Local hunters known as Vigilantes armed with locally made guns are seen on a pick up truck in Yola city of Adamawa State in Nigeria before they move to border region between Nigeria and Cameroon to support Nigerian army fighting with Boko Haram militants ISSOUF SANOGO / AFP
Report 244 / Africa

Gardiens du lac Tchad : les groupes d’autodéfense face à Boko Haram

Les armées régionales dans le bassin du lac Tchad utilisent des groupes d’autodéfense pour renforcer les campagnes militaires contre les insurgés de Boko Haram. Mais recourir à ces milices n’est pas sans risque, alors que les combattants se tournent vers la violence communautaire et le crime organisé. A long terme, ces groupes doivent être dissous ou réglementés.

Synthèse

Les groupes d’autodéfense au Nigéria, au Cameroun, au Niger et au Tchad jouent un rôle majeur dans la lutte contre Boko Haram, mais leur présence suscite des inquiétudes. Ils rendent les opérations militaires moins brutales et plus efficaces et ont dans une certaine mesure recréé du lien entre ces Etats et bon nombre de leurs communautés locales, mais ils ont également commis des abus et participé à l’économie de guerre. Au Nigéria en particulier, le recours au « vigilantisme » a largement contribué à transformer une insurrection contre l’Etat en une guerre civile plus sanglante, opposant Boko Haram aux communautés et conduisant à une augmentation drastique de la violence. Comme le conflit, les groupes d’autodéfense continuent d’évoluer. Ils se mêlent aux hautes sphères politiques, en particulier au Nigéria, mais également aux dynamiques intercommunautaires locales, aux opérations commerciales et aux chefferies. Leur désir de voir leurs actions récompensées devra être pris en compte, tout comme la nécessité pour les Etats du bassin du lac Tchad de combler le manque de police de proximité, principalement dans les zones rurales. Pour que les groupes d’autodéfense ne deviennent pas une source d’insécurité, chacun de ces Etats devra trouver son propre équilibre entre dissolution lente des groupes, officialisation et réglementation.

Le vigilantisme, le recours à des acteurs non étatiques pour faire respecter l’ordre public (ou tout au moins une forme d’ordre) s’inscrit dans l’histoire de la région du lac Tchad. Les puissances coloniales comptaient, dans une large mesure, sur les chefs traditionnels locaux et leur entourage. La crise aux multiples facettes de la gouvernance et le déclin des services publics dans les Etats du lac Tchad depuis les années 1980 ont ouvert la voie à de nouveaux groupes d’autodéfense. Les problèmes d’ordre public auxquels ils ont tenté de répondre ont contribué à l’émergence et l’expansion de Boko Haram, mouvement qui cherche à fixer des règles et une orientation.

La lutte des groupes d’autodéfense contre Boko Haram a commencé en 2013, à Maiduguri, capitale de l’état du Borno et épicentre de l’insurrection, sous la double pression d’une violence jihadiste croissante et des actions des forces de sécurité. La Force d’intervention conjointe (Joint Task Force, JTF), dirigée par l’armée nigériane, s’est rapidement rendu compte du potentiel des groupes d’autodéfense comme source de connaissance, de renseignements et de main d’œuvre au niveau local et a entrepris de les coordonner avec l’aide des autorités locales et traditionnelles. Opérant sous le nom officieux mais révélateur de Force d’intervention civile conjointe (Civilian Joint Task Force, CJTF), les groupes d’autodéfense ont été essentiels pour chasser Boko Haram de la ville, puis lancer des opérations dans tout l’état du Borno. L’utilisation officielle des groupes d’autodéfense pour lutter contre Boko Haram s’est étendue plus largement au Nigéria, puis au Cameroun en 2014 et enfin au Tchad en 2015, où ils sont appelés « comités de vigilance ». Le Niger a été plus réticent, en partie du fait des luttes passées avec des groupes armés et parce qu’il n’en a pas eu autant besoin.

Les groupes d’autodéfense ont joué de nombreux rôles : réseaux de surveillance plutôt discrets au Niger, auxiliaires militaires ou forces combattantes semi-autonomes au Nigéria. Pour les forces armées de la région, surmenées et sous pression, ils ont dans une certaine mesure comblé les lacunes en matière de sécurité et fourni des connaissances locales. Ils ont rendu la réponse militaire plus ciblée et plus efficace, mais leur mobilisation a aussi provoqué des représailles de Boko Haram contre leurs communautés et contribué aux niveaux élevés de victimes civiles en 2014 et 2015. Paradoxalement, cela a également favorisé la stratégie des gouvernements régionaux d’éloigner les civils des jihadistes.

… le moment est venu d’évaluer les risques posés par une mobilisation aussi importante des groupes d’autodéfense …

Alors que l’insurrection se divise et se rabat sur des opérations de guérilla plus discrètes et des attaques terroristes, néanmoins, le moment est venu d’évaluer les risques posés par une mobilisation aussi importante des groupes d’autodéfense (leurs membres prétendent être environ 26 000 dans le seul état du Borno). Leurs demandes de rémunération vont devoir être prises en compte, en particulier si les autorités envisagent de négocier avec les militants de Boko Haram pour qu’ils déposent leurs armes. À plus long terme, les membres des groupes d’autodéfense pourraient devenir des bras armés politisés, se tournant vers le crime organisé ou nourrissant la violence communautaire. Le vigilantisme peut être un puissant outil de contre-insurrection, mais il est impératif de faire face aux préoccupations immédiates qu’il suscite, notamment en matière d’impunité, et de commencer à prévoir sa transformation post-conflit sur le long terme.

Recommandations

Pour protéger les civils, limiter les risques pour les groupes d’autodéfense et renforcer les règles de droit et de transparence

Aux gouvernements du Nigéria, du Cameroun, du Tchad et du Niger :

  1. S’abstenir autant que possible de créer des unités d’autodéfense supplémentaires et se concentrer plutôt sur le développement de réseaux de renseignement et de communication par lesquels les civils peuvent obtenir la protection de l’Etat en cas de besoin.
     
  2. Veiller à ce que le plus grand nombre possible de civils aient accès à des réseaux de communication fonctionnels et puissent faire appel aux forces de sécurité régulières, en particulier là où les risques restent élevés.
     
  3. S’assurer, lorsqu’il est nécessaire de conserver des forces d’autodéfense, de leur officialisation, y compris via un processus d’enregistrement, et la mise en place de systèmes de supervision interne et vérification externe, et inclure le contrôle communautaire dans les mécanismes de contrôle.
     
  4. Fournir des fusils d’assaut uniquement à des groupes sélectionnés de la CJTF mieux formés et pour des missions spécifiques, par exemple lorsqu’ils font office d’auxiliaires, tout en veillant à ce que ces armes soient enregistrées et demeurent la propriété des services de sécurité.
     
  5. Synchroniser les mécanismes de contrôle de la CJTF avec ceux de la Force de police fédérale du Nigéria.
     
  6. Exiger des membres des groupes d’autodéfense soupçonnés d’abus, notamment en matière de violences sexuelles et sexistes, qu’ils rendent des comptes et garantir à tous les suspects des enquêtes transparentes et équitables, conformément au droit national et international tout en rendant publiques les décisions de justice.
     
  7. Proposer aux membres de groupes d’autodéfense des programmes de formation qui combinent compétences pratiques (par exemple, en matière de renseignement, de premiers secours, de manipulation de mines et d’engins explosifs improvisés) et un enseignement sur les lois nationales et internationales applicables qui associe le Comité international de la Croix-Rouge et les groupes de défense des droits humains pertinents (par exemple, au Nigéria, la Commission nationale des droits de l’homme).

Aux donateurs :

  1. Adapter les règles juridiques pour permettre une assistance dans l’établissement de mécanismes de justice et de contrôle.
     

Pour reconnaitre la contribution des groupes d’autodéfense et répondre aux attentes

Aux gouvernements du Nigéria, du Cameroun, du Tchad et du Niger :

  1. Lutter contre les stéréotypes selon lesquels certaines communautés ethniques, en particulier les Kanouri, soutiendraient Boko Haram, en mettant en évidence leurs efforts au sein de groupes d’autodéfense.
     
  2. Faire ouvertement preuve de respect à l’égard des groupes d’autodéfense et procurer à leurs membres blessés ou tués dans l’exercice de leurs fonctions et à leurs familles une assistance suffisante et standardisée.
     
  3. Répondre aux attentes en matière de rémunération de façon transparente en annonçant publiquement ce qui est offert et à qui, qui n’y a pas droit et quand ce dispositif prendra fin, afin de ne pas encourager davantage le vigilantisme.
     

Pour préparer la transformation des groupes d’autodéfense et prévenir l’émergence de mafias et de milices ethniques

Aux gouvernements du Nigéria, du Cameroun, du Tchad et du Niger :

  1. Prévoir la transformation des unités d’autodéfense lorsque la situation se stabilisera davantage, chaque pays suivant son propre rythme en fonction de sa situation sécuritaire et selon l’importance et le rôle du vigilantisme, notamment :
    1. en prévoyant des processus de démobilisation pour la majorité des membres de groupes d’autodéfense qui incluent de petites subventions pour les aider à retourner à leurs anciennes occupations, à terminer leurs études ou à créer des entreprises ;
       
    2. en créant, compte tenu de la poursuite probable d’une certaine forme d’activité jihadiste de bas niveau et d’agitation rurale, en particulier dans les états du Borno et de l’Adamawa, un corps auxiliaire temporaire sous l’égide de l’armée ou de la Force mobile de la police, en mettant à contribution les membres de groupes d’autodéfense qui ont reçu une formation sur le maniement des armes et ont directement travaillé avec les forces de sécurité ; et assurer leur potentielle intégration au sein des forces de sécurité s’ils remplissent les prérequis en matière d’éducation et autres et suivent une nouvelle formation ;
       
    3. en luttant vigoureusement contre la corruption de la police et des groupes d’autodéfense, de façon à ce qu’elle ne porte pas atteinte au professionnalisme, et en améliorant les liens avec les communautés locales ; et
       
    4. en sélectionnant, vérifiant minutieusement les parcours, en formant à nouveau, et en équipant un certain nombre de membres de groupes d’autodéfense avec l’aide d’organisations locales de la société civile afin qu’ils puissent alimenter les rapports et les alertes précoces au sein des réseaux de la police et de la société civile.
       
  2. Préparer un plan de désarmement qui se concentre exclusivement sur le retrait des armes automatiques fonctionnelles de la circulation.

Aux donateurs :

  1. Soutenir les programmes de démobilisation des groupes d’autodéfense et professionnaliser la police et sa capacité à superviser et à réguler les forces auxiliaires temporaires.

Dakar/Nairobi/Bruxelles, 23 février 2017

I. Introduction

The insurgency launched in 2009 by Boko Haram, a radical revivalist Islamist movement established earlier in Borno state, in Nigeria’s north east and adjacent to Lake Chad, is now regional, affecting the border areas of Chad, Niger and Cameroon. In 2014-2015, it gained control of large swaths of territory in north-east Nigeria. Since 2015, Nigeria and its neighbours have progressively developed a stronger military response. Boko Haram has mostly been forced into enclaves on Lake Chad, the hills along the Nigeria-Cameroon border and forested areas of Borno state. It has reverted to suicide attacks and guerrilla war. Military pressure, importantly aided by vigilantes, has aggravated its internal divisions.[fn]For background, see Crisis Group Africa Reports N°s 213, Curbing Violence in Nigeria (II): The Boko Haram Insurgency, 3 April 2014; and 168, Northern Nigeria: Background to Conflict, 20 December 2010; on recent counter-insurgency progress and its limits, see Briefing N°120, Boko Haram on the Back Foot?, 4 May 2016. The organisation has two rival factions, Abubakar Shekau’s Jama’tu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (People Committed to the Propagation of the Prophet’s Teachings and Jihad, JAS) and Abu Musab al-Barnawi’s Wilāyat al-Islāmiyya Gharb Afrīqiyyah (Islamic State in West Africa Province, ISWAP), affiliated to the Islamic State (IS). This report uses the term “Boko Haram” (“Western education is forbidden”, in Hausa) for clarity and given its wide recognition, though supporters reject it as derogatory.Hide Footnote

This report describes how the vigilante groups were born, their connection with state agencies and institutions, how they function and their role in the conflict’s evolution. While special attention is paid to Borno, one of Nigeria’s 36 federated states and the heartland of the insurgency, it also analyses vigilantes’ operations elsewhere in the north east of the country and in Niger, Chad and Cameroon. It assesses vigilantism’s long-term impact and risks. As Boko Haram splinters and morphs into more discrete guerrilla forces, with renewed emphasis on terrorist attacks, it is timely to rethink the role of vigilantes and their governance and prepare for their transformation.

Analysts working on all four affected countries were involved in preparation of the report, which feeds into Crisis Group’s larger research on curbing violent religious radicalism.[fn]Crisis Group Special Report N°1, Exploiting Disorder: al-Qaeda and the Islamic State, 14 March 2016.Hide Footnote Desk research was followed by interviews in the region’s capitals with state and military officials, intelligence officers, international military advisers and senior politicians. Research was also done in Maiduguri and Yola, the capitals of Nigerian Borno and Adamawa states, in Maroua, Mokolo, Makari and other localities of Cameroon’s Far North and in Niger’s Diffa region and Chad’s cities of Bol and Baga Sola, on Lake Chad. Researchers interviewed vigilantes, local state and security and non-governmental organisation officials, human rights activists, journalists, academics and citizens to investigate their understandings of the situation and their perceptions of peace, law and order.

II. From Vigilantism to the CJTF

A. State and Vigilantism: A Tale of Four Countries

Law and order in the Lake Chad basin bears the imprint of pre-colonial and colonial times, when massive disruption occurred as states formed and disappeared due to a fast-changing regional economy increasingly shaped by global connections.[fn]Bawuro Barkindo, “The early states of the Central Sudan: Kanem, Borno and some of their neighbours to c. 1500 AD”, in J. Ajayi and M. Crowder (eds.), History of West Africa (Harlow, 1985), pp. 225-254.Hide Footnote Slave-raiding, banditry and cattle rustling fed local forms of self-defence. After often violent conquest, and frequently in alliance with local warlords, colonial states maintained relative peace, but particularly in rural areas they habitually relied on decentralised forces, the retinues of chiefs.

Much has been made of the differences between colonial administrations, France’s Jacobin “direct rule” and the British tradition of “indirect rule” and reliance on pre-existing aristocracies.[fn]Nigeria was a British colony; Chad, Niger and Cameroon were part of the French empire.
Hide Footnote
They should not be overstated: the colonial state relied everywhere on a strata of chiefs and their followers to levy taxes, mobilise labour and suppress dissent. The presence of local forces that are not part of the police or the army but are involved in providing law and order thus has a history in the region.

This tradition became increasingly important as insecurity increased around Lake Chad from the 1980s, due to many factors, including population growth, the states’ budgetary problems, the resulting “structural adjustments”, urbanisation, the crisis in pastoralist societies (notably the Fulani) and the influx of automatic weapons and battle-hardened men from vanquished armies in Niger’s and Chad’s wars. Insecurity ranged from banditry (the kwanta kwanta in Nigeria and zargina in Cameroon) to all-out armed rebellion (most recently the Chad civil war, 2005-2010, and the Tuareg insurgencies in Niger in the 1990s and 2007).[fn]See notably Issa Saibou, Les coupeurs de route: Histoire du banditisme rural et transfrontalier dans le bassin du lac Tchad (Paris, 2010); Christian Seignobos, “Le phénomène zargina dans le nord du Cameroun. Coupeurs de route et prises d’otages, la crise des sociétés pastorales mbororo”, Afrique contemporaine, no. 239 (2011), pp. 35-59; Mirco Göpfert, “Security in Niamey: an anthropological perspective on policing and an act of terrorism in Niger”, Journal of Modern African Studies, vol. 50, no. 1 (2012), pp. 53-74; Mohammed J. Kuna and Jibrin Ibrahim (eds.), Rural banditry and conflicts in northern Nigeria (Abuja, 2016).Hide Footnote The situation was made worse by deterioration in the security forces.[fn]Drops in budgets, an unreformed authoritarian mindset from colonial times, growing weaknesses in training and command, their instrumentalisation in internal politics, their factionalism and clientelistic turn combined to demoralise and sap the professionalism of the various corps supposed to maintain law and order. See for instance, Samuel Decalo, “Modalities of civil-military stability in Africa”, Journal of Modern African Studies, vol. 27, no. 4 (1989); Eboe Hutchful and Abdoulaye Bathily (eds.), The military and militarism in Africa (Dakar, 1998); Herbert M. Howe, Ambiguous Order: Military Forces in African States (London, 2001). For Niger, see Kimba Idrissa (ed.), Armée et politique au Niger (Paris, 2008); for Nigeria, see Crisis Group Africa Report N°237, Nigeria: The Challenge of Military Reform, 6 June 2016.Hide Footnote

Alternative local security structures were reactivated or created. In the Lake Chad basin, they have often drawn on brotherhoods of hunters (yan baka, in Hausa, the region’s lingua franca) typical of West Africa or on the traditional chiefs’ palace guards (dogari, in Hausa).[fn]Crisis Group interview, Adamawa state hunters’ association official, Yola, 30 October 2016.Hide Footnote Some scholars argue that contemporary vigilantism has also been influenced by U.S. and European promotion of community policing.[fn]David Pratten, “The politics of protection: perspectives on vigilantism in Nigeria”, Africa: The Journal of the International African Institute, vol. 78, no. 1 (2008), pp. 1-15.Hide Footnote In many cities, night watches appeared, paid for by traders’ consortiums or the town councils.

Each country’s history of war and rebellion has marked its response to Boko Haram.

Each country’s history of war and rebellion has marked its response to Boko Haram. Chad and Niger view vigilantes with peculiar concern because of their recent revolts.[fn] Nonetheless, Chadian authorities occasionally encouraged vigilantes to fight against bandits in the past.[fn]In south-west Chad in 2007, for instance, the interior minister explicitly called on villagers to form comités d’auto-défense to combat a kidnapping epidemic. “Délégation gouvernementale à Pala en mars 2007”, on file with Crisis Group.Hide Footnote For Niger, neighbouring Mali, where the army has long abandoned its pretence of a monopoly in use of force and communal militias have gained influence, is a powerful counter-model. Nevertheless, Nigerien vigilantes, such as the dan banga, were recently patrolling the market areas in the cities of Diffa and Mainé Soroa, and the governor of Niamey tried to mobilise similar groups a few years back.[fn]Crisis Group interviews, state officials, Niamey, May 2016; NGO protection officer, Diffa, 14 October 2016; Göpfert, “Security in Niamey”, op. cit. In Diffa, the dan banga disappeared after a European Union (EU)-funded program created local police in 2015. Dan banga is Hausa pidgin for “vanguard”, initially used to designate Nigerian political parties’ youth wings. This suggests a Nigerian model spreading to Niger.Hide Footnote

Cameroon has long relied on vigilantes. Groups controlled by chiefs played a strong part in the fight against the left-wing Union des Populations du Cameroun from the 1950s to the early 1970s. In the 1990s and early 2000s, the state cooperated with comités de vigilance against bandits in northern regions. However, in 2001 it created a well-armed elite force, the Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), now at the forefront of the fight against Boko Haram. But vigilantes have always been part of the picture, for instance to combat cotton smugglers.[fn]Cameroon cotton farmers were required to sell crops to the state firm, SODECOTON, often well below Nigerian prices, leading to big illegal exports. Crisis Group interview, Cameroon academic, Paris, 29 March 2016. On vigilantes fighting bandits, see Saibou, Les coupeurs de route, op. cit. In 2009, a Catholic official called for vigilantes to fight human trafficking. “Catholic church fights tip in Cameroon’s North West”, U.S. embassy Yaounde cable, 23 April 2009, made public by WikiLeaks.Hide Footnote  The state is confident enough to mobilise the comités de vigilance on a large scale and feels it can control them through its territorial administration and local chiefs.[fn]The Cameroon authorities insist the comités are about “vigilance” not self-defence, thus affirming the state did not default on its obligations to defend its citizens. Crisis Group interviews, Far North, October 2016.Hide Footnote

In Nigeria, history provided both precedents and cautions. As elsewhere, vigilantes have long been involved in fighting bandits, usually without state coordination or official support.[fn]Crisis Group interviews, CJTF and civilians, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote  However, they have a record of getting out of hand.[fn]See, for instance, Kate Meagher, “Hijacking Civil Society: The Inside Story of the Bakassi Boys Vigilante Group of South-Eastern Nigeria”, Journal of Modern African Studies, vol. 45, no. 1 (2007), pp. 89-115; Yvan Guichaoua, “Les mutations d’une milice ethnique sous le régime civil d’Olusegun Obasanjo. Le cas de l’Oodua People’s Congress”, Politique africaine, no. 106 (2007), pp. 92-109; Johannes Harnischfeger, “Ethnicity, Religion and the Failure of Common Law in Nigeria”, in Kirsch, T.G. and Grätz, T. (eds.), Domesticating Vigilantism in Africa (Woodbridge, 2010), pp. 51-78.
Hide Footnote
 Some have become involved in violent local politics or have run protection rackets.[fn]Crisis Group Report, N°113, Nigeria: Want in the Midst of Plenty, 19 July 2006, pp. 27-28; Briefing N°79, Nigeria’s Elections: Reversing the Degeneration?, 24 February 2011, pp. 5-6; Daniel Jordan Smith, “The Bakassi Boys: Vigilantism, Violence, and Political Imagination in Nigeria”, Cultural Anthropology, vol. 19, no. 3 (2004), pp. 429-455; David Pratten, “The Politics of Protection”, op. cit.Hide Footnote  The massive communal violence in central Nigeria has also fed authorities’ suspicions of irregular local forces. And while the 1999 constitution makes policing a federal prerogative, many states have been forming quasi-police forces.[fn]Crisis Group interview, civil society police reform expert, Abuja, 17 January 2017. Section 214 (1) of the constitution provides that: “There shall be a police force for Nigeria, which shall be known as the Nigeria Police Force, and subject to the provisions of this section no other police force shall be established for the Federation or any part thereof”. Local police were disbanded after the 1966 military coup. On one such quasi-police force in Kano state, see Fatima L. Adamu, “Gender, Hisba and the Enforcement of Morality in Northern Nigeria”, Africa: The Journal of the International African Institute, vol. 78, no. 1 (2008), pp. 136-152.Hide Footnote

B. CJTF’s Birth: The Battle for Maiduguri

The quasi-official narrative on anti-Boko Haram vigilantism is that in early 2013 Baba Jafar Lawan, a trader from Hausari, a borough of Maiduguri, went after a Boko Haram militant with a stick, capturing and delivering him to the authorities.[fn]See, for instance, “Nigeria: Civilian JTF – Unsung Heroes of the Boko Haram War”, This Day, 4 October 2015. Variants to the story say it was another man, by the name of Modu Milo, who did the capture, and Baba Lawan, with prior ties to the security forces, possibly as an informant, put Milo in touch with them. An international NGO official suggested Lawan was the victim of a racket by Boko Haram supporters and mobilised youths to fight back, a version CJTF leaders rejected. Crisis Group interviews, Maiduguri, January 2017; Crisis Group email, human rights worker, 8 April 2016.Hide Footnote Others, the story goes, started patrolling Hausari with him. Little by little, offshoots sprung up throughout the city. Several suspected Boko Haram members were handed over to the authorities; others were brutally killed by crowds. By June 2013, some 500 vigilantes were manning city checkpoints, armed with sticks and cutlasses.[fn]“Nigeria deploys vigilantes against Boko Haram”, Deutsche Welle, 9 July 2013.Hide Footnote They became known as the Civilian Joint Task Force (CJTF), indicating they operated as a counterpart to the Joint Task Force (JTF) that coordinated the police, army and other security units fighting Boko Haram in Borno state.

There was more to this than a spontaneous, popular resistance to a bloody and fanatic jihadist insurgency. Boko Haram’s violence was certainly hard on people in Maiduguri. Security officers, Islamic clerics critical of Boko Haram and civilians otherwise associated with the Borno state or the federal government were threatened and assassinated, and the wealthier members of the communities were extorted by the jihadists. But the security forces, too, were brutal, as they implemented collective punishment strategies, especially when soldiers and police were killed, including the burning of homes and mass arrests of male youths.[fn]“Spiralling Violence. Boko Haram Attacks and Security Force Abuses in Nigeria”, Human Rights Watch, 11 October 2012.Hide Footnote Commanders’ unwillingness to curb these abuses provoked mounting tensions in Maiduguri. In addition, a state of emergency, from May to December 2013, that included a shutdown of phone services, fuelled economic problems for city traders.

Many Maiduguri inhabitants felt their community had to fight Boko Haram so as to deflect security forces’ suspicion and retaliation.

Many Maiduguri inhabitants felt their community had to fight Boko Haram so as to deflect security forces’ suspicion and retaliation. CJTF leaders confirm that many people joined because they feared both the jihadists and that if they did not isolate Boko Haram members, “they would be killed [by] soldiers who could not distinguish them from other youth and were killing indiscriminately”.[fn]Crisis Group interviews, CJTF members and leaders and civilians, Maiduguri, October 2016, January 2017. See also “Youth vigilantes set another suspected Boko Haram sect member ablaze in Maiduguri”, Information Nigeria, 27 July 2013.Hide Footnote

Professor Mohamed Kyari, a noted analyst of the insurgency, has argued that the army’s retaliations were part of “a strategy aimed at compelling residents to cooperate with troops in exposing Boko Haram insurgents”, and that the CJTF included “repentant members of Boko Haram who were recruited by the military”, a textbook counter-insurgency move. Whatever the truth, CJTF members acknowledge that the security forces, and particularly the army, which had the JTF lead, were quick to appreciate the potential of a vigilante response in Maiduguri. The JTF organised the groups along its own lines of command, with Maiduguri divided into ten sectors. JTF officers were also involved in the selection of CJTF leaders, a chairman and a secretary for each sector, with whom they worked closely. A number of JTF checkpoints were handed over to the CJTF.[fn]“Civilian vigilante groups increase dangers in northeastern Nigeria”, IRIN, 12 December 2013. Crisis Group interviews, CJTF leaders, Maiduguri, 18 October 2016, January 2017. The JTF command (and its successor, the 7th Division), based in Maiduguri, seems to have been in charge. A committee was formed in September 2014 around the Abuja-based chief of defence staff to supervise the CJTF, but it seems to have never really functioned.
Hide Footnote

Soon after, the CJTF formed links to the state’s major leaders, the Shehu of Borno, Abubakar Ibn Umar Garbai El-Kanemi, and Governor Kashim Shettima.[fn]Crisis Group interviews, CJTF leaders, Maiduguri, January 2017. The Shehu is the traditional ruler of the Borno Emirate, which was defeated in 1893 and subsequently integrated into the British colony of Nigeria. He is the ceremonial head of the Kanuri people and retains influence over much of Borno through a network of chiefs.Hide Footnote The army and Borno state government cooperated in structuring the CJTF further. A number of mid-ranking state officials took key CJTF positions. As early as September 2013, an “orientation program”, the Borno Youths Empowerment Scheme (BOYES), selected and screened young men, who then received some military training from the army. State authorities gave them uniforms, patrol cars and identification documents (IDs), as well as a stipend. It was eventually announced that BOYES would train up to 6,000, but it stopped at around 1,850, apparently due to the army’s uncertainty about training so many potentially unreliable persons. Some recruits, suspected of association with Boko Haram and of trying to get training or intelligence, were arrested.[fn]“War against Boko: Borno holds orientation for 800 ‘BOYES’ Civilian JTF”, NewsRescue, 28 September 2013. All who demonstrated unexplained prior mastery of automatic weapons during training were arrested. Crisis Group interviews, CJTF leaders and BOYES members, Maiduguri, 18 October 2016, January 2017.Hide Footnote

CJTF-military cooperation has remained very close. The army later provided standard military training to about 200 members to create a “CJTF Special Force”, with greater weapon skills and operational capability, that could be used in front-line operations. By late 2013, Maiduguri was largely purged of Boko Haram cells, and there have been few subsequent attacks in the city, other than suicide operations, often against refugee camps on its periphery. Most intra-city checkpoints have disappeared.[fn]Crisis group interview, member of CJTF special force, Maiduguri, 15 January 2017; observations, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote

C. Spreading the CJTF Model

Nigerian security services and Borno state authorities cooperated to spread the CJTF model. First, Maiduguri CJTF elements began accompanying the army outside the city. In July 2013, they were involved in operations in neighbouring Jere Local Government Area (LGA), as well as in more distant localities like Dikwa and Dawashi. As the army defended or took back LGAs throughout Borno state, it encouraged the formation of CJTF units, and Baba Jafar Lawan toured the state to raise them. Where there was scepticism, military officers visited communities to insist this was the government’s wish.[fn]“Boko Haram hunters burn suspect alive in Maiduguri”, Daily Trust, 25 July 2013. Crisis Group interview, CJTF, Maiduguri, 14 January 2017.Hide Footnote The deputy governor publicly pressed the emir of Biu, a city in southern Borno where CJTF were not well received, to “encourage youth in his domain to form [a] vigilante group”.[fn]“Deputy governor urges Biu Emirate to form CJTF”, Daily Post, 5 July 2013.Hide Footnote Much like in Maiduguri, communities knew refusing would be suspicious.

The security services were closely involved in identifying local CJTF leaders. In a large northern Borno town, the CJTF chairman was a paid State Security Service (SSS) informant; in a small town close to Maiduguri, the appointee was a trader close to the authorities and security forces.[fn]Crisis Group interviews, Diffa region, Niger, May 2016; Maiduguri, 15 January 2017.Hide Footnote CJTF leaders claimed to have recruited up to 45,000 members in Borno state, though the current leadership now speaks only of about 26,000, covering 22 of the state’s 27 LGAs.[fn]Crisis Group interview, CJTF leaders, Maiduguri, 18 October 2016; “Nigeria- La communauté se retourne contre Boko Haram”, IRIN, 11 August 2014.Hide Footnote

Vigilante forces have also emerged in the other north-eastern Nigerian states, at a pace and intensity largely dependent on the Boko Haram threat, but always in close connection to the security services and state authorities. Boko Haram’s threat in late 2014 to march on Yola, the capital of Adamawa state south of Borno, was met with a mobilisation of hunter brotherhoods.[fn]Multi-ethnic hunter brotherhoods, found in many West African areas, are particularly strong in Adamawa, a forested region with much game. There are hunters in Borno state, and some became vigilantes, but the CJTF did not follow the brotherhoods’ organisation. This may be because the Borno state CJTF initially mobilised urban youth.Hide Footnote  In addition to state authorities, several leading local political figures were essential in that, including former Vice President Atiku Abubakar (under President Olusegun Obasanjo), who has vast local investments; the then Senate Committee on Defence Chairman Jibrilla Bindow; Adamawa State House Representative Emmanuel Tsandu; and Federal House Representative Adamu Kamale.[fn]Crisis Group interviews, Adamawa, October 2016.
Hide Footnote
The local hunters played a major part in blocking Boko Haram and helped the army take back the cities of Gombi and Mubi in northern Adamawa.

Adamawa’s Kanuri minority formed its own 300-men CJTF in March 2013, in close collaboration with security forces, to help screen internally displaces persons (IDPs) fleeing Borno state. Many Boko Haram leaders and members are Kanuri, and this sought to show “both the public and security agencies … that not all Kanuri in Yola were Boko Haram” and to preserve trader livelihoods.[fn]Crisis Group interview, CJTF leader, Yola, 31 October 2016.Hide Footnote Civilian and security officials push less for organised vigilantes in Yobe and Gombe states, which were not so affected by the insurgency and where the security forces never seemed overwhelmed.[fn]Mobs reportedly lynched some Boko Haram suspects in these states. “Jungle justice meted out to man plotting to bomb bus station in Gombe”, Sahara Reporters, 18 November 2014.Hide Footnote

Community leaders from the north east based in other regions have extended the monitoring of suspected Boko Haram activities, notably in Abuja and Lagos, Nigeria’s political and economic capitals respectively. They have been reporting to security services and occasionally conducting citizen arrests, sometimes with the support of CJTF who would come from Borno state and take the prisoners to Maiduguri.[fn]Crisis Group interviews, CJTF officials, members, Maiduguri, 18 October 2016, 12 January 2017; “Wanted Boko Haram chieftain, five others arrested in Lagos”, The Guardian (Lagos), 11 July 2016.Hide Footnote

As Boko Haram stepped up activities in Cameroon and Chad, and the state and army realised their limitations, communities were called on to form self-defence groups.

The CJTF model has spread to Nigeria’s Lake Chad neighbours. As Boko Haram stepped up activities in Cameroon and Chad, and the state and army realised their limitations, communities were called on to form self-defence groups. In Cameroon, the Far North region governor, Augustine Awa Fonka, issued an arrêté regional (regional decree) creating the comités locaux de vigilance in June 2014. After suicide bombings in Maroua, the region’s capital, in July 2015, the authorities pushed even harder. All villages in the Far North now reportedly have comités; according to one source, 16,000 vigilantes are on duty.[fn]Crisis Group interviews, senior gendarmerie officer, sous-préfets, Far North, October 2016; journalist, December 2016. “Arrêté régional n° 19 portant création des comités locaux de vigilance dans la région de l’Extrême-Nord”, June 2014. “Tchad: vigilance accrue contre Boko Haram”, Xinhua, 21 February 2015.Hide Footnote Similarly, after Boko Haram’s first terror attacks in Chad’s capital, N’Djamena, in February 2015 the territorial administration minister called on local chiefs to “increase their vigilance”. During Chadian President Idriss Déby’s visit to Baga Sola in October 2015, authorities urged villages around the lake to create their own comités de vigilance.[fn]Crisis Group interviews, civilians and vigilantes, Lake Chad region, April 2016; politician from the Lake Chad region, N’Djamena, September 2016; “Tchad: vigilance accrue contre Boko Haram”, Xinhua, 21 February 2015.Hide Footnote

Niger’s case is somewhat unique. Though the mobilisation of armed civilians, based notably on the example of Algeria’s war on islamists in the 1990s, was discussed in Niamey policy circles, fears of ethnic militias, concerns about the cost of their demobilisation and their potential for political instrumentalisation and the country’s fragility led President Mahamadou Issoufou to decide otherwise. The Nigerien defeat in Bosso in June 2016 revived the debate, but the idea was rejected again. When militias were formed in 2016 among the Peul and Mohamid Arabs, deemed loyal to the state (or, more precisely, hostile to other communities, such as the Buduma, suspected of supporting Boko Haram), the authorities gave them free rein only briefly and quickly tried to resolve ethnic tensions.[fn]Crisis Group interviews, Nigerien officials, Buduma and Peul community leaders, Niamey, Diffa region, May 2016.Hide Footnote

The cautious approach may also be due to early problems with Nigerian refugees, CJTF members among them, who organised self-defence groups in fear pursuit from Boko Haram. Locals in Yébi and Bosso accused Nigerian vigilantes of abuses and disrupting profitable cross-border trade. Some were detained and sent back with the help of Nigerian authorities.[fn]Crisis Group interviews, NGO protection officer, Diffa, 14 October 2016; CJTF member, Maiduguri, 14 January 2017.Hide Footnote Instead of mobilising vigilantes, Niger has been using informant networks, though vigilante groups eventually formed in some of the more insecure areas, such as Bagara and Toumour.[fn]Crisis Group interviews, local official from Toumour, Niamey, 11 October 2016; vigilante official, Bagara, 14 October 2016. See also “Au Niger, Baouchi Dao veut vaincre Boko Haram avec ses flèches”, Voice of America (VOA) Afrique, 21 June 2016.Hide Footnote

Officials in Nigeria, Chad and Cameroon recognise the vigilantes’ services. Senior officials have met with their leaders and handed out medals and prizes. Chad’s President Idriss Déby has visited vigilantes in the field (notably in Ngouboua on 4 June 2016), and then Nigerian President Goodluck Jonathan once hailed them as “new national heroes” in July 2013.[fn]“North-east youths hunt insurgents”, Vanguard, 17 June 2013.Hide Footnote

III. Vigilantism, an Effective Counter-insurgency Tool?

A. Variations in Profiles and Structures

Depending on the country, vigilantes have been involved in a variety of missions. Nigeria has made the most intensive use of them, particularly in Borno state, where CJTFs have been carrying out intelligence, surveillance and protection missions in their communities, notably operating checkpoints and patrolling to check on newcomers in public spaces (mosques, markets and the entrances of villages and towns). As some communities were displaced, CJTF have followed, often continuing surveillance in their IDP camps or host communities. They perform arrests and deliver suspects to the security forces, and some have been closely involved as auxiliaries to those forces. They have also screened and interrogated suspects in detention centres. The army has asked them to join in long-distance operations, usually mixing CJTF familiar with the targeted terrain with groups from other areas. They have also been deployed away from their communities, to control newly captured towns or support local CJTF. In several instances, they have launched autonomous armed operations.[fn]Borno state Governor Shettima, for instance, “ordered mobilization of some 500 Civilian Joint Task Force elements to beef up security in areas Boko Haram had used as corridors to attack villages in Chibok”. “Boko Haram weakening, despite suicide bombings – Shettima”, Daily Trust, 30 November 2016. Crisis Group interviews, CJTF, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote

Niger is at the other end of the spectrum, having made the most cautious use of vigilantes. After incidents with Nigerian vigilantes who had taken refuge in Niger, it banned civilians from manning roadblocks and bearing weapons, demanding that vigilantes work as an informant network with the army’s civil-military cooperation teams. Civilians, sometimes bearing crude weapons, have guided security patrols. As the conflict hit Niger harder, some front-line communities, such as Toumour and Bagara, eventually set up or remobilised classic vigilante groups for protection, often mixing local youth and IDPs. They man roadblocks and checkpoints, patrol and perform arrests.[fn]Crisis Group interviews, local official from Toumour, Niamey, 11 October 2016; NGO protection officer, Diffa region, 14 October 2016; vigilante official, Bagara, 14 october 2016.Hide Footnote

Chad and Cameroon are between these two extremes. Chad, which has been less exposed to jihadist attacks, is closer to the Nigerien case. Cameroon, attacked early and intensely, is closer to the Nigerian response. For instance, its vigilante units have launched their own small-scale assaults against Boko Haram bands, sometimes pursuing them across the Nigerian border.[fn]Crisis Group interviews, vigilante leaders of Limani, Kerawa, Mora and Kolofata, Mora, October 2016; “Limani: 70 membres des comités de vigilance attaquent Boko Haram au Nigéria”, L’Oeil du Sahel, 3 May 2016.

Because the states pushed for formation of vigilantes, they have exerted a degree of oversight, each in conformity with its habits and capacities. In Borno state, the few CJTF selected for BOYES training went through a vetting process, with the support of state authorities and security forces, including background checks and medical screening. The CJTF, though in a somewhat piecemeal fashion, issued IDs and compiled membership lists that were made available to the authorities. All BOYES trainees and some other CJTF received uniforms. Cameroon also tried to register vigilantes, as it had done in previous instances.[fn]Crisis Group email, human rights worker who visited the CJTF vetting and registration centre in 2013, 8 April 2016. Seignobos, “Le phénomène zargina”, op. cit. Chad, with a weaker bureaucratic tradition, has relied much more on the chiefs, delegating selection, identification and control to them. In Niger, existing vigilante groups have registered their own members and given lists to the civilian and security officials.[fn]No ID cards seem to have been distributed. Crisis Group observations, Diffa region, October 2016.Hide Footnote

In all cases, oversight falls somewhere between local military commanders, the territorial administration (elected governors in Nigeria, the sous-préfets, préfets and governors appointed by the territorial administration or interior minister in Cameroon, Chad and Niger) and the local chiefs who answer to the local governments. In all four countries, vigilante leaders reported having the phone numbers of relevant military and civilian officials, and newly arrived officials quickly link up with them. In Cameroon and Chad, chiefs have played a major role in recruitment. In Cameroon, they sign IDs along with the sous-préfets and forward membership lists to the administration and security forces.

In Borno state, both governor and army seem directly involved, to the point where they appear to give orders to CJTF.[fn]“Boko Haram weakening, despite suicide bombings – Shettima”, op. cit.Hide Footnote CJTF leaders, however, now insist they are independent. Symbolically, they have removed reference on their most recent IDs to the 7th Army Division and floated new unit names, probably to avoid too explicit links to the security services and Borno state. Significantly, the designation Borno State Youth Vanguard (BSYV) has now been replaced by Borno Youth Association for Peace and Justice (BYAPJ). But “CJTF” has captured the imagination and often remains on their IDs along with the new acronym.[fn]Committees to supervise the CJTF were created by the chief of defence staff in 2014 and the Borno state governor in 2015 but do not seem to have been operational. Crisis Group interviews, CJTF leaders, Maiduguri, January 2017. For a sample of a CJTF ID, see “#FallenHero: Mustapha was the 03 Sector Chairman of CJTF in Borno RIJF”, www.insidearewa.com, 14 December 2016. CJTF has become so popular that other groups not fighting Boko Haram, for instance in Kaduna, have picked up the name.Hide Footnote

Attempts have been made to increase control over vigilantes, leading to some professionalisation.

In Borno state in particular, attempts have been made to increase control over vigilantes, leading to some professionalisation. The initial groups included many underaged youths, but CJTFs are less numerous, and leaders insist they mobilise only adults. This seems largely true, though children still act as informers or are part of crowds that occasionally rally behind vigilantes for arrests. There is also increasing use of women, who are better able to check and search women without creating too much tension in a context where women are playing a greater role in the insurgency. Women are also occasionally involved in patrol and combat roles in vigilante units.[fn]On the female part in the insurgency and female vigilantes, see Crisis Group Africa Report N° 242, Nigeria: Women and the Boko Haram Insurgency, 5 December 2016; also “Meet Aisha, a former antelope hunter who now tracks Boko Haram”, The Guardian, 8 February 2017. In a paradoxical confirmation of the patriarchal nature of societies in the Lake Chad basin, the female vigilante discussed in that piece derived her combat skills from her grandfather. In 2015, CJTF leaders reportedly admitted that children made up “nearly a quarter of the more than 10,000-strong” movement. Quoted in “The child soldiers fighting Boko Haram”, The Daily Beast, 3 July 2015.Hide Footnote

States have been cautious about weapons, equipment and training. Rather haphazardly, the civilian and military authorities, as well as non-state backers, have provided some non-lethal equipment, such as metal detectors, phones, radios and torchlights, as well as transportation ranging from four-wheel drive vehicles to bicycles. All have been wary of arming and training most vigilantes, in order to limit weapon proliferation in general and avoid creating what a Cameroonian officer called “uncontrollable militia”. That the Boko Haram-affected areas in all four countries are those with ethnic Kanuri concentrations has made the four cautious about arming that community.[fn]Crisis Group interviews, Cameroon, Chad, Niger, Nigeria authorities, September 2016-January 2017. On the states’ reluctance to arm vigilantes (and the vigilantes’ frustration), see, for instance, Ngala Killian Chimtom, “Cameroon: volunteer vigilance committees call for more help in combatting Boko Haram”, African Arguments, 23 December 2015. There is little doubt that Boko Haram has roots among the Kanuri, but it is not an exclusively Kanuri rebellion, and the movement has never claimed to fight for that community in particular, despite the assertions of some commentators. See, for example, “Fulani, Kanuri behind Boko Haram, Archbishop says in Jonathan’s presence”, Premium Times, 12 January 2015.
Hide Footnote

In Maiduguri, the vigilantes initially used mostly sticks and cutlasses. As the CJTF expanded into rural areas, they carried traditional weapons such as bows and arrows, spears and “Dane guns” (locally manufactured rifles) or shotguns. In Borno state, only the sector commanders were permitted to own a modern weapon, though the army lent assault rifles to the CJTF for specific operations.[fn]Similarly, only the head of the Adamawa CJTF unit received a licence to buy a gun for self-defence. Crisis Group interviews, CJTF leader, Adamawa, 31 October 2016; CJTF, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote Cameroon does not officially allow vigilantes automatic weapons, though a few former soldiers who have joined the comités have kept their modern arms. In Niger, the few Peul and Arab vigilante groups reportedly have some automatic weapons, which many nomads obtain to protect their herds. The Adamawa hunters, who had their own weapons, were given ammunition and additional guns by state officials and local patrons.[fn]Crisis Group interview, official of Adamawa state hunters’ association, Yola, 30 October 2016.Hide Footnote Chad, more willing to rely on and trust traditional leaders, gave automatic weapons to chiefs and a dozen or so of their guards (the goumiers) in some threatened areas.

This reticence to provide weapons is resented. A CJTF leader, an ex-member of earlier, anti-banditry militias, complained they were only Yan Gora (people with sticks, in Hausa), a phrase Boko Haram used to mock them. A Cameroon vigilante leader similarly deplored that it would be difficult to “keep terrorists at bay” with their “rudimentary weapons”.[fn]Crisis Group interview, Diffa region, Niger, May 2016. Chimtom, “Cameroon: volunteer vigilance committees call for more help”, op. cit.Hide Footnote Throughout the region, there are indications that some vigilantes are buying weapons, taking them from defeated Boko Haram fighters and getting them from sympathisers in the security services.[fn]“Nigerian violence spawns homemade responses”, The Wall Street Journal, 25 June 2014; Crisis Group interview, official of hunters’ association, Yola, 30 October 2016.Hide Footnote

B. Resourcing for Vigilantes

The Lake Chad states struggle with a dilemma: formalising the vigilantes would enable greater oversight but also cost, money that could be applied to other pressing needs, not least the humanitarian catastrophe triggered by the insurgency. It might also raise expectations and feed a sense of entitlement that could prove unsustainable, as well as create incentives that encourage the formation of more groups. Indeed, some vigilantes have been calling for “a permanent mechanism to help [them] provide the basics for [their families]”.[fn]Cameroon vigilante leader quoted in Chimtom, “Cameroon”, op. cit.Hide Footnote Vigilantes, especially when they are high up in the hierarchy, often insist they are not paid for their service and have to spend their own money on duty.

A variety of support systems provision and compensate vigilantes. The 1,850 Nigerian CJTF members formally recruited in the BOYES program are an exception, as they receive 15,000 naira (about $50) monthly, plus some health coverage. In Adamawa, hunters received a small state salary only during the tense moments when they were most needed. Otherwise, vigilantes have received haphazard financial support, gifts in cash or kind from state officials, local authorities, politicians, businessmen and military commanders. In Borno state, CJTF members participating in intelligence meetings or going with the army on operations may get per diem or a share of spoils captured from Boko Haram suspects and camps. In IDP camps, they often get a special share of the incoming aid.

Communities used to provide for pre-Boko Haram vigilantes, sometimes raising money to pay small salaries or providing necessities in kind. This still happens, but there are reports that some vigilantes “beg” at checkpoints, where the voluntary nature of “donations” is open to debate. There also are reports of ad hoc, uneven assistance being given to the families of vigilantes killed in action. Communities have sometimes been left to fend for their own casualties.[fn]Crisis Group interviews, CJTF, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote

The same is true in the other three countries: vigilantes have been receiving some equipment and gifts of money and food from the presidency and military, as well as gifts in cash and kind from local notables and communities. Some form of “taxation” of communities has likewise been documented. In Cameroon, there have been several reports of Boko Haram’s loot being appropriated by the vigilantes, sometimes in association with the security forces.[fn]“Scandale autour du bétail saisi à Boko Haram”, L’Oeil du Sahel, 21 November 2016.Hide Footnote

C. The Vigilante Effect(s)

Assessing the vigilantes’ impact seems at first rather easy. In operational terms, there is little doubt they have been useful. Most soldiers, recruited from throughout their respective countries, often have little understanding of the local terrain (social or physical). Vigilantes have a better “sense of the normal and the abnormal” locally, which makes them apt to detect threats.[fn]Crisis Group, security expert, Maiduguri, 15 January 2017.Hide Footnote Many people insist that the military’s lack of local language skills is a big problem that has resulted in unnecessary casualties. In the Lake Chad basin’s varied geography, from the marshes of Lake Chad to the hills and caves in Gwoza and the Mandara regions, soldiers can have a hard time without local guidance. Local knowledge explains the contribution of the lightly armed hunters of Adamawa, when they faced a Boko Haram force comprised of many city dwellers.

Having witnessed the growth of Boko Haram groups in their communities, vigilantes often know some of the militants and their business partners, as well as who from their immediate environment is unexplainably absent. On many occasions, they have prevented suicide attacks or limited their impact by detecting suspicious characters early.[fn]In Cameroon, some vigilante units have a member endowed with charms and mystical preparation and tasked to run at and grab suicide bombers that have not been shot down. Crisis Group interviews, vigilante members, soldiers, local authorities, Mokolo, Tourou, Mora, Yaoundé, October 2016.Hide Footnote Overall, vigilantes have helped make the military response more likely to hit proper rather than collective targets. For all this, they have paid a price. The recent official toll for the Borno state CJTF alone was 600 dead.[fn]Crisis Group interview, CJTF officials, Maiduguri, 18 October 2016.Hide Footnote

Examining the broader impact brings more nuanced results. First, the decision by states to mobilise vigilantes has exposed them and their communities to Boko Haram retribution. As early as June 2013, a Boko Haram audio clip declared “an all-out war” on the youth of Maiduguri and Damaturu, “because [they] have formed an alliance with the Nigerian military and police to fight our brethren”.[fn]Audio clip, 18 June 2013, from Boko Haram spokesman Abu Zinnira quoted in “Civilian vigilante groups increase dangers in northeastern Nigeria”, IRIN, 12 December 2013. At one point, Boko Haram executed at roadblocks any male traveller from Maiduguri, to punish the city. Crisis Group interview, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote Boko Haram has launched many attacks on vigilantes, the traditional chiefs associated with them and their communities. It frequently used suicide attacks against CJTF groups and their markets, mosques and transport terminals. Much of the 2014-2015 peak in casualties was due to such retribution.[fn]See, for instance, “Boko Haram weekend killing spree leaves at least 40 dead in Borno villages”, Information Nigeria, 29 July 2013; and “Au Nigeria, ‘Boko Haram élimine des villages entiers suspectés d’avoir collaboré avec le pouvoir’”, Le Monde, 18 March 2014. On a recent attack on the home of the CJTF chairman in Kaleri, Mafa LGA, see “Boko Haram suicide bomber attack home of Civilian JTF commander”, Sahara Reporters, 25 January 2017. On the body count of Boko Haram victims in Nigeria, see Appendix C below.Hide Footnote There is evidence of extreme Boko Haram violence in response to vigilantism in the other three countries. In Niger for instance, the communities of Lamana and Ngoumao, among the few to have set up armed units, were brutally attacked in June 2015, and 38 villagers were killed.[fn]Crisis Group interviews, IDPs from Lamana and Ngoumao, Ngaroua IDP camp, October 2016; “Niger: attaques meurtrières de Boko Haram dans des villages isolés”, Radio France Internationale (RFI), 19 June 2015.Hide Footnote

Promotion of vigilantism was a principal driver that turned the conflict from an anti-state insurgency into a messy civil war.

Promotion of vigilantism was a principal driver that turned the conflict from an anti-state insurgency into a messy civil war, pitting Boko Haram against communities. Early on, a CJTF leader in Maiduguri noted: “We have crossed the Rubicon, and there is no going back. Boko Haram have declared war on us and even if we stop hunting them down, they will still come after us, so we have to fight to the finish”.[fn]“Civilian vigilante groups increase dangers in northeastern Nigeria”, IRIN, 12 December 2013.Hide Footnote This forced ever more people to pick a side, when many would have preferred not to get involved. In at least one case in a small Borno town, the local traditional leader opposed forming a vigilante unit, lest it lead to retribution. When some Boko Haram members came to threaten the community, he mockingly referred the population to the vigilantes, who could only flee and hide when the jihadists returned in force to kill suspected opponents and loot.[fn]Crisis Group interview, CJTF leader, Maiduguri, 14 January 2017.Hide Footnote

Forcing communities to pick a side may well have benefitted the states, as most seem to have favoured their governments. Vigilante mobilisation and Boko Haram reprisals have helped recreate a link between the security services and substantial portions of the population, particularly in Borno state. An observer noted that Cameroon troops no longer detain those who volunteer information, assuming a Boko Haram connection, a habit that would scare off potential informers.[fn]Crisis Group interview, NGO worker, Yaoundé, December 2016.Hide Footnote

Vigilantism has been a way for some civilians to regain a form of control in a situation of extreme uncertainty and powerlessness. The material benefits have mattered, but perhaps even more important than these occasional profits has been the relative protection from security-service suspicions that vigilante membership affords. Indeed, the groups grew when it became clear they had official support. In the uncertainty created by blunt, abusive counter-insurgency operations, an official ID or being on a list of approved members can mean appreciable protection, a modicum of security that vigilantes can hope to extend to their kith and kin. Affiliation with a vigilante unit can also importantly make travel through government-controlled areas safer.

Vigilantism, however, is not without problems. Cooperation with security forces is not easy: there is considerable mutual suspicion and accusations, particularly in Cameroon and Nigeria. Security sources say that some vigilantes double as Boko Haram agents or resell goods stolen by the jihadists. Several Cameroonian chiefs and comités de vigilance members, as well as the CJTF chairman of one of Maiduguri’s ten sectors (along with some military personnel), have been accused and arrested.[fn]Crisis Group interviews, local authorities, security forces and vigilante members of Amchidé, Kerawa, Limani, Fotokol, Far North, October 2016, January 2017; CJTF and civil society activists, Maiduguri, January 2017; “Cameroun: des membres de comités de vigilance complices de Boko Haram”, L’Oeil du Sahel, 7 December 2015.Hide Footnote Vigilantes also have occasionally accused the security services of double-dealing – selling weapons to Boko Haram, or being too lenient with suspects they handed over, sometimes releasing them within hours. In March 2014, CJTF captured five armed men in Maiduguri, whom the army later claimed were soldiers in civilian garb. This led to a clash, with angry youths chanting that “soldiers are the real Boko Haram; soldiers are masters of Boko Haram”.[fn]“Two killed, others injured in Civilian-JTF revolt against soldiers in Maiduguri”, Information Nigeria, 4 March 2014.Hide Footnote Two vigilantes were killed. At the least, this episode attests to a degree of mistrust between the army and some vigilantes.

The justice issue is particularly sensitive. Vigilantism, because it emerges from the weak state’s inability to maintain law and order and is frequently fed by a desire for revenge for personal losses, has a built-in bias for rough justice. There have been ample reports of abuses. In the CJTF’s early Maiduguri days, June-July 2013, several Boko Haram suspects were burned alive. The International Federation for Human Rights says “hundreds of summary executions” took place then. Subsequently, CJTF were reportedly involved, with the army, in rounding up and killing 600 prisoners who had escaped from the main military detention centre in Maiduguri, Giwa Barracks, in March 2014. According to one account, vigilantes paraded in the town of Biu in southern Borno in November 2014 with the heads of some 40 alleged Boko Haram militants on pikes. In June 2015, Amnesty International reported that Nigerian vigilantes and the army committed severe human rights violations, including torture and execution of Boko Haram suspects. CJTF officials admit to “tough measures” during interrogations.[fn]“Boko Haram hunters burn suspect alive in Maiduguri”, Daily Trust, 25 July 2013; “Nigeria. Les crimes de masse de Boko Haram”, International Federation for Human Rights, 10 February 2015, p. 9; “41 Boko Haram members beheaded in Biu after failed attack”, Daily Post, 31 October 2014; “Stars on their shoulders, blood on their hands. War crimes committed by the Nigerian military”, Amnesty International, June 2015. For another case, “How I escaped death in Maiduguri – Ex-Borno commissioner”, Vanguard, 25 March 2014. For a video account, see “Nigeria’s Hidden War: Channel 4 Dispatches”, Channel 4, 18 August 2014. CJTF officials denied their members were involved. Crisis Group interviews, January 2017; Maiduguri, 18 October 2016.Hide Footnote

Some observers suggest that the security services, particularly in Nigeria, have delegated suspect interrogation to vigilantes because of language skills and to keep as clean a human rights record as possible. CJTF says otherwise and seems to defer to the military on summary executions. In 2014, a CJTF reportedly knew it could not “render justice themselves”, so took suspects to the barracks, “where soldiers kill[ed] them”. A CJTF leader mentioned in an interview that he had handed over to the army his own nephew, who he knew was a jihadist militant, and that it had (rightly) executed him.[fn]Crisis Group interviews, human rights experts, Abuja, January 2017; CJTF, Maiduguri, January 2017; “Nigeria – La communauté se retourne contre Boko Haram”, IRIN, 11 August 2014; “Inside the vigilante fight against Boko Haram”, The New York Times, 5 November 2014.Hide Footnote

Several interviewees mentioned that some CJTF members were “pompous”, hinting that they derived an undue sense of self-importance and impunity from their power. Vigilantes also have engaged in other abuses, including sexual violence and extortion. Herdsmen in particular, as they circulate in the bush with valued cattle, have been targets. There are reported cases of vigilantes levelling false accusations against persons with whom they have personal feuds.[fn]Crisis Group interviews, NGO protection officer, Diffa, 14 October 2016; civilians, Maiduguri, January 2017; “Boko Haram: faut-il renoncer aux groupes d’autodéfense?”, Journal du Cameroun, 5 August 2016.Hide Footnote Human rights organisations have noted how those with a bit of power in IDP camps demand sexual services or money in exchange for favours, including the right to leave the camps or build a house there.[fn]Nigeria: Officials Abusing Displaced Women, Girls. Displaced by Boko Haram and Victims Twice Over”, Human Rights Watch, October 2016.Hide Footnote These include the CJTF, though a human rights specialist said that because vigilantes are usually from the IDP communities, they are somewhat less prone to commit abuses. In one instance at least, IDPs in a camp fought abusive vigilantes.[fn]Crisis Group interview, Maiduguri, 13 January 2017. “Boko Haram still controls Abadam, Mobbar in Borno –IDPs”, Daily Post, 22 January 2016.Hide Footnote

CJTF leaders assert that an organisation was needed precisely to curb abuses and insist they put in place a structure to monitor behaviour, with provosts and a disciplinary committee chaired by a member who is a lawyer. Sources verified that they suspended or dismissed several members and referred others to the police. The leaders also say civilians have filed abuse charges against a dozen members, though Crisis Group was unable to confirm this. Some CJTF leaders have received instruction in international humanitarian law. There is some understanding among the vigilantes and their state and army partners that abuses can reduce the efficiency of a mobilisation. The replacement of rough justice mobs by partly-professionalised vigilantes and recruitment of female vigilantes are attempts to address these concerns. It seems that community pressure is an important form of control, which is why in Maiduguri (after initial abuses) it was quickly decided that vigilantes would operate close to their neighbourhoods, where they would know and be known by people.

There is evidence the human rights situation has improved somewhat under President Buhari, for a variety of reasons.[fn]eyond Buhari’s attitude, other factors include military commanders’ realisation they are under international scrutiny for possible war crimes, better organisation and oversight of the CJTF and decline in Boko Haram threats and violence as it was driven farther from Maiduguri.Hide Footnote International human rights organisations and civil society activists report changes in Maiduguri, including in the main military detention centre, Giwa Barracks.[fn]Crisis Group interviews, human rights experts and civil society activists, Maiduguri and Abuja, January 2017.Hide Footnote International focus on sexual and gender-based violence in IDP camps led to several arrests in December 2016 in Maiduguri, including of two CJTF members. But there is not much solid evidence to suggest vigilantes are often held accountable for human rights violations. Little is known about what goes on during operations in remote territory or the impact of any abuses on local communities and vigilante relations with Boko Haram or the state. Nevertheless, the bottom line for many civilians seems to be that vigilantes have done more good than harm.[fn]“Ten suspects arrested in connection with IDP sexual abuse scandal”, Sahara Reporters, 6 December 2016. Crisis Group interviews, civil society officials, traders, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote

IV. The Possible Risks Ahead

Vigilantism is a symptom of the weaknesses of the Lake Chad states, especially their disappointing delivery of security and law and order. Almost as soon as vigilante groups formed, especially in Nigeria, a debate began on the risks they could pose for the future.[fn]See, for instance, “Civilian vigilante groups increase dangers in northeastern Nigeria”, IRIN, 12 December 2013.Hide Footnote State and security services understand some of these, as exemplified by caution over providing weapons, attempts at screening and the strong Nigerian army oversight of the CJTF. But the Lake Chad states have often struggled to control the risks resulting from reliance on vigilantes to fight Boko Haram. All these risks are more acute in Nigeria, where the conflict has been most intense, vigilantes are more numerous and active and the state faces bigger challenges and the difficulties of policymaking in a federal system.

A. The Handling of Claims

One of the most significant issues may be the handling of vigilante claims for service and sacrifice, particularly when economies are struggling at both national and local levels. The conflict has devastated the interlinked Lake Chad regional economy. Trade in cash crops is banned or severely depressed (often intentionally by the military to prevent Boko Haram from taxing it); many traders have fled, fighting has destroyed much of the physical and social infrastructure, and agricultural production is extremely low. Massive displacement has triggered a humanitarian disaster, especially in Borno state. All this makes it harder to address vigilantes’ demands.

Some vigilantes joined not only for protection or short-term material benefits, but also for the rights and prospects they felt membership opened for future state rewards. Many have post-war jobs, scholarship or demobilisation money in mind. Some CJTF members mention the Niger Delta Presidential Amnesty Program, under which insurgents were pardoned, put on the government payroll and given vocational training or education: “These rebels get something, so what should we get, we who have fought for the state?”[fn]Crisis Group interview, CJTF, Maiduguri, 12 January 2017. The Amnesty Program was set-up by President Umaru Yar’Adua in 2009. Due to end in 2015, it was extended to 2017.Hide Footnote Some vigilantes view their service explicitly as an advance against an expected reward. Through cooperation with the security services, particularly in Nigeria, vigilantes have become de facto apprentices, a classic path to a job, including a state job, in West African societies.

Vigilante leaders have sometimes been quite outspoken about their expectations from and frustration with the state, and some political leaders have begun to respond. The BOYES program was one such response. The Borno State Vigilantism and Youth Empowerment Agency Law voted in May 2015 was another, and in April 2016, Borno state Governor Shettima announced a program to create 20,000 jobs for CJTF members. In Borno, the army and DSS have absorbed 280 vigilantes into their ranks, but the actual demobilisation programs are only at the planning stage, which makes sense given the persisting security risks.[fn]Crisis Group interview, CJTF leaders, Maiduguri, 18 October 2016; “They’re defeating Boko Haram but are they Nigeria’s next security threat?”, IRIN, 22 August 2016.Hide Footnote

One of the tricky aspects in handling claims is their administration. There are several instances where previous rewards and incentives, for instance inclusion in the BOYES program, have created strong tensions and competition among vigilantes, with accusations of nepotism and favouritism. Denouncing how some leaders have gotten rich, secured homes in government housing projects or “privatis[ed]” cars, some vigilantes insist they have left the movement, refuse to register and will not become involved in an eventual demobilisation program.[fn]Crisis Group interviews, academic and CJTF, Maiduguri, 14 January 2017; vigilantes and state officials, Maroua, Mokolo, and Mora, October 2016.Hide Footnote The handling of vigilantes is even more important at a moment when states are pondering programs to encourage Boko Haram members to “exit”.[fn]Niger, Chad and Nigeria have all set up programs, though their functionality is not always easy to assess.Hide Footnote Several vigilantes expressed displeasure about these, some asserting bluntly that death should be the only way out.[fn]Crisis Group interviews, CJTF, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote  This attitude is fed by vigilantes’ security concerns and memories of Boko Haram violence, but also by their sense of entitlement.

B. From Vigilantes to Political Thugs, Mafias or Ethnic Militias

Vigilantism’s downside and risks are well-known in Nigeria, where groups such as the Bakassi Boys and the Oodua People’s Congress have turned into major political forces in other regions.[fn]Crisis Group Report, Nigeria: Want in the Midst of Plenty, op. cit., pp. 27-28.Hide Footnote There are various ways in which vigilante groups can evolve, even as the situation which has given rise to them fades away – and the Boko Haram threat is still far from that.

The first risk, politicisation of vigilantes, notably around elections, is particularly acute in Nigeria, because votes for governors, who control opaque budgets funded by enormous oil revenues, can be extremely competitive and violent.[fn]Governors also get a “security vote” from the federal government, an undisclosed, unaccounted monthly transfer of money they can use as they want, ostensibly for public safety. Obiamaka Egbo, Ifeoma Nwankoby, Josophat Onwumere and Chibuike Uche, “Security votes in Nigeria: Disguising stealing from the public purse”, African Affairs, vol. 111, no. 445 (2012), pp. 597-614.Hide Footnote Gangs of thugs hired to attack opponents’ supporters and to provide security are common. Indeed, Borno ex-Governor Ali Modu Sheriff relied on a vigilante group, ECOMOG (named after the West African peacekeeping force), for his 2003 campaign. Some analysts argue that soon after his victory, he let most go and that some later turned to Boko Haram in disappointment. An internal source reported that when the CJTF formed, a number of ECOMOG thugs still backing Sheriff joined, but CJTF leaders prevented them from rising in the ranks, fearing they were political proxies.[fn]Crisis Group interview, CJTF, Maiduguri, January 2017; “Boko Haram: les monstres de Maiduguri”, Le Monde, 23 June 2014.Hide Footnote

Whether this is an indication of the CJTF’s neutrality or their own politicisation is open to interpretation. Some observers suspect current Borno Governor Shettima’s BOYES program is partially political clientelism, an attempt to turn the vigilantes into a political network using counter-insurgency funding. At least one episode suggests the vigilantes’ political potential: in 2013, CJTF burned the house of the Borno state chairman of the All Nigeria Peoples’ Party (ANPP), alleging he supported Boko Haram, but some suspect this had to do with an internal ANPP feud.[fn]Crisis Group interview, civil society official, Maiduguri, January 2017. “Our chairman is not a Boko Haram sponsor – Borno ANPP”, Premium Times, 5 July 2013; “Borno ANPP officials disown state chairman”, Daily Trust, 12 July 2013. Shettima was a party member at the time.Hide Footnote During the 2015 election campaign, many CJTF were seen at rallies of the All Progressives Congress (APC), Shettima’s current party. It is not clear how much control he has over the CJTF, but throughout the Lake Chad region politicians on all sides are keen on cultivating relations with these groups.

Vigilantism has potential to feed ethnic or ethno-religious cleavages, because its focus is the defence of a specific local community.

Vigilantism has potential to feed ethnic or ethno-religious cleavages, because its focus is the defence of a specific local community. In the Cameroon locality of Amchidé, for instance, the initial comité de vigilance was controlled by Christians and harassed Muslims. It was eventually dissolved by the authorities and replaced by a mixed comité.[fn]Crisis Group interview, vigilantes, Amchidé, March 2016; vigilantes and state officials, Mora, October 2016. For examples from other parts of Nigeria, see Harnischfeger, “Ethnicity, Religion”, op. cit.Hide Footnote

Vigilantism is often also in an ambivalent relationship with the established orders of chiefdom and patriarchy, particularly in rural areas. It can cut both ways, sometimes revalidating “decentralised despotism”, a two-tier state system whereby peripheral areas, usually rural, are governed on the cheap, through delegation to chiefs with dubious claims to legitimacy and fitness to rule.[fn]Decentralised despotism” is a phrase borrowed from Mahmood Mamdani, Citizen and Subject: Contemporary Africa and the Legacy of Late Colonialism (Princeton, 1996).Hide Footnote At other times, it can give some autonomy to the young men (and occasionally women) who are the muscle of the vigilante forces.

Finally, if vigilantes are not disbanded, they can become mafias that turn to protection rackets and organised crime. The question is what happens when those who have become accustomed to receiving salaries or “gifts” react when these cease. This is not a new phenomenon in the Lake Chad basin, where the distinction between vigilantes, regular security force members and bandits or rebels can be fluid. Some vigilantes have already been using their relative impunity to engage in crime, from small-scale drug trafficking to resale of stolen goods.[fn]Janet Roitman, Fiscal Disobedience: An Anthropology of Economic Regulation in Central Africa (Princeton, 2005); Debos, Living by the Gun, op. cit. Crisis Group interviews, CJTF and CSO officials, Maiduguri, January 2017.Hide Footnote

V. Marching on with Vigilantes

Given vigilantism’s size, the persistent insecurity and security forces’ overstretch, notably in Nigeria and Cameroon, neither neglect nor suppression is feasible.

A. In the Short Term, Improving Accountability

Niger’s choice to use vigilantes relatively modestly as surveillance networks is predicated on the ability of its regular forces more or less to keep Boko Haram at bay. This in turn has been possible in part because the jihadists’ assault has come later and been less intense, and because, having largely abandoned its portion of Lake Chad, the country’s remaining area is more easily watched. These conditions may well be changing, as Barnawi’s Boko Haram faction appears to be gathering strength on Lake Chad and along the Komadugu River, which delineates the eastern Niger-Nigeria border.[fn]A Crisis Group report on Boko Haram in Niger is forthcoming.Hide Footnote That there is now a full-fledged vigilante force in Toumour and some other sites may be a sign of the times.

Oversight and accountability improvements are much needed. The institutional mechanisms created by the Borno state CJTF, with provosts and a disciplinary committee, are welcome and could be improved and replicated elsewhere. It also would be useful to show that vigilantes are held accountable by making information publicly available on cases and decisions submitted to the committee, perhaps by a yearly report and periodic engagement with human rights entities.

In any case, the courts must examine allegations of grave human rights violations by vigilantes. Governments should devise a legal framework for their operations that holds members explicitly accountable, and the security services should give vigilantes instruction on human rights and legal obligations along with such practical skills as demining and intelligence work.[fn]The International Committee of the Red Cross (ICRC) might supplement legal training.Hide Footnote The Lake Chad countries should acknowledge a responsibility to those they mobilise. Among other things, they should make sure all vigilantes have access to functional communication networks and can call in regular troops promptly when needed.

B. Symbolic and Material Rewards

There is need to acknowledge, including in national media, the effort vigilantes make. In societies where ethnicity can be very political, and the communities most affected by Boko Haram have come under suspicion as a whole, skilful promotion of some exemplary vigilante figures would be a good way both to recognise their commitment and courage and to contain stereotyping that links certain ethnic groups to Boko Haram.

Symbolic rewards also matter. Ceremonies, medals and diplomas have become standard and have some impact. Honouring those killed or maimed in association with some material attention to their families would also help, but action on this count has been too haphazard. Disbanding vigilante groups should be linked with some gainful sustainable employment and be supported by donors. If this is not fully practical, perhaps a distinction could be made, particularly in Borno state, between those who have stayed local and for whom militia service has been just one aspect of continuing lives, and those who have been displaced or chosen to move and become security-force auxiliaries. For those who have stayed in their community, governments, with donor help, should plan on some sort of association (as paid labour or staff) with the rehabilitation of damaged infrastructure that is featured in all post-conflict plans.

National security is the sector most often mentioned by vigilantes themselves with regard to jobs after their groups are disbanded. Nigeria has already taken small steps. This should only apply to a small fraction of vigilantes, however, because normal educational requirements need to apply so as to avoid further weakening the security institutions. This is particularly the case in Nigeria, where the constitution requires a balance between communities in public recruitment, according to the principle of the country’s “federal character”.[fn]On this issue, see, for instance, Abdul Raufu Mustapha, “Institutionalising ethnic representation: How effective is the Federal Character Commission in Nigeria?”, Centre for Research on Inequality, Human Security and Ethnicity (CRISE) Working Paper no. 43, June 2007.Hide Footnote To make it acceptable that not everyone can be taken, recruitment has to proceed in as transparent a manner as possible.

For the bulk of vigilantes, demobilisation must be carefully planned, with grants to help them go back to their occupations, finish education or develop businesses. Such programs are never fully successful, but they help motivate returns to normal lives. It is the least the countries can do, and partners should assist. It would also help kick-start a regional economy that is in ruins.

C. In the Long Term, Rethinking Community Policing

Throughout the Lake Chad basin, police are largely or exclusively national. Nigeria’s federal police is a dysfunctional, often brutal force, one reason why vigilantes have formed in the first place and Boko Haram has appeared. Some have suggested recreating local forces as a solution.[fn]For an analysis that views local police as an alternative to vigilantes, see Peter Ekeh, “A Review of HRW’s and CLEEN’s Report ‘The Bakassi Boys: The Legitimization of Murder and Torture’. On State Sponsored Vigilante Groups in Nigeria”, www.waado.org, 27 May 2002.Hide Footnote Given how tense state politics has become in Nigeria, a full-fledged police force at the governor’s command would be risky. At least as far as Borno state is concerned and given the likely continuation of some form of jihadist activity and rural unrest, it would make sense to create a federal body of auxiliaries under the army, State Security Service, Nigerian Security and Civil Defence Corps (NSCDC) or the mobile police to accommodate a portion of the CJTF, notably those with weapons training. Transparent recruitment is essential, and provision should be made for their potential integration, if they meet educational requirements and are retrained. This breach of the principle of Nigeria’s “federal character” would need national assembly approval.

With the help of local civil society organisations, other selected vigilantes might be retrained and redirected toward reporting and early-warning mechanisms linked to both the police and civil society organisations. This would build usefully on the fact that, particularly in rural areas, vigilantes have become important connectors to the state.

D. For a Reasoned Disarmament

The proliferation of weapons in the Lake Chad basin is part of the structural problems that have fed instability and allowed Boko Haram, at least initially, to portray itself as a provider of (religious) law and order. A disarmament program is necessary. States are already calling for it and have restricted access to gun licences in conflict areas. However, not all guns are the same. The program should be limited to functional automatic weapons and not spend money on decommissioning hunting rifles and locally produced guns, which are easily replaced and less lethal.

VI. Conclusion

Vigilantes have been essential in turning back the Boko Haram tide, but the jihadist group remains resilient. As the conflict continues to evolve, so will vigilantes. They are enmeshed with high politics, particularly in Nigeria, and local intercommunal relations, business operations and chiefdoms. Vigilantism is as much a long-term symptom of state weakness in the Lake Chad basin as a short-term solution to it. To address the drivers of armed extremism, Lake Chad countries must return state presence to the region, not least by reintroducing accountability and law and order. As part of this process, the CJTF and comités de vigilance will need either to be slowly disbanded or formalised and regulated. Getting relations and expectations right with their members should be an urgent aspect of rebuilding security in the region.

Dakar/Nairobi/Brussels, 23 February 2017

Appendix A: Map of the Lake Chad Basin

Map of the Lake Chad Basin Mike Shand/International Crisis Group, 2017

Appendix B: Glossary

ANPP: All Nigeria Peoples’ Party

APC: All Progressives’ Congress

BOYES: Borno Youths Empowerment Scheme

BSYV: Borno State Youth Vanguard

BYAPJ: Borno Youth Association for Peace and Justice

CJTF: Civilian Joint Task Force

CLEEN: Centre for Law Enforcement Education

HRW: Human Rights Watch

IDP: Internally Displaced Person

JTF: Joint Task Force

LGA: Local Government Area

NSCDC: Nigerian Security and Civil Defence Corps

SSS: State Security Service

Appendix C: Number of People Killed by Boko Haram 2013-2016

Number of People Killed by Boko Haram 2013-2016 References: Realtime 2016 All Africa File and Version 6 (1997-2015) dataset. Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), 2016; “Global Terrorism Index 2015. Measuring and Understanding the Im-pact of Terrorism”, Institute for Economics and Peace
A woman holds a child as she marks the one-year anniversary of the mass kidnapping of more than 200 schoolgirls from a secondary school in Chibok by Boko Haram militants in Abuja, Nigeria, on 14 April 2015. REUTERS/Afolabi Sotunde
A woman holds a child as she marks the one-year anniversary of the mass kidnapping of more than 200 schoolgirls from a secondary school in Chibok by Boko Haram militants in Abuja, Nigeria, on 14 April 2015. REUTERS/Afolabi Sotunde
Report 242 / Africa

Nigéria : les femmes et Boko Haram

Les femmes ont subi les violences et les mauvais traitements de Boko Haram, mais ce ne sont pas seulement des victimes : certaines ont volontairement rejoint les jihadistes, d’autres combattent l’insurrection, font partie des équipes de secours ou participent aux initiatives lancées en faveur de la réconciliation. Les expériences des femmes devraient façonner les politiques de lutte contre l’insurrection et leur contribution à une paix durable devrait être facilitée.

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Synthèse

L’apparition puis l’insurrection de Boko Haram ont radicalement transformé la vie de milliers de femmes et de filles, propulsées de gré ou de force vers de nouveaux rôles, hors de la sphère domestique. Certaines ont rejoint le mouvement pour échapper à leur condition, d’autres ont été enlevées et réduites en esclavage. Sept années de conflit ont affecté différemment les individus en fonction de leur sexe. Si les disparus sont, de façon disproportionnée, des hommes, les femmes constituent l’immense majorité du 1,8 million de déplacés internes dans le Nord-Est du Nigéria. Qu’elles aient été épouses, esclaves, ou combattantes, beaucoup d’entre elles portent aujourd’hui les stigmates de l’association avec les insurgés, et sont bannies de leurs communautés, notamment à cause du flou qui règne entre les statuts de militant, de sympathisant, et d’acolyte contraint. Même si Boko Haram subit de sérieux revers, il reste capable de lancer des attaques et de commettre de nombreux attentats-suicides. Il est indispensable de comprendre le vécu des femmes dans le conflit, comme victimes mais aussi comme protagonistes, pour élaborer des politiques et des programmes qui s’attaquent aux racines du mouvement insurrectionnel, et des stratégies pour le juguler et faciliter la contribution des femmes à une paix durable.

Depuis son émergence en 2002, Boko Haram a prêté une attention toute particulière aux femmes, tant dans sa rhétorique que dans ses actions, en partie en raison du vif débat sur leur place dans la société qui agite le Nord-Est du pays. Comme d’autres mouvances du renouveau islamique, le mouvement a appelé à de plus grandes restrictions pour les femmes dans certains domaines, tout en soutenant leur accès à une éducation islamique et en offrant une autonomisation financière. Dans un contexte où le système patriarcal, la pauvreté, la corruption, les mariages précoces et l’analphabétisme limitent depuis longtemps leurs chances dans la vie, certaines femmes ont vu en Boko Haram une occasion de faire avancer leurs libertés ou de surmonter l’adversité. Nombre d’entre elles ont apprécié son ancrage religieux et moral.

Par la suite, Boko Haram a commencé à enlever des femmes et des jeunes filles, pour des raisons à la fois politiques et pragmatiques, y compris pour protester contre l’arrestation de militantes ou de parentes de certains dirigeants du mouvement. Le rapt de plus de 200 écolières près de Chibok en 2014 a été l’apogée très médiatisée d’une tendance bien plus large. Le groupe a enlevé des chrétiennes, et plus tard des musulmanes, pour punir des communautés qui lui résistaient, pour affirmer symboliquement sa domination et pour se constituer un capital. En offrant des « épouses » aux militants, il a attiré des recrues masculines et stimulé ses combattants. Parce que les femmes n’étaient pas considérées comme une menace, les sympathisantes, volontaires ou recrutées de force, ont pu au début circuler plus facilement dans les zones contrôlées par le gouvernement et y agir en tant qu’espionnes, messagères, recruteuses et contrebandières. C’est pour cette raison qu’à partir de mi-2014, Boko Haram s’est tourné vers les femmes pour commettre des attentats-suicides. Confronté à un manque croissant d’effectifs, il a aussi entraîné les femmes au combat.

En tant que membres de groupes d’autodéfense (parfois appelés comités de vigilance), dont la Force d’intervention civile conjointe (Civilian Joint Task Force, CJTF), des centaines de femmes aident les forces de sécurité, en particulier pour fouiller les femmes aux barrages, collecter des renseignements et identifier des suspects, mais aussi parfois pour se battre contre Boko Haram. D’autres travaillent dans des organisations non gouvernementales (ONG) ou des associations de femmes, ou bien prennent en charge à titre privé des victimes de la guerre. Dans certains cas, le conflit a ouvert des perspectives pour l’activisme féminin, comme l’illustrent la création de plusieurs ONG dirigées par des femmes à Maiduguri, et l’engagement nigérian dans la campagne internationale Ramenez nos filles (Bring Back Our Girls).

Les attaques de Boko Haram, la persécution des suspects par l’armée et sa stratégie d’évacuation des zones contestées ont forcé plus d’un million de femmes et de jeunes filles à fuir. Certaines, soupçonnées d’être des militantes, sont en prison. Des centaines de milliers de femmes sont dans des camps gouvernementaux, où la nourriture est rare et les soins médicaux médiocres ; dans les camps qui ne dépendent pas des autorités, la situation peut être pire encore. Séparées de leurs maris et de leurs fils, enrôlés ou tués par Boko Haram, ou arrêtés par les forces de sécurité, de nombreuses femmes assument désormais seules la protection et le bien-être économique de leurs familles.

Le dur traitement des déplacés dans les camps et les centres de détention pourrait saper les avancées militaires. Si la corruption dans la distribution de l’aide et les mauvais traitements persistent, ils pourraient nourrir les rancœurs des communautés et les mener à rejeter l’autorité de l’Etat. Dans le même temps, la stigmatisation des femmes et des jeunes filles qui ont été ou sont soupçonnées d’avoir été membres de Boko Haram risque de les laisser, ainsi que leurs enfants, dans un isolement et une aliénation générant de nouvelles frustrations et une résistance de nature comparable à celles qui ont permis l’émergence de Boko Haram.

La façon dont les dynamiques du genre contribuent à alimenter l’insurrection de Boko Haram démontre clairement qu’intégrer les femmes à la prise de décision à tous les niveaux est indispensable à une paix durable. Pour contrer le mouvement et reconstruire une société paisible dans le Nord-Est, le gouvernement et ses partenaires internationaux doivent s’attaquer aux discriminations liées au sexe, mieux protéger les femmes et les jeunes filles touchées par la violence et soutenir la réintégration économique et sociale des femmes, tout en valorisant leur rôle dans la construction d’une paix durable. A court terme, la priorité devrait être de rassembler les familles. A plus long terme, il est vital d’améliorer l’accès à l’éducation, et notamment l’équilibre entre les sexes, aussi bien dans les écoles publiques que dans les écoles coraniques qu’il faut moderniser.

Recommandations

Pour mieux protéger les femmes et les filles victimes de la violence et mieux répondre aux besoins humanitaires immédiats

Au gouvernement du Nigéria :

  1. Examiner minutieusement la population adulte, majoritairement féminine, des zones reprises à Boko Haram, à l’aide d’équipes comprenant des officiers de protection d’organisations de la société civile du pays et formées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) afin d’assurer une prise en charge adéquate des personnes suspectes comme des victimes.
     
  2. Mettre en œuvre d’urgence une meilleure régulation de la distribution des vivres et une aide spécifique pour les femmes aussi bien dans les camps de déplacés que dans les communautés d’accueil, y compris un accès à des informations et des services en matière de santé sexuelle et reproductive pour les femmes et les filles ; assurer aux organisations humanitaires locales et internationales l’accès aux camps de déplacés, et transférer dès que possible la supervision de ces derniers à des organisations civiles.
     
  3. Développer d’urgence des programmes pour augmenter le recrutement des femmes dans les forces de police locales et les déployer dans des camps de déplacés dès que possible.
     
  4. Instaurer des mécanismes de notification pour permettre aux femmes et aux filles de signaler les violences sexuelles et sexistes dans les camps de déplacés et les communautés d’accueil, et garantir que les autorités, y compris la justice et la police, enquêtent sérieusement sur les allégations d’abus par les forces de sécurité et/ou les groupes d’autodéfense qui les assistent.
     
  5. Développer des programmes de soutien spécifiques, en partenariat avec des organisations de femmes, des associations religieuses, et des centres de santé, pour les femmes victimes d’abus sexuels, afin d’éviter qu’elles et leurs enfants ne fassent l’objet de discrimination, de violence, ou de stigmatisation.
     
  6. Opérer une distinction entre les idéologues de Boko Haram et ceux et celles qui ont rejoint le mouvement pour d’autres raisons et assurer des enquêtes transparentes et équitables concernant les suspects masculins et féminins de Boko Haram, dans le respect du droit international, y compris en tenant compte du niveau d’implication et de la gravité des crimes commis ; garantir à toutes les personnes incarcérées, y compris aux femmes, des conditions de détention humaines, sous le contrôle d’organisations humanitaires ; et s’assurer que les enfants reçoivent des soins adaptés.

Pour soutenir la réintégration économique et sociale des femmes et renforcer leur rôle dans l’instauration d’une paix durable

Au gouvernement du Nigéria :

  1. S’engager pour une meilleure représentation des femmes dans les programmes financés par le gouvernement et soutenir les initiatives qui leur font une place pour la consolidation de la paix dans le Nord-Est.
     
  2. S’assurer que les plans de développement et de reconstruction publics et privés reposent sur une analyse de l’insurrection et de la contre-insurrection tenant compte des spécificités liées au sexe.
     
  3. Faire du regroupement des familles une priorité, notamment en y allouant davantage de ressources et en établissant une base de données fédérale pour faciliter la recherche des personnes disparues.
     
  4. Faciliter l’accès au crédit et aux terres pour les femmes, en tenant compte du fait que les femmes isolées, et en particulier les veuves chargées de famille, ont besoin d’une aide spécifique pour relancer des activités productives, par exemple dans l’artisanat traditionnel, le commerce ou l’agriculture.

Aux gouvernements des états du Nord concernés, en particulier de l’état du Borno :

  1. Impliquer les responsables communautaires, y compris de groupes religieux, pour faciliter la réintégration et la réhabilitation de toutes les femmes libérées par Boko Haram, et fournir, dans la mesure du possible, une assistance psychosociale.
     
  2. Concevoir des programmes visant à renforcer la participation des femmes à la vie politique et à la gouvernance locale.
     
  3. Faire de l’amélioration de l’accès des filles à l’école primaire et secondaire une priorité ; et développer un programme pour moderniser l’éducation coranique en garantissant l’égal accès des filles et des garçons.
     
  4. Développer des approches et une sensibilisation à partir des communautés pour traiter la question du stigmate social qui touche les anciennes épouses et esclaves de Boko Haram ainsi que les enfants dont le père est un membre de Boko Haram, y compris en augmentant drastiquement l’investissement dans les écoles du Nord-Est afin de permettre à ces enfants de fréquenter l’école au même titre que les autres enfants de la région ; et améliorer la cohérence des politiques de réintégration en ouvrant un débat public sur ce sujet alimenté par la publication d’un document-pilote.

Aux donateurs, agences des Nations unies et ONG internationales :

  1. Etendre et améliorer les aspects des programmes d’aide prenant en compte le sexe, et ce dans toutes les zones affectées par Boko Haram.
     
  2. En partenariat avec des ONG dirigées par des femmes, renforcer les programmes visant à s’attaquer aux stéréotypes liés au sexe et à favoriser la prise de conscience du rôle des femmes, y compris dans la consolidation de la paix et la reconstruction post-conflit.

Abuja/Dakar/Bruxelles, 5 décembre 2016

I. Introduction

Le président Muhammadu Buhari, élu en 2015, s’est rapproché des pays voisins du bassin du lac Tchad, le Cameroun, le Tchad, et le Niger, et, malgré les faiblesses structurelles de son armée, a lancé une campagne militaire plus puissante contre Boko Haram, le mouvement insurrectionnel jihadiste qui déstabilise le Nord-Est du Nigéria depuis 2010.[fn]Sur le Nord-Est et Boko Haram, voir les rapports Afrique de Crisis Group N°s 168, Northern Nigeria: Background to Conflict, 20 décembre 2010 ; 216, Curbing Violence in Nigeria (II): The Boko Haram Insurgency, 3 avril 2014 ; et le briefing N°120, Boko Haram sur la défensive ?, 4 mai 2016. Sur l’armée nigériane, voir le rapport Afrique N°237, Nigeria: The Challenge of Military Reform, 6 juin 2016.Hide Footnote L’effort régional semble avoir poussé Boko Haram dans ses retranchements, mais il tient encore des positions, lance des attaques meurtrières contre les civils et les forces de sécurité, et est profondément ancré dans certaines communautés. Alors même que le combat continue, le gouvernement, au niveau fédéral comme au niveau des états fédérés, et ses partenaires internationaux, doivent réfléchir attentivement à la façon de traiter les diverses conséquences du conflit sur une population locale hétérogène, faute de quoi Boko Haram ou des groupes similaires demeureront une menace régionale à long terme.

Le présent rapport analyse les parcours de femmes et de jeunes filles dans le Nord-Est afin de façonner des interventions qui visent à mieux soulager leur souffrance, à favoriser leur contribution à une paix durable et à atténuer la menace que présentent les femmes membres de Boko Haram. Il se penche sur les normes patriarcales que le mouvement a exploitées pour attirer des recrues, et explore les rôles multiples et changeants des femmes, comme captives précieuses, épouses ou esclaves de militants, combattantes forcées ou volontaires, chargées de familles déplacées, responsables communautaires, mères, épouses et filles. Il identifie des priorités politiques adaptées aux expériences des femmes, y compris, dans l’immédiat, l’assistance et la protection humanitaire, et, à plus long terme, la reprise d’une vie normale de celles qui ont été stigmatisées du fait de leur lien avec Boko Haram, et les rôles des femmes dans un Nord-Est en paix.

L’analyse repose sur une recherche conduite dans le Nord-Est, dans la capitale fédérale, Abuja, et dans le Sud-Est du Niger auprès de victimes, de prisonniers ou de partisans de Boko Haram, ainsi que de responsables communautaires, de représentants du gouvernement, de travailleurs humanitaires et d’universitaires.[fn]Boko Haram a affecté les régions frontalières du Cameroun, du Tchad et du Niger, mais le présent rapport se concentre sur les femmes et les jeunes filles du Nord-Est du Nigéria, où le mouvement est né et est le plus actif. Le Nord-Est comprend les états du Borno, de Yobe, de l’Adamawa, de Taraba, de Bauchi et de Gombe. Les zones les plus touchées par Boko Haram sont le Borno, le Nord de l’Adamawa, et certaines parties des états de Yobe, de Bauchi et de Gombe.Hide Footnote De nombreux déplacés et réfugiés ont été interrogés dans des camps, officiels ou non, au Nigéria et au Niger. Des entretiens ont aussi été conduits dans un centre de réhabilitation pour d’anciens membres du groupe à Maiduguri, et avec des individus suspectés de faire partie de Boko Haram, détenus au Niger.

II. Les femmes, le patriarcat et l’islam dans le Nord-Est

L’attrait de Boko Haram auprès de certaines femmes et l’importance des femmes et des jeunes filles pour le mouvement s’inscrivent dans le contexte des sociétés très patriarcales du Nord-Est, du respect général des principes islamiques, mais aussi des remises en cause des croyances et pratiques établies. Les normes religieuses et culturelles de la région, codifiées dans la loi, définissent depuis longtemps le statut des femmes par le mariage et la maternité, les confinant à un rôle essentiellement domestique. Leur place dans les sphères privée et publique a été contestée avec virulence à la fois par l’élite politique et religieuse dominée par les hommes, et par la société civile, y compris des militantes. Ce que dit l’islam et comment le codifier est au cœur du débat.

A. Un patriarcat enraciné

La domination masculine a globalement été gravée dans la loi. Le colonialisme n’a guère remis en cause les structures patriarcales du Nord du pays, majoritairement musulman, et l’indépendance non plus.[fn]L’administration coloniale s’est appuyée sur le modèle d’administration indirecte via les émirats du Nord et n’a quasiment rien fait pour promouvoir l’accès des filles à l’éducation. Les missionnaires chrétiens dispensaient l’essentiel de l’éducation occidentale. Le Code pénal dont s’est doté le Nord en 1960, inspiré du modèle soudanais, fait mention du droit du mari de « prendre des mesures pour corriger sa femme » ; Jamila M. Nasir, « Sharia Implementation and Female Muslims in Nigeria’s Sharia States », in Philip Ostien (ed.), Sharia Implementation in Northern Nigeria 1999-2006: A Sourcebook, vol. 3 (Ibadan, 2007), p. 89.Hide Footnote En 2003, sous la pression de religieux conservateurs, l’état du Borno et onze autres états du Nord ont promulgué une version plus stricte de la Charia (loi islamique), contenant des éléments de droit pénal islamique.[fn]Sur la Charia, voir le rapport de Crisis Group, Northern Nigeria, op. cit. ; Johannes Harnischfeger, Democratization & Islamic Law. The Sharia Conflict in Nigeria (Francfort, 2008). Le fait que le droit pénal issu de la Charia ne soit appliqué que dans l’état de Bauchi a été un sujet de plainte important pour Boko Haram.Hide Footnote D’autres dispositions ont renforcé la domination masculine et réduit davantage les droits et libertés des femmes, y compris en matière d’accès à l’éducation et à l’emploi. Conformément à la norme en vigueur dans tout le pays, les musulmanes du Nord-Est n’ont généralement pas accès à la propriété foncière ou immobilière.[fn]Sur les 56,2 pour cent des habitants du Nord-Est qui possèdent des terres, 4 pour cent seulement sont des femmes, soit le pourcentage le plus bas du Nigéria. « Gender in Nigeria Report », British Council, 2012. Les femmes possèdent quelques biens mobiliers, ont accès aux terres arables et participent à l’économie agropastorale, mais les titres de propriété des terres individuelles, communales ou familiales reviennent généralement aux hommes ou aux responsables communautaires.Hide Footnote Alors que le droit civil fédéral du Nigéria ne reconnait pas les unions polygames, les douze états du Nord ont légalisé la polygamie au début des années 2000.

Les femmes musulmanes du Nord sont politiquement marginalisées. En 2007, seulement six des 360 députés siégeant dans les parlements des douze états du Nord étaient des femmes ; aucune n’était du Borno. Les épouses d’hommes politiques ou de chefs traditionnels ne jouent généralement pas un rôle public important, en partie du fait de la purdah (une pratique qui consiste à isoler les femmes du reste de la société).[fn]Ce déséquilibre du pouvoir, conjugué à une grande pauvreté, a contribué au fait que les femmes et les jeunes filles ont, de façon disproportionnée, un statut socioéconomique plus bas. Le mariage précoce, dès la fin de la puberté, est l’une des principales raisons pour lesquelles le Nord-Est présente le plus faible taux de scolarisation du Nigéria et un taux élevé d’analphabétisme parmi les femmes.[fn]En 2013, 49 pour cent des hommes et 72 pour cent des femmes du Nord-Est étaient analphabètes, contre une moyenne de 15 pour cent pour les deux sexes dans le Sud-Est. « Nigeria Demographic and Health Survey (DHS) 2013 », National Population Commission, juin 2014, p. 37. Une étude réalisée dans les années 1990 montrait que l’âge du mariage se situait entre douze et quinze ans pour les filles kanuri et entre dix-huit et vingt ans pour les garçons kanuri. Editha Platte, Kanuri Women of Borno (Nigeria): Perspectives from the little kingdom of Musune (Maiduguri, 2011).Hide Footnote Ceci s’accompagne d’une différence d’âge souvent importante entre maris et femmes, qui renforce la domination masculine, et de l’un des indices de fécondité les plus élevés au monde. L’âge moyen au mariage a légèrement augmenté dans les villes et là où les filles ont accès à l’éducation.[fn]L’indice de fécondité du Nord-Est est de 6,3 enfants par femme, contre 5,5 au niveau national et 4,3 dans le Sud, et environ un tiers des jeunes filles du Nord-Est ont leur premier enfant entre quinze et dix-neuf ans. « DHS », op. cit., p. 68. L’analphabétisme, la pauvreté, les grossesses précoces et l’accès limité aux maternités aident à comprendre la mortalité maternelle élevée avec 1 549 décès pour 100 000 naissances d’enfant vivant, soit cinq fois la moyenne nationale. « Gender in Nigeria Report 2012: Improving the Lives of Girls and Women in Nigeria: Issues, Policies, Action », British Council Nigeria, p. 39. En 2013, l’âge médian du premier mariage dans le Nord-Est était 16,4 ans pour les femmes actuellement âgées de vingt à 49 ans, et 25,5 ans pour les hommes actuellement âgés de 30 à 49 ans. DHS, op. cit., p. 57-58. Les pratiques du mariage varient selon l’ethnie, la religion, l’éducation, et le degré d’urbanisation.Hide Footnote

De nombreuses femmes et jeunes filles du Nord-Est subissent depuis longtemps l’oppression et les violences sexistes, mais ces stéréotypes méritent d’être nuancés. Malgré un contexte culturel, religieux et légal qui les contraignent de façon disproportionnée, de nombreuses femmes sont des acteurs économiques à part entière ; certaines vendent des biens sur les marchés ou de chez elles, ou pratiquent des activités agricoles, et d’autres ont un travail de bureau.[fn]Les femmes qui font des travaux domestiques ou vivent recluses vendent souvent de la nourriture ou d’autres biens de chez elles, ou envoient les enfants le faire dans la rue ou sur les marchés. Cela constitue une source substantielle de revenus pour les femmes dans le Nord. Polly Hill, « Hidden Trade among the Hausa », Man: Journal of the Royal Anthropological Institute, no. 4 (1969), p. 392-409 ; Yakubu Zakaria, « Entrepreneurs at Home: Secluded Muslim Women and Hidden Economic Activities in Northern Nigeria », Nordic Journal of African Studies, vol. 10, no. 1 (2001), p. 107-123.Hide Footnote 

Women who do domestic work or are secluded often sell food or other goods from home or send children to hawk on the streets or markets. This is a substantial source of female income in the North. Polly Hill, “Hidden Trade among the Hausa”, Man: Journal of the Royal Anthropological Institute, no. 4 (1969), pp. 392-409; Yakubu Zakaria, “Entrepreneurs at Home: Secluded Muslim Women and Hidden Economic Activities in Northern Nigeria”, Nordic Journal of African Studies vol. 10, no. 1 (2001), pp. 107-123.Hide Footnote

B. La condition féminine au centre des débats

La condition féminine est devenue un thème central dans un débat politique dominé par les hommes, en particulier avec le développement d’un revivalisme islamique et son influence grandissante sur la vie politique du Nord. Les revivalistes considèrent le corps de la femme comme le champ de bataille d’un conflit global entre l’islam et l’Occident. Ainsi, tous les états du Nord-Est ont refusé de signer le Child Rights Act (CRA) qui fixe l’âge minimum du mariage à dix-huit ans pour les hommes et les femmes, empêchant ainsi son application sur leur territoire. Certains groupes revivalistes islamiques militent pour la généralisation de la purdah, longtemps limitée aux élites religieuses et politiques.[fn]Les groupes salafistes sont montés en puissance dans le Nord-Est depuis les années 1970 et partagent globalement l’objectif de promouvoir une vision rigoriste de l’islam fondée sur la Charia, d’éradiquer les innovations « hérétiques » et, pour beaucoup, d’établir un Etat islamique. Rapport de Crisis Group, Northern Nigeria, op. cit., p. 13-20, 57. Certaines personnalités politiques du Nord ont avancé que le CRA était « une manœuvre pour introduire les principes occidentaux dans le but ultime de réduire la population musulmane ». La citation est le résumé proposé par une observatrice critique de cette position, alors ministre fédérale de la Condition féminine, Hajiya Miriam Inna Ciroma, musulmane du Borno. « Islam is no hindrance to women’ Child’s Rights – Gov », This Day, 29 août 2005.Hide Footnote

Aussi paradoxal que cela puisse paraitre pour des observateurs étrangers, bien des femmes s’engagent auprès de mouvements islamiques non violents, comme Izala, le principal groupe salafiste du Nigéria.[fn]Izala a été fondé en 1978 dans la ville de Kaduna, dans le Nord du pays, par le Sheikh Abubakar Gumi, ancien Grand Cadi de la région, fortement influencé par la doctrine wahhabite.Hide Footnote L’islam salafiste défend des positions conservatrices, y compris sur les rôles publics des femmes et les relations avec l’islam soufi établi et les non-musulmans. Mais il encourage l’éducation, islamique et occidentale, des femmes, et permet aux croyants de s’affranchir de l’islam des clercs soufis établis. De nombreuses femmes y trouvent le moyen d’améliorer leurs vies sur une base islamique, à leurs propres conditions.[fn]Elisha Renne, « Educating Muslim Women and the Izala Movement in Zaria City, Nigeria », Islamic Africa, vol. 3, no. 1 (2012), p. 55-86 ; Adeline Masquelier, Women and Islamic Revival in a West African Town (Bloomington, 2009) ; Roman Loimeier, « Boko Haram: The Development of a Militant Religious Movement in Nigeria », Africa Spectrum, vol. 47, nos. 2-3 (2012), p. 141.Hide Footnote Dans un contexte de corruption endémique, de pauvreté généralisée et d’anomie sociale, elles sont nombreuses à accorder de l’importance à l’ordre moral qu’offre l’islam.[fn]C’est la raison pour laquelle de nombreuses femmes et la plupart des groupes musulmans, y compris opposants comme Izala et le soufi Tijaniyya, ont soutenu l’application de la Charia.Hide Footnote Des groupes de la société civile dans le Nord-Est invoquent parfois l’islam pour contester les structures patriarcales et les inégalités entre les sexes.[fn]Ibrahim N. Sada, Fatima L. Adamu, Ali Ahmad, « Promoting Women’s Rights through Sharia in Northern Nigeria », British Council and Department for International Development, 2006.Hide Footnote

Alors que les hommes dominent le débat politique et religieux sur la place des femmes dans la société, certaines d’entre elles ont aussi élevé la voix. Dans l’état du Borno, des femmes issues d’un certain nombre d’organisations de la société civile et de corps de métier comme le droit, le monde universitaire et la santé, et des fonctionnaires (y compris les quelques directrices de ministères) militent pour davantage de droits et de libertés pour les femmes.[fn]Les ONG dirigées par des femmes se plaignent du manque de soutien de donateurs et des ONG internationales (ONGI) à qui il est reproché de très peu travailler avec les militantes de la société civile et de ne pas faire appel à leurs connaissances locales. Entretiens de Crisis Group, Maiduguri, août 2016. Les difficultés rencontrées par les ONG de femmes musulmanes ne sont pas nouvelles. Voir Fatima L. Adamu, « A Double-edged Sword: Challenging Women’s Oppression within Muslim Society in Northern Nigeria », Gender and Development, vol. 7, n°1 (1999), p. 56-61.Hide Footnote

Les dirigeants de Boko Haram se sont engouffrés dans la brèche créée par le patriarcat, les restrictions imposées aux femmes et aux jeunes filles (en particulier par les membres des familles patriarcales) et les dramatiques difficultés socioéconomiques dans le Nord-Est pour attirer des sympathisants. De même, le débat sur la place et le rôle des femmes a donné l’occasion d’invoquer l’autorité religieuse pour justifier les assertions du mouvement et a rendu les femmes et les filles importantes pour sa rhétorique et ses actions.

III. Boko Haram : des rôles nouveaux pour les femmes

Boko Haram, la rébellion et la contre-insurrection ultérieures ont radicalement changé la vie de milliers de femmes et de jeunes filles, les propulsant de gré ou de force, ou parce qu’elles n’avaient pas d’autre option, vers de nouveaux rôles hors de la sphère domestique. Certaines ont rejoint le mouvement, d’abord en tant que membres d’une communauté religieuse, puis comme rebelles, tandis que beaucoup sont la cible de sa violence. Certaines combattent Boko Haram au sein de groupes d’autodéfense locaux ; d’autres jouent des rôles essentiels en matière de secours et de réconciliation, tandis que beaucoup de celles qui ont dû fuir les combats endossent de nouvelles responsabilités. La façon dont les rôles évoluent et impactent la discrimination ou l’autonomisation des femmes est riche d’enseignements pour le relèvement et la stabilité du Nord-Est.

A. Les sympathisantes de Mohamed Yusuf

Bien avant que Boko Haram ne se tourne vers la violence de masse, quand il n’était encore qu’un mouvement revivaliste islamique parmi d’autres dans le Nord du Nigéria, son fondateur Mohamed Yusuf a attiré des femmes dans ses rangs.[fn]A l’époque, son groupe était un des éléments actifs d’une constellation de mouvements qui appelaient à l’étude du Coran et à une pratique islamique purifiée en réponse aux maux de la société. Yusuf (1970-2009) a dirigé Boko Haram à partir de 2002, jusqu’à ce qu’il fasse l’objet d’une exécution extrajudiciaire par la police. L’année suivante, Abubakar Shekau a pris la relève, et selon des sources de Maiduguri, la veuve de Yusuf est devenue l’une de ses quatre épouses. Voir le rapport de Crisis Group, Curbing Violence in Nigeria (II), op. cit.Hide Footnote L’une des raisons pour lesquelles Boko Haram, un peu comme Izala, plaisait à beaucoup de femmes, jeunes en particulier, était qu’il offrait la possibilité d’étudier le Coran et d’apprendre l’arabe. Certaines avaient reçu une éducation occidentale dans les écoles gouvernementales et, comme l’ont fait des hommes, ont déchiré leurs certificats comme gage de leur nouvelle allégeance et de leur rejet de l’Etat nigérian, jugé immoral et décevant.[fn]Entretiens de Crisis Group, femmes membres de Boko Haram, centre d’accueil mis en place par l’état du Borno, Maiduguri, juin 2016 ; représentantes de la Fédération des associations de femmes musulmanes au Nigéria (Federation of Muslim Women’s Associations of Nigeria, Fomwan), Maiduguri, 13 août 2016.Hide Footnote Le fait que Yusuf encourage le mariage au sein de son mouvement et réduise les exigences financières et obligations sociales traditionnelles est un autre facteur, les jeunes femmes y trouvant une façon d’échapper aux pressions familiales. Pour des femmes assignées à des travaux pénibles comme l’agriculture ou l’approvisionnement en eau, la purdah, telle que promue par le groupe, a pu être une alternative intéressante.[fn]Entretiens de Crisis Group, Maiduguri, juin, août 2016. Une femme de 55 ans, originaire de Damasak, dans l’état du Borno, a souligné que la situation avait changé dans sa région sous l’influence de Yusuf qui encourageait les mariages rapides et simples, et a décrété que la dot irait à la mariée et non à sa famille. Entretien de Crisis Group, réfugiée ayant échappé à Boko Haram, Chettimari, Niger, mai 2016.Hide Footnote

Comme de nombreux autres dirigeants salafistes dans le monde, Yusuf a particulièrement insisté sur le traitement du corps de la femme comme preuve de l’adhésion à l’islam véritable. Il a encouragé le port du niqab, un vêtement de style saoudien introduit au Nigéria dans les années 1970 et qui recouvre intégralement le visage et le corps.[fn]Pour les hommes, Yusuf préconisait le style wahhabite, typiquement le port d’une longue barbe, d’un turban, et d’un pantalon au-dessus de la cheville.Hide Footnote Au début, les femmes pouvaient aller l’écouter prêcher à la mosquée, où elles étaient tenues à l’écart des hommes. A l’issue d’un débat entre les responsables religieux de Boko Haram sur l’autorisation, pour les femmes, d’apparaitre en public, il a été décidé qu’elles recevraient un enseignement chez elles et ne seraient plus tolérées à la mosquée. Yusuf tenait la mixité pour une preuve d’impiété.[fn]Zainab Usman, Sherine El-Taraboulsi, Khadija Gambo Hawaja, « Gender Norms and Female Participation in Radical Movements in Northern Nigeria », Nigeria Stabilisation and Reconciliation Programme, British Council, Department for International Development, 2014, p. 24. Mohamed Yusuf, This is Our Doctrine and Our Method in Proselytization (Ibadan, forthcoming), traduction anglaise de Hādhihi ‘Aqīdatunā wa-Manhaj Da’wa tinā (Maiduguri, 2009).Hide Footnote Une mixité à l’occidentale constituait un motif majeur pour considérer une école comme impure (haram). Contrairement à Izala, Boko Haram exigeait la purdah pour ses adeptes de sexe féminin.

B. Le soulèvement

La répression qui a suivi les confrontations violentes survenues en juin et juillet 2009 à Maiduguri et dans plusieurs autres villes, a conduit à l’exécution extrajudiciaire de Yusuf par la police nigériane ainsi qu’à l’assassinat d’un certain nombre d’autres dirigeants du mouvement et d’au moins un millier de ses partisans.[fn]Les adeptes féminins de Yusuf n’ont pas directement participé aux violences de 2009 ; « Bien qu’il y ait eu des femmes parmi les disciples de Mohamed Yusuf, aucune n’a été arrêtée ou retrouvée morte. Cela peut tenir au fait que le dirigeant de l’organisation les a évacuées pour les protéger lorsque l’invasion de son enclave est devenue imminente. » Usman Gaji Galtimari, « Report of the Administrative Committee of Inquiry into the Boko Haram Insurgency in Borno State » (Maiduguri, 2009), vol. 2, chapitre 2.Hide Footnote De nombreux membres se sont enfuis vers les zones rurales et les pays voisins, où ils se sont réorganisés et ont commencé à se livrer à des représailles sous la forme d’attaques terroristes et d’opérations de guérilla, sous la direction d’Abubakar Shekau, un adjoint de Yusuf. Boko Haram a recruté des femmes et des hommes, principalement de Maiduguri et d’autres zones urbaines, par un mélange de coercition et de mesures incitatives. En 2013, les forces de sécurