population croît le plus vite, s’organise autour de trois espaces inégalement peuplés. L’essentiel de la population, estimée à 591 000 habitants (soit moins de 4 pour cent de la population nigérienne), se concentre dans deux zones frontalières distinctes : d’une part, les rives de la rivière Komadougou qui sépare le Niger du Nigéria, et sur lesquelles se situe la ville de Diffa (48 000 habitants), et d’autre part, la zone du lac Tchad que le Niger partage avec ses voisins tchadien et nigérian.[fn]Les indicateurs sociodémographiques de la région de Diffa sont préoccupants mais légèrement moins dégradés que ceux d’autres régions du Sud nigérien. Ainsi, le quotient de mortalité infanto-juvénile y est de 41 pour 1 000 alors que la moyenne dans les zones rurales du Niger atteint 163 pour 1 000. Le taux de fécondité est de 6,4, contre 7,6 en moyenne nationale. « Niger. Enquête démographique et de santé à indicateurs multiples », Institut national de la statistique (INS) et ICF international, 2012.Hide Footnote L’intérieur de la région est quasiment désertique, principalement habitée par des éleveurs nomades peul, toubou et arabes.[fn]Les statistiques confirment la particularité de la région. L’indice de développement humain y est inférieur à la moyenne nationale (0,302 contre 0,324 en 2011), mais c’est essentiellement en raison de la faible scolarisation. Le taux de scolarisation primaire est en effet de 35 pour cent, contre 49 pour cent en moyenne nationale en 2012. A l’inverse, le taux de pauvreté dans la région de Diffa (34 pour cent en 2011) est inférieur à la moyenne nationale (42 pour cent). « Annuaire statistique du Niger, 2008-2012 », INS, 2013.Hide Footnote

La région de Diffa n’est cependant pas pauvre, du moins à l’échelle du Niger. Elle combine en effet les ressources naturelles de la Komadougou et du lac et la proximité du grand marché nigérian. Jusqu’à ce que le conflit vienne briser les flux commerciaux, le Nigéria était de loin le principal consommateur de ses produits agricoles (poivron et riz de la Komadougou, bétail des zones pastorales intérieures, poisson, bétail et maïs du lac) et lui fournissait en retour produits manufacturés et carburant de contrebande. La région de Diffa se situe également sur des axes commerciaux de longue distance qui étendent leurs ramifications au Tchad, à la Libye et au Soudan, souvent sans passer par Niamey.

Le Nigéria, et notamment l’état du Borno, polarisent fortement la région de Diffa. La monnaie nigériane, le naira, est largement utilisée dans cette zone, en concurrence avec la monnaie officielle, le franc CFA – « [à Diffa,] c’est le naira qui circule. Le CFA, c’est pour les fonctionnaires et les projets [de développement] ».[fn]Entretien de Crisis Group, détenu originaire de la région de Diffa, mai 2016.Hide Footnote Les habitants connaissent souvent mieux la capitale de l’état du Borno, Maiduguri, proche (175 kilomètres) et donc plus accessible, que Niamey.[fn]Maiduguri a connu une croissance démographique forte à partir de 1967, quand elle est devenue capitale d’un vaste état fédéré du Nord-Est du Nigéria, aujourd’hui l’état du Borno. Jean-Pierre Magnant, « La troisième mort de l’empire du Borno », Centre d’étude d’Afrique noire, Travaux et Documents no. 23, p. 22.Hide Footnote

Cette polarisation s’enracine dans l’histoire et la culture. L’actuelle région de Diffa et le Nord-Est du Nigéria ont fait partie du Kanem-Bornou, un ensemble politique qui a structuré la zone depuis le huitième siècle. Marqueurs de l’affiliation à une entité politique et économique puissante, la langue (le kanouri), l’identité et une tradition religieuse ancienne (« l’islam kanouri ») ont longtemps disposé d’un prestige singulier, influençant et attirant à des degrés divers et changeants les groupes périphériques, parfois au point de les incorporer.[fn]Voir Zakari Maïkoréma, L’islam dans l’espace nigérien. De 1960 aux années 2000, Tome 2 (Paris, 2009).Hide Footnote La chute des derniers souverains du Bornou au début du vingtième siècle, le partage de cet espace entre les empires français et anglais puis les indépendances n’ont pas affaibli les liens entre le Sud-Est du Niger et le Nord-Est nigérian.

L’islam du Nord du Nigéria se diffuse ainsi fortement au Niger, au-delà même, d’ailleurs, de l’espace kanouri. Centre commercial majeur, Maiduguri est aussi un carrefour sous-régional en matière d’éducation islamique, qui attire beaucoup de Nigériens. Le mouvement réformiste islamique Izala, au sein duquel Mohamed Yusuf a été formé avant de s’en détourner et de le combattre, est très influent au Niger, et particulièrement dans la zone de Diffa. Il contrôle ainsi deux des six mosquées principales de la ville.

B. L’Etat dans le Sud-Est nigérien

La relation entre la zone de la Komadougou, où dominent nettement les Kanouri, et l’Etat nigérien est paradoxale et ne relève pas de la simple marginalisation. Eloignés de la capitale du Niger, fortement tournés vers le Nigéria, les Kanouri sont cependant assez bien représentés dans l’élite politico-militaire à Niamey. L’ancien président, le général Mamadou Tandja, est natif de Maïné Soroa, en pays kanouri, et le régime actuel du président Issoufou fait une bonne place aux Kanouri.[fn]Parmi les personnalités de premier plan, on peut citer l’actuel ministre de l’Education nationale et ancien vice-président de l’Assemblée nationale, l’actuel secrétaire général du ministère de la Défense et ancien chef d’état-major particulier du président Tandja.Hide Footnote

La relation à l’Etat est différente dans la zone du lac : longtemps lieu de résistance aux projets étatiques, y compris ceux du Kanem-Bornou, elle est marquée par une plus grande diversité ethnique. En plus des Kanouri, on y trouve ainsi des communautés boudouma, arabes, toubou et peul très significatives. Cette diversité est d’autant plus grande que les ressources naturelles du lac, et notamment la pêche, les pâturages propices à l’élevage et les cuvettes alluvionnaires propices à l’agriculture, y attirent depuis plusieurs décennies des migrants du reste du Niger, et même d’autres pays africains. A l’inverse des Kanouri, ces populations sont inégalement représentées au sein de l’élite politico-militaire nigérienne : si des membres de la communauté toubou ont intégré les rouages de l’Etat central après la rébellion des années 1990, les Arabes mohamides, arrivés du Soudan dans le dernier tiers du vingtième siècle, et surtout les communautés boudouma sont plus faiblement représentées à Niamey comme dans les chefferies locales.[fn]Entretiens de Crisis Group, cadres kanouri, peul et boudouma de la région de Diffa, Niamey et Diffa, mai, octobre 2016.Hide Footnote

De nombreux facteurs contribuent à alimenter les tensions dans cette région : la mobilité des populations au gré des variations longues du niveau de remplissage du lac ; l’importance des transhumances ; les tensions autour des chefferies administratives et des autorités locales élues, qui jouent un rôle dans l’accès aux ressources naturelles ; le ressentiment des habitants qui se considèrent comme autochtones, notamment les Boudouma, pas forcément bien équipés en capital financier et politique pour profiter des filières porteuses.[fn]Comme partout, l’autochtonie fait débat autour du lac. Le caractère autochtone des Boudouma dans la partie nigérienne du lac est contestée par certains intellectuels kanouri, qui notent qu’on n’y trouve pas de toponymes boudouma, et qui leur attribuent une origine tchadienne. Entretiens de Crisis Group, cadre kanouri et boudouma, Niamey et Diffa, mai 2016.Hide Footnote La zone a d’ailleurs connu des conflits intercommunautaires et même des épisodes de rébellion armée.[fn]Sur le FDR, mouvement toubou actif dans la zone du Manga dans les années 1990, voir Chekou Kore Lawel, « Rébellion touareg au Niger: approche juridique et politique », thèse de doctorat en science politique, université René Descartes-Paris V, 2012. Sur les conflits autour de la présence des Arabes mohamides, voir Steve Anderson et Marie Monimart, « Recherche sur les stratégies d’adaptation des groupes pasteurs de la région de Diffa, Niger oriental », International Institute for Environment and Development, 2009. Sur les conflits dans le secteur de la pêche, voir Hadiza Kiari Fougou, « Impacts des variations du niveau du lac Tchad sur les activités socio-économiques des pêcheurs de la partie nigérienne », thèse de doctorat en géographie, Université Abdoul Moumouni de Niamey, 2014.Hide Footnote Doté d’une topographie accidentée, point de croisement de quatre frontières, front pionnier, espace de contrebande et de trafics, melting-pot migratoire, le lac est une zone-frontière mal contrôlée par l’Etat.

L’Etat s’est peu intéressé à cet espace éloigné du centre politique et dont l’économie est tournée vers les pays voisins. Il manque de ressources pour investir ce territoire. Pour autant, il n’est pas complètement absent. L’Etat a acquis une expertise dans la résolution négociée des conflits, au fil des crises qui ont agité les zones touareg du Nord, mais aussi la partie septentrionale de la région de Diffa.[fn]Dans les années 1990, la rébellion toubou du Front démocratique du Renouveau (FDR) s’était ainsi terminée par un accord de paix signé en 1998 à N’Djamena, et les combattants, y compris ceux des milices peul et arabes opposées aux Toubou, avaient été réintégrés assez efficacement.Hide Footnote La Haute autorité à la consolidation de la paix (HACP), créée en octobre 2011, pour prendre le relai de la Haute autorité à la restauration de la paix (créée en 1994), est l’institution qui capitalise cette expérience, directement rattachée à la présidence du Niger.[fn]Ce changement de nom reflète la volonté de privilégier une approche fondée sur le développement socioéconomique plutôt que sur le strict suivi politique des accords de paix des années 1990 entre l’Etat et des mouvements rebelles. Rapport Afrique de Crisis Group N°208, Niger : un autre maillon faible dans le Sahel ?, 19 septembre 2013, p. 32.Hide Footnote Placée sous la direction d’un officier supérieur touareg, elle gère des programmes diversifiés allant du dialogue intercommunautaire aux actions de démobilisation et de réinsertion des anciens combattants en passant par les projets de développement destinés à renforcer la cohésion et la paix dans diverses régions.

Si l’Etat ne bénéficie pas forcément d’une forte légitimité populaire et si les élites politiques n’hésitent pas à instrumentaliser les logiques ethno-régionales en période électorale, celles-ci sont en réalité relativement soudées et mixtes, héritières d’un sentiment national et d’une sociabilité forts.[fn]Pour les liens entre ethnicité et politique au Niger, voir Idrissa Kimba, « Ethnicité, politique et démocratie au Niger », Sociétés africaines et diaspora, no. 45, 1997.Hide Footnote Quant à la sphère religieuse, le soutien de l’Etat nigérien au pluralisme et à la laïcité est noté par bien des observateurs comme un facteur décisif.[fn]« Violent radicalisation in northern Nigeria: the macro regional context », Nigerian Office of the National Security Adviser, 2015. Ibrahima Yahaya Ibrahim, « Niger in the face of the Sahelo-Saharan Islamic Insurgency. Precarious Stability in a Troubled Neighborhood », Sahel Research Group Working paper no. 4, août 2014.Hide Footnote C’est peut-être au moins autant l’hégémonie quasi-totale de l’islam au Niger qui y atténue son potentiel clivant, à la différence du Nigéria, où le face-à-face entre islam et christianisme génère des tensions.

C. Les militants nigériens de Mohamed Yusuf

Dans les années 2000, la prédication de Mohamed Yusuf a un impact dans la région de Diffa. Parmi les milliers de Nigériens, hommes et femmes, partis étudier ou travailler à Maiduguri, beaucoup ont entendu le message de Yusuf et certains ont fréquenté sa mosquée.[fn]Entretien de Crisis Group, détenu membre de la Yusufiyya, mai 2016. Pour une analyse de ce mouvement, voir le rapport de Crisis Group N°216, Curbing Violence in Nigeria (II): The Boko Haram Insurgency, 3 avril 2014, p. 19. Entretien de Crisis Group, responsable islamique, Diffa, 17 mai 2016. De retour au Niger, ils font circuler sa pensée sous format électronique mais aussi plus directement : l’adjoint et futur successeur de Yusuf à la tête de Boko Haram, Aboubakar Shekau, aurait des liens de famille dans la zone et serait venu prêcher à Diffa avant 2009.[fn]Selon les autorités nigérianes, Shekau serait né de parents nigériens établis dans le village nigérian de Shekau, dans l’Etat nigérian de Yobe. Voir le rapport de Crisis Group N°216, Curbing Violence in Nigeria (II): the Boko Haram Insurgency, 3 avril 2014, p. 19. Entretien de Crisis Group, responsable islamique, Diffa, 17 mai 2016.Hide Footnote Dès le début des années 2000, certains fidèles nigérians de Yusuf se regroupent pour former une communauté sectaire isolée dans le village de Kannama, à la frontière avec le Niger. En conflit avec les autorités et les populations locales, ils sont violemment dispersés par les forces nigérianes en octobre 2003, et certains trouvent refuge au Niger.[fn]Entretien de Crisis Group, officier de gendarmerie, Niamey, décembre 2014.Hide Footnote

En 2007 ou 2008, un petit mouvement se forme à Diffa autour de la mosquée centrale, influencé par Yusuf et partageant sa lecture de l’islam.[fn]Ce groupe est parfois surnommé « sake guere haram » (se raser la barbe est prohibé). Voir Marc-Antoine Pérouse de Montclos, « Boko Haram and Politics: from Insurgency to Terrorism », in « Boko Haram : Islamism, Politics, Security and the State in Nigeria », African Studies Centre (ASC)/Institut français de recherche en Afrique (IFRA), 2014, p. 217.Hide Footnote Il s’agit pour l’essentiel de jeunes issus du courant Izala, mais en rupture avec ce mouvement dont l’implantation progressait à Diffa depuis le début des années 2000, en particulier chez les commerçants. Les jeunes adeptes de Yusuf adoptent une attitude plus radicale que les membres de l’Izala. Ils reprochent en particulier à ces derniers de se contenter de critiquer la corruption de l’Etat tout en conservant des liens avec lui.[fn]Un membre important de ce groupe enjoint par exemple son grand frère policier et proche de l’Izala de quitter la fonction publique. Il critique également un érudit de l’Izala pour son passage à l’université islamique de Say au Niger, une institution impie à ses yeux. Entretien de Crisis Group, membre de l’Izala, Niamey, février 2017.Hide Footnote Ils interpellent également les fidèles autour des lieux de culte, les exhortant à les rejoindre.

La Yusufiyya ouvre son propre lieu de culte en octobre-novembre 2008 dans le quartier de Diffa Koura, à Diffa, avec le soutien financier d’El Hadj Kakabuno, un jeune commerçant kanouri prospère dont le réseau d’affaires s’étend à Maiduguri et Kano, la grande métropole du Nord du Nigéria. Il assure la direction de la communauté à Diffa assisté d’un jeune prédicateur peul, Sayedi, originaire du Fulatari (zone intérieure pastorale de Diffa) qui, lui aussi, avait assidûment fréquenté Maiduguri.[fn]Entretiens de Crisis Group, officier de sécurité, détenu membre de la Yusufiyya, mai 2016 ; et membre de l’Izala, Niamey, février 2017.Hide Footnote Alors que la situation se tend à Maiduguri en juillet 2009, la plupart des partisans nigériens de Yusuf à Diffa vendent leurs biens, divorcent parfois de femmes qui rechignent à les suivre et rejoignent leur mentor avec l’idée de « faire le jihad contre le gouvernement nigérian ».[fn]Entretien de Crisis Group, détenu originaire de Maïné Soroa, Kotoukalle, mai 2016.Hide Footnote

Crisis Group interview, detainee, originally from Maïné Soroa, Kotoukalle, May 2016.Hide Footnote

D. Diffa, base arrière de Boko Haram

La situation se dégrade à partir de 2009, lorsque l’escalade entre les forces de sécurité nigérianes et les partisans de Yusuf débouche sur des violences massives à Maiduguri et dans d’autres villes du Nord du Nigéria. Yusuf est arrêté puis tué en détention par la police. Parmi ses partisans nigérians et nigériens, certains viennent alors trouver refuge au Niger, pour se démarquer de Boko Haram ou au contraire pour mieux soutenir la stratégie violente choisie par son nouveau chef Aboubakar Shekau.[fn]De retour à Diffa, les adeptes de Yusuf rejoignent plus volontiers les Tidjanes que l’Izala. Beaucoup doutent alors de leur sincérité et estiment qu’ils dissimulent leur appartenance réelle. Entretien de Crisis Group, membre de l’Izala, Niamey, février 2017.Hide Footnote Une vingtaine de militants reviennent par exemple à Maïné Soroa en 2009. Ils forment la base d’une cellule qui a compté jusqu’à une centaine de membres.[fn]Entretien de Crisis Group, détenu originaire de Maïné Soroa et ancien membre de Boko Haram, mai 2016.Hide Footnote

La région de Diffa devient alors une zone de financement et de ravitaillement en essence, en armes et en denrées. Boko Haram y revend une partie des fruits de ses pillages. Cette économie crée un réseau de personnes bénéficiant de l’insurrection sans y être nécessairement affiliées ou en partager les valeurs idéologiques – fournisseurs, revendeurs, transporteurs.[fn]Certains membres des forces de sécurité dans la zone auraient même fait des affaires avec les jihadistes. Entretien de Crisis Group, détenu originaire de la région de Diffa, mai 2016.Hide Footnote Boko Haram utilise parfois la violence pour contrôler son réseau.[fn]En mai 2014, un reportage évoque le recrutement des membres des gangs urbains par Boko Haram à Diffa. « BBC meets gang “paid to join Boko Haram” in Niger », BBC, 22 avril 2014.Hide Footnote Ainsi, il est généralement admis que l’assassinat du président de la chambre de commerce de Diffa en mai 2015 est lié au racket que les militants de l’organisation exercent sur les grands commerçants de la région.[fn]Entretiens de Crisis Group, commerçants, Diffa, 18 mai 2016.Hide Footnote

Boko Haram utilise ses moyens financiers à des fins de recrutement, en complétant l’appel au jihad par des bénéfices matériels concrets : crédits pour l’ouverture de petits commerces ou l’achat de véhicules de transport, sommes d’argent à l’engagement, promesse de salaires ou de motocyclettes et perspective de mariage. Celle-ci est particulièrement attrayante dans un contexte culturel où le mariage est un élément essentiel pour le construit identitaire. Dans les villages de la Komadougou, à partir de 2014, de jeunes Nigériens tentaient ainsi d’identifier, de convaincre et de convoyer des jeunes femmes des villages kanouri vers les zones tenues par Boko Haram de l’autre côté de la frontière.[fn]Entretiens de Crisis Group, ancien détenu, Bagara, octobre 2016. Voir aussi le rapport Afrique de Crisis Group N°242, Nigeria: Women and the Boko Haram Insurgency, 5 décembre 2016.Hide Footnote Par ailleurs, la prospérité ostentatoire des combattants de retour du Nigéria, riches des pillages et des récompenses accordées par le mouvement, attire de nouvelles recrues.[fn]Entretien de Crisis Group, détenu, Kotoukalle, mai 2016.Hide Footnote Au fil du temps, entre plusieurs centaines et quelques milliers de jeunes Nigériens auraient rejoint l’organisation, certains par conviction mais un nombre grandissant par opportunisme et appât du gain.[fn]Il est difficile d’être plus précis sur ces chiffres, d’autant que les listes établies ne sont pas nécessairement fiables. Un premier décompte, réalisé sur la base des informations fournies par des responsables administratifs locaux, identifiait plusieurs centaines d’individus ayant rejoint l’insurrection jusqu’au début de l’année 2015, date des premiers affrontements entre les forces nigériennes et Boko Haram. En décembre 2014, un officier supérieur nigérien qui connait bien la région estimait cependant leur nombre total inférieur à 200. Peu après l’attaque, les autorités ont procédé à une nouvelle estimation des Nigériens ayant rejoint Boko Haram : « On a établi une liste secrète donnée par les chefs, il y avait environ quatre mille noms donnés après les attaques de février, mais parfois on a eu des dénonciations calomnieuses ». Entretiens de Crisis Group, officier nigérien, Niamey, décembre 2014 ; haut cadre de l’administration, Niamey, mai 2016 ; et cadre de l’administration régionale, Diffa, mai 2016.Hide Footnote

It is difficult to provide more precise figures and the lists compiled are not necessarily reliable. An initial calculation, made on the basis of information provided by local government officials, identified several hundred individuals who had joined the insurrec­tion since the start of 2015, when the first clashes between the Nigerien forces and Boko Haram started. In December 2014, a senior Nigerien officer familiar with the region estimated their total number at less than 200. Shortly after the attack on Bosso, the authorities made a new estimate of the number of Nigerien members of Boko Haram: “We made a secret list using information supplied by the chiefs. They gave us about 4,000 names after the attacks in February, but there were some false accusations”. Crisis Group interviews, Nigerien officer, Niamey, December 2014; senior government official, Niamey, May 2016; and regional government official, Diffa, May 2016.Hide Footnote

III. Le Niger dans la guerre

A. De la surveillance à l’entrée en guerre

Face à Boko Haram, le Niger opte dans un premier temps pour une « relative tolérance, surveillance des prêches et actions ponctuelles de fermeté ».[fn]Le Niger avait adopté une attitude similaire face au mouvement religieux Maitatsine dans les années 1980, à la communauté nigériane des « talibans » inspirée par Yusuf à Kannama en 2003 ou au mouvement Sake guere haram. Rapport de Crisis Group, Niger : un autre maillon faible, op. cit., p. 44.Hide Footnote Boko Haram est alors considéré comme un problème nigérian dont les ramifications sur le sol nigérien doivent être surveillées mais qui ne constitue pas une menace directe pour le pays.[fn]Entretien de Crisis Group, membre du conseil national de sécurité du Niger, Niamey, mai 2016.Hide Footnote Certaines sources sécuritaires évoquent l’existence d’un pacte de non-agression entre les autorités nigériennes et Boko Haram avant 2014, mais il est difficile d’en confirmer l’existence.[fn]Entretien de Crisis Group, haut cadre nigérien, Niamey, mai 2016.Hide Footnote Avéré ou non, il n’empêche pas les services de sécurité nigériens de procéder à des arrestations dans les milieux favorables à l’insurrection dès 2010.[fn]Ces arrestations ont notamment eu lieu à Maïné Soroa, où Boko Haram comptait une centaine d’adeptes. Entretien de Crisis Group, officier de sécurité nigérien, Niamey, décembre 2014.Hide Footnote Leur inquiétude augmente d’ailleurs après la poussée jihadiste au Mali début 2012 et l’arrestation dans les mois qui suivent de sympathisants nigériens et nigérians de Boko Haram, en lien avec le Nord du Mali.[fn]Entretien de Crisis Group, officier de sécurité nigérien, Niamey, décembre 2014. En mai 2013, une attaque contre la prison centrale de Niamey, revendiqué par le mouvement jihadiste al-Mourabitoun dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, a permis à plusieurs membres de Boko Haram de s’échapper. La même année, de nouveaux suspects étaient discrètement arrêtées à Maïné Soroa après avoir cherché à se procurer des armes pour les retourner, semble-t-il, contre les autorités nigériennes. Entretien de Crisis Group, détenu natif de Maïné Soroa, mai 2016.Hide Footnote

La collaboration avec le Nigéria est alors minimale. Elle se limite à quelques extraditions de suspects à la demande des autorités d’Abuja et à des patrouilles communes aux frontières, sans grand résultat.[fn]Entretien de Crisis Group, détenu natif de Diffa, ancien partisan de la Yusufiyya, mai 2016. En ce qui concerne les extraditions de suspects nigérians, la justice nigérienne en aurait limité le nombre en partie parce que les dossiers d’accusation fournis par les autorités nigérianes n’étaient pas assez solides. Entretien de Crisis Group, officier de sécurité nigérien, Niamey, mai 2016. En octobre 2012, le principe de patrouilles communes sur la frontière était adopté mais, faute de moyens et de coordination, elles ont eu un faible impact sur le terrain. Entretien de Crisis group, officier de sécurité occidental, Niamey, décembre 2014.Hide Footnote Malgré l’impact croissant du conflit sur le Niger, notamment l’afflux de dizaines de milliers de personnes fuyant les combats et se réfugiant dans la région de Diffa, les élites nigériennes restent partagées quant à l’opportunité de s’engager plus avant dans la lutte contre le mouvement.[fn]Il y eut même une certaine cacophonie au sommet. En février 2014, le chef de l’armée nigérienne, le général Seyni Garba, a déclaré que les islamistes prévoyaient d’attaquer des marchés et d’autres lieux de rassemblement de Diffa pour se venger de la politique de fermeté appliquée par Niamey contre les extrémistes dans la région. « Le Niger déjoue des attaques de Boko Haram visant les marchés », Afrik.com, 17 février 2014. Le mois suivant, le ministre de la Défense nigérien déclarait que « Boko Haram n’est pas une menace imminente puisqu’il reste centré sur le Nigéria. Nous ne les provoquerons pas, mais s’ils attaquent, ils le regretteront ». « Niger fears contagion from Nigeria’s Boko Haram Islamists », Reuters, 19 mars 2014.Hide Footnote Craignant une extension des combats sur le territoire, des hauts gradés conseillent que le Niger reste neutre ou joue un rôle de médiation politique entre le mouvement et le gouvernement nigérian.[fn]Entretien de Crisis Group, officier supérieur des Forces armées du Niger (FAN), Niamey, décembre 2014.Hide Footnote Pour beaucoup de responsables, Boko Haram relève alors au Niger du renseignement et du maintien de l’ordre plutôt que de la chose militaire.[fn]Voir le rapport Afrique de Crisis Group N°227, Le Sahel central : au cœur de la tempête, 25 juin 2015, p. 13.Hide Footnote

Pour beaucoup de responsables, Boko Haram relève alors au Niger du renseignement et du maintien de l’ordre plutôt que de la chose militaire.

C’est dans le courant de l’année 2014 que le Niger décide de faire la guerre à Boko Haram. Deux raisons l’expliquent : d’une part, il y est poussé par le contexte international favorable à la constitution d’une force militaire régionale, la Force multinationale mixte (FMM). Relancée en 2012 par les Etats de la Communauté du Bassin du Lac Tchad (CBLT), dont le Niger fait partie, l’option militaire régionale est soutenue en 2014 par des acteurs importants de la communauté internationale – Etats-Unis, France, Union africaine (UA).[fn]Créée en 1964 par les quatre Etats riverains du lac Tchad (Niger, Nigéria, Tchad et Cameroun), la CBLT s’est donné pour mission principale la gestion durable et équitable du lac et de son bassin. Elle s’est plus tard dotée d’une composante sécuritaire et a créé une force multinationale conjointe en 1998 d’abord pour traiter de la criminalité transfrontalière et plus récemment pour lutter contre Boko Haram.Hide Footnote Le président Issoufou, qui s’est positionné en allié fiable des pays occidentaux dans la lutte contre la montée du terrorisme au Sahel depuis son élection en 2011, reste fidèle à cet engagement et suit le mouvement.

L’engagement militaire du Niger s’explique d’autre part par l’évolution de la menace.[fn]Rapport de Crisis Group, Le Sahel central, op. cit., p. 6-7.Hide Footnote En 2014, Boko Haram conquiert un vaste espace au Nord du Nigéria, devenant ainsi un danger direct pour les pays voisins.[fn]A partir de mars 2014, Boko Haram attaque en territoire camerounais, confirmant qu’il est capable de déborder des frontières du Nigéria. Dans la deuxième moitié de 2014, il lance une offensive vers le nord de l’Etat du Borno, se rapprochant du lac Tchad et de la frontière nigérienne. En novembre, Boko Haram s’empare des villes nigérianes de Damasak et de Malam Fatori le long de la Komadougou, frontière avec le Niger. Voir le rapport Afrique de Crisis Group N°241, Cameroun : faire face à Boko Haram, 16 novembre 2016.Hide Footnote Dans une vidéo datée du 21 janvier 2015, Shekau menace d’ailleurs les présidents tchadien, camerounais et nigérien, reprochant à ce dernier son soutien au président français après l’attaque d’islamistes radicaux contre le journal satirique Charlie Hebdo à Paris.[fn]« Shekau menace Déby, Biya er Issoufou », jeuneafrique, 21 janvier 2015.Hide Footnote Dans la région de Diffa, les recrutements de Boko Haram s’accentuent en 2014 : le long de la Komadougou, des centaines de jeunes hommes et femmes, en majorité kanouri, rejoignent Boko Haram, attirés par les victoires du mouvement et la perspective d’un gain facile.[fn]Comme le reconnait un haut fonctionnaire originaire de la région de Diffa, « ce sont nos enfants » qui rejoignent Boko Haram. Entretien de Crisis group, haut fonctionnaire, Diffa, mai 2016. Selon les estimations, entre plusieurs centaines et plusieurs milliers d’individus auraient quitté le Niger à cette période pour rejoindre Boko Haram. Entretiens de Crisis Group, officier supérieur et cadre de l’appareil sécuritaire nigérien, Niamey, décembre 2014, mai 2016.Hide Footnote Une première opération défensive, intitulée Ngaa (bouclier en kanouri), est mise en place en juin 2014 pour renforcer le dispositif militaire à la frontière avec le Nigéria et la collecte de renseignement.

B. L’enlisement des opérations militaires

Alors que les autorités nigériennes espéraient une guerre courte face à ceux que le président Issoufou qualifiait d’« amateurs », 2015 est en réalité l’année d’une escalade puis d’un progressif enlisement des opérations militaires.[fn]En avril 2015, le président Issoufou déclare que « les forces de Boko Haram ont été surestimées. Et ce parce que l’organisation avait multiplié les conquêtes face à l’armée nigériane. Mais lors des premiers contacts avec nos forces, on s’est vite rendu compte qu’ils étaient des amateurs ». « Le président du Niger sur Boko Haram : ‘Des amateurs’ », Le Journal du Dimanche, 12 avril 2015.Hide Footnote Début 2015, le président autorise les troupes tchadiennes à entrer au Niger dans le cadre de la FMM tandis que Boko Haram lance, les 6 et 8 février, de violentes attaques contre les villes de Bosso et Diffa. D’une certaine manière, la régionalisation de la menace et celle de la réponse militaire se nourrissent mutuellement. Pendant de longs mois, le front se stabilise autour de la frontière avec le Nigéria.

En avril, Boko Haram attaque avec succès les positions nigériennes sur l’île de Karamga, première indication fiable de son implantation dans la partie nord du lac Tchad. En juillet, ses éléments attaquent également la prison de Diffa sans parvenir à libérer des détenus. De leur côté, les autorités nigériennes soutiennent la création de comités de vigilance moins pour combattre que pour surveiller les mouvements de combattants et prévenir les attaques-surprises. Notables et chefs de village sont associés pour identifier les éléments suspects. Une atmosphère de délation s’installe alors, accentuée par les assassinats de personnes suspectées de collaborer avec l’armée. Une partie des autorités civiles et militaires sont tentées de donner un rôle plus militaire aux comités, dont les activités vont, pour certains, au-delà de la simple surveillance et incluent l’arrestation de suspects ou la construction de barrages.[fn]Entretiens de Crisis Group, cadre nigérien, Niamey, septembre 2016 ; membre de comité de vigilance, Diffa, septembre 2016.Hide Footnote Depuis ses positions situées du côté nigérian, Boko Haram continue de lancer des raids dans le Sud-Est du Niger, en particulier contre les villages proches de la Komadougou abritant des comités de vigilance.

Après l’élection présidentielle de février et mars 2016 qui se déroule dans un calme relatif à Diffa, la FMM prépare une nouvelle offensive dans le Nord-Est du Nigéria. Boko Haram la devance et s’empare pendant quelques heures de Bosso, infligeant de lourdes pertes à l’armée nigérienne. Celle-ci ne doit son salut qu’à l’arrivée de renforts venus de l’ouest et au retour fin juin des troupes tchadiennes qui concentrent leurs opérations sur les rives et l’intérieur du lac Tchad. A partir de juillet, l’armée nigériane se redéploie progressivement le long de la Komadougou et des troupes nigériennes viennent lui prêter ponctuellement main forte à Malam Fatori et Damasak.

Si Boko Haram a vu sa force diminuée, il conserve des capacités de frappe au Nigéria, comme l’attestent ses attaques à Malam Fatori et Gashagar fin 2016. Côté nigérien, dans les communes de Gueskerou, Bosso et Toumour (extrême Sud-Est), des éléments de Boko Haram traversent encore librement la frontière par dizaines et viennent rançonner les villages ou attaquer des positions militaires, comme à Gueskérou le 20 janvier 2017. Dans cette zone, les forces de sécurité, repliées sur les chefs-lieux de commune, sont loin d’avoir éliminé leur adversaire. Dans les espaces ruraux, la population est « prise entre deux feux » : elle vit dans la psychose des rapines de Boko Haram et des dénonciations abusives et arrestations par les forces de sécurité.[fn]Entretien de Crisis Group, cadre de la région de Diffa et membre de la communauté boudouma, Diffa, mai 2016.Hide Footnote

C. L’Etat et le fardeau de la guerre

Le Niger n’est pas seul dans sa lutte contre Boko Haram, mais les autorités ont le sentiment que leurs partenaires occidentaux ne les aident pas assez. Le Niger bénéficie d’importants programmes d’assistance militaire, en particulier de la part de la France et des Etats-Unis.[fn]Il est difficile d’évaluer avec précision le montant des différents programmes d’assistance militaire. L’aide américaine s’inscrit dans le cadre de plusieurs programmes bilatéraux et multilatéraux, notamment le Security Governance Initiative (SGI) – dont le Niger est l’un des cinq pays africains récipiendaires – et le Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership Program (TSCTPP) – dont le Niger, avec 30 millions de dollars entre 2009 et 2013, est le troisième bénéficiaire. La France a fait don de matériel militaire au Niger, notamment trois hélicoptères Gazelle en 2012 et des lunettes de vision nocturne en décembre 2016. Des programmes de formation de militaires nigériens sont également proposés par les deux pays, comme par exemple le programme français de « Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix » (Recamp) lancé en 1998.Hide Footnote L’aide et la présence militaires occidentales sont cependant plus axées sur le contrôle de l’espace saharien et la lutte contre les groupes jihadistes qui y circulent que sur le bassin du lac Tchad.[fn]Autre exemple de l’intérêt privilégié pour le Nord, EUCAP Niger, mission de l’Union européenne (UE) qui assiste depuis 2012 le Niger par des programmes de formation et de soutien matériel dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, se concentre sur Niamey et Agadez.Hide Footnote Des militaires français et américains sont certes présents à Diffa mais leur déploiement est léger en comparaison des contingents déployés à Niamey et dans la région d’Agadez.[fn]Les Français sont présents au Niger dans le cadre de l’opération Barkhane avec des effectifs déployés principalement à Niamey et dans la région d’Agadez, à Aguelal, près du site minier d’Arlit où se trouvent également des forces spéciales américaines et surtout à Madama, près de la frontière libyenne. « Dossier de presse sur l’opération Barkhane », ministère français de la Défense, décembre 2016. Les Américains, également présents sur la base aérienne de Niamey, construisent une autre base aérienne à Agadez d’où seront notamment déployés des drones. « U.S. building $100 million drone base in Central Mali », Reuters, 30 septembre 2016. Des forces spéciales canadiennes sont également présentes au Niger dans le cadre d’un programme de formation concentré sur Niamey et Agadez. Entretien de Crisis Group, militaire canadien, Niamey, mai 2016 et « Militaires occidentaux au Niger : présence contestée, utilité à démontrer », note d’analyse, Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), 7 novembre 2016. Cinq militaires français et une vingtaine de militaires américains font principalement un travail de coordination et d’aide à la collecte et à l’analyse de renseignements dans la base militaire de Diffa. Entretien de Crisis Group, officier occidental, Diffa, mai, septembre 2016. En 2014, la région de Diffa a aussi été le théâtre de l’exercice annuel de l’opération Flintlock, qui réunit, à l’initiative des Etats-Unis, des militaires africains, européens et nord-américains pour des exercices d’entrainement.Hide Footnote Le Niger doit également recevoir une aide financière dans le cadre des opérations militaires menées par la FMM contre Boko Haram. Mais le décaissement d’une partie de cette aide, gérée par l’UA, est lent et tarde à faire sentir ses effets sur le terrain.[fn]La FMM est soutenue par des fonds américains, britanniques et européens. L’UE a accordé 50 millions d’euros à travers un mécanisme géré par l’UA qui s’avère particulièrement lent. Cette assistance sur fonds européens a été négociée de longs mois, dès février 2015, entre l’UA et l’UE mais au moment de la rédaction de ce rapport, elle commence à peine à déboucher sur la livraison concrète de matériel militaire. Entretien de Crisis Group, fonctionnaire international, Addis-Abeba, novembre 2016. Le 17 février 2017, l’UA a officiellement remis des véhicules et des générateurs financés par le Royaume-Uni, à l’occasion d’une visite du commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’UA. Document sécuritaire consulté par Crisis Group, février 2017. Hide Footnote

The MNJTF is funded by the Americans, the British and the Europeans. The EU allocated €50 million through an AU-managed mechanism that is very slow. Starting in February 2015, the AU and EU took many months to negotiate this financial assistance and the delivery of military equipment has only just begun at the time this report is being finalised. Crisis Group interview, international official, Addis-Ababa, November 2016. During a visit by the AU Peace and Security commissioner on 17 February 2017, the AU delivered vehicles and generators funded by the UK. Security document seen by Crisis Group, February 2017. Hide Footnote

Les responsables nigériens se plaignent de devoir supporter l’essentiel de la charge financière de la guerre contre l’insurrection.

L’engagement contre Boko Haram requiert un effort budgétaire important dans la sécurité intérieure et la défense.[fn]Les dépenses militaires annuelles par habitant au Niger s’élevaient en 2012 à 4,3 dollars, trois fois moins qu’au Mali et au Burkina, cinq fois moins qu’en Côte d’Ivoire. Le montant total de ces dépenses en 2012 s’élèverait à 73,1 millions de dollars. « Dépenses militaires et importations d’armes dans cinq Etats ouest-africains », Note d’analyse, GRIP, 15 juin 2016.Hide Footnote Les nécessaires arbitrages, opérés notamment au moment des lois rectificatives du budget national, donnent la priorité à la sécurité au détriment des secteurs sociaux comme la santé ou l’éducation.[fn]Entretien de Crisis Group, représentant d’un partenaire financier du Niger, Niamey, mai 2016.Hide Footnote A la conférence d’Abuja en mai 2016, le président Issoufou soulignait que « [l]es opérations contre Boko Haram pèsent lourdement sur [les] finances publiques, car le Niger a dû multiplier, depuis 2010, par quinze ses investissements militaires. Il consacre désormais plus de 10 pour cent de son PIB aux dépenses de défense et de sécurité ».[fn]« En finir avec Boko Haram », tamtaminfo, 20 mai 2016. En 2016, le budget consacré par le Niger au chapitre « défense, ordre et sécurité » s’élevait à 207,55 milliards de francs CFA sur un budget de 1 807,22 milliards, soit 11,48 pour cent du budget total rectifié de l’Etat. « Budget citoyen du Niger », Direction générale du Budget, juillet 2016.Hide Footnote L’Etat, qui doit payer les primes des militaires déployés dans les missions de sécurisation, peine à payer les fonctionnaires d’autres secteurs. En 2016, des grèves ont ainsi éclaté dans l’enseignement et la justice contre le manque de moyens ou les arriérés de salaire.[fn]En mai 2016, les magistrats se sont mobilisés contre la détérioration de leurs conditions de travail. En septembre, étudiants et enseignants ont protesté contre les retards accumulés dans le versement des bourses et des salaires. « Niger : les universités en grève en raison des retards de paiement de salaires », Radio France Internationale (RFI), 19 septembre 2016. Sans être exceptionnelles, ces grèves signalent une grogne montante des fonctionnaires.Hide Footnote Comme leurs homologues tchadiens, les responsables nigériens se plaignent de devoir supporter l’essentiel de la charge financière de la guerre contre l’insurrection.[fn]Entretien de Crisis Group, haut responsable sécuritaire, Niamey, mai 2016. Le Niger reçoit cependant une assistance financière de son voisin nigérian, comme l’a reconnu le président Issoufou en février 2017. D’après la deuxième loi budgétaire rectificative d’octobre 2015, le Nigéria et l’Arabie saoudite ont apporté respectivement 20 et 18 milliards de francs CFA (32 et 30 millions d’euros) d’appui budgétaire direct, soit un peu moins que l’Union européenne (24 milliards de francs CFA, ou 37 milliards d’euros), « pour le contexte pré-électoral et sécuritaire ». Entretien de Crisis Group, représentant d’un bailleur de l’Etat nigérien, Niamey, mai 2016. « Niger – Mahamadou Issoufou : ‘Entre les terroristes et nous, c’est une lutte à mort’ », Jeune Afrique, 14 février 2017.Hide Footnote

L’engagement du Niger contre Boko Haram soumet également le système judicaire à de fortes pressions. Le nombre de prisonniers en lien avec Boko Haram est passé d’une centaine fin 2014 à plus de 1 200 en 2016 et près de 1 700 début 2017.[fn]Entretiens de Crisis Group, cadre de l’administration pénitentiaire, Niamey, mai 2016 ; membre des forces de sécurité, Niamey, février 2017. La population carcérale du Niger, estimée à 7 116 détenus dont 3 845 en attente de jugement en 2013, est passée à 8 525, dont 5 115 en attente de jugement en novembre 2015. L’augmentation est essentiellement due aux arrestations liées à l’insurrection de Boko Haram. Le nombre de détenus dans la seule prison de Kollo, l’un des trois principaux sites d’incarcération des suspects venus de la région de Diffa, est passé de 300 à 9 191 entre avril et septembre 2015. « Country Report on Human Rights Practices, Niger, 2013 », Département d’Etat américain, p. 3 et « Country Report on Human Rights Practices, Niger, 2015 », p. 2.Hide Footnote Face à cette explosion du nombre de dossiers et à la faiblesse des moyens financiers et humains, les fonctionnaires de la justice ne sont pas en mesure d’assurer le suivi des enquêtes. Or la grande majorité des détenus a été arrêtée sur simple dénonciation, et les dossiers sont souvent minces, voire vides.[fn]Certains dossiers comportent seulement le nom et le prénom du détenu. Entretien de Crisis Group, membre des forces de sécurité, Niamey, mai 2016.Hide Footnote De l’aveu même de certains acteurs du système judiciaire ou sécuritaire, la majorité des détenus n’ont qu’un lien ténu avec le mouvement insurrectionnel.[fn]Les accusations de collusion avec Boko Haram permettent ainsi de régler des comptes personnels, de se débarrasser d’un voisin encombrant, d’un rival commercial voire, dans un cas rapporté à Crisis Group, d’un mari jaloux. Selon certaines sources sécuritaires, les dénonciations abusives constitueraient la majorité des cas. Entretiens de Crisis Group, administrateur civil, Diffa, et membre des services de sécurité, Niamey, mai 2016.Hide Footnote Cette situation suscite de nombreuses frustrations parmi les détenus et leurs proches.[fn]Certaines communautés comme les Boudouma s’estiment abusivement visées par les arrestations. Entretiens de Crisis Group, membres de la communauté Boudouma, Diffa et Niamey, mai 2016.Hide Footnote

Les détenus ont une faible connaissance de leurs droits et sont, pour l’essentiel, dépourvus de moyens pour assurer leur défense. La loi sur le contre-terrorisme autorise la prolongation de la détention préventive pendant deux ans.[fn]La loi du 11 mars 2011 a précisé l’organisation et les compétences des juridictions en matière de lutte contre le terrorisme. Elle définit les différents actes de terrorisme, indique les peines encourues et institue à Niamey un pôle judiciaire spécialisé. Journal officiel de la République du Niger, 11 mars 2011, p. 505-510. Cette loi a été modifiée et précisée par différentes ordonnances, notamment celle de janvier 2016 sur le financement du terrorisme. Cependant, aucun détenu soupçonné de lien avec Boko Haram n’a encore été jugé alors que certains sont incarcérés depuis 2012. Document interne d’une organisation internationale de défense des droits humains consulté par Crisis Group, septembre 2016.Hide Footnote Certains s’inquiètent du mélange explosif en milieu carcéral d’un petit nombre de militants convaincus par la cause jihadiste et de centaines de personnes arrêtées abusivement, et craignent que les prisons deviennent des lieux de radicalisation.[fn]Entretien de Crisis Group, agent des Nations unies, Dakar, avril 2016.Hide Footnote Les autorités pénitentiaires, conscientes de ce problème, ont d’ailleurs mis sous surveillance ou à l’isolement quelques détenus soupçonnés de prêcher et de recruter en milieu carcéral.[fn]Entretien de Crisis Group, haut fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, Niamey, mai 2016.Hide Footnote Cette politique d’isolement n’est pas adéquate étant donné le nombre important et croissant de détenus.

Certains s’inquiètent du mélange explosif en milieu carcéral d’un petit nombre de militants convaincus par la cause jihadiste et de centaines de personnes arrêtées abusivement, et craignent que les prisons deviennent des lieux de radicalisation.

Les rapports compliqués et parfois conflictuels entre le politique et le militaire ne favorisent pas l’effort de guerre.[fn]Le Niger a connu quatre coups d’Etat et plusieurs mutineries depuis son indépendance en 1960. Rapport de Crisis Group, Niger : un autre maillon faible, op. cit., p. 21-24.Hide Footnote L’arrestation d’officiers supérieurs accusés de fomenter un putsch en décembre 2015, à quelques semaines de l’élection présidentielle, illustre ces tensions récurrentes.[fn]Cette arrestation est d’ailleurs en partie liée aux opérations contre Boko Haram. L’un des officiers accusés de fomenter le coup d’Etat était en charge du déploiement de l’aviation. Il aurait refusé d’envoyer des hélicoptères à Diffa, par manque de pièces de rechange selon certains, parce qu’il préparait le coup d’Etat selon d’autres. Entretien de Crisis Group, diplomate occidental, Niamey, mai 2016.Hide Footnote Alors que l’Etat consacre une part croissante de ses ressources aux forces de défense et de sécurité (FDS), des rumeurs de mauvaise gestion, en particulier des fonds alloués aux efforts dans la région de Diffa, agitent l’armée. Elles seraient à l’origine du remplacement de l’ancien ministre de la Défense peu après la réélection du président Issoufou.[fn]Entretien de Crisis Group, membre du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), Niamey, mai 2016.Hide Footnote Elles attisent des rancœurs et des frustrations, notamment parmi ceux qui se trouvent en première ligne de la lutte contre le Boko Haram.[fn]Entretien de Crisis Group, cadre gouvernemental, Niamey, octobre 2016.Hide Footnote Le revers subi par l’armée à Bosso début juin 2016 aurait ainsi nourri une vague de mécontentement contre la hiérarchie militaire, accusée par les hommes du rang de détourner les moyens mis à disposition par l’Etat.[fn]Plusieurs dizaines d’éléments, officiers et hommes de troupe, auraient été radiés de la liste des cadres de l’armée parce qu’ils avaient fui ou n’avaient pas été à la hauteur pendant l’offensive de Boko Haram sur Bosso, ou pour avoir exprimé ouvertement leur colère face à l’incapacité de la hiérarchie militaire. Courriels de Crisis Group, officier de sécurité, juillet 2016.Hide Footnote

La guerre contre Boko Haram a également mis en évidence la dépendance du Niger vis-à-vis de l’armée tchadienne sans laquelle les FDS auraient sans doute encore plus de difficultés à endiguer l’avancée des combattants. L’armée nigérienne a certes renforcé son dispositif dans la région de Diffa après l’attaque de Bosso mais des incursions attribuées à des groupes terroristes venus du Mali en octobre et novembre 2016 ont précipité le redéploiement d’une partie de ces effectifs vers le Nord-Ouest.[fn]Dès la chute du président libyen Kadhafi en 2011, le Niger a renforcé ses effectifs dans le Nord du pays, notamment à travers l’opération Malibéro. Rapport de Crisis Group, Niger : un autre maillon faible, op. cit., p. 39 et suivantes.Hide Footnote Le Niger peine à faire face à l’ensemble des menaces auxquelles il est confronté sur ses différentes frontières.

IV. Diffa et le lac, deux espaces durablement affectés

L’insurrection a pour le moment beaucoup moins affecté le Niger que le Nigéria et le Cameroun. Le conflit est resté limité au Sud-Est, et en réalité à sa portion méridionale toute tournée vers le Borno, cœur historique de l’insurrection.[fn]Contrairement aux spéculations qui avaient circulé en 2015, notamment autour des émeutes suscitées à Niamey et Zinder par la participation du président Issoufou à l’hommage aux victimes de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo, Boko Haram n’est pas encore parvenu au Niger à sortir de la zone d’influence de Maiduguri. Quelques arrestations ont bien eu lieu à Zinder et Maradi, mais elles concernent vraisemblablement des trafiquants en affaires avec des envoyés de Boko Haram, pas des militants. Entretien de Crisis Group, officier de sécurité, Niamey, mai 2016. La présence de complices présumés de Boko Haram près de Maradi, la troisième ville du Niger en plein pays haoussa, arrêtés en février 2017, pourrait témoigner d’une tentative d’essaimage de l’organisation loin de ses bases. « Madarounfa/Maradi : des présumés complices de Boko Haram mis aux arrêts », Aïr Info, 4 février 2017.Hide Footnote Cette région est dans un état inquiétant et ses populations éprouvées par deux années de guerre.

A. Un état d’urgence qui se prolonge

L’état d’urgence, décrété dans la région de Diffa le 10 février 2015, est toujours en vigueur.[fn]Le Parlement réuni en session extraordinaire a autorisé de son côté les Forces armées nigériennes à poursuivre Boko Haram au Nigéria dans le cadre de la force régionale.Hide Footnote Il s’accompagne de mesures restrictives qui visent à tarir les ressources financières de Boko Haram et à prévenir son expansion sur le territoire nigérien. Les autorités ont interdit la commercialisation du poivron et la pêche du poisson sur le lac Tchad, deux ressources qui alimentent, selon elles, les caisses du mouvement. Un couvre-feu a été imposé et les motos, utilisées dans les attaques rapides depuis la frontière, sont proscrites.[fn]La moto est une source de revenus pour les kabou-kabou (conducteurs de taxi-motos), généralement de jeunes hommes peu éduqués et sans alternatives pour gagner leur vie.Hide Footnote Ces mesures ont été complétées par la fermeture de marchés soupçonnés d’alimenter les insurgés.[fn]Comme à Gagamari, à l’ouest de Diffa près de la Komadougou, en mai 2016 ou encore à Kindjaidi, au nord-est de Diffa plus près des rives du lac Tchad en octobre 2016.Hide Footnote

Le Tchad et le Cameroun ont pris des dispositions similaires mais plus tardivement et surtout de manière moins systématique et restrictive.[fn]Rapport de Crisis Group, Cameroun : faire face à Boko Haram, op. cit.Hide Footnote Il est difficile de mesurer l’efficacité de ces mesures.[fn]Les attaques de Boko Haram pour voler de la nourriture attestent d’un certain impact mais elles ont également lieu dans les pays dont le système d’interdiction est moins draconien.Hide Footnote Au-delà de Boko Haram, elles pénalisent une région entière, laissant des dizaines de milliers de personnes sans activité ni revenu, et plongeant les populations dans la dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure. Elles nourrissent les rancœurs envers les autorités. A se prolonger ainsi, les blocus risquent de pousser d’autres jeunes Nigériens vers Boko Haram, l’un des rares employeurs de la zone.

A se prolonger ainsi, les blocus risquent de pousser d’autres jeunes Nigériens vers Boko Haram, l’un des rares employeurs de la zone.

Par ailleurs, le gouvernement a organisé le déplacement massif des populations dans l’espoir de couper Boko Haram des civils qui soutiennent, de manière volontaire ou non, l’insurrection.[fn]Dès fin 2014, lors de l’afflux de réfugiés fuyant l’avancée de Boko Haram dans les districts nigérians de Mobbar et d’Abadam, de nombreux villages le long de la rive nigérienne de la Komadougou avaient été évacués et relocalisés le long de la route nationale 1 (RN1).Hide Footnote  En mai 2015, peu après le revers subi par les militaires nigériens dans l’île de Karamga, les autorités procèdent au déplacement brutal et précipité de l’ensemble des populations résidentes dans la partie nigérienne du lac Tchad, soit 81 villages administratifs et des centaines de hameaux.[fn]Mémorandum des représentants des communautés kanouri et boudouma au ministre de l’Intérieur, Diffa, 16 septembre 2016.Hide Footnote Des dizaines de milliers de personnes doivent laisser derrière elles l’essentiel de leurs biens, notamment des milliers de têtes de bétail.[fn]« Déplacement forcé des populations des îles du lac Tchad au Niger. Rapport de la mission d’observation de la situation humanitaire et des droits de l’Homme à Diffa et N’Guigmi », Alternatives Espaces Citoyens, mai 2015.Hide Footnote

Près de la Komadougou, des villages dans les zones soupçonnées de collaborer avec Boko Haram sont également déplacés.[fn]C’est le cas en mai-juin 2016 de sept villages situés dans la commune de Chétimari, à l’ouest de Diffa. Des notables locaux estiment que le refus des villages de se déplacer atteste du soutien apporté à Boko Haram, confirmant la nécessité de la mesure. Entretien Crisis Group, chef de canton de la région de Diffa, mai 2016.Hide Footnote En théorie, ces dernières relocalisations sont volontaires, mais dans les faits, les populations, pressées par les autorités qui annoncent l’imminence d’opérations militaires, n’ont guère le choix. En septembre 2016, la région de Diffa comptait plus de 300 000 personnes déplacées par le conflit, dont près de 118 000 réfugiés nigérians.[fn]« Niger Factsheet », Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), septembre 2016.Hide Footnote La majorité d’entre elles sont réparties sur divers sites spontanés le long de la route nationale 1 (RN1) ou dans des camps de réfugiés, ou installées parmi les populations nigériennes avec lesquelles elles ont des liens de parenté.[fn]La mise en place de camps officiels, acceptée tardivement par les autorités nigériennes, n’a pas vraiment fonctionné. La plupart des déplacés et des réfugiés ont préféré rester le long de la RN1, à portée à la fois de l’aide humanitaire et de la Komadougou ou du lac Tchad, dans l’espoir de reprendre leurs activités. Entretiens de Crisis Group, acteurs de l’aide issus des ONG et des organisations onusiennes, Niamey, mai, octobre 2016.Hide Footnote Ces déplacés restent mobiles au gré des attaques de Boko Haram ou en fonction de la disponibilité de l’aide humanitaire.

La relocalisation des populations déplacées [...] n’est pas non plus exempte de calculs ou d’instrumentalisation politique.

La relocalisation des populations déplacées, justifiée par des arguments sécuritaires visant à couper Boko Haram du soutien qu’il trouverait parmi les populations lacustres, n’est pas non plus exempte de calculs ou d’instrumentalisation politique, dans un contexte de concurrence pour l’accès aux îles du lac et à leurs ressources. Certains acteurs, en particulier des chefs communautaires, qui ont des intérêts fonciers à l’intérieur du lac Tchad, encouragent ainsi la relocalisation des populations lacustres, en particulier boudouma, dans les camps à proximité de Kablewa vers l’intérieur et notamment sur le site officiel de Sayam Forage.

L’assistance aux populations déplacées pose des défis majeurs aux autorités et aux acteurs de l’aide. Si la dispersion de la majorité des déplacés le long de la RN1 facilite l’action des humanitaires, la forte insécurité gène le ciblage de l’aide et certaines zones demeurent d’un accès compliqué (Nord-Est de Nguigmi, bord du lac, communes de Toumour et Bosso). Une partie des populations déplacées sont d’ailleurs suspectées par les autorités locales comme par beaucoup d’habitants de Diffa de soutenir Boko Haram, voire de détourner l’aide à son profit.

Les distributions se font dans des conditions incertaines et les rumeurs de détournements, en particulier dans les zones à risque et peu accessibles, sont fréquentes.[fn]Entretiens de Crisis Group, acteurs humanitaires et de la société civile, Niamey et Diffa, mai, octobre 2016.Hide Footnote La difficulté de distinguer entre population hôte, refugiés nigérians et déplacés ou retournés nigériens a posé problème aux acteurs de l’aide, dont le travail repose sur des catégories opérationnelles et techniques figées. Ces derniers ont peiné à identifier clairement les bénéficiaires. Par pragmatisme, ils ont renoncé à opérer de telles distinctions et se concentrent dorénavant sur l’identification et l’accès aux plus vulnérables quelle que soit leur origine.

B. Au-delà de Boko Haram : accès aux ressources et tensions intercommunautaires

L’enracinement du conflit attise le risque de tensions intercommunautaires et renforce une tendance à la création de milices, en particulier dans la zone du lac Tchad. Les tensions entre communautés pour l’accès aux ressources locales se sont récemment aggravées, conséquence de l’arrivée de Boko Haram dans la partie septentrionale du bassin du lac à partir d’avril 2015 et des mesures contre-insurrectionnelles qui ont suivi. Le déplacement massif de populations organisé par les autorités a aiguisé les rivalités, notamment autour du contrôle du bétail.

D’un côté, les bouviers peul et arabes mohamides accusent les populations lacustres, en particulier les Boudouma, d’être des alliés de Boko Haram et de participer aux vols de bétail (et aux rapts de femmes).[fn]Dans un rapport envoyé aux autorités en juin 2016 sur la situation pastorale dans la région de Diffa, l’Association pour la redynamisation de l’élevage au Niger (AREN), basée à Diffa, proche des communautés peul, écrit : « le conflit met en face à face les communautés peules et arabes d’un côté contre celle des Boudouma dont la frontière avec Boko Haram n’est pas perceptible. Il est fortement établi que la quasi-totalité des membres de la communauté boudouma sont membres de Boko Haram avec lequel il ne peut y avoir des négociations ». « Situation pastorale dans la région de Diffa », p. 5.Hide Footnote Une remobilisation de la milice peul, qui avait combattu aux côtés des forces nigériennes la rébellion toubou dans les années 1990, s’est engagée en 2016 et a débouché sur des affrontements meurtriers dans le bassin du lac.[fn]Entretien de Crisis Group, membre de la milice peul, Diffa, octobre 2016.Hide Footnote Les communautés boudouma et kanouri accusent des chefs peul d’instrumentaliser la situation pour constituer des milices privées et, sous couvert d’appuyer les forces de sécurité contre Boko Haram, saisir les richesses du lac, notamment en organisant un juteux trafic de bétail, et évincer les communautés rivales. Dans un mémorandum adressé en septembre 2016 au ministre de la Justice, des représentants kanouri et boudouma tiennent les éleveurs peul ou mohamides pour responsables de la mort de 39 membres de leurs communautés et du vol de plus de 3 000 têtes de bétail.[fn]Mémorandum des représentants des communautés kanouri et boudouma au ministre de l’Intérieur, Diffa, 16 septembre 2016.Hide Footnote

Les autorités locales se sont d’abord accommodées de ces supplétifs opposés aux populations lacustres soupçonnées de lien avec Boko Haram. Elles ont « fait semblant de ne pas voir ».[fn]Entretien de Crisis Group, responsable militaire, Niamey, mai 2016. Les autorités auraient initialement toléré voire encouragé la circulation de cette milice sur le lac et la création d’au moins deux bases sur le lit du lac, près des villages de Féféwa et Ngoréa. Entretiens de Crisis Group, membres de la communauté boudouma, Niamey et Diffa, octobre 2016.Hide Footnote Les forces de sécurité et des notables locaux sont même accusés d’avoir facilité l’acquisition par cette milice d’armes automatiques, mais rien de crédible ne permet de le confirmer.[fn]Entretiens de Crisis Group, expert sécuritaire, Niamey et membres de la communauté boudouma, Niamey et Diffa, octobre 2016.Hide Footnote Par ailleurs, après de violents incidents en mai et juin 2016, les autorités, en particulier le gouvernorat de Diffa, ont changé d’approche, tentant de résoudre de façon plus pacifique ces différends et de décourager les mobilisations miliciennes.[fn]Le gouvernorat a organisé des rencontres entre les communautés et favorisé, voire forcé, la signature d’un accord à Kablewa le 9 juillet 2016. Une caravane de la paix a ensuite sillonné les terroirs boudouma et peul afin de calmer les esprits. La situation reste néanmoins tendue et certains regrettent déjà que l’administration peine à respecter les engagements pris, notamment sur la compensation du bétail volé ou les procédures judiciaires visant les auteurs des violences. Entretiens de Crisis Group, représentants des communautés peul et boudouma, Diffa, octobre 2016.Hide Footnote Le déploiement d’importants contingents nigériens et surtout tchadiens sur les rives nigériennes du lac fin juin 2016 ont rendu la présence d’une milice locale moins utile contre Boko Haram.[fn]Les autorités nigériennes ont envisagé d’armer des groupes d’autodéfense pour repousser Boko Haram, en particulier après l’attaque de Bosso, début juin 2016. Avec la reprise en main des opérations militaires et le retour des militaires tchadiens, elles semblent avoir renoncé, au moins provisoirement, à ce projet controversé au sein de l’élite politico-militaire de Niamey. Entretiens de Crisis Group, haut fonctionnaire et officier supérieur nigériens, Niamey, octobre 2016.Hide Footnote

Si elle ne prend pas en compte les dimensions locales de la violence, la lutte contre Boko Haram peut s’avérer contre-productive et accentuer les conflits intercommunautaires, facilitant l’implantation de formes de contestations radicales.

Par sa présence réelle ou imaginaire, Boko Haram offre peut-être aux Boudouma une revanche historique sur les autres communautés, contraintes de s’éloigner du bassin du lac.[fn]C’est l’hypothèse défendue, concernant les Boudouma dans la partie camerounaise du lac, par Christian Seignobos. « Tout comprendre de la stratégie des terroristes de Boko Haram », Le Monde, 20 avril 2016.Hide Footnote La présence boudouma au sein du mouvement est admise par des responsables de la communauté, qui rejettent néanmoins l’idée d’une adhésion massive.[fn]Entretien de Crisis Group, Diffa, mai 2016, Niamey, mai 2016.Hide Footnote De jeunes Boudouma s’improviseraient guides, mariniers, receleurs ou même combattants pour Boko Haram. Il importe d’être prudent et d’éviter la stigmatisation d’une communauté entière, d’autant que celle-ci est ultra-minoritaire, ne bénéficie pas d’une chefferie administrative et est peu entendue par les autorités. Si elle ne prend pas en compte les dimensions locales de la violence, la lutte contre Boko Haram peut s’avérer contre-productive et accentuer les conflits intercommunautaires, facilitant l’implantation de formes de contestations radicales.[fn]Rapport spécial de Crisis Group, Exploiting Disorder: al-Qaeda and the Islamic State, 14 mars 2016.Hide Footnote

Au-delà des tensions entre Peul et Boudouma, le climat actuel pourrait alimenter une course intercommunautaire à la reconnaissance. C’est peut-être ainsi qu’il faut interpréter l’annonce, en septembre 2016, de la formation dans le Nord de la région de Diffa du Mouvement pour la justice et la réhabilitation du Niger (MJRN), qui se dit l’héritier de la rébellion toubou des années 1990, dénonce la négligence persistante dont les Toubou seraient victimes et menace les autorités d’actions armées.[fn]Un certain Adam Tcheke Koudigan est apparu comme président par intérim du mouvement et successeur du chef rebelle toubou Barka Wardougou, qui avait dirigé dans les années 1990 une première rébellion toubou, les Forces armées révolutionnaires du Sahara, et qui est décédé en juillet 2016. Une source proche des autorités nigériennes n’y voit qu’un « coup médiatique ». « Un groupe armé inconnu menace d’attaquer le Niger », Agence France-Press (AFP), 7 septembre 2016.Hide Footnote Par ailleurs, la constitution du lac Tchad en zone grise durable peut ouvrir la voie à d’autres entreprises politico-militaires Des militaires tchadiens déserteurs, dont notamment un officier de haut rang, se seraient installés sur le lac côté nigérien et auraient établi une alliance de circonstance avec Boko Haram.[fn]Entretiens téléphoniques de Crisis Group, analyste de la sécurité, Niamey, juillet 2016 ; source sécuritaire tchadienne, N’Djamena, septembre 2016. La réalité des défections tchadiennes et l’identité des protagonistes, dont l’officier qui mènerait les renégats, restent sujettes à caution.Hide Footnote

C. Une nouvelle fraction jihadiste dans le bassin du lac Tchad ?

Affaibli par l’offensive des Etats riverains du lac Tchad, Boko Haram est entré dans une phase de transformation et le Niger est en première ligne dans ce processus. Les tensions au sein de l’organisation, attestées depuis longtemps, semblent avoir abouti à une franche division. La rupture a probablement eu lieu en mai 2016, lorsque Mamman Nur, un ancien proche de Mohamed Yusuf, et le propre fils de Yusuf, Habib, un temps le porte-parole de Boko Haram sous le pseudonyme d’Abou Moussab al-Barnawi, ont quitté en hâte une réunion de la shura, le conseil de direction du mouvement, dans la forêt de Sambisa, au cœur de l’Etat du Borno.[fn]Mamman Nur est de père kanouri et de mère arabe shuwa. Certains lui prêtent une origine camerounaise ou tchadienne. Il a brièvement étudié au Borno State College of Agriculture et il a été proche de Mohamed Yusuf. Selon les services de sécurité nigérians et américains, il serait impliqué dans l’attentat contre l’ONU à Abuja en 2011. Marc-Antoine Pérouse de Montclos, « Boko Haram et le terrorisme islamiste au Nigéria : insurrection religieuse, contestation politique ou protestation sociale ? », Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po, juin 2012, p. 18 ; et « Boko Haram : l’hydre islamiste dans la tourmente », Le Point Afrique, 25 août 2016. Courriel de Crisis Group, responsable de l’Izala ayant connu Nur à Maiduguri, 12 juillet 2016. Entretien de Crisis Group, diplomate, Dakar, 28 juin 2016.Hide Footnote

L’aile menée par Shekau, le chef historique du mouvement, s’est arc-boutée sur la forêt de Sambisa et les monts Mandara, vers la frontière camerounaise. Quant à Nur et al-Barnawi, ils ont rallié ou pris le contrôle d’un certain nombre de groupes de combattants de Boko Haram, par exemple sur le lac Tchad, une partie de ses rives et le long de la Komadougou. La démarcation n’est cependant pas totalement claire entre les deux factions, notamment dans le Nord-Ouest de l’Etat du Borno, près de la frontière nigérienne et sur le lac, où Shekau aurait encore des partisans et où des incidents les auraient opposées.[fn]« Nigeria : Boko Haram déchiré par des combats entre factions rivales », Jeune Afrique, 7 septembre 2016.Hide Footnote Il est en revanche établi que l’aile Nur/al-Barnawi bénéficie d’un lien privilégié avec l’Etat islamique (EI). Seules ses opérations ont récemment été couvertes par les médias de l’EI.[fn]« 35 apostats tués et 70 autres blessés parmi les forces du Niger et du Nigéria au sud-est du Niger », Communiqué de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest, Amaq (organe de propagande de l’EI), 4 juin 2016.Hide Footnote Al-Barnawi a par ailleurs été officiellement désigné chef de la branche de l’EI en Afrique subsaharienne en août 2016.[fn]« Boko Haram in Nigeria: Abu Musab al-Barnawi named as new leader », BBC News, 4 août 2016. L’arrestation récente d’al-Barnawi reste à confirmer. Une confusion est possible avec un jihadiste homonyme, Khaled al-Barnawi, arrêté en avril 2016.Hide Footnote Mais après les revers subis à Syrte en Libye, l’EI semble moins en mesure d’apporter une aide déterminante à ses alliés du lac Tchad.[fn]Une source sécuritaire crédible mentionne cependant des traces récentes de transferts d’argent, sans précision de montants, de la péninsule arabique vers la faction Nur/al-Barnawi. Entretien de Crisis Group, expert sécuritaire occidental, Abuja, janvier 2017.Hide Footnote

Nur et al-Barnawi ont largement expliqué leur désaccord avec Shekau, dénonçant sa non-obéissance à l’EI, sa cupidité, l’échec de sa stratégie, sa violence contre des musulmans, et l’accusant d’avoir fait exécuter nombre de ses critiques au sein de Boko Haram.[fn]Entretiens de Crisis Group, individus natifs de Nguigmi et de Maïné Soroa, Diffa, octobre 2016. « Sur le plan religieux, [Shekau] a modifié les préceptes. Par exemple, il dit que si en cas de force majeure, un musulman se trouve contraint de se trouver en terre non musulmane, il devient de facto mécréant. Il avait ainsi répondu à Mallam Moustapha qui lui avait posé la question. C’est le cas des habitants de certains villages à côté de nous où flottait le drapeau de notre organisation, qui ont fui des attaques de certains de nos compagnons égarés. » Extrait d’enregistrement sonore attribué à Mamman Nur, traduit du kanouri par Crisis Group, date inconnue.Hide Footnote Cette faction, plus internationalisée et au fait des difficultés des autres mouvements jihadistes, tenterait de repenser les méthodes de combat et de rompre avec la stratégie d’extrême violence de Shekau. Evitant d’attaquer les civils et de mener des attaques-suicides, elle a conduit en 2016 des opérations audacieuses, notamment à Bosso en juin ou les contre-offensives contre Mallam Fatori en septembre et Gashagar en octobre, qui ont semé la panique parmi les soldats de la FMM.[fn]Documents militaires confidentiels obtenus par Crisis Group, octobre 2016.Hide Footnote Cette faction serait aussi engagée dans une nouvelle tentative vers l’ouest, le long de la Komadougou, dans l’Etat nigérian de Yobe. Mais comme Shekau, bousculé dans la forêt de Sambisa par les troupes nigérianes, elle subit les bombardements réguliers de la FMM.[fn]Au moment de la rédaction de ce rapport, la FMM était en phase de préparation active d’une opération militaire majeure pour chasser les différents groupes de Boko Haram des îles nigériennes et nigérianes du lac. Document sécuritaire consulté par Crisis Group, janvier 2017.Hide Footnote

Autour du lac, sur un territoire difficile à contrôler, propice aux trafics, dans le voisinage immédiat du Niger, s’est donc constitué un groupe dynamique, capable d’innovations tactiques. Par ailleurs, sa rhétorique en rupture avec Shekau pourrait séduire au sein de la population locale. Beaucoup sont las des excès de Boko Haram mais restent sensibles à son discours religieux, surtout quand il critique la corruption et appelle à l’instauration de la Charia pour assainir la société.

V. Sortir de la contre-insurrection

L’Etat nigérien, avec l’aide de ses partenaires, doit adapter sa stratégie contre-insurrectionnelle à une crise qui s’installe dans la durée. Le recul militaire de Boko Haram, bien que réel, ne signifie pas la défaite et la fin du mouvement. La reddition d’une cinquantaine d’éléments de Boko Haram fin décembre 2016 est encourageante.[fn]Ces éléments sont entrés en contact avec les autorités nigériennes près de Gashagar, à la frontière nigériane, autour du 21 décembre, et leur reddition a été négociée. Courriel de Crisis Group, officier de sécurité, 21 décembre 2016 et « Niger : des jeunes combattants de Boko Haram se sont rendus », Jeune Afrique, 28 décembre 2016.Hide Footnote Comme au Tchad voisin, il est possible que des dizaines de militants du mouvement suivent cet exemple, en particulier parmi ceux qui ont été contraints de rejoindre l’insurrection ou qui y voyaient une occasion de s’enrichir.[fn]Dès les mois d’octobre et de novembre 2016, des sources humanitaires font mention de redditions de petits groupes d’insurgés dans la région de Diffa. Courriels de Crisis Group, responsable humanitaire, décembre 2016.Hide Footnote Cependant, les éléments les plus radicaux restent déterminés à se battre, comme l’atteste l’attaque, le 31 décembre 2016, du poste militaire de Barwa, situé en bordure du lac Tchad, à 90 kilomètres de Diffa.[fn]En janvier 2017, deux médiateurs civils ont aussi été assassinés dans la région de Diffa par des insurgés de Boko Haram ayant feint de négocier leur reddition. Courriels de Crisis Group, officier de sécurité, janvier 2017.Hide Footnote

L’insurrection jihadiste, vaincue ou non, va laisser des marques durables dans la région. Elle y a profondément perturbé l’économie, forcé les populations à des déplacements massifs, modifié les équilibres inter et intracommunautaires et, parfois, approfondi le fossé entre certaines communautés, notamment lacustres, et l’Etat. Ce dernier doit dès lors développer une stratégie ambitieuse visant autant à consolider les acquis militaires qu’à remédier à l’impact négatif du conflit sur la région de Diffa.

A. Une approche sécuritaire et politique

1. Des forces de sécurité mieux encadrées

Le gouvernement devrait mettre en œuvre une politique de meilleure gouvernance et de contrôle des fonds investis dans la lutte contre Boko Haram. Pour cela, il devrait encourager la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (Halcia), créée par le président Issoufou qui en préside le conseil consultatif, à enquêter sur l’utilisation de ces fonds et veiller à prévenir l’« affairisme » des porteurs d’uniforme. Les relations entre les dirigeants politiques et la haute hiérarchie militaire constituent au Niger une question particulièrement sensible dont dépend l’équilibre de la république.[fn]Rapport de Crisis Group, Niger : un autre maillon faible, op. cit.Hide Footnote Les responsables politiques hésitent, de manière compréhensible, à s’aventurer sur cette question. Cependant, alors que les fonds alloués à la défense sont en pleine expansion, ils se doivent d’étendre progressivement à l’institution militaire leur effort de contrôle de l’usage des fonds publics. La crédibilité et la consolidation de la VIIème république nigérienne se joue sur cette question.

En contrepartie de cet effort de transparence, les partenaires du Niger devraient augmenter leur aide financière et contribuer directement à alléger le fardeau d’une guerre que le pays ne peut financer seul. Ils devraient également encourager l’UA à accélérer le décaissement de l’aide fournie par l’Union européenne aux Etats participant à la FMM. De leur côté, les forces de défense, en acceptant de voir leur gestion soumise à un contrôle accru, gagneraient en crédibilité. Les troupes déployées à Diffa pourraient recevoir des moyens logistiques renforcés, notamment dans le domaine de la médecine de guerre et de l’assistance aux familles des soldats tombés au front.[fn]Plusieurs sources militaires soulignent les carences de l’armée nigérienne dans la prise en charge des blessés de guerre. Entretiens de Crisis Group, militaires nigériens et occidentaux, Zinder et Niamey, mai et septembre 2016.Hide Footnote

Les forces de défense ont commis des abus contre les civils soupçonnés de collaborer avec les insurgés mais, de l’avis de la plupart des spécialistes consultés par Crisis Group, l’armée nigérienne s’est mieux comportée que ses homologues de la FMM. Les autorités doivent renforcer leur surveillance et lutter contre les abus en engageant des procédures disciplinaires en cas d’exaction et pénales en cas de crimes graves.[fn]Comme ce fut le cas récemment avec le déplacement d’un officier responsable de la prison de Diffa. Entretien de Crisis Group, cadre originaire de Diffa, Niamey, octobre 2016.Hide Footnote La nomination en juin 2016 d’un gouverneur civil à la tête de la région de Diffa, par ailleurs docteur en droit et expert en gestion décentralisée, est un signe positif qui indique que les autorités de Niamey ne veulent pas laisser Diffa aux seules mains des forces de défense.[fn]La nomination de ce gouverneur, étranger à la région et issu du sérail politique de Niamey, a suscité des réserves à Diffa. Entretiens de Crisis Group, individus originaires de la région de Diffa, Niamey et Diffa, octobre 2016.Hide Footnote

Par ailleurs, si les comités de vigilance sont moins développés au Niger qu’au Nigéria et au Cameroun, la tentation de les armer dans les moments difficiles, comme lors de l’attaque de Bosso en juin 2016, est réelle. Les forces de sécurité du Niger devraient y résister mais aussi limiter l’usage des comités de vigilance. Ils constituent des auxiliaires utiles dans la collecte de renseignement mais ne devraient pas prendre un rôle actif dans la contre-insurrection. Il faut également veiller à ce que ces groupes n’alimentent pas, par leurs actions ou les informations qu’ils fournissent, des tensions intra et intercommunautaires existantes. Si l’affaiblissement de Boko Haram se confirme, il faudra démobiliser ces groupes, éventuellement en intégrant certains de leurs membres aux forces de sécurité locale. Cela nécessitera de mettre sur pied une politique de professionnalisation, ces comités étant constitués pour l’essentiel de volontaires sans formation.

2. Une approche politique de la résolution des conflits locaux

Le maintien en détention de centaines de Nigériens (résidents et retournés) qui ont soutenu d’une manière ou d’une autre Boko Haram n’est pas tenable à long terme. Pas plus que n’est envisageable l’élimination des dizaines de milliers de Nigériens qui ont à un moment ou à un autre manifesté de la sympathie pour le mouvement ou y ont adhéré sous la contrainte. Le Niger peut s’inspirer de l’exemple récent du Tchad et permettre à ses ressortissants désireux de quitter Boko Haram de regagner leur pays, en créant un site de démobilisation et en établissant des politiques de réconciliation et de pardon pour tous ceux qui ne sont pas suspectés d’être impliqués dans des crimes de sang. Un tel programme est en cours d’élaboration et pourrait accélérer les démobilisations, en particulier de ceux qui ont rejoint Boko Haram en quête de gain facile et rapide. Il gagnerait à s’appuyer sur le travail de dialogue intra et intercommunautaire mis en place autour de l’université de Diffa avec le soutien des autorités régionales, de représentants de l’Etat et de partenaires internationaux.[fn]Entretiens de Crisis Group, chercheurs enseignants de l’université de Diffa, membre du conseil régional de Diffa, Diffa, mai, septembre 2016.Hide Footnote

En visite à Diffa le 27 décembre 2016, après la reddition d’une trentaine d’insurgés, le ministre de l’Intérieur Bazoum Mohamed a annoncé un programme d’amnistie et de réinsertion pour les anciens combattants de Boko Haram.[fn]Le ministre a déclaré notamment : « Nous allons leur garantir la sécurité, nous allons leur éviter la prison, nous allons leur éviter toute poursuite judiciaire. Et nous allons nous acheminer vers une forme de prise en charge ». « Le Niger lance un programme d’amnistie pour les déserteurs de Boko Haram », RFI, 29 décembre 2016.Hide Footnote Cette démarche doit être soutenue par les partenaires du Niger, notamment en ce qui concerne la mise en place et la supervision d’un ou plusieurs camps de transit annoncés par le ministre. Bien conçue et financée, cette politique de pardon et de réinsertion peut alimenter un cycle de démobilisation et de désarmement des insurgés et contribuer à refermer durablement les plaies.[fn]Cette politique ne peut être improvisée. Les premiers éléments de Boko Haram qui se sont rendus aux autorités à Diffa auraient été logés dans une maison louée sur les fonds du gouverneur de Diffa. Si le fait est avéré, l’Etat central et ses partenaires devront prendre rapidement le relai de cette initiative. Document sécuritaire consulté par Crisis Group, janvier 2017.Hide Footnote Mais elle ne doit pas négliger les victimes du mouvement, qui pourraient être frustrées par l’aide apportée à ceux qu’elles perçoivent comme des agresseurs.[fn]Les combattants mineurs pourraient être temporairement confiés à des familles d’accueil rémunérées pour faire face à cette charge supplémentaire. Un tel transfert de ressources pourrait faciliter l’acceptation locale de ceux qui ont rejoint Boko Haram lorsqu’ils étaient encore enfants.Hide Footnote L’Etat doit veiller également à mener une politique cohérente : il ne peut favoriser le pardon des déserteurs de Boko Haram tout en maintenant en prison des centaines de suspects qui n’ont pour beaucoup qu’un lieu ténu avec l’insurrection.

Les plans de démobilisation des militants de Boko Haram devront également prendre en compte la diversité des terroirs dans la région de Diffa. Le long de la Komadougou, en zone kanouri, où de nombreux jeunes ont rejoint le mouvement moins par conviction que par goût de l’aventure et appât du gain, il faut rompre avec l’atmosphère de délation et de suspicion qui divise les villages. Les autorités devraient concevoir des politiques de démobilisation, de pardon et de réintégration opérant une distinction entre les individus en fonction des raisons de leur adhésion au mouvement insurrectionnel. Les chefferies et notabilités religieuses devraient être associées à ce processus de médiation et de pardon et consultées sur les modalités de sa mise en place, ce qui les valoriserait mieux que la collecte de renseignements ou la délation.

Un plan de démobilisation sera insuffisant s’il ne s’accompagne pas de mesures visant à apaiser les tensions intercommunautaires autour de l’accès aux ressources.

Dans la zone du lac, un plan de démobilisation sera insuffisant s’il ne s’accompagne pas de mesures visant à apaiser les tensions intercommunautaires autour de l’accès aux ressources. Boko Haram s’est implanté en exploitant ces tensions et les a en retour aggravées, tout comme l’ont fait les politiques de contre-insurrection en fermant un temps les yeux sur le développement de milices à base ethnique. Il faut d’abord soutenir les efforts de médiation engagés par le gouverneur, qui peinent à faire sentir leurs effets dans la durée.[fn]Fin 2016, les membres des communautés boudouma et peul regrettaient la reprise des tensions dans le bassin du lac malgré les efforts de médiation engagés quelques mois plus tôt. De fait, les questions de fond, notamment autour du partage pacifié des ressources, n’ont pas été abordées. Entretiens de Crisis Group, membres des communautés peul et boudouma, Diffa, octobre 2016.Hide Footnote

A plus long terme, l’Etat doit démontrer ses capacités à réguler de manière pacifique les tensions autour des terres convoitées du bassin du lac Tchad. Pour éviter d’être perçu comme favorisant un groupe contre un autre, il ne doit pas imposer sa vision de manière autoritaire, mais offrir un cadre de médiation pacifique dans lequel les communautés concernées vont pouvoir discuter des modalités d’accès et de partage des ressources ; il reviendra ensuite aux autorités d’en garantir la pérennité et le respect.[fn]En août 2016, l’annonce d’un projet de location de 120 000 hectares de terres à une société saoudienne, décidé sans grande concertation, a suscité de vives critiques à l’égard du conseil régional et des autorités centrales. Entretiens de Crisis Group, membres de la société civile originaires de Diffa, Niamey et Diffa, octobre 2016 et document vidéo consulté par Crisis Group.Hide Footnote Il faut en effet concilier de façon équitable les intérêts des différentes communautés qui revendiquent un accès, même saisonnier, aux ressources lacustres. Une réforme de la chefferie pourrait aussi être envisagée pour les populations boudouma qui souffrent d’un déficit de représentation.[fn]La création d’une telle chefferie de groupement ou de canton pour mieux représenter les Boudouma ne serait pas une fin en soi mais un moyen de mieux garantir l’accès aux ressources ; elle devrait donc être négociée avec l’ensemble des communautés impliquées dans la gestion du lac et ne pas conduire à exclure des populations allochtones au profit de populations prétendument autochtones.Hide Footnote Pacifier et assurer l’équité dans l’accès aux ressources naturelles feront plus pour réduire l’influence de Boko Haram que les politiques de « dé-radicalisation » ou de « prévention de la violence extrémiste ».

B. Soulager la justice et préparer la réintégration des anciens insurgés

La multiplication des arrestations depuis février 2015 met le système judiciaire et carcéral nigérien sous pression. Dans les prisons, où des détenus attendent un hypothétique procès, se mélangent suspects arrêtés sur simple dénonciation et jihadistes convaincus. Elles peuvent devenir des lieux de recrutement des groupes armés qui rejettent l’autorité de l’Etat. Pour éviter cela, des mesures plus ambitieuses que l’isolement des prédicateurs les plus fervents sont nécessaires.[fn]En 2016, l’administration pénitentiaire a mis à l’isolement au moins un prédicateur lié à Boko Haram. Entretien de Crisis Group, membre de l’administration pénitentiaire, Niamey, mai 2016.Hide Footnote

Le Niger devrait renforcer les moyens alloués au système judicaire afin d’assurer un meilleur traitement des dossiers en lien avec Boko Haram. En particulier, les juges devraient exiger des services de sécurité arrêtant des suspects sur dénonciation qu’ils constituent un dossier suffisamment étayé pour justifier un transfert à Niamey. L’Etat devrait renforcer les moyens des services chargés des enquêtes dans la région de Diffa et encourager les organisations de la société civile et leurs partenaires à apporter une assistance juridique aux détenus afin d’assurer un traitement plus rapide et équitable de leurs dossiers. Cela permettrait d’accélérer la libération des personnes arrêtées à tort et de celles qui n’ont commis que des infractions mineures, par exemple des petits trafics avec les insurgés.

Enfin, si l’Etat nigérien mérite d’être soutenu dans son effort contre Boko Haram, il doit résister à la tentation de l’instrumentalisation politique des outils de lutte contre l’extrémisme violent. Les lois contre le terrorisme ne doivent pas servir à mettre un terme au débat sur l’état actuel du Sud-Est et les conséquences sur les populations de la lutte armée contre Boko Haram.[fn]En mai 2015, la cellule antiterroriste a arrêté Moussa Tchangari, figure de l’organisation de la société civile Alternatives Espaces Citoyens, qui dénonce les violations des droits humains en lien avec l’état d’urgence dans le Sud-Est. Arrêté alors qu’il visitait des prisonniers de la région de Diffa, dont il est originaire, il est resté en détention une dizaine de jours.Hide Footnote

C. Relancer l’économie de la région

Les mesures économiques restrictives en place depuis février 2015 ont des conséquences dramatiques pour les populations. Certains habitants sont tentés de rejoindre les zones fertiles que Boko Haram contrôle toujours sur le lac Tchad, d’autres devront bientôt se résoudre à une migration hasardeuse vers le Nigéria ou la Libye. La région de Diffa est pourtant relativement riche de perspectives économiques. Les autorités devraient vite reconnaitre les limites de l’arme économique pour juguler l’insurrection et suspendre les mesures restrictives. A défaut, elles devraient autoriser, sous condition, la commercialisation du poisson, comme elles l’ont fait pour le poivron. Elles pourraient en profiter pour faire de Diffa un carrefour commercial pour les produits exportés vers le Nigéria. Les quatre principaux Etats de la CBLT affectés par Boko Haram, tous désireux de lancer des plans de développement dans la région du lac Tchad, devraient mettre en commun leurs plans respectifs et, par exemple, concevoir ensemble une politique douanière.

Autorités et acteurs de l’aide sont aussi confrontés à Diffa au dilemme classique entre besoin d’assistance à court terme et aide au développement de plus long terme.

Autorités et acteurs de l’aide sont aussi confrontés à Diffa au dilemme classique entre besoin d’assistance à court terme et aide au développement de plus long terme. En théorie, tous les acteurs soutiennent l’idée d’un continuum de l’aide d’urgence au développement. En pratique, les ressources sont limitées et la question des investissements prioritaires se pose. Pour y répondre, le gouvernement devrait accélérer, sans attendre la fin hypothétique de la phase militaire, la publication d’un plan stratégique de sortie de crise dans la région. Si les ONG et les partenaires du Niger ont un rôle important d’appui à jouer, le pilotage d’un tel plan devrait être confié à des organismes spécialisés comme la HACP mais aussi les collectivités territoriales et la société civile de Diffa. Celles-ci doivent s’engager, avec leurs partenaires, à veiller à la bonne gestion et à l’équité des plans de reconstruction, notamment concernant la délicate question de l’accès au foncier.

La HACP a pris les devants et prépare actuellement un plan spécial de sortie de crise pour la région de Diffa. Elle bénéficie d’une longue expérience des zones de post-conflit, qui serait utile à tous. Cependant, les autorités nigériennes doivent reconnaitre que la zone de Diffa requiert des réponses spécifiques et ne peut se satisfaire d’un simple copier-coller des solutions mises en place dans le Nord. Le plan doit également être conçu de manière inclusive, en associant les populations et leurs besoins en fonction de leur âge, genre, ou origine sociale. Sans cela, elles pourraient avoir le sentiment que les élites locales, ou pire, celles de Niamey, décident pour elles pour mieux capter l’aide.

Un tel plan, motivé par l’objectif de juguler l’insurrection de Boko Haram, ne devra pas enfermer les actions de développement dans la prévention de l’extrémisme violent. Ce serait imposer aux politiques de reconstruction des œillères trop étroites. De même, le développement ne peut être considéré comme la solution miracle. Il doit être accompagné d’un processus politique destiné à réconcilier les communautés marquées par l’insurrection et établir un diagnostic précis des raisons pour lesquelles des citoyens se sont retournés contre l’Etat et, parfois, leur propre société. Sans cela, les plans de développement risquent de tourner à vide, de rater leur cible voire de nourrir de nouvelles tensions et frustrations.

Dans cette perspective, les autorités nigériennes, centrales et locales, chefferies et fonction publique, doivent reconnaitre leur part de responsabilités dans la crise. La région de Diffa ne tirera pas profit de financements supplémentaires si l’autorité publique ne démontre pas d’abord sa capacité à réguler, pacifiquement et équitablement, les multiples conflits d’accès aux ressources dans les espaces agropastoraux et piscicoles. L’Etat doit aussi démontrer son utilité en garantissant un accès plus équitable aux services sociaux (éducation, santé, justice) dans une région tournée vers le Nigéria. Le recrutement local dans la fonction publique et l’octroi temporaire de primes aux fonctionnaires déployés dans les régions touchées par l’insurrection pourraient faciliter la relance des services de base.

Tout cela a cependant un coût. Si l’effort militaire contre Boko Haram devait s’inscrire dans la durée, l’Etat pourrait être confronté à une situation budgétaire encore plus difficile. Les partenaires du Niger, en particulier ceux qui l’encouragent à assumer son rôle dans la lutte contre Boko Haram, doivent soutenir l’Etat pour lui éviter de devoir « privilégier les dépenses sécuritaires au détriment de celles qui bâtissent l’avenir d’un pays ».[fn]Ce risque a été mentionné dans une analyse de la Banque africaine de développement dès février 2015. Facinet Sylla, « Niger : Boko Haram, une menace pour l’avenir et le développement », African Development Bank Group, 24 février 2015.Hide Footnote 2016, année électorale, a également été marquée par d’importantes tensions sur la trésorerie publique. La lutte contre Boko Haram n’explique sans doute pas tous les problèmes de trésorerie actuels et ne saurait dispenser l’Etat d’une bonne gestion des dépenses publiques.

VI. Conclusion

Dans sa lutte contre Boko Haram, l’Etat nigérien doit aller au-delà de l’approche militaire qui a jusqu’ici prévalu. Le Niger, qui a d’abord vu Boko Haram comme un problème nigérian, est entré depuis un peu plus de deux ans en confrontation ouverte avec le mouvement jihadiste. Avec le soutien de ses alliés et non sans subir des pertes, il a contenu la guerre au Sud de la région de Diffa, sous état d’urgence depuis février 2015. Mais ce choix militaire pèse lourd sur les grands équilibres de l’Etat, ses finances et son armée. Les restrictions économiques imposées dans les zones de Diffa et du lac, si elles affaiblissent la logistique des jihadistes, affectent aussi fortement la population, et tout particulièrement les jeunes. La montée des tensions intercommunautaires et la tentation milicienne sur le lac Tchad sont inquiétantes.

Il n’y a pas de solution facile ni de court terme à la crise ouverte par Boko Haram : il faudra du temps pour restaurer une paix durable dans la région de Diffa. La politique de réconciliation et de réintégration annoncée par le gouvernement fin décembre 2016 à la suite des premières redditions d’insurgés est un signe encourageant mais il doit être confirmé dans les mois qui viennent. Au-delà de cet effort, l’attention portée à cette région longtemps négligée doit être l’occasion, pour l’Etat, de mieux y assumer son rôle de protecteur des populations et de régulateur pacifique des conflits locaux. Les partenaires du Niger, qui l’ont encouragé à se mobiliser contre Boko Haram, doivent quant à eux lui apporter une aide concrète et adaptée aux transformations de la menace.

Bruxelles/Dakar, 27 février 2017

Annexe A : Carte du Niger

Map of Niger UN Map No.4234. December 2004.
Islamic state fighters and their families walk as they surrendered in the village of Baghouz, Deir Al Zor province, Syria March 12, 2019. REUTERS/Rodi Said
Report 207 / Middle East & North Africa

تحاشي عودة تنظيم الدولة الإسلامية إلى النشاط في العراق وسورية

Once again, the Islamic State may be poised to recover from defeat in its original bases of Iraq and Syria. It is still possible, however, for the jihadist group’s many foes to nip its regrowth in the bud.

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الاستنتاجات الرئيسية

ا الجديد؟ في العراق وسورية، هُزم تنظيم الدولة الإسلامية لكنه لم ينتهِ؛ فما زال التنظيم نشطاً لكنه تقلص وبات محاصراً جغرافياً. إن إبقاءه على هذا النحو يتطلب جهوداً مستمرة؛ فمن شأن أي حدث، من بين عدة أحداث – التدخل التركي في شمال شرق سورية، وأيضاً انعدام الاستقرار في العراق أو اتساع تداعيات التوترات الأميركية-الإيرانية – أن يمكّنه من العودة.

ما أهمية ذلك؟ لقد دفع العراقيون، والسوريون وشركاؤهم الدوليون ثمناً باهظاً لإخراج التنظيم المسلح من "خلافته" المكانية. لكن حتى كحركة تمرد، فإنه لا يزال يهدد العراقيين والسوريين محلياً؛ وإذا تمكن من إعادة التجمع، فإنه يمكن أن يشكل خطراً متجدداً على المستوى العالمي.

ما الذي ينبغي فعله؟ سيتطلب إبقاء تنظيم الدولة الإسلامية ضعيفاً تحاشي نشوب صراع جديد سواء في العراق أو في سورية من شأنه أن يعطل الجهود المبذولة في محاربة التنظيم – وبشكل فوري وملحّ، التدخل التركي في شمال شرق سورية. السوريون والعراقيون بحاجة لفترة من الهدوء لملاحقة مسلحي تنظيم الدولة وتحقيق الاستقرار في بلديهما.

لملخص التنفيذي

لم يتمكن تنظيم الدولة الإسلامية من العودة إلى الظهور في العراق أو في سورية – حتى الآن. ما يزال التنظيم الجهادي موجوداً بوصفه حركة تمرد مسلح قوية في كلا البلدين، لكن بالمقارنة مع تجلياته السابقة، فإنه ضعيف ومحاصر جغرافياً. لقد ساعدت الظروف المحلية، خصوصاً في العراق، على منع عودته. إلا أن العراق وسورية يواجهان أخطاراً داخلية وتهديدات خارجية، أكثرها قرباً وإلحاحاً هو التدخل التركي في شمال شرق سورية، الذي من شأنه أن يزعزع استقرار كلا البلدين. إذا تدخل عدم الاستقرار الداخلي أو صدمة خارجية في جهود مكافحة تنظيم الدولة في أي من البلدين، يبدو من المرجح أن يحاول التنظيم العودة إلى النشاط. ويتطلب منع التنظيم من هذه العودة جهوداً محلية مستمرة لمحاربته وتحقيق الاستقرار؛ وينبغي على جميع الأطراف المنخرطة في جهود محاربته – محلياً ودولياً – تفادي نشوب صراعات جديدة معطلة فيما بينها، مهما كانت خلافاتها.

ISIS lost its last territorial foothold in Iraq in 2017 and in Syria in early 2019.

لقد سقط تنظيم الدولة الإسلامية بدرجة كبيرة من الذروة التي كان عليها في العام 2015، عندما كان في حالة هجوم ضد أعدائه الكثيرين وكان يسيطر على دولة بدائية مسلحة تمتد من العراق إلى سورية. وفي مواجهة حملة عسكرية كبرى شنتها مجموعة من أعدائه المحليين والدوليين، فقد التنظيم مواقعه في العراق في العام 2017 وفي سورية في مطلع العام 2019. لكن في كلا البلدين، ظل موجوداً عبر تحوله من الحرب شبه التقليدية إلى تمرد مسلح يعتمد على تكتيك اضرب واهرب.

في العراق، ينشط التنظيم على شكل وحدات منفصلة مستقلة بدرجة كبيرة وتنتشر في أقسى المناطق في البلاد، بما في ذلك الجبال والصحارى. ومن هذه المخابئ، يخرج مقاتلو التنظيم ليهاجموا المناطق الريفية، حيث يختطفون ويبتزون السكان ويقتلون ممثلي الدولة. عمليات التنظيم بسيطة؛ إذ لم يشن كثيراً من الهجمات الأكثر تعقيداً أو الأوسع نطاقاً. وحتى الآن، يبدو أنه لم يتمكن من اختراق المدن العراقية الكبرى.

لقد تغير العراق بأشكال من شأنها أن تمنع تنظيم الدولة من العودة بقوة. فالاستقطاب الطائفي الذي ساد البلاد بأسرها والذي استفاد منه التنظيم تلاشى. إضافة إلى ذلك، الآن وقد جرب العرب السنة الصدمة المزدوجة المتمثلة في إجراءات تنظيم الدولة المتسلطة في الحكم والحملة العسكرية لاستعادة مناطقهم من التنظيم، فإن معظمهم لا يريدون التعامل معه مرة أخرى. قوات الأمن العراقية، من جهتها، خففت من تجاوزاتها وأقامت علاقة أكثر إيجابية مع العرب السنة.

لكن ورغم هذه الأسباب التي تدعو إلى التفاؤل، هناك تهديدات أيضاً. فتأمين المناطق البعيدة التي لا تزال تعاني من وطأة تنظيم الدولة سيشكل تحدياً كبيراً. كما أن الحكومة لم تقم بعد بإعادة بناء وإطلاق اقتصادات هذه المناطق وغيرها التي تأثرت بالحرب ضد التنظيم، الأمر الذي لا يشجع النازحين منها على العودة. ويبدو أن معالجة ومداواة جراح المجتمع صعبة أيضاً. إن المقاربة العقابية التي يتبعها العراق في العدالة في مرحلة ما بعد تنظيم الدولة تخاطر بتوسيع الانقسامات القائمة في البلاد. ويبدو أن "عوائل داعش" – وهم المدنيون الذين يدّعى بأن علاقات عائلية تربطهم بمقاتلي تنظيم الدولة والذين تم نفيهم من مدنهم وبلداتهم – يبدو أنهم يعانون من خطر تحولهم إلى طبقة دنيا تحمل وصمة دائمة. كما أن التوترات الأميركية-الإيرانية يمكن أن تمتد إلى العراق، ما يمكن أن يؤدي إلى هجمات تشنها الفصائل العسكرية المحلية شبه العسكرية المتحالفة مع إيران ضد أهداف أميركية. لا يمكن التنبؤ بالنتائج، لكن من شأن ذلك أن يعرض للخطر استمرار وجود قوات التحالف الذي تقوده الولايات المتحدة وأن يؤدي إلى المزيد من عدم الاستقرار.

Even if ISIS likely will survive in some form in both Iraq and Syria, its many enemies ought to be able to contain or even further degrade the group.

كما يمكن لتنظيم الدولة أن يعود في سورية المجاورة، التي يبدو استقرارها مهدداً بسبب تدخل تركي جديد في شمال شرق البلاد. في 6 تشرين الأول/أكتوبر، أعلن الرئيس دونالد ترامب أن تركيا ستطلق عملية عسكرية في شمال سورية وأن القوات الأميركية "لن تستمر في الوجود في المنطقة المحاذية". بدا أن بيان ترامب – الذي أصبح منذ الإدلاء به أكثر تعقيداً وتشويشاً وتناقضاً – أعطى الضوء الأخضر لتدخل تركي أحادي في شمال شرق سورية ضد الشريك السوري الرئيسي للولايات المتحدة في الحرب ضد تنظيم الدولة، أي قوات سورية الديمقراطية. تقود تلك القوات قوة كردية مرتبطة بشكل وثيق بحزب العمال الكردستاني، وهو تنظيم خاض حرباً دامت عقوداً مع تركيا. بعد مغادرة العدد القليل من القوات الأميركية الذي كان موجوداً على الحدود لمواقعه، أعلنت تركيا أن تدخلها قد بدأ في 9 تشرين الأول/أكتوبر، رغم أن نطاقه الكامل لا يزال غير واضح.

من شبه المؤكد أن الصراع بين تركيا وقوات سورية الديمقراطية على الحدود السورية-التركية سيخفف الضغط على تنظيم الدولة الإسلامية، الذي خسر المناطق التي كان يسيطر عليها في شرق سورية في أيار/مايو 2019 لكنه يستمر بالوجود كحركة تمرد قاتلة. منذ أيار/مايو، استمرت قوات سورية الديمقراطية في ملاحقة بقايا تنظيم الدولة في سائر أنحاء الشمال الشرقي وتحتجز الآلاف من أعضاء التنظيم وأفراد أسرهم. إلا أن قوات سورية الديمقراطية حذرت من أنها ستجبر على نقل قواتها إلى حدود سورية الشمالية إذا هاجمت تركيا. قد تكون التبعات كارثية بالنسبة للمناطق الواقعة إلى جنوب الحدود، حيث لا يزال التنظيم نشطاً، وبالنسبة للسجون والمخيمات التي تحتوي مقاتلي التنظيم والتي كانت أصلاً عرضة للهجمات قبل الأحداث الأخيرة.

حتى لو ظل تنظيم الدولة قائماً بشكل ما في العراق وسورية، فإن أعداءه الكثر ينبغي أن يكونوا قادرين على احتوائه أو إضعافه أكثر. لكن لهذا السبب فإن البلدين بحاجة لأن يتم تجنيبهما الصدمات الخارجية التي من شأنها أن تعطل جهود محاربته. يتمثل الإجراء الأكثر إلحاحاً في أن تعمل الولايات المتحدة وحلفاؤها على إقناع تركيا بوقف غزوها لشمال شرق سورية، الذي سيلحق الضرر بالمكانة السياسية الدولية لتركيا ولأمنها الداخلي. من شأن ذلك أن يعطي بعض الوقت لترتيبات انتقالية جديدة وأن يعالج الهواجس الأمنية التركية بانتظار التوصل إلى اتفاق نهائي حول المنطقة. في حال فشل ذلك، فإن البديل هو أن تتفاوض قوات سورية الديمقراطية، على الأرجح بوساطة روسية، للتوصل إلى تسوية مباشرة مع النظام السوري من شأنها أن توقف الهجوم التركي. كما ينبغي على الحكومات أن تعيد أكبر عدد ممكن من مواطنيها المدنيين من مخيمات النازحين في شمال شرق سورية، قبل أن يغرق أطفال المخيمات في الصراع.

ويجب على اللاعبين المحليين أيضاً اتخاذ بعض الخطوات؛ فبمساعدة من الشركاء الدوليين، ينبغي على الحكومة العراقية أن تضاعف جهودها لتأمين المناطق الريفية المتأثرة بتنظيم الدولة الإسلامية إذا انزلقت سورية المجاورة إلى الفوضى. كما ينبغي على بغداد أن تعطي الأولوية لإعادة إعمار المناطق المتضررة من الحرب وإعادة المهجرين، بما في ذلك "عوائل داعش". إذا كان بالإمكان وقف الهجوم التركي أو الحد منه، سيترتب على قوات سورية الديمقراطية أن تسمح لشركائها المحليين بلعب دور أكثر فعالية في الحكم والأمن، بما في ذلك في دير الزور، وأن تساعد في الدفاع عنهم ضد هجمات تنظيم الدولة.

ما يزال من الممكن منع عودة تنظيم الدولة الإسلامية إلى الظهور في العراق وسورية. لكن ذلك يتطلب جهوداً متضافرة من قبل خصوم التنظيم المحليين والدوليين، الذين ينبغي أن يتجنبوا حدوث صراع مهلك فيما بينهم بشكل يمنح التنظيم حياة جديدة.

بيروت/اسطنبول/بغداد/دير الزور/بروكسل، 11 تشرين الأول/أكتوبر 2019

 

I. Introduction

The Islamic State in Iraq and Syria (ISIS) has been “defeated” more than once. In 2010, the U.S. announced that U.S. and Iraqi forces had killed or captured most of the group’s leadership, calling into question its ability to regroup.[fn]Thom Shanker, “Qaeda leaders in Iraq neutralized, U.S. says”, The New York Times, 4 June 2010.Hide Footnote  But just three years later, ISIS expanded from Iraq into Syria and founded a militant proto-state. In 2014, it proclaimed a global “caliphate” and unleashed attacks worldwide, even as it went on murderous rampages in both Iraq and Syria.[fn]ISIS perpetrated a genocide against Iraq’s Yezidi minority, in addition to its many offences against other Iraqi and Syrians, including against Sunni Arabs who opposed the organisation or transgressed its draconian behaviour codes. For UN experts’ finding that ISIS committed a genocide against Iraq’s Yezidis, see Independent International Commission of Inquiry on the Syrian Arab Republic, “‘They Came to Destroy’: ISIS Crimes against the Yazidis”, 15 June 2016. Crisis Group’s previous reports on ISIS include Crisis Group Middle East Report N°144, Make or Break: Iraq’s Sunnis and the State, 14 August 2013; Crisis Group Middle East Report N°150, Iraq: Falluja's Faustian Bargain, 28 April 2014; Crisis Group Special Report N°1, Exploiting Disorder: al-Qaeda and the Islamic State, 14 March 2016; and Crisis Group Middle East Report N°204, Squaring the Circles in Syria’s North East, 31 July 2019.Hide Footnote  World powers responded by teaming up with Iraqi and Syrian forces to defeat the central ISIS organisation. In December 2017, the Iraqi government declared victory over the group, while the U.S. and its Syrian partners announced they had eliminated its last pocket of territory in eastern Syria in March 2019.[fn]Al-Abadi announces ‘liberation’ of Iraq from ‘Islamic State’ organisation, Washington welcomes”, France 24, 9 December 2017 (Arabic); Syrian Democratic Forces, “Breaking news: our forces (SDF) are flying their flags over [Baghouz] and declare victory over ISIS”, 23 March 2019; White House, “The United States and Our Global Partners Have Liberated All ISIS-Controlled Territory”, 23 March 2019.Hide Footnote

Even as ISIS was losing its physical “state”, however, it had begun to shift from open, semi-conventional combat to guerrilla warfare. It has since waged asymmetric campaigns in both Iraq and Syria, with the avowed aim of depleting its enemies’ ranks before, eventually, returning to claim territorial control.

When ISIS announced its “caliphate”, it claimed dominion over Sunni Muslims worldwide and renamed itself simply “the Islamic State”. With this move, the group ostensibly decoupled its identity from any given territory and from its original home base in Iraq. As ISIS has lost territory in both countries, it has shifted its media focus to some of its more far-flung “provinces” in places such as Nigeria and Afghanistan, where it can demonstrate momentum.[fn]For more on ISIS affiliates in the Lake Chad basin, see Crisis Group Africa Report N°273, Facing the Challenge of the Islamic State in West Africa Province, 16 May 2019.Hide Footnote  Notionally, the writ of ISIS’s “caliphate” extends everywhere, and its command can be anywhere.

In practice, though, Iraq and Syria remained the transnational organisation’s effective centre. Officials believe that ISIS leader Abu Bakr al-Baghdadi, an Iraqi national, and the rest of the group’s top leadership are somewhere in Iraq or Syria.[fn]Crisis Group interviews, U.S. officials, Washington, April 2019.Hide Footnote  Per ISIS’s own reporting, its operations are concentrated in these two countries.[fn]ISIS, “In the company of the leader of the faithful”, Al-Furqan Media Foundation, 29 April 2019 (Arabic).Hide Footnote U.S. officials believe that ISIS’s central command issues broad guidance to the organisation’s affiliates and supporters around the globe, though it does not direct them on a day-to-day basis.[fn]Crisis Group interviews, U.S. officials, Washington, January and April 2019.Hide Footnote

The most imminent threat is in Syria, where Turkey has launched a military intervention in the north east.

Since 2017, officials and experts have regularly warned of a resurgent “ISIS 2.0” in Iraq and Syria, yet the organisation’s strength in each country has been difficult to gauge.[fn]For example, see Phil Stewart, “U.S. to fight Islamic State in Syria ‘as long as they want to fight’: Mattis”, Reuters, 14 November 2017.Hide Footnote  It can no longer be measured in mechanised columns or in square kilometres of territory. From the ground, ISIS’s “resurgence” has seemed overstated.

That could change. The most imminent threat is in Syria, where Turkey has launched a military intervention in the north east against the U.S.’s main Syrian partner in the fight against ISIS, following U.S. President Donald Trump’s abrupt 6 October decision to step aside. But even beyond that, other dangers loom.

This report looks at current ISIS activity in Iraq and Syria, as well as the risk of its return. It is based primarily on Crisis Group field work in Iraq and Syria, including more than 150 interviews in cities in those two countries, Washington, Beirut and Amman, with civilian and security officials, local and foreign; civil society and communal leaders; humanitarian aid workers; and others. It also builds on Crisis Group’s previous reports and briefings on both Iraq and Syria.

Destruction in Mosul after the city's recapture from ISIS, March 2019. CRISISGROUP/Sam Heller

II. Iraq: The New ISIS Insurgency

In Iraq, ISIS is waging an active, deadly insurgency. Yet it is an insurgency that is diminished, not just from ISIS’s capabilities at its height in early 2015, but also from the long campaign that preceded the group’s 2014 surge. ISIS’s current war is also one limited mostly to the country’s rural periphery. In much of Iraq today, security is better than it has been for years – despite the violence amid recent protests, which has marred the relative calm.[fn]A senior Western diplomat said: “Everyone says it’s a fragile situation. Nobody denies that, given recent Iraqi history. And the security situation is the product of endogenous and exogenous effects. But the facts are that ordinary Iraqi citizens have less possibility of being wounded or killed in an explosion or a terror attack than at any time in the last fifteen or sixteen years”. Crisis Group interview, Baghdad, February 2019.Hide Footnote

ISIS units have taken refuge in some of Iraq’s most forbidding terrain.

ISIS is now mainly active along a rural spine that runs across the northern third of Iraq from southern Ninewa to northern Diyala province, including the Hamrin and Makhoul mountains. It also operates in the Jazira and Anbar deserts in Iraq’s west, as well as scattered pockets elsewhere.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi officials and Western diplomats, Iraq, February, March and June 2019.Hide Footnote  ISIS units have taken refuge in some of Iraq’s most forbidding terrain, including mountains and caves, remote desert, orchards, river groves and islands. They also shelter in destroyed and abandoned villages. These rugged areas give ISIS natural cover, allowing fighters to hide by day, then move by night in small groups on foot or by motorbike.[fn]Crisis Group interviews, Baghdad, Kirkuk, Erbil, Baquba, February, March and June 2019.Hide Footnote  For sustenance and armament, they rely on hidden caches of food and weapons, as well as supplies from collaborators.[fn]Crisis Group interview, Iraqi security official, Baghdad, 27 February 2019.Hide Footnote  In the desert, ISIS disappears into subterranean bases, with some militants reportedly traversing open expanses posing as shepherds.[fn]According to an Anbar security official, ISIS buried large containers in the desert and now uses them as underground hideouts invisible to passing patrols. They additionally shelter in trenches and Bedouin camps. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. The head of Iraq’s Hawks intelligence cell has described a tunnel network ISIS dug in south-western Ninewa province. Saad al-Sammak, “Hawks Cell foils largest terror plot in 2019”, al-Sabah, 28 July 2019 (Arabic).
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According to an Anbar security official, ISIS buried large containers in the desert and now uses them as underground hideouts invisible to passing patrols. They additionally shelter in trenches and Bedouin camps. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. The head of Iraq’s Hawks intelligence cell has described a tunnel network ISIS dug in south-western Ninewa province. Saad al-Sammak, “Hawks Cell foils largest terror plot in 2019”, al-Sabah, 28 July 2019 (Arabic).
 

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This terrain can be nearly impassable for Iraqi security forces’ vehicles or so exposed that these forces cannot approach without alerting insurgents far in advance.[fn]A Ninewa military official said: “These are areas that are difficult to reach, where they can hide. ... When aircraft come, they can retreat; they have their intelligence network. It takes us a day to get to Baaj, and their vehicles are faster than ours, which are heavy and armoured”. Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote  These areas cannot be permanently “held” by Iraqi forces, only watched and periodically patrolled and cleared. Many are traditional insurgent havens, only tenuously under the government’s control.[fn]An Iraqi presidential adviser said: “Hamrin was always a place for rebels; even under Saddam, the state didn’t have full control”. Crisis Group interview, Baghdad, 26 February 2019.Hide Footnote

From these natural redoubts, ISIS units can prey on civilians in lightly policed outlying areas. In bands of five to ten, they can support themselves by kidnapping and extorting civilians at night.[fn]Crisis Group interviews, security officials, Kirkuk and Ramadi, March and June 2019. According to a Kirkuk security official: “They threaten people [in rural areas] and demand food. If someone has collaborated with the security services, they abduct him or blow up his house”. A resident of Hawija in Kirkuk province told Crisis Group that hungry ISIS members “use their weapons to get a sandwich, like cowboys”. Crisis Group interview, Kirkuk, February 2019.Hide Footnote  “It’s not big groups”, said a Ninewa military official. “They work like thieves, killing and taking money”.[fn]Crisis Group interview, Mosul, March 2019.
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 Indeed, some ISIS activity is nearly indistinguishable from banditry.[fn]ISIS also reportedly extorts the trucking companies plying Iraq’s highways. Crisis Group interviews, Hisham al-Hashemi, ISIS expert, Baghdad, 24 February 2019; and Iraqi journalist and security analyst, Baghdad, February and June 2019.
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 ISIS is said to have accumulated large amounts of money during its period of territorial control, some of which it may have stashed inside Iraq or abroad.[fn]Some governments estimate that ISIS still has as much as $300 million. UN Security Council, “Twenty-fourth report of the Analytical Support and Sanctions Monitoring Team submitted pursuant to resolution 2368 (2017) concerning ISIL (Da’esh), Al-Qaida and associated individuals and entities”, 15 July 2019. In one high-profile case, Iraqi and Kurdish special forces, with Coalition assistance, disrupted a money transfer network that was moving millions of dollars around the world for ISIS. U.S. Department of the Treasury, “Treasury designates key nodes of ISIS’s financial network stretching across the Middle East, Europe and East Africa”, 15 April 2019.Hide Footnote  For now, though, the group likely does not need much – its level of violence seems both inexpensive and self-sustaining.[fn]See Lead Inspector General, “Operation Inherent Resolve: Lead Inspector General report to the United States Congress”, 6 August 2019, p. 16.
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ISIS units also engage in violence that is more overtly political. They systematically kill local state representatives, including mukhtars (village headmen) and members of the security forces. The seeming aim is to terrorise residents into non-cooperation with the Iraqi security forces.[fn]A Diyala journalist said: “There’s still this fear. For these people, the organisation is closer to them than the security forces are”. Crisis Group interview, Baquba, June 2019.Hide Footnote  Militants additionally attack checkpoints and target security forces with roadside bombs, ambushes and sniper attacks. According to a senior Coalition officer:

[ISIS attacks] tend to be more basic, which marries up with them moving to insurgent-type tactics. More complex attacks require more people, experience, materials. … With these insurgent-type tactics, they’re working in small, dispersed groupings, which are harder to detect.[fn]Crisis Group phone interview, July 2019.Hide Footnote

ISIS attacks are often propaganda of the deed, in that their violence also carries a political message aimed at multiple audiences.[fn]A Kirkuk security official said: “[ISIS] conducts operations that have a media impact, so it can restore terror to people’s hearts and say it’s present on the battlefield”. Crisis Group interview, Kirkuk, March 2019.Hide Footnote Its assassinations of mukhtars are one example of operations that have both functional and performative value. Mukhtars are responsible for knowing the residents of a city neighbourhood or town and managing their interactions with the government.[fn]A mukhtar described his cooperation with the security services, including maintaining records of residents, supervising new arrivals and facilitating law enforcement. “Anything that happens, I hear about it first, before the government”. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. ISIS has highlighted the security role played by mukhtars in its media releases. See ISIS, “May God grant you victory”, Iraq Province-Diyala media office, 14 April 2019 (Arabic).Hide Footnote They also serve as a key node of communication between residents and Iraq’s security services, giving the latter insight into what is happening locally. When ISIS kills mukhtars, it both blinds the state and intimidates civilians. The group then amplifies the murders’ effect with media releases that publicise them and sometimes even include video footage of the killings, bringing the organisation’s night-time home invasions in rural Iraq to national and global audiences, including its own members and supporters.[fn]ISIS evidently wants to communicate that these killings are systematic, even if, in practice, some may be more opportunistic. In a June 2019 video, for example, ISIS staged a scene in which its militants scroll through a spreadsheet of assassination targets. The narrator says: “They prepared the silencers and worked their way down these lists of criminals”. ISIS, “The splitting of heads 2”, Iraq Province-Dijla media office, 11 June 2019 (Arabic). ISIS has previously highlighted its killing of mukhtars as a key operational metric, as in an infographic in the 6 September 2018 issue of its weekly newsletter, al-Naba. “However many of you mukhtars there are, we’ll liquidate you all soon”, an apparent ISIS member wrote to one mukhtar in a text message the mukhtar showed to Crisis Group. Crisis Group interview, June 2019.Hide Footnote

Since 2017, ISIS has carried out few complex, multi-stage attacks, such as car bombings and mass-casualty suicide attacks, that require developed logistical networks.[fn]ISIS has claimed a handful of high-casualty attacks, including one by two suicide attackers in a Baghdad suburb that ISIS said killed and wounded 70. Al-Naba, 18 July 2019. Local reporting does not back up these purported body counts.Hide Footnote  The group’s reluctance to expend men in suicide attacks may indicate that it is conserving manpower.

There are few foreigners left in ISIS ranks in Iraq; as aliens, they cannot easily survive.

Many active ISIS militants seem to be Iraqis and natives of their respective areas of operation. There are few foreigners left in ISIS ranks in Iraq; as aliens, they cannot easily survive.[fn]Hisham al-Hashemi estimates there are still 200 to 300 foreigners fighting with ISIS in Iraq, mostly in Anbar. Crisis Group interview, Baghdad, 24 February 2019. Senior Iraqi security officials and a senior Coalition officer said the flow of foreign fighters into Syria and Iraq has slowed to a trickle. Crisis Group interviews, Baghdad and by phone, February and July 2019.Hide Footnote Locals, on the other hand, are intimately familiar with the human and physical terrain – who is who and where to run. In Kirkuk, residents say they can distinguish between ISIS assaults and normal criminality because they know these ISIS attackers individually as local ISIS fugitives.[fn]Crisis Group interviews, officials and residents, Kirkuk, February-March 2019. A Kirkuk security official told Crisis Group: “[Residents] can tell the difference. Most of these people are known to them as ISIS, wanted men. … There will be four or five locals, with two or three strangers. … Locals know the roads, how to get food and drink, how to disappear”. Crisis Group interview, Kirkuk, March 2019.Hide Footnote  These ISIS fighters themselves know area residents, and in some places can rely on family to supply them.[fn]Crisis Group interviews, officials and residents, Baghdad, Baquba and Kirkuk, March and June 2019. According to a Kirkuk tribal sheikh: “[ISIS members] return to their families to get bread and water. ISIS members in the area are in the places they lived. They’re all sons of the area; maybe 2 or 3 per cent are outsiders. … These locals are more difficult to eliminate. They have some safe haven”. Crisis Group interview, Kirkuk, March 2019.
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Among ISIS’s Iraqi guerrillas, some may be committed ideologues, but all are wanted men, whatever their motives. They have few obvious alternatives to militancy, aside from the gallows. According to a Diyala journalist: “These are local ISIS, who got involved with the organisation, and for whom there’s now no going back”.[fn]Crisis Group interview, Baquba, June 2019.Hide Footnote  ISIS’s ranks are much diminished since the days when it was a de facto governing authority and semi-conventional military force. But at least some of its cadres have survived and could be the base for a future large-scale mobilisation.[fn]A senior Iraqi security official distinguished between the organisation’s ideological elite and a larger group who might be enlisted by that core under the right circumstances. “It’s based on conditions. Since ISIS’s defeat, you have a higher proportion of ideologues. But it was different when ISIS was on the advance, when it was victorious, when it had tamkin (territorial and administrative control)”. Crisis Group interview, Baghdad, 27 February 2019. According to a diplomat from a Western Coalition member country: “The most worrying thing is [ISIS’s] cadre structure. They will always find soldiers to work for it, labour. What they need is a management and planning capacity, and that’s something they’ve kept. We haven’t managed to neutralise everyone”. Crisis Group interview, Baghdad, February 2019.Hide Footnote

Many Iraqis interviewed by Crisis Group said ISIS is not winning recruits at present, though some thought it was trying.[fn]Crisis Group interviews, security officials and local residents, Baghdad, Kirkuk, Ramadi, Baquba, February, March and June 2019. Coalition officials, on the other hand, assert that ISIS is actively recruiting. Crisis Group phone interview, senior Coalition officer, July 2019; “Operation Inherent Resolve: Lead Inspector General Report to the United States Congress”, op. cit., pp. 42-43.Hide Footnote  One Kirkuk official said ISIS cells seem not to regenerate after being hit by Coalition airstrikes, in part because they are not recruiting and cannot easily bring reinforcements from elsewhere: “Groups that have been bombed go quiet. They come back, but not like they were”.[fn]Crisis Group interview, Kirkuk, March 2019.Hide Footnote  ISIS militants have difficulty travelling long distances undetected, though they may have greater freedom of movement in open desert.[fn]Crisis Group interviews, Anbar security official and senior Coalition official, May and June 2019.Hide Footnote  Some have infiltrated Iraq via its desert Syrian border, which has remained to some extent porous.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi security officials and Western diplomats, Baghdad, Mosul and Washington, February-April 2019. A senior Iraqi security official said Iraqi forces could prevent large-scale infiltrations, but not small groups crossing. Crisis Group interview, Baghdad, 27 February 2019.Hide Footnote  ISIS units seem to be in communication with one another and follow top-level guidance – in one likely example, the targeting of mukhtars – but to operate largely autonomously.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi security officials and Western diplomats, Washington, Baghdad, Kirkuk and Mosul, January-March 2019. The Coalition reports, however, that ISIS militants fleeing to Iraq from Syria “brought more funding for attacks, a more stable [command and control] node, and a logistics node for coordination of attacks”. See “Operation Inherent Resolve: Lead Inspector General Report to the United States Congress”, op. cit., p. 42.Hide Footnote

ISIS also benefits from its enemies’ failures of coordination.

ISIS also benefits from its enemies’ failures of coordination, including along the disputed internal boundaries between Baghdad-controlled Iraq and the Kurdish region.[fn]Crisis Group Middle East Report N°194, Reviving UN Mediation on Iraq’s Disputed Internal Boundaries, 14 December 2018.Hide Footnote  ISIS exploits unguarded spaces between hostile Iraqi and Kurdish forces, from which the group can attack both sides.[fn]Crisis Group interviews, U.S. officials and security analysts, Washington and Baghdad, April and June 2019; “Operation Inherent Resolve: Lead Inspector General Report to the United States Congress”, op. cit., pp. 44-45.Hide Footnote  Federal Iraqi and Kurdish forces have maintained some coordination since the former expelled the latter from disputed areas in October 2017.[fn]Crisis Group interviews, Kurdish security officials, Iraqi security analyst, Western diplomats, Erbil, Baghdad and by messaging app, March, June and July 2019.Hide Footnote Still, distrust runs deep between the two sides: Kurdish officials accuse Baghdad of allowing ISIS to run amok in formerly stable areas, while some local Arabs and Turkmen allege that the Kurds have deliberately destabilised these areas to justify the Kurdish security forces’ return.[fn]Crisis Group interviews, Kurdish security officials and Kirkuk and Diyala residents, Kirkuk, Erbil, Baghdad, Baquba, March and June 2019.
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Since 2017, ISIS has seemed unable to penetrate Iraq’s cities, including not only the capital Baghdad but also smaller municipalities such as Falluja.[fn]A senior Iraqi security official said: “In the mountains, it’s easy for, say, four men to hide. And in Anbar, these are wide open, sprawling areas. But [ISIS] can’t establish itself or operate in the cities”. Crisis Group interview, Baghdad, 27 February 2019.Hide Footnote  That does not mean the organisation is not trying; officials say they have frustrated plots targeting urban areas.[fn]Hawks Cell foils largest terror plot in 2019”, op. cit.Hide Footnote  What violence has occurred in cities – including several unclaimed bombings in Mosul and Kirkuk – is difficult to attribute to ISIS. Many suspect that the attackers were not affiliated with ISIS and were motivated instead by criminal rackets or local political rivalries.[fn]Crisis Group interviews, security analysts and Western diplomats, Erbil, Baghdad and by phone, March, May and June 2019. Mosul’s investigative court announced it arrested an ISIS cell allegedly responsible for March 2019 bombings in Mosul. “Judiciary: Terrorists responsible for Mosul explosions arrested”, Al-Sumaria News, 31 March 2019 (Arabic).Hide Footnote  Iraq’s cities are crowded with armed actors, any of whom might resort to violence for various reasons. Some might be interested in exaggerating the role of ISIS, as it makes for a convenient scapegoat.[fn]One Diyala resident said: “So maybe there’s an attack by an ISIS sniper – or maybe it’s by someone from a militia, and it gets blamed on ISIS”. Crisis Group interview, Baquba, June 2019.Hide Footnote  There are also persistent fears that ISIS sleeper cells lie in wait across the country.

Destruction in Mosul after the city's recapture from ISIS, March 2019. The wall graffiti says: "Warning. Contaminated area. Corpses present." CRISISGROUP/Sam Heller

III. ISIS’s Cyclical Strategy

Even as ISIS in Iraq is much reduced from its 2015 height, Iraqis and their foreign partners are, understandably, still worried about the organisation’s possible resurgence. As one Western diplomat put it:

The big question is whether this trajectory is a path or a circle. Is this the top of the circle, where things are looking good for the moment, but where we should expect a slow descent?[fn]Crisis Group interview, Baghdad, February 2019.Hide Footnote

ISIS may be counting on that sort of cyclical pattern. Its leadership has warned Iraq’s Sunnis to “repent”, promising that it “is returning to the areas from which it withdrew, either sooner or later”.[fn]Abu al-Hassan al-Muhajir, “He was true to God, so [God] was true to him”, Al-Furqan Media Foundation, 18 March 2019 (Arabic).Hide Footnote According to its own propaganda, its ultimate objective is a return to tamkin – “empowerment”, or territorial and administrative control.[fn]One instance in which ISIS articulated this progression was in an editorial in its weekly newsletter after the fall of Baghouz in north-eastern Syria, in which it reminded supporters that it confronted the Iraqi military head on only after years of grinding asymmetric warfare. “The mujahideen in Iraq didn’t seize cities and realise tamkin overnight, as some imagine, nor did they organise the caliphate’s army and immediately enter a frontal war with the polytheists. Rather, they persisted in an exhausting war of attrition for years”. Al-Naba, 18 April 2019.Hide Footnote  ISIS frames its struggle as protracted. “Our battle today is one of attrition and outlasting the enemy”, said the group’s leader Abu Bakr al-Baghdadi in his 29 April 2019 video appearance.[fn]ISIS, “In the company of the leader of the faithful”, op. cit.Hide Footnote  This strategy is not novel.[fn]An Anbar security official noted that ISIS had previously come back from near-defeat: “They’re trying now to rebuild themselves, and working like they did in 2010, 2009 – security detachments, assassinations, IEDs”. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. For one distillation of ISIS’s past strategy, see Craig Whiteside, “War, interrupted, part I: the roots of the jihadist resurgence in Iraq” and “War, interrupted, part II: from prisoners to rulers”, War on the Rocks, 5 and 6 November 2014.Hide Footnote  It is a plan, however, to which ISIS has evidently devoted considerable thought.

If given the chance, the group will likely supplement its continuing low-grade vio-lence with more complex, resource-intensive attacks.

Per ISIS’s own literature, the group’s approach in Iraq seems tailored to difficult conditions, with the aim of incremental progress toward tamkin.[fn]For one example of the group’s thinking, see a column in its weekly newsletter, in which it provided guidance as to the appropriate mix of low-cost, high-volume violence and resource-intensive, high-impact attacks, depending on context and timing. Al-Naba, 25 July 2019, p. 8, available in translation at “Islamic State: Substantial, continuous ‘returns’”, Abu al-Jamajem (blog), 11 August 2019.Hide Footnote  ISIS’s leaders recognise that counter-insurgency operations are meant to keep the movement off balance and prevent it from escalating its own campaign.[fn]Ibid., p. 3, available in translation at “Islamic State: ‘In the eyes of his enemies an army of heroes…’”, Abu al-Jamajem (blog), 11 August 2019.Hide Footnote  If given the chance, the group will likely supplement its continuing low-grade violence with more complex, resource-intensive attacks.[fn]Ibid., p. 8. The column recommends that, as the ISIS unit strengthens, it carry out a mix of high- and low-cost operations to make full use of its capabilities.Hide Footnote

Even as ISIS carries out its strategy, however, the group’s success also depends on circumstance: it operates in an Iraq that has changed substantially since 2014, mostly to the jihadists’ detriment. Key shifts in Iraqi politics, security and society may present an opportunity to prevent ISIS’s cyclical return.

A. Breaking the Cycle

Iraqis describe a major change in the country’s mood, and, in particular, in Iraqi Sunni Arabs’ relationship to the body politic.[fn]ISIS presents itself as the champion of all Sunnis, regardless of ethnicity or nationality. In Iraq, though, it has traditionally drawn its strength mainly from Sunni Arabs and (to some extent) Sunni Turkmen. Sunni Kurds have been much less involved.Hide Footnote

ISIS surged in 2013 and 2014 at a period of exceptional sectarian polarisation in Iraq. Sunni Arab political forces had mounted nationwide protests as part of a broad-based mobilisation against the government led by Prime Minister Nouri al-Maliki – “Shiite Baghdad”, as many Sunni Arabs saw it. Iraqis describe a confluence of motivations among Sunni Arabs who opposed Baghdad at the time, including resentment of the security services’ heavy-handed treatment; rejection of the post-2003 Iraqi political order, which apportioned power along ethno-sectarian lines and turned Sunni Arabs into a political minority; and hostility to Iranian influence. These sentiments were mutually reinforcing and, for many at the time, not easily distinguishable.[fn]See Crisis Group Report, Make or Break, op. cit.; Crisis Group Report, Falluja’s Faustian Bargain, op. cit.Hide Footnote

ISIS is a sectarian supremacist organisation; its sole constituency and recruiting pool is Sunnis. The group is strengthened if it can polarise Iraq on sectarian lines and pit the country’s (non-Kurdish) Sunnis, as a bloc, against the rest of the country. Its violence has long aimed to aggravate the sectarian divisions that emerged after the 2003 U.S. invasion and reshape Iraqi politics along those lines.[fn]Sectarian polarisation was the central premise of the strategic framework that ISIS forefather Abu Musab al-Zarqawi pitched to al-Qaeda’s international leadership circa January 2004. U.S. Department of State, “Zarqawi Letter”, February 2004.Hide Footnote

In 2019, however, in the wake of Iraq’s military campaign against ISIS, sectarian political polarisation seems to have faded. Sectarian division persists on a social level. Local controversies sometimes take on a sectarian dimension, and criticism of Iran is occasionally difficult to distinguish from anti-Shiism.[fn]A dispute between Mosul’s Sunni and Shiite Islamic endowments over custodianship of properties around the city has upset a larger segment of local Sunnis, for example. See Adnan Abu Zeed, “Sunnis accuse Shiites of expanding influence in Mosul”, Al-Monitor, 17 July 2019. One Mosul resident told Crisis Group that the Saddam-era military officers populating the city were responsible for tinging this dispute with sectarian animus: “It was planted in their minds that their first enemy is Iran, before Israel. … Even an atheist can be sectarian”. Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote  Still, on the whole, Iraq is moving away from sectarian politics. Iraqi politicians and leaders (with a few exceptions, most of whom live in exile) have abandoned sectarian agitation as a rhetorical theme.[fn]Crisis Group interviews, Iraq, February, March and June 2019.Hide Footnote  Rejection of Iraq’s post-2003 order, as a political rallying point for Sunni Arabs, also seems to have dropped off.[fn]ISIS tapped revisionist energy regionally, with its ostentatious erasure of the Iraqi-Syrian border and repudiation of all the Arab world’s “Sykes-Picot” boundaries. See ISIS, “Breaking the borders”, al-Itisam Media Foundation, 29 June 2014 (Arabic). For more on the struggle over Iraq’s post-2003 order and the salience of sectarian politics, see Fanar Haddad, “The Waning Relevance of the Sunni-Shia Divide”, The Century Foundation, 10 April 2019.Hide Footnote While it is debatable how much Iraqi political elites – of all sects – represent the Iraqi public, those elites tend now to cooperate across sectarian lines.[fn]According to a Western diplomat: “Since 2018, the elite factions have learned to accommodate each other through a loose set of rules. ISIS is obviously excluded from that, but so is the electorate”. Crisis Group interview, Baghdad, February 2019.
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 On the grassroots level, the experience of the war against ISIS also played an important role in mobilising young Iraqis to participate in cross-sectarian civic activism.[fn]Activists have organised trips for Anbar youth to neighbouring Najaf and Karbala provinces, for example. Crisis Group interviews, Iraqi activists, Baghdad and Ramadi, June 2019.
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When protests turned to armed rebellion, some “tribal revolutionaries” and “military councils” saw ISIS as a useful ally.

Iraq’s Sunni Arabs also now have a clearer idea of what ISIS represents. The group existed before 2014, but before then had never managed to impose its full, draconian control on any community. In 2013 and 2014, ISIS infiltrated a Sunni mass movement led by politicians, tribal figures and clerics, one that encompassed various political trends. When protests turned to armed rebellion, some “tribal revolutionaries” and “military councils” saw ISIS as a useful ally.[fn]See Crisis Group Report, Falluja’s Faustian Bargain, op. cit. According to an Anbar tribal sheikh: “People started to be convinced that they needed an armed wing, to support the Sunnis. They said, ‘The Shiites have the army, the police, militias. And the enemy of my enemy is my friend’. So some tribal leaders began to have meetings with ISIS commanders. Not so [ISIS] could take over, but so they might back them up, as a force that’s present and capable”. Crisis Group phone interview, 7 July 2019.Hide Footnote  At least at the outset, ISIS coexisted with other insurgent forces.[fn]According to a Falluja activist, ISIS originally entered the city as “tribal revolutionaries”: “They told people, ‘I want to achieve your goals and demands – a Sunni region, separate from the central government’. And people accepted that. Then they started to impose their control”. Crisis Group interview, Falluja, June 2019.Hide Footnote  It also made effective use of general confusion nationwide; amid the chaotic collapse of the Iraqi security forces in June 2014, for example, it was not clear to some Mosul residents who had actually captured their city.[fn]One Mosul resident said some locals celebrated because they thought the city’s fall marked the return of the Iraqi Baath Party. Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote Sunni residents of these areas had an approximate understanding of ISIS as a continuation of the “resistance” and “jihad” against U.S. forces and Baghdad that began in 2004.[fn]A Mosul resident told Crisis Group: “There had been a duality in the personality of someone from Mosul [before the city’s fall]. If someone wasn’t ISIS, he wouldn’t want to live with ISIS. But so long as he wasn’t hurt by it directly, he’d turn a blind eye. And if he saw ISIS blow up the security forces, inside he’d feel a little happiness”. Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote  It was only after ISIS took over and imposed its total, brutal control that they grasped how ISIS differed from other opposition trends. By then it was too late.

For most residents of areas seized by ISIS, the organisation’s control was a sudden fait accompli. As ISIS recruited locals to scale up into a mass force, most of those who joined appeared not to be ideologues. Residents of these areas believe that most of the recruits were local youth with no defined ideological direction who were uneducated, aggrieved or seeking money and power.[fn]Crisis Group interviews, Kirkuk, Mosul, Falluja, Ramadi, February, March and June 2019. One Mosul resident said men in the city joined for a job or for status. “Just joining the organisation forced everyone to respect you. However low or suspect we knew someone had been in the past, as soon as he pledged allegiance, we were forced to pay him respect”. Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote

Ordinary residents who were not drawn into ISIS had to survive first the group’s brutal rule, and then the wrenching experience of liberation by Iraq’s security forces, which left swathes of cities razed. After that, Iraqis say, most of them want no more of ISIS.[fn]Crisis Group interviews, Baghdad, Kirkuk, Mosul, Baquba, Falluja and Ramadi, February, March and June 2019.Hide Footnote  One Anbar native said locals would accept nearly anything else. “Even the idea of Shiite or Iranian influence is totally accepted”, he said. “It’s better than ISIS. They’re both bad, but ISIS is worse”.[fn]Crisis Group interview, Ramadi, June 2019.Hide Footnote  There is little evident appetite in these shattered towns and cities for opposing Baghdad, for fear of inviting ISIS back. Next to ISIS, a dysfunctional Iraqi state is preferable.

That change in the Sunni mood has contributed to a more functional relationship between Sunni Arabs and the security forces, as those forces have, for their part, worked to deal more respectfully with the local population.[fn]Crisis Group interviews, February, March and June 2019.Hide Footnote  Iraqi officials say the security forces’ previous mistreatment of Sunni Arab residents – which had included humiliating treatment at checkpoints, arbitrary arrests and sweeping terror prosecutions – had to improve.[fn]A Kirkuk security official said: “It’s very important to win [people’s] trust. Not for the security forces to come in and say, ‘You’re all ISIS, you all welcomed them’”. Crisis Group interview, Kirkuk, March 2019.Hide Footnote  According to officials, residents of these areas now cooperate with the security forces, reporting on local ISIS movements.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi civilian and security-military officials, Mosul, Ramadi, Falluja, March and June 2019.Hide Footnote  “Things are good because of the people, not the security forces”, said a Ninewa military official. “The mood has changed; it’s not like before. Before, people worked like an intelligence service for al-Qaeda and ISIS”.[fn]A civilian Mosul official echoed this view: “[ISIS] used to have wells of support, people who would welcome them into their homes, and who knew they would blow up the army”. Now, he said, locals readily report known ISIS elements or suspicious strangers in their neighbourhoods. Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote

ISIS has also lost the clandestine networks it spent years building in places like Mosul before 2014, with which it extorted, assassinated and generally terrorised local residents.[fn]One Mosul public employee recalled that when ISIS commandeered the municipal and provincial administrative apparatus, it installed the operatives previously responsible for secretly extorting employees in various public offices as those offices’ heads. Crisis Group interview, Mosul, March 2019. For one account of ISIS’s mafia-style control in Mosul, see Letta Taylor, “Before the Fall”, Foreign Policy, 13 June 2014.Hide Footnote  When the group seized control, it pulled many of its underground agents and sympathisers to the surface.[fn]Crisis Group phone interview, analyst Michael Knights, March 2019; Iraqi security official and Iraqi security analyst, Baghdad, June 2019. In areas ISIS never overran, its networks may still be intact. One Iraqi security analyst said: “In areas that were under ISIS, the sleeper cells appeared. They haven’t been allowed to come back since – now they’re known, and they’ve been cleaned out. But not somewhere like [Baghdad suburb] Tarmiya; those working with ISIS weren’t exposed”. Crisis Group interview, Baghdad, June 2019.Hide Footnote  That these people are now exposed may be one reason why ISIS has retreated to natural cover in mountains and deserts.

 

A civilian Mosul official echoed this view: “[ISIS] used to have wells of support, people who would welcome them into their homes, and who knew they would blow up the army”. Now, he said, locals readily report known ISIS elements or suspicious strangers in their neighbourhoods. Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote

With time, Iraqi Sunnis’ bad memories of ISIS could fade but are unlikely to vanish entirely.

Reconstituting these support networks will be a major undertaking, one that many Sunni Arabs now seem prepared to resist. Officials and residents appear confident that they know who worked with ISIS and even who, in their eyes, was too close to the group’s members as friends or family to be trusted now.[fn]A Kirkuk security official said: “Villagers know who was ISIS and who wasn’t. The ones who are known are arrested. So, in a village, we’ll know there were twenty ISIS members, and who among them has been killed or detained”. Crisis Group interview, Kirkuk, March 2019.
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They seem ready to keep those people out of their towns and villages. (The exclusion of those civilian residents marked as “ISIS-affiliated” poses its own risks for Iraq’s social cohesion and stability – see below, on “ISIS families”.) Moreover, Iraqis’ tight communal ties facilitate a return of effective state control. With liaisons like mukhtars between the security services and ordinary people, the government can frustrate ISIS attempts to re-enter most towns.[fn]According to a Ramadi mukhtar, “We have a system: ‘No strangers live here’”. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019.
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With time, Iraqi Sunnis’ bad memories of ISIS could fade but are unlikely to vanish entirely.

ISIS militants will not lay down their arms just because most Iraqis dislike them. Indeed, Iraqis suspect that part of the reason for the group’s persistence is that it retains some base of sympathisers and collaborators.[fn]Crisis Group interviews, Baghdad, Mosul and Baquba, March and June 2019.Hide Footnote  But to fully reassert itself ISIS would presumably have to augment its core with new recruits – Iraqis who might become involved with the group’s activities only if circumstances push them to it. An unfriendly Sunni population seems likely to hamper reconstitution of national ISIS networks, constraining its numerical and geographic expansion.

ISIS’s military defeat has boosted the security forces’ morale.

On the battlefield, the Iraqi military and security forces have kept the initiative against ISIS.[fn]Since July 2019, for example, Iraqi security forces have carried out a series of large-scale joint operations branded Will of Victory. “Launch of Operation Will of Victory to pursue cells in several provinces. … Statement of ‘support’ from Abdel Mahdi”, NAS News, 7 July 2019 (Arabic).Hide Footnote  These forces, chronically weak since the U.S.-led Coalition Provisional Authority gutted them in 2003, collapsed before ISIS’s advance in 2014. Today, they still lack key capabilities, which has limited their progress against ISIS.[fn]The Coalition says gains from Iraqi clearing operations have been “limited” because Iraqi security forces lack sufficient forces to hold areas that have been cleared, which allows ISIS fighters to withdraw and then later return. “Operation Inherent Resolve: Lead Inspector General Report to the United States Congress”, op. cit., p. 43.Hide Footnote  They remain a patchwork of formal units and paramilitary forces, including al-Hashd al-Shaabi (the Popular Mobilization Forces) formed in response to Grand Ayatollah Ali al-Sistani’s fatwa in 2014. They also suffer problems of internal coordination, including among competing intelligence agencies. Still, ISIS’s military defeat has boosted the security forces’ morale, and Coalition support has reinforced units such as the elite Counter-Terrorism Service.

Where the Iraqi security forces lack capacity, they can rely on the U.S.-led international coalition. Coalition member countries provide training and equipment to various elements of the Iraqi security forces.[fn]This assistance includes specialised training in, for example, paramilitary policing. Crisis Group interviews, senior Coalition officer and Western diplomats, Washington, Baghdad and by phone, February and July 2019.Hide Footnote  Coalition members also contribute to ongoing counter-ISIS operations, though their forces no longer regularly accompany Iraqi security forces on the battlefield. Instead, they play a primarily advisory role, providing Iraq with vital technical capabilities, including intelligence, surveillance, reconnaissance and air support.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi security officials and Coalition officials, Baghdad, Kirkuk, Mosul, Washington and Beirut, January-June 2019.Hide Footnote  Iraqi security forces rely on these capacities to maintain pressure on ISIS in rural environs.[fn]A Kirkuk security official told Crisis Group that the areas in which ISIS is now concentrated require overhead surveillance provided by the Coalition. “It’s a wide area”, said a local tribal paramilitary leader about Kirkuk’s Hawija countryside. “The only way to control it is from the air”. Crisis Group interviews, Kirkuk, March 2019.Hide Footnote  Despite Coalition partners’ efforts to build up Iraq’s air force, for now Iraq depends on the Coalition.[fn]Crisis Group interview, senior Coalition officer, phone, 23 July 2019.Hide Footnote

B. Or Another Turn of the Wheel?

Still, drivers of insecurity and conflict persist in Iraq. Some of these directly benefit ISIS, while others threaten Iraq’s stability in ways that ISIS could exploit.

Iraq will not be able to rely on Coalition assistance in pursuing ISIS for ever.

First, Iraq will not be able to rely on Coalition assistance in pursuing ISIS for ever. Some Iraqi political and paramilitary factions have raised objections to the continuing U.S. role in Iraq, particularly after airstrikes on Iran-linked Hashd units allegedly carried out by Israel in July and August 2019. Powerful Hashd figures have accused the U.S. of complicity in the strikes, which coincided with Israeli strikes on Iran’s local partners in Lebanon and Syria and came amid sky-high U.S.-Iranian tensions regionally.[fn]Al-Muhandis reveals results of investigations into bombing of arms storehouses … and announces ‘deterrent’ measures”, NAS News, 21 August 2019 (Arabic). U.S. officials speaking anonymously have said Israel is responsible for several strikes in Iraq, though other officials have disputed those accounts. Alissa J. Rubin and Ronen Bergman, “Israeli airstrike hits weapons depot in Iraq”, The New York Times, 22 August 2019. The Pentagon has denied any role in attacks in Iraq in 2019, saying it supports Iraqi sovereignty and “has repeatedly spoken out against any potential actions by external actors inciting violence in Iraq”. U.S. Department of Defense, “Statement on recent attacks in Iraq”, 26 August 2019.Hide Footnote  Parliamentarians have previously proposed legislation demanding that U.S. and other foreign forces leave Iraq; already suspicious of U.S. intentions, they are no longer convinced of the need for a U.S. presence.[fn]Crisis Group phone interview, Iraqi analyst and adviser to the prime minister’s office, 10 August 2019. The Iraqi parliament’s Hashd-linked Fatah Coalition echoed doubts about the U.S. presence in a 25 August statement condemning airstrikes on Hashd units that day: “We believe that this American presence, which supposedly protects [Iraqi] airspace even as it provides cover for all these Zionist attacks, is not necessary”. “Fatah Coalition”, Facebook, 11:24pm, 15 August 2019 (Arabic).Hide Footnote

At present, it seems unlikely that Iraq’s parliament will vote to push international forces out of the country. Still, if regional U.S.-Iranian tensions spill into Iraq, they could prompt attacks by Iraqi paramilitary factions against U.S. targets. The results would be unpredictable, but at least one possibility is that the foreign Coalition presence in Iraq could become increasingly untenable. If U.S. forces leave, so will most other international Coalition partners, which rely on the U.S. to operate in Iraq.[fn]According to a Coalition member country diplomat: “The problem is that if you get rid of the Americans, you don’t have the infrastructure to support the rest of the Coalition. So the rest would be swept out, even if they’re not included in a resolution”. Crisis Group interview, Baghdad, February 2019.Hide Footnote  Iraq will lose Coalition member contributions of training and materiel that might help Iraq ultimately achieve self-sufficiency, as well as the Coalition’s technical capabilities that, in the near term, enable Iraq’s counter-ISIS efforts on the battlefield.

If Iraqi forces struggle to patrol the country’s mountains and desert, ISIS will have space to coalesce.

If Iraqi forces struggle to patrol the country’s mountains and desert, ISIS will have space to coalesce. That refuge, in turn, could allow it to mount more sophisticated attacks. A senior Iraqi military officer put it bluntly: “We cannot defeat ISIS without air support from Coalition forces”.[fn]Crisis Group phone interview, senior Iraqi military officer, 5 August 2019. See also Crisis Group Briefing, Evading the Gathering Storm, op. cit.Hide Footnote  Many Iraqi officials privately recognise the continued necessity of U.S. and Coalition support, and U.S. troops have consciously adopted a less visible role in Iraq so as not to look like an occupying force and thus inflame Iraqi opinion.[fn]U.S. forces mainly remain inside Iraqi military bases. Crisis Group interviews, Iraqi and Western officials, Washington and Baghdad, January-February 2019. According to one U.S. official: “We constantly emphasise our respect for Iraqi sovereignty, and that we’re there at their request. We say, ‘We’re here for you,’ in public and private. And privately, everyone understands the ISIS threat”. Crisis Group interview, Washington, January 2019.
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Still, if the Hashd comes under attack again from Israel or any other foreign party, or U.S.-Iranian tensions escalate, the U.S. and Coalition role in Iraq could come to an abrupt and unplanned end.[fn]In a television interview, the commander of one major Iran-linked Hashd faction said: “If a war happens, the Americans [in Iraq] are all hostages of the Resistance’s factions”. “Perspective – exclusive audience with the Secretary-General of Kataib Sayyid al-Shuhada, Abu Alaa al-Walai” (Arabic), video, YouTube, 28 August 2019.
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Even with Coalition assistance, Iraq faces the challenge of securing its periphery, including areas like rural Ninewa and Kirkuk’s Hawija countryside. That challenge is, in turn, related closely to the continuing displacement of those areas’ residents. A reported 1.7 million Iraqis remain internally displaced after the war with ISIS. Many are unwilling to return to destroyed towns, with no jobs and public services.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi officials, Iraqi and international humanitarian workers, Baghdad, Baquba and by phone, February, June-July 2019. See also REACH, “National level movement intentions of IDPs in camps  Feb 2019”, 22 April 2019.Hide Footnote Some have gone home, only to find living there impossible, and left again.[fn]According to a local mukhtar responsible for a displacement camp: “I’ve had people leave for home for five or six months, then return here. They were just sitting around, with no work”. Crisis Group interview, June 2019.
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 The threat of night raids by ISIS is another barrier to return. Residents do not trust the security forces to defend them.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi humanitarian workers and Kirkuk residents, Baquba and Kirkuk, February, March and June 2019.Hide Footnote  Yet their reluctance to return also perpetuates the ISIS threat. One Kirkuk security official said:

When displaced people don’t return, that leaves their villages empty. That gives terrorists space to enter those villages and use them as bases for operations. And village residents are an important source of information [for the security forces].[fn]Crisis Group interview, Kirkuk, March 2019.Hide Footnote

Protracted internal displacement has other risks for the estimated 450,000 Iraqis living in camps.[fn]REACH, “IDP camp directory: comparative dashboard & camp profiles: round XI”, April 2019.Hide Footnote Iraqis and humanitarian workers describe harsh conditions in these camps, as residents suffer violations including sexual abuse and exploitation.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi and foreign humanitarian workers, Baghdad, Baquba, Ramadi, February, March and June 2019. For more on the hardships of displacement in Iraq, see Belkis Wille, “Iraq: Not a Homecoming”, Human Rights Watch, 14 June 2019.Hide Footnote Some report lasting psychological effects on camp residents and those who have returned from the camps to their home areas.[fn]An Iraqi humanitarian worker said camp residents seem “brutalised”, particularly children. “With families who’ve come back from the camps, when we come to distribute food or non-food items, it’s impossible to organise them or to order them by name. They just pounce”. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019.
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Iraqis fear that the camps, if they persist, could become hothouses of anger and militancy.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi civilian and security officials, Baghdad, Mosul and by phone, February, April and June 2019.
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 Iraqi security forces also worry that camp residents will provide aid to local militants.[fn]Crisis Group interviews, senior Coalition officer and humanitarians, Ramadi and by phone, June and July 2019.Hide Footnote  Still, humanitarian agencies have resisted government efforts to evict families from camps, pushing instead for residents’ voluntary return to their homes.[fn]Crisis Group interviews, humanitarian workers, Ramadi and by phone, June and July 2019. According to one: “You don’t want a child to grow up in a camp. It’s in everybody’s best interest for the camps to close. But we also don’t want them to suffer a new trauma”. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. The return of displaced people is also complicated by local politics. Some Iraqis allege that officials and others use camps to carry out corrupt schemes and to muster votes for electoral advantage. Crisis Group interviews, residents, Kirkuk, Baquba and Mosul, February, March and June 2019.
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“ISIS families”, as they are popularly known in Iraq, present an additional dilemma.

“ISIS families”, as they are popularly known in Iraq, present an additional dilemma. These civilians, including women and children, have been expelled by their home areas because of their alleged family ties to ISIS militants.[fn]Crisis Group interviews, Iraqis, Baghdad, Baquba, Mosul, Ramadi, Falluja, February and June 2019. For more, see Elizabeth Tsurkov and Basma Alloush, “Among displaced Iraqis, one group is worse off than the rest”, Foreign Policy, 29 April 2019.
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Many are marooned in displacement camps. In some cases, they are prevented from returning by unresolved investigations into their relatives’ activities or their own lack of documentation, which also precludes them from gaining access to services and enrolling their children in school.[fn]Iraq: School Doors Barred to Many Children”, Human Rights Watch, 28 August 2019.
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Many also face the threat of violence from their own communities.[fn]According to an Iraqi humanitarian worker who works with the displaced: “Some people have gone back home for less than a week before returning [to the camp], because of threats and violations. Some have had husbands kidnapped or killed, one or two days after getting back. … Some people say they’re ISIS, then people come and kill them”. Crisis Group interview, June 2019.Hide Footnote  Collective punishment of “ISIS families” represents the dark side of Iraq’s tightly knit communities and their willingness to police themselves.[fn]A Ramadi mukhtar said local residents knew who the “ISIS families” were and refused to let them return. “People who lived here under ISIS know them; they know who ate and drank with ISIS”. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. A Sunni politician said: “[These people are] being punished for something we [in Iraq’s government and society] did: the government abandoned them when ISIS took over, and they were left there for four years. Now they’re in these open-air prisons. It’s against international law, Iraqi law, the Sharia”. Crisis Group interview, Baghdad, 21 June 2019.
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 As time passes and those still in camps are increasingly assumed to be “ISIS families”, that perception may translate into harsher treatment for all the displaced.[fn]Several Iraqi officials told Crisis Group that a majority of camp residents are “ISIS families”. Crisis Group interviews, Mosul, Ramadi and by phone, March, June and July 2019.
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Many Iraqis recognise that “ISIS families” need to be reintegrated into society, not permanently ostracised. Some militants’ relatives have managed to facilitate their own return by formally renouncing their family members in court.[fn]An Anbar tribal sheikh acknowledged that it was difficult for some to renounce their family members. But he also said: “There are people who’ve refused to renounce [their family members who joined ISIS]. But those people have no place here. … When [someone] doesn’t renounce [his son who fought with ISIS], he becomes loyal to ISIS, loyal to those murderers”. Crisis Group phone interview, 7 July 2019.Hide Footnote  The Iraqi government has helped mediate individual settlements, but it has been unable to devise a comprehensive solution.[fn]Crisis Group interviews, Iraqi officials, Baghdad, Ramadi and by phone, February and July 2019. For one discarded draft plan, see “Iraq: Confining Families With Alleged ISIS Ties Unlawful”, Human Rights Watch, 7 May 2019. Crisis Group interviews, Iraqi officials, June 2019. There seems to be little discussion of third-area resettlement of these families.Hide Footnote  Without action, these people could become a permanent underclass. Even “ISIS families” able to live in their home areas face discrimination.[fn]An international humanitarian worker described one community meeting: “They clearly told me, ‘We have a situation’, where the children of ISIS family members are not even accepted by schools. Some families have indicated that if you see the kids of so-and-so, they were the ones who killed your father, or your brother”. Crisis Group phone interview, 9 July 2019.Hide Footnote  If they cannot reintegrate, some Iraqis fear, their children will themselves subsequently turn to militancy or seek revenge.[fn]An Iraqi journalist said: “Even if a mother doesn’t raise her child on jihadist thought, if a son sees his mother in a camp, if his mother is raped, what will the result be? He’ll ask, ‘Why am I in a camp, just because my father was in ISIS?’” Crisis Group phone interview, 1 April 2019. A Sunni politician said: “Imagine the generation that will emerge from this. A child who hates his father, and hates his community, who has no TV or school. He can’t understand why. He’s a child, and he doesn’t know what happened”. Crisis Group interview, Baghdad, 21 June 2019.Hide Footnote Yet this very stigma – the notion that these children could be “radicalised” – also risks pushing them into dangerous behaviour. (Iraqis additionally worry about the effects of ISIS’s occupation, whether the group’s ideological influence or the trauma of the war, on all children who lived through its control.[fn]Crisis Group interviews, Kirkuk and Mosul, February-March 2019. Many children missed years of school during ISIS’s reign, though some have returned with the help of “catch-up” classes. Crisis Group interviews, Ramadi residents, Ramadi, June 2019.
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)

Efforts to bring ISIS members to justice will deepen the country’s divisions.

Some also fear that efforts to bring ISIS members to justice will deepen the country’s divisions. Iraqis describe episodes of spontaneous revenge by security forces and local residents as they retook areas from ISIS.[fn]Crisis Group interviews, Mosul, Baquba, Ramadi, March and June 2019. See also “Ruinous Aftermath”, Human Rights Watch, 20 September 2015; “Iraq: Execution Site Near Mosul’s Old City”, Human Rights Watch, 19 July 2017.Hide Footnote  Since then, Iraq’s legal system has reasserted itself. Yet Iraq’s post-ISIS justice seems primarily retributive. Prosecutions rely largely on Iraq’s sweeping counter-terrorism law, which criminalises ISIS membership or aid to the group and carries punishments of life imprisonment and death.[fn]The counter-terrorism law entails less demanding evidentiary standards and can deliver indiscriminate sentences irrespective of an ISIS member’s individual crimes. Judges can also issue reduced sentences at their discretion. “Flawed Justice”, op. cit. For the law’s text, see Supreme Judicial Council, “Counterterrorism Law no. 13/2005” (Arabic).Hide Footnote  The UN has said Iraq’s legal system is “marred by very serious structural problems”.[fn]UN Office of the High Commissioner for Human Rights, “UN Expert Urges Efforts from France for the Return of 7 Nationals Awaiting Execution in Iraq”, 12 August 2019.Hide Footnote  Thousands accused of ISIS membership or related offences have been convicted and sentenced to death.[fn]Qassim Abdul-Zahra and Susannah George, “Iraq holding more than 19,000 because of IS, militant ties”, Associated Press, 22 March 2018.
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Iraqi courts have also been vulnerable to error and abuse, as confusion between names on lists of fugitives and false, malicious charges of ISIS involvement have landed innocents in extended detention before Iraq’s slow-moving judicial bureaucracy can clear them.[fn]Crisis Group interviews, residents and officials, Mosul, March 2019. In a report leaked in March 2019, an Iraqi parliamentary fact-finding commission reported malicious filing of false accusations of ISIS involvement in Iraqi courts. “Al-Sumaria News publishes Ninewa fact-finding commission report”, Al-Sumaria News, 14 March 2019 (Arabic). On harsh prison conditions, see, for example, “Iraq: Thousands Detained, Including Children, in Degrading Conditions”, Human Rights Watch, 4 July 2019.
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 Investigatory and judicial processes have improved in some courts, but not necessarily system-wide.[fn]Iraq: Key Courts Improve ISIS Trial Procedures”, Human Rights Watch, 13 March 2019. Security officials say they are aware of these problems and are working to address them. Crisis Group interviews, Iraqi security officials, Mosul and Ramadi, March and June 2019.
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Authorities hold ISIS and non-ISIS prisoners in the same detention facilities, raising concerns that ISIS members might recruit or organise other inmates, as happened before in Iraqi prisons mismanaged by the U.S.[fn]Fears of new jihadist ‘academies’ as Iraqi jails fill up”, France 24, 9 May 2019. One security official said he was unconcerned about this mixing. He said his staff monitor the inmates and recruit prison informants to disrupt any plotting. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. An interior ministry official told the Associated Press that Iraq would never allow a repeat of what happened in U.S.-run prisons: “The Americans freed their captives; under Iraq, they will all receive the death penalty”. “Iraq holding more than 19,000 because of IS, militant ties”, op. cit.
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Fears of new jihadist ‘academies’ as Iraqi jails fill up”, France 24, 9 May 2019. One security official said he was unconcerned about this mixing. He said his staff monitor the inmates and recruit prison informants to disrupt any plotting. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. An interior ministry official told the Associated Press that Iraq would never allow a repeat of what happened in U.S.-run prisons: “The Americans freed their captives; under Iraq, they will all receive the death penalty”. “Iraq holding more than 19,000 because of IS, militant ties”, op. cit.
 

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Some Iraqis question the fairness of post-ISIS justice, or ask about the fate of those who disappeared during and after the military campaign against the group.[fn]Crisis Group interviews, Baquba, Kirkuk and Mosul, February, March and June 2019. One Kirkuk resident said some of those convicted for ISIS membership might not deserve the death penalty. He added: “One of the problems that created ISIS was that there was no justice”. Crisis Group interview, Kirkuk, February 2019.Hide Footnote But most Iraqis who spoke to Crisis Group seemed unconcerned about the consequences of harsh, punitive measures, for which there is a large popular constituency. Many Iraqis who lived through ISIS’s relentless violence – not only from 2014, but from its predecessors in previous years – seem comfortable with an unforgiving approach.

Some residents of areas retaken from ISIS now feel that Iraqis elsewhere in the country regard them as complicit in the group’s actions.[fn]Crisis Group interviews, Kirkuk, Mosul, Baquba, February, March and June 2019.Hide Footnote  According to one Diyala sheikh:

One of a thousand people was ISIS. But because of that one person, that’s held against five hundred households. There were ISIS members in those areas, but you could count them on your fingers.[fn]Crisis Group interview, Baquba, June 2019.Hide Footnote

Some Hashd factions’ behaviour in post-ISIS areas also upsets residents. The Hashd still plays an important part in providing security nationwide, and critically discussing the Hashd’s role can be sensitive; many Iraqis are fiercely defensive of the paramilitary groups and their fighters’ sacrifices in the fight against ISIS.[fn]The U.S. Defense Intelligence Agency has said the Hashd’s effect on countering ISIS is still a “net positive”. “Operation Inherent Resolve: Lead Inspector General Report to the United States Congress”, op. cit., p. 53. Crisis Group Middle East Report N°188, Iraq’s Paramilitary Groups: The Challenge of Rebuilding a Functioning State, 30 July 2018.Hide Footnote  Still, residents of some Sunni-majority areas resent non-local Hashd factions that have remained after the battle and intervened unaccountably in local politics and business.[fn]Crisis Group interviews, Western diplomats and Iraqi civilians, Baghdad, Kirkuk, Mosul and by phone, February-July 2019. In a 1 July edict, Prime Minister Adel Abdel-Mahdi directed the Hashd’s factions to cease political activities and close “economic offices”, among other steps. Office of the Prime Minister, “Cabinet Head and Commander-in-Chief of the Armed Forces Mr. Adel Abdel-Mahdi issues administrative order no. 237 on the mobilisation, out of belief in its fighters and in order to guarantee and safeguard its forces and provide for the continuity of their work”, 1 July 2019 (Arabic). See also Isadora Gotts, “PMU economic offices undermine fragile stability in Mosul”, Al-Monitor, 27 May 2019.Hide Footnote

Crisis Group interviews, Western diplomats and Iraqi civilians, Baghdad, Kirkuk, Mosul and by phone, February-July 2019. In a 1 July edict, Prime Minister Adel Abdel-Mahdi directed the Hashd’s factions to cease political activities and close “economic offices”, among other steps. Office of the Prime Minister, “Cabinet Head and Commander-in-Chief of the Armed Forces Mr. Adel Abdel-Mahdi Issues Administrative Order No. 237 on the Mobilisation, Out of Belief in Its Fighters and in Order to Guarantee and Safeguard Its Forces and Provide for the Continuity of Their Work”, 1 July 2019 (Arabic). See also Isadora Gotts, “PMU economic offices undermine fragile stability in Mosul”, Al-Monitor, 27 May 2019.
 

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Iraq also faces numerous non-ISIS threats to its stability, including state weakness, a lethargic economy, under-investment in public services and infrastructure, and a mental health crisis compounded by decades of war.[fn]Crisis Group interviews, Iraq, February and June 2019. See also Annie Slemrod, “Iraq’s growing mental health problem”, The New Humanitarian, 16 January 2017.
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These are national problems, felt in Iraq’s southern Basra province as much as in Diyala, and have helped drive the country’s latest wave of unrest.[fn]Ahmed Aboulenein and Ahmed Rasheed, “Stagnant politics, graft and slow recovery fuel new Iraqi unrest”, Reuters, 2 October 2019.Hide Footnote  Still, these Iraq issues manifest particularly acutely in some of Iraq’s post-ISIS areas, even as their traumatised residents have not joined in the protests that have taken place nationwide.

In the two years since defeating ISIS, the Iraqi government has made only minimal progress rebuilding post-ISIS areas and reviving their local economies.

In the two years since defeating ISIS, the Iraqi government has made only minimal progress rebuilding post-ISIS areas and reviving their local economies. Residents report that reconstruction has been halting or non-existent; wreckage is hard for a visitor to miss. These locals blame the government for its failure to rebuild their areas or pay out compensation for war damage, and additionally complain that international donors have failed to deliver.[fn]Crisis Group interviews and observations, February, March and June 2019. One Kirkuk resident said: “The community feels despair”. Crisis Group interview, Kirkuk, February 2019. Baghdad’s international partners have also been alarmed by what they consider the Iraqi government’s failure to take post-ISIS stabilisation and reconstruction seriously. Crisis Group interviews, Western officials, Baghdad and Beirut, February, May and June 2019. One said: “I don’t want to be so pessimistic. What would make me more relaxed would be if I got the sense the [Iraqi] government itself sensed the urgency – that it sees the problem and gets the needs. I don’t get that sense”. Crisis Group interview, Baghdad, February 2019.Hide Footnote  There is no reason to assume local resentment will lead residents directly back to ISIS, particularly given their bitter recent experience with the group’s rule. Still, both Iraqis and Iraq’s foreign partners worry about what might happen if these areas remain ruined and economically depressed.[fn]According to a Ramadi imam: “The best way to make Iraqis love their country is to satisfy them materially. Everyone who turned to ISIS did it because they thought it might improve their lives. Part of combating terrorism is combating poverty”. Crisis Group interview, Ramadi, June 2019. A U.S. official noted that ISIS may now be hiding out in rural Anbar, but asked: “What is its ability to operate in Ramadi, if, in eighteen months, unemployment is 60 per cent?” Crisis Group interview, Washington, April 2019.Hide Footnote

Mosul, ISIS’s former de facto capital, is an extreme example of post-war dysfunction.

Mosul, ISIS’s former de facto capital, is an extreme example of post-war dysfunction.[fn]Roughly one fifth of all Iraq’s internally displaced persons are from Mosul. “Mosul: Over 300,000 Still Unable to Go Back Home Two Years since End of War”, Norwegian Refugee Council, 4 July 2019.Hide Footnote  Two years after the jihadists’ defeat, security in the city is the best it has been in years.[fn]Local officials described how militants would terrorise the city in the years before 2014, targeting minorities and state representatives. One said: “Before 2014, it was impossible to walk in the street in Mosul. No one in the local government would walk in the street or go to [visit] neighbours”. Crisis Group interviews, Mosul, March 2019.
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Yet key infrastructure is demolished, and large swathes of the city’s Right Side – the western bank of the Tigris River, including the Old City, which suffered the city’s most destructive fighting in 2017 – are in ruins.[fn]The city still has no fully functioning hospital, though it does have working health centres. Right Side residents live amid destroyed buildings marked with spray paint to indicate the unexploded ordnance and dead bodies within. Crisis Group observations and interviews, residents, Mosul, March 2019.Hide Footnote  Only one of the five bridges across the Tigris is intact, preventing Right Side residents from participating in an economy now centred in the Left Side.[fn]Municipal authorities have “patched” two other bridges with connectors, allowing a limited number of vehicles to cross. Crisis Group interview, city official, Mosul, March 2019.
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 One resident said: “If I had money, I’d leave. … We’d all be on the Left Side, if we could”.[fn]Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote  What smaller-scale rebuilding has taken place has mostly been the work of individual residents with some assistance from international non-governmental organisations.[fn]Crisis Group interviews, city and Ninewa provincial officials and residents, Mosul, March 2019.Hide Footnote  Yet major public works like repairs to the bridges require large-scale investment by the federal government.[fn]Crisis Group interviews, local officials, Mosul, March 2019. According to one: “The local government can keep providing services and removing rubble, but it doesn’t have the means to rebuild a city. Restoring the Right Side is beyond its means”. Crisis Group interview, Ninewa official, March 2019.Hide Footnote

Crisis Group interviews, local officials, Mosul, March 2019. According to one: “The local government can keep providing services and removing rubble, but it doesn’t have the means to rebuild a city. Restoring the Right Side is beyond its means”. Crisis Group interview, Ninewa official, March 2019.
 

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On the Right Side, residents living in ruins say they do not want ISIS back.[fn]One Old City resident told Crisis Group: “If the organisation tries to return, we’ll be lying in wait for it. No more ISIS. No more”. Crisis Group interview, Mosul, March 2019.Hide Footnote But unless something changes, what sort of future awaits them? A Ninewa military official said:

Three months ago, we captured a group of youth who had rejoined ISIS. We asked them, ‘Why?’ They said, ‘We don’t have any resources to live’. ISIS had started giving them 60,000 Iraqi dinars [$30] a month.[fn]Crisis Group interviews, Baghdad, Kirkuk, Falluja, February and June 2019. Iraq’s post-ISIS areas have witnessed some stirrings of protest, but unrest since 2017 has mostly been concentrated in the country’s centre and south. The clearest example of protest in the country’s ISIS-affected areas was Mosul’s angry demonstrations against then-Ninewa Governor Nawfal al-Agoub after a ferry capsized and drowned nearly 100 people in March 2019. Alissa Rubin and Falih Hassan, “Iraq ferry accident sets off political upheaval in Mosul”, The New York Times, 24 March 2019. On Iraq’s summer 2018 protest wave, see Crisis Group Middle East Briefing N°61, How to Cope with Iraq’s Summer Brushfire, 31 July 2018.Hide Footnote

Crisis Group interview, Mosul, March 2019.
 

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Many Iraqis who spoke to Crisis Group expressed concern about a new iteration of militancy – not ISIS, necessarily – that could tap this popular discontent.[fn]Crisis Group interviews, Baghdad, Kirkuk, Falluja, February and June 2019. Iraq’s post-ISIS areas have witnessed some stirrings of protest, but unrest since 2017 has mostly been concentrated in the country’s centre and south. The clearest example of protest in the country’s ISIS-affected areas was Mosul’s angry demonstrations against then-Ninewa Governor Nawfal al-Agoub after a ferry capsized and drowned nearly 100 people in March 2019. Alissa Rubin and Falih Hassan, “Iraq ferry accident sets off political upheaval in Mosul”, The New York Times, 24 March 2019. On Iraq’s summer 2018 protest wave, see Crisis Group Middle East Briefing N°61, How to Cope with Iraq’s Summer Brushfire, 31 July 2018.
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Iraqis speculate that a new militant Sunni Islamist group could appear, or that ISIS could somehow rebrand.

ISIS’s leadership seems intent on exploiting Iraqi Sunnis’ litany of complaints to its own ends. Its spokesman touched on the notion of Sunni suffering in a March 2019 audio address, referring to “Safavid rejectionist militias” running rampant and Sunni women and children languishing in camps because of alleged ISIS ties.[fn]“Safavid” (safawi) refers to the Islamic Safavid Empire, which ruled from what is now Iran between the 16th and 18th centuries. Saddam Hussein’s regime employed the term to stoke hostility to Iran (and decry alleged Persian influence in Iraq) during the two countries’ eight-year war. The word is not sectarian, per se, but it can easily blur into anti-Shiism. “Rejectionist” (rafidhi) is a nakedly sectarian epithet referring to Shiites’ “rejection” of the legitimacy of the Prophet Muhammad’s elected successors Abu Bakr, Omar and Othman. Shiites believe that leadership of Muslims should have passed immediately to Ali, the Prophet’s cousin and son-in-law. Sunni Muslims, by contrast, regard Abu Bakr, Omar and Othman as the first three “rightly guided caliphs” and Ali as the fourth.Hide Footnote “Sunnis in Iraq”, he intoned. “What is the Islamic State but your lifeboat and your impregnable fortress in the face of this Safavid Iranian tide?”[fn]Abu al-Hassan al-Muhajir, “He was true to God, so [God] was true to him”, op. cit.Hide Footnote

ISIS may also benefit from Iraq’s changing regional context. Recently, it has been less able to avail itself of chaos and civil conflict in neighbouring Syria. In the early years of Syria’s war, a sluice of fighters, weapons and money had run into Syria via Turkey, then spilled into Iraq. That flow has now gone mostly dry. Syria’s war does not electrify Iraqi domestic politics as it did between 2012 and 2014, when Iraqi Sunni opinion was charged by Baghdad’s perceived alignment with the Syrian regime and its key backer Iran.[fn]See Crisis Group Report, Falluja’s Faustian Bargain, op. cit.Hide Footnote Other neighbours, such as Saudi Arabia, are now interested in normal relations with Iraq, after years of estrangement.[fn]Crisis Group Middle East Report N°186, Saudi Arabia: Back to Baghdad, 22 May 2018.Hide Footnote  Gulf-based satellite channels no longer fan sectarian resentment, nor promote opposition to Baghdad, as they did in 2014.

Yet Turkish intervention in north-eastern Syria, and the chaos that could ensue, may endanger Iraq’s stability all over again. ISIS is already most active in eastern expanses of Syria that are tightly linked, geographically and historically, to the organisation’s areas of operation across the frontier. ISIS’s enemies have worked to reimpose the formal international border separating the two countries, but ISIS elements continue to move back and forth.[fn]See footnote 35.Hide Footnote  If Syria’s north east erupts into open conflict, Iraq will be at risk.

Destruction in Mosul after the city's recapture from ISIS, March 2019. CRISISGROUP/Sam Haller

IV. ISIS in Syria: Nearly Defeated – But for How Long?

On 9 October, President Erdoğan announced the launch of Operation Peace Spring.

Turkey’s intervention in north-eastern Syria, following President Trump’s 6 October decision, has put ISIS’s near defeat in Syria in question. After a phone call with Turkish President Recep Tayyip Erdoğan, Trump announced that Turkey would launch a military operation in northern Syria and that U.S. forces “will no longer be in the immediate area”. He also said that Turkey would be responsible for captured ISIS fighters held there.[fn]White House, “Statement from the Press Secretary”, 6 October 2019.Hide Footnote  Trump’s statement seemingly gave a green light to the unilateral Turkish military intervention in Syria’s north east of which Turkish officials had repeatedly warned in the preceding days.[fn]For example, see Faruk Zorlu, “Turkey ready for operation east of Euphrates in Syria”, Anadolu Agency, 5 October 2019.Hide Footnote

Not surprisingly, Trump proceeded to amplify and, in the process, muddy his message. He threatened to “destroy and obliterate” Turkey’s economy if Turkey “does anything [Trump considers] to be off limits”.[fn]Tweet by Donald J. Trump, @realDonaldTrump, U.S. president, @realDonaldTrump, 6:38pm, 7 October 2019. Trump’s decision has attracted broad criticism from U.S. politicians, including from his own Republican party. See the statement by Senate Majority Leader Mitch McConnell, “McConnell Statement on Turkey and U.S. Partners in Syria”, 7 October 2019.Hide Footnote He later tweeted:

“We may be in the process of leaving Syria, but in no way have we [abandoned] the Kurds. … Turkey ... understands that while we only had 50 soldiers remaining in that section of Syria, and they have been removed, any unforced or unnecessary fighting by Turkey will be devastating to their economy and to their very fragile currency. We are helping the Kurds financially [and with] weapons!”[fn]Tweets by Donald J. Trump, @realDonaldTrump, U.S. president, @realDonaldTrump, 3:55pm, 8 October 2019.Hide Footnote

Trump’s erratic messaging seems not to have dissuaded Turkey. On 9 October, President Erdoğan announced the launch of Operation Peace Spring to “prevent the creation of a terror corridor across [Turkey’s] southern border and to bring peace to the area”.[fn]Tweet by Recep Tayyip Erdoğan, @RTErdogan, president of Turkey, 4:20pm, 9 October 2019.
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Simultaneously, Turkey began bombarding positions inside Syria along the border with artillery and from the air.[fn]Crisis Group phone interview, resident, Qamishli, 9 October 2019.
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 The Turkish military has since announced that its ground incursion into north-eastern Syria has begun.[fn]Tweet by T. C. Millî Savunma Bakanlığı, @tcsavunma, Turkish Ministry of National Defence, 10:37pm, 9 October 2019.Hide Footnote

Tweet by T. C. Millî Savunma Bakanlığı, Turkish Ministry of National Defence, @tcsavunma, 10:37pm, 9 October 2019.
 

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Ankara is resolved to clear the strip of north-eastern Syria along the Turkish border of “terrorists”, whom it argues have been empowered by the U.S.-led campaign against ISIS. The Global Coalition to Defeat ISIS’s primary Syrian partner has been the Syrian Democratic Forces (SDF), a multi-ethnic force led by the mainly Kurdish People’s Protection Units (YPG). The YPG in turn is organically linked to the Kurdistan Workers’ Party (PKK), with which Turkey has fought a decades-long war, and which Turkey, the U.S. and the EU have designated a terrorist organisation. With Coalition backing, the SDF drove ISIS out of most of north-eastern Syria, in the process capturing nearly one third of the country and much of its resource wealth. Turkey considers a large, internationally sponsored zone of YPG control on its southern border a grave threat to its national security. In his announcement of Turkey’s intervention, President Erdoğan said it would target “PKK/YPG and [ISIS] terrorists”.[fn]Tweet by Recep Tayyip Erdoğan, @RTErdogan, president of Turkey, 4:20pm, 9 October 2019, op. cit.Hide Footnote

Ankara has repeatedly threatened to intervene militarily against the YPG in north-eastern Syria, as it did in the north-western enclave of Afrin in early 2018. When Turkey previously warned of unilateral military action in December 2018, it prompted Trump to order a surprise withdrawal of U.S. forces from Syria.[fn]Crisis Group Middle East Briefing N°66, Avoiding a Free-for-all in Syria’s North East, 21 December 2018.Hide Footnote Trump subsequently modified this decision, allowing for a numerically reduced but open-ended U.S. presence on the ground.[fn]For more, see Crisis Group Report, Squaring the Circles in Syria’s North East, op. cit.
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Only days prior to Trump’s tweet, a senior U.S. official, while not ruling out a Turkish incursion, said that the U.S. and Turkey were working remarkably well together on the ground.

After Turkey again threatened to intervene in the north east, Washington agreed with Ankara on 7 August 2019 to jointly establish a “safe zone” in Syria’s north east that would address Turkey’s security concerns.[fn]U.S. State Department, “Statement on joint military talks regarding Syria”, 7 August 2019. The U.S. has since preferred to refer to the area as a “security mechanism” rather than a “safe zone”.Hide Footnote The two took gradual steps toward the agreement’s implementation, including joint patrols and overflights of the border zone, as the SDF has destroyed some defensive fortifications on the border.[fn]For example, see U.S. European Command, “U.S. and Turkey Begin Joint Ground Patrols”, 9 September 2019; U.S. Central Command, “U.S. and partner forces implement security mechanism in northeast Syria”, 28 August 2019.
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 Only days prior to Trump’s tweet, a senior U.S. official, while not ruling out a Turkish incursion, said that the U.S. and Turkey were working remarkably well together on the ground, including through the joint patrols.[fn]Crisis Group interview, New York, September 2019.
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Still, President Erdoğan repeatedly said the end of September was the deadline for establishing the safe zone.[fn]For example, see Enes Kaplan, “‘N. Syria safe zone should be formed till end of Sept.’”, Anadolu Agency, 8 September 2019.
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As that deadline passed, Turkish officials said implementation had fallen short and again signalled they would take unilateral action.[fn]Sarp Ozer, “Turkey, US defense chiefs to discuss safe zone plans”, Anadolu Agency, 3 October 2019.
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That led to Trump and Erdoğan’s 6 October phone call.

The full scope of Turkish intervention in the north east remains unclear, as does the extent of U.S. withdrawal, but Turkish officials have told Western counterparts that they intend to secure the full “safe zone” they have mooted publicly – 32km wide and 480km long.[fn]Crisis Group interview, senior Western diplomats, Brussels, 9 October 2019.
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The few (roughly 50) U.S. military personnel present on the border have left their positions (but not Syria).[fn]Coalition forces withdraw from border areas with Turkey”, Hawar News Agency, 7 October 2019. Trump has sought to minimise the number of troops withdrawn from the border, saying it was “only … 50 soldiers”. Tweet by Donald J. Trump, @realDonaldTrump, U.S. president, 8 October 2019, op. cit.Hide Footnote Trump and Erdoğan seem likely to discuss Syria during the Turkish leader’s announced trip to Washington on 13 November.[fn]Presidency of the Republic of Turkey, “Phone call with U.S. President Donald Trump”, 6 October 2019.Hide Footnote

Presidency of the Republic of Turkey, “Phone Call with U.S. President Donald Trump”, 6 October 2019.
 

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Conflict between Turkey and the SDF along the Syrian-Turkish border will likely relieve at least some pressure on ISIS, which lost its last territorial foothold in eastern Syria in May 2019 but persists as a deadly insurgency. Since May, the SDF has continued to pursue ISIS remnants across the north east, and to hold thousands of ISIS detainees. The SDF has warned that it would be forced to redirect its forces toward Syria’s northern border should Turkey attack, with potentially disastrous consequences for counter-ISIS efforts.[fn]For example, see Sirwan Kajjo, “Kurdish leader: Turkish offensive will help re-emergence of IS in Syria”, Voice of America, 5 August 2019.Hide Footnote The SDF believes it needs to mount strong resistance to a Turkish incursion to blunt any advance.[fn]Crisis Group phone interview, senior SDF political representative, 9 October 2019.
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A. A New ISIS Insurgency

The presence of ISIS across Syria reflects the fact that the country is a patchwork of territorial control. In Syria, ISIS was ultimately defeated by several enemies, including the SDF with U.S. and Coalition support; the Syrian regime, with assistance from Iran and Russia; and opposition rebels backed by Turkey. These forces divided the swathe of territory ISIS once held among themselves, and each force continues to pursue ISIS remnants in its respective zone. Each zone has its own particularities, and its own security regime; accordingly, ISIS has adopted a different operational mode in each area. The group has vowed to teach “lessons” to all sides in Syria’s war.[fn]ISIS, “The reward belongs to the righteous”, Syria Province media office, 20 August 2019 (Arabic).
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ISIS, “The reward belongs to the righteous”, Syria Province media office, 20 August 2019 (Arabic).
 

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In Syria’s north west, including rebel-held Idlib province, ISIS’s underground cells have targeted rebels with bombings and assassinations.[fn]ISIS has apparently attempted to direct international attacks from this area. Sam Heller, “A Glimpse into the Islamic State’s External Operations, Post-Caliphate”, War on the Rocks, 29 May 2019. In Idlib, Hei’at Tahrir al-Sham (HTS) has made apparently credible efforts to break up ISIS networks in the area. HTS detailed the makeup and function of one ISIS cell it dismantled in “Kharijite cell in ‘Aleppo Province’”, 16 April 2019 (Arabic). HTS is the latest iteration of Jabhat al-Nusra, the group founded by the mostly Syrian expeditionary force that ISIS (then ISI) sent from Iraq to Syria in 2011, as unrest was spreading across the country. The group rebuffed ISIS’s attempt to re-absorb it in 2013 and instead pledged allegiance to al-Qaeda before later splitting with that organisation as well. For more, see Crisis Group Middle East Report N°197, The Best of Bad Options for Syria’s Idlib, 14 March 2019.Hide Footnote ISIS has likewise claimed attacks elsewhere in Syria, including in regime-held Daraa in Syria’s south west.[fn]For example, see Al-Naba, 6 June 2019.Hide Footnote  By contrast, in the open expanse of Syria’s central Badiya desert ISIS is able to mount larger attacks on regime forces. The group has set up camp in the Badiya’s rocky outcroppings and caves, from which it launches periodic raids on exposed Syrian military and auxiliary positions outside the crossroads city of Palmyra.[fn]Crisis Group phone interviews, Badiya residents and humanitarian workers, April-June 2019.Hide Footnote ISIS’s Badiya units can seemingly traverse the desert and attack in numbers that it cannot muster in Syria’s SDF-controlled north east, with U.S.-led Coalition aircraft overhead.[fn]ISIS reports substantial casualty tolls among the regime forces it attacks. For example, see Al-Naba, 2 May 2019.Hide Footnote  

A reported 9 October attack by ISIS in al-Raqqa city could indicate that the security situation is deteriorating.

The SDF-held north east comprises much of what had been ISIS’s Syrian territory, and it is now the main theatre for ISIS’s insurgency. Still, even within this SDF zone, ISIS has varied its tactics by area. The group is thought to have more sophisticated clandestine networks in al-Raqqa and al-Hasaka provinces, where it perpetrates relatively complex and ambitious attacks.[fn]Crisis Group phone interview, U.S. official, 18 May 2019. Among the more prominent examples is ISIS’s 16 January 2019 suicide attack on a U.S. military convoy in Manbij, a city in Aleppo province, which killed nineteen, including four Americans. Ben Hubbard and Eric Schmitt, “A favorite restaurant in Syria led ISIS to Americans”, The New York Times, 17 January 2019. In a more recent example, ISIS carried out three near-simultaneous bombings in Hasaka in July. Al-Naba, 18 July 2019; “Three bombings in al-Hasaka within two hours”, ANF News, 11 July 2019 (Arabic).
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Residents consider these areas relatively safe, with occasional jarring interruptions.[fn]Crisis Group observations, north-eastern Syria, March 2019.
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A reported 9 October attack by ISIS in al-Raqqa city could indicate that the security situation is deteriorating, however, and that could worsen further as a Turkish intervention draws closer.[fn]ISIS attack in al-Raqqa simultaneously with expected Turkish attack”, Hawar News Agency, 9 October 2019 (Arabic).
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ISIS attack in al-Raqqa simultaneously with expected Turkish attack”, Hawar News Agency, 9 October 2019 (Arabic).
 

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In the eastern countryside of Deir al-Zour province, by contrast, the group has kept up a steady drumbeat of low-level violence throughout. Even as ISIS was fighting a losing battle for the Deir al-Zour town of Baghouz in early 2019, the group was already ramping up an insurgency behind SDF lines.[fn]Walid Al Nofal and Justin Clark, “Suspected IS sleeper cells step up assassinations, attacks in eastern Syria after SDF ‘victory’ in Baghouz”, Syria Direct, 27 March 2019.
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With the conventional fight over, ISIS has loosed a wave of attacks, including roadside bombings, drive-by shootings and assassinations of local SDF collaborators. As in Iraq, ISIS may not be behind all these incidents; some violence may be local score settling. Nonetheless, ISIS has claimed many of them and locals believe the group is responsible. ISIS’s attacks have been technically simple but competently executed and frequent.[fn]For one tally of ISIS attacks in Deir al-Zour, see Amaq News Agency’s 19 May 2019 infographic on attacks targeting the “PKK” (the group’s typical epithet for the SDF), available via tweet by Christopher Anzalone, @IbnSiqilli, researcher, 10:33pm, 19 May 2019. A humanitarian aid agency’s security adviser said: “They’re not complex attacks. But these are well-drilled people. … The fact that they’re doing it time and again, and they’re not caught – it shows their recon is good, and their targeting is good”. Crisis Group phone interview, 24 May 2019. According to a U.S. military official: “[ISIS doesn’t] need to do something complex now. The organisation can do targeted assassinations, some bombings. The other thing that’s really scary is that ISIS is strategic – they plan for the long term. So they wait, and recuperate, and do what they need to get their ducks in a row, until they pull the trigger and then come back”. Crisis Group interview, Washington, April 2019.Hide Footnote It has also carried out one suicide car bombing against an SDF base, in the Deir al-Zour town of al-Tayyana in July 2019, which may signal that the group is reconstituting a capacity for complex, collective action.[fn]More than 15 killed and wounded in car bomb explosion at SDF base in Deir al-Zour”, STEP Agency, 12 July 2019 (Arabic).
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The group’s attacks have been concentrated in a strip along the Euphrates River between the towns of al-Buseira and al-Tayyana.[fn]Crisis Group interviews, Western officials and Deir al-Zour journalist, Amman and by phone, May-July 2019.Hide Footnote

ISIS attacks have been an apparent attempt to terrorise the local Arab population into non-cooperation with the YPG.

ISIS has targeted the SDF’s local Arab element in particular. With U.S. and Coalition support, the YPG has mobilised a large, ethnically mixed force in the SDF, including many local Arabs. In this context, ISIS attacks have been an apparent attempt to terrorise the local Arab population into non-cooperation with the YPG, collapsing local governance bodies and depriving the YPG of the local knowledge necessary for effective counter-insurgency efforts.[fn]ISIS spokesman Abu al-Hassan al-Muhajir said as much in his March 2019 address, warning Arabs in eastern Syria to pull their sons out of the ranks of “atheist Kurds” and “repent” before it was too late. Abu al-Hassan al-Muhajir, “He was true to God, so [God] was true to him”, op. cit.Hide Footnote The SDF’s would-be local partners in these front-line areas have said they feel they have been left vulnerable to assassination by ISIS.[fn]Crisis Group phone interview, Deir al-Zour military commander, September 2019.
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 In ISIS’s first video from Deir al-Zour (which it calls al-Kheir) since it lost Baghouz, the group said its men, through their “security operations”, “had demonstrated the falsity of claims by the imams of infidelity that they have ended the caliphate’s presence in Syria”.[fn]ISIS, “The epic battle of attrition”, Syria Province–al-Kheir media office, 11 August 2019 (Arabic).
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ISIS, “The epic battle of attrition”, Syria Province–al-Kheir media office, 11 August 2019 (Arabic).
 

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The YPG-led SDF has struggled to forge ties with Deir al-Zour’s Arab residents, identify trusted local interlocutors or involve residents in counter-ISIS efforts.[fn]Crisis Group Report, Squaring the Circles in Syria’s North East, op. cit.
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Moreover, complaints about insufficient services and the division of the area’s oil revenues have fuelled local resentment of the SDF, as has collateral damage from the SDF’s night-time counter-ISIS raids.[fn]Crisis Group interviews, tribal notables, Deir al-Zour, March 2019.Hide Footnote The SDF’s international Coalition partners have attempted to help provide basic services and restart the local economy, so as to offer residents an alternative to militancy, but resources have been limited and Deir al-Zour is geographically remote.[fn]Crisis Group interviews, U.S. officials and humanitarian workers, Washington, Amman and by phone, April, May and July 2019. A U.S. official said: “When people talk about the reintegration or reconciliation process with ISIS guys, they frequently say they need jobs, livelihoods and education. If these people