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Le Niger face à Boko Haram : au-delà de la contre-insurrection
Le Niger face à Boko Haram : au-delà de la contre-insurrection
Table of Contents
  1. Synthèse
  2. Recommandations
Venezuela: In a Hole, and Still Digging
Venezuela: In a Hole, and Still Digging
Niger’s soldiers stand at Bosso military camp following attacks by Boko Haram fighters in the region, on June 17, 2016. ISSOUF SANOGO/AFP
Report 245 / Africa

Le Niger face à Boko Haram : au-delà de la contre-insurrection

La lutte contre Boko Haram dans le Sud-Est du Niger suscite depuis deux ans des tensions locales et exacerbe les violences intercommunautaires autour de l’accès aux ressources. Face aux limites de l’intervention militaire, les autorités doivent mettre l’accent sur la démobilisation des militants du mouvement, le règlement politique des conflits locaux, ainsi que la relance de l’économie et des services publics.

Synthèse

Depuis deux ans, le Niger est en guerre contre Boko Haram. Ce conflit armé pèse sur les équilibres fondamentaux, notamment financiers, de ce pays pauvre et déstabilise le Sud-Est, théâtre principal des affrontements. Dans cette région située à 1 350 kilomètres de la capitale, exsangue économiquement, la lutte contre Boko Haram suscite des tensions locales et exacerbe les violences intercommunautaires autour de l’accès aux ressources. Malgré l’appui direct des troupes tchadiennes depuis 2015 et une meilleure collaboration avec l’armée du Nigéria, les forces nigériennes n’ont pas mis un terme aux attaques des insurgés, dont certains sont liés à l’Etat islamique (EI). L’option militaire a donné des résultats mais a également montré ses limites. Une approche permettant la démobilisation des militants du mouvement et le règlement politique des tensions qui nourrissent son implantation locale doit accompagner l’effort de guerre. La relance de l’économie et des services publics doit également devenir une priorité pour soulager des populations épuisées, dont la détresse alimente l’insurrection.

En dépit de scénarios alarmistes, Boko Haram n’a pas réussi à étendre son influence au-delà de la région de Diffa, au Sud-Est du pays. Ce territoire relativement riche entretient un rapport particulier avec l’état nigérian du Borno auquel il est intimement lié par l’histoire, la culture religieuse et l’économie. Ces liens étroits expliquent l’écho qu’y a rencontré Mohamed Yusuf, le fondateur nigérian de Boko Haram. Il a trouvé de nombreux adeptes parmi les Nigériens, et tout particulièrement les jeunes, venus à Maiduguri, la capitale du Borno, à seulement 425 kilomètres de Diffa, en quête de formation religieuse ou de succès commercial. Lorsqu’en juillet 2009, les forces armées nigérianes ont massacré plus de 1 000 de ses partisans, de nombreux membres de Boko Haram ont trouvé refuge dans le Sud-Est du Niger. Le mouvement s’est longtemps gardé de mener des opérations militaires dans le pays pour mieux faire de Diffa une zone de financement, de ravitaillement, de repli et de recrutement.

Face à Boko Haram, les autorités nigériennes ont d’abord opté pour une stratégie de surveillance. A leurs yeux, le problème concernait essentiellement le Nigéria. En 2014, cette attitude a évolué alors que la menace devenait plus pressante : l’expan­sion territoriale de Boko Haram jusqu’aux frontières du Niger s’est accompagnée d’une intensification des recrutements de centaines de jeunes Nigériens. Incité par ses partenaires, régionaux et internationaux, à s’impliquer plus activement, le Niger s’est engagé militairement au sein de la Force multinationale mixte (FMM). Depuis, l’effort de guerre pèse sur le budget de l’Etat, met à mal le système judiciaire et attise les tensions entre le pouvoir politique et la hiérarchie militaire.

La région de Diffa souffre à la fois des offensives de Boko Haram et des mesures contre-insurrectionnelles prises par les autorités nigériennes, comme la prolongation de l’état d’urgence mis en place en février 2015 et qui introduit des interdictions sur certaines activités commerciales. Des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés internes survivent grâce à l’aide extérieure. Le recours aux comités de vigilance locaux et les représailles de Boko Haram contre ceux qui collaborent avec l’armée entretiennent une atmosphère pesante où vengeances locales, psychose collective et délations s’entremêlent dangereusement.

Dans le bassin du lac Tchad, à l’extrême est de la région de Diffa, la présence de Boko Haram a aggravé les tensions intercommunautaires qui ont dégénéré en conflits meurtriers à partir de mai 2016. La médiation entre communautés initiée par les autorités depuis juin 2016 constitue une initiative bienvenue mais elle n’a pas encore apaisé toutes ces tensions. Sur le lac, un groupe de combattants en rupture avec l’aile de Boko Haram menée par Aboubakar Shekau, le chef du mouvement et successeur de feu Mohamed Yusuf, exploite ces tensions locales. Ce groupe tente actuellement de s’implanter durablement et bénéficierait d’un lien privilégié avec l’EI.

Face à la résilience de Boko Haram sur son territoire, l’Etat nigérien ne peut se contenter d’une approche mêlant opérations militaire et blocus économique. En décembre 2016, la création de sites de démobilisation a marqué une première inflexion dans la politique de répression qui prévalait depuis 2015. Un plan de sortie de crise pour la région de Diffa est également à l’étude à Niamey. Avec l’aide de ses partenaires régionaux et internationaux, l’Etat doit poursuivre dans cette direction et étoffer sa stratégie contre-insurrectionnelle pour qu’elle aille au-delà d’une réponse essentiellement militaire. Cela est d’autant plus important qu’une partie des insurgés, en rupture avec les excès d’Aboubakar Shekau, pourraient chercher à regagner le soutien des civils en évitant de prendre les musulmans pour cible. L’Etat doit en outre accentuer sa coopération avec ses voisins et anticiper un possible désengagement de partenaires internationaux dont les finances publiques se dégradent ou qui pourraient, dans les mois à venir, opter pour des politiques isolationnistes.

Recommandations

Pour réduire les violences en allant au-delà de la réponse sécuritaire

Au gouvernement du Niger :

  1. Décourager le développement de milices armées à base communautaire.
     
  2. Poursuivre et renforcer les efforts de médiation entrepris depuis juin 2016 entre les communautés du bassin du lac Tchad.
     
  3. Veiller à garantir un accès équitable et juste aux ressources du lac, y compris si nécessaire à travers une réforme concertée de la chefferie dans la zone lacustre.
     
  4. Proposer rapidement un plan de sortie de crise pour le Sud-Est du Niger, élaboré en partenariat étroit avec les élus et la société civile de la région de Diffa, et prenant particulièrement en compte les aspects de réconciliation, de rétablissement des services publics et de relance économique.

Pour soulager l’appareil judiciaire et préparer dès à présent la réintégration des militants de Boko Haram

Au gouvernement du Niger :

  1. Concevoir des politiques de démobilisation et de réintégration des anciens combattants de Boko Haram et en particulier de ceux qui ne sont pas impliqués dans des crimes graves, tout en veillant à consulter ceux qui ont été victimes de Boko Haram et leurs représentants pour éviter les cycles de vengeances. La création récente de sites de démobilisation est bienvenue mais la réintégration des anciens insurgés est une question sensible qui demande des actions habiles et un investissement fort dans la durée de la part de l’Etat et de ses partenaires.
     
  2. Renforcer les moyens alloués au système judicaire afin d’assurer un meilleur traitement des dossiers en lien avec Boko Haram, y compris ceux traitant des suspects potentiellement impliqués dans des crimes graves, qui engorgent actuellement les tribunaux du pays.
     
  3. Exiger des services de sécurité qu’ils constituent un dossier suffisamment étayé pour justifier le transfert à la prison de Niamey des suspects arrêtés sur dénonciation.

Aux partenaires du Niger :

  1. Fournir conseils et ressources humaines pour renforcer les moyens alloués au système judiciaire.

Pour suspendre les restrictions économiques liées à l’état d’urgence et lancer au plus tôt un plan de relance de l’économie de la région de Diffa

Au gouvernement du Niger :

  1. Réorienter les flux économiques suspendus en les canalisant vers la ville de Diffa puis en encourageant les exportations à emprunter des routes plus sécurisées vers le Nigéria le temps que la zone sud de la Komadougou retrouve sa stabilité.
     
  2. Renforcer les capacités des pouvoirs publics à fournir des services concrets aux populations, en matière de justice, de santé et d’éducation, favoriser le recrutement local dans la fonction publique et l’octroi temporaire de primes aux fonctionnaires déployés dans les régions touchées par l’insurrection.

Pour encadrer plus efficacement les forces de sécurité et les budgets qui leur sont alloués

Au gouvernement du Niger :

  1. Encourager la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (Halcia) à enquêter sur la bonne utilisation des fonds injectés dans l’effort de guerre.
     
  2. Fournir aux forces armées présentes sur place les moyens dont elles ont besoin pour mener les opérations militaires contre l’insurrection, mais, en contrepartie, accentuer la surveillance des forces armées et exiger que leurs membres qui se rendent coupable d’exaction et autres crimes contre les civils rendent des comptes.
     
  3. Encadrer les comités de vigilances de façon à limiter leur rôle à la seule collecte de renseignements ; envisager dès à présent des politiques visant à favoriser leur démobilisation totale ou partielle si le recul de l’insurrection se confirme.

Bruxelles/Dakar, 27 février 2017

Demonstrators barricade the front of an office of the Supreme Court of Justice during a rally in Caracas, Venezuela, on 8 April 2017. REUTERS/Marco Bello

Venezuela: In a Hole, and Still Digging

Venezuela’s neighbours are at last contemplating tougher measures to counter its dangerous and undemocratic behaviour. The government, helped by outsiders, should now negotiate with the opposition on a transitional regime to lead the country out of its grave social, economic and political crisis.

Images of the bloodied face of Venezuelan opposition MP Juan Requesens, a vicious, diagonal gash across his left temple, graphically conveyed in recent days the lengths to which the government of President Nicolás Maduro appears prepared to go in order to stay in power. Requesens needed more than 50 stitches after an attack by government supporters during a protest over the decision by the Supreme Court (TSJ) to assume all legislative powers. Although later partially reversed, the ruling in late March by the government-controlled Supreme Court caused dismay across Latin America, and triggered long-awaited moves by Venezuela’s regional neighbours to get tough over its increasingly undemocratic behaviour.

Life is hard for the 112 members of parliament from the opposition Democratic Unity (MUD) coalition, who form a clear majority in the National Assembly. Just trying to walk with supporters to the assembly can get you beaten, tear-gassed or pepper-sprayed. Several have had their passports annulled: two members of the foreign affairs commission had to cross the Colombian border on foot, without passports, on their way to a session of the Organization of American States’ Permanent Council in Washington late last month. The Supreme Court has recommended opposition members be court-martialed for treason and one MP is already facing a military tribunal. If that weren’t enough, they receive no pay because the government, which claims the parliamentary leadership is in contempt of previous Supreme Court rulings, regards the legislature as illegitimate and has cut its funding.

If Maduro is to stay in power purely through repression, at some point the army may be called onto the streets.

On 1 April, Mercosur, the regional trading bloc from which Venezuela has already been suspended on technical grounds, voted to apply its “democracy clause” – known as the Ushuaia Protocol – which provides for joint action in the event of a breakdown of democracy in a member state. Two days later the Organization of American States (OAS) passed a resolution declaring a “breakdown of constitutional order” in Venezuela and exhorting the government to restore democracy.

The demands are the same as those made by the Vatican after a failed effort to facilitate talks in November: free political prisoners, who number over 100; restore the legislative and oversight functions of the National Assembly and the autonomy of the Supreme Court as well as of the electoral authority (CNE); call elections; and allow in humanitarian aid. The electoral authority last year blocked a recall referendum against Maduro and suspended elections for state governor. It has given no sign that these elections are to be held this year.

The president and other government officials have responded with insults and accusations of a Washington-inspired plot to put a stop to their “socialist revolution”. Far from restoring democracy, the government last week barred one of the MUD’s top leaders, former presidential candidate Henrique Capriles, from standing for office for the next fifteen years. But their defiance cannot conceal the grave difficulties they face. Not only is their international support dwindling but their grip on power seems less solid than it did just a few weeks ago. Even some longstanding allies, such as Spain’s Podemos party, have found it hard to maintain uncritical support, although the governments of Cuba and Bolivia, among others, have not wavered.

Maduro is trapped in an electoral maze of the regime’s own making. After years of using elections as plebiscites ... the government can now neither muster the electoral support nor find a convincing reason not to hold a vote.

The U-turn over the Supreme Court decision came after the once-loyal Attorney General (fiscal general) Luisa Ortega Díaz stated in a live television broadcast, which was promptly taken off the air, that the Supreme Court had violated the constitution. Such explicit public dissent by a leading regime figure is unprecedented, and the fact that her view prevailed suggests she is not acting alone. The attorney general is the country’s chief prosecutor and Díaz has played a major role in putting leading dissidents behind bars. But since the opposition victory in the 2015 legislative elections she has moderated her stance, generating clashes with hardliners running the intelligence services.

There is speculation that Díaz’s intervention to prevent a further slide into outright dictatorship is viewed favourably by elements of the army. It would not be the first time that the Armed Forces intervened on the side of democracy. In December 2015 the high command ordered polling stations closed when the government was trying to keep them open in an after-hours bid to affect the election result. If Maduro is to stay in power purely through repression, at some point the army may be called onto the streets. This is a scenario military experts say would present officers with a major dilemma, since they are well aware of the danger of subsequent prosecutions for human rights abuses in the event of a change in government.

Maduro is trapped in an electoral maze of the regime’s own making. After years of using elections as plebiscites, confident that oil revenues and the charisma of the late strongman Hugo Chávez would always ensure victory, the government can now – with Chávez gone – neither muster the electoral support nor find a convincing reason not to hold a vote. And with foreign reserves at their lowest in over two decades and billions of dollars in debt payments due this year, it faces the prospect of defaulting or forcing Venezuelans to face even greater hardship from lack of food, medicines and other basic goods than they already are. Political turmoil has exacerbated an already critical financial situation. Many fear the president may use the alleged threat of foreign intervention to close down even the limited democratic space still available. Some government politicians have said they would mount armed resistance to any attempt to oust them from power. But it is unclear whether the army, on whose goodwill they depends, would accompany them down that road.

Dire though the prospects for Venezuela appear to be, the events of the past few weeks have clarified some issues. The OAS, under its activist Secretary General Luis Almagro, has been shown to be the key platform for applying international pressure. Its Inter-American Democratic Charter, which provides for diplomatic initiatives in the event of a breakdown of democracy, and in extreme cases the suspension of a member state, is no magic bullet. But it does offer a legitimate framework for action, having been ratified by all 34 active OAS member states. Almagro has taken the lead, arguing for suspension from the organisation and making even the U.S. appear moderate in comparison. The coalition of some 18-20 countries now backing a regional initiative to persuade the Maduro government to negotiate includes all the region’s most influential nations – Canada, Mexico, Brazil, Argentina, Colombia and Peru, as well as the U.S. It is not only Venezuela’s immediate neighbours who have an interest in seeing the crisis dealt with promptly. Mexico will be hosting the OAS General Assembly in June and does not want it wrecked by skirmishes over Venezuela. Curiously Washington – which on so many other issues is at odds with Mexico – is working closely with it on this issue.

If the opposition are prepared to negotiate a calendar of elections and a transitional arrangement for Maduro ... then it is possible the split between government hardliners and pragmatists could widen.

Moreover, the Maduro government’s ability to use ever increasing repression to contain an ever more restive population is much less apparent than at the beginning of the year. In recent days, large demonstrations in Caracas and other cities have been met with tear gas, water-cannon and plastic bullets, as well as armed civilians on motorcycles, but crowds have often stood their ground. With opposition MPs leading from the front, enthusiasm for protests seems to have been restored after the doldrums of early 2017, although how long the MUD can keep up the pressure is uncertain.

The government has shown little inclination to compromise in negotiations with the opposition, and internal and external pressure has thus far been met with vows to intensify the “revolution”. It is significant that its only important climb-down of recent times – the U-turn over the Supreme Court rulings – was prompted by high-level, internal dissent. If the opposition, and those in the region pushing for a restoration of democracy, are prepared to negotiate a calendar of elections and a transitional arrangement for Maduro and other leading members of the regime should they lose power in these polls – which will necessarily include some form of immunity from prosecution – then it is possible the split between government hardliners and pragmatists could widen, and an agreement be reached. This would need to be brokered by an agreed cast of outside actors, possibly foreign ministers from neighbouring countries. A reappearance of the Vatican in a facilitation role might also be useful.

The alternative is ongoing social misery, with the lid kept on through military dictatorship. Or a collapse brought on most probably by a chaotic default on the foreign debt. Time is running out for a creative solution to the mess in Venezuela.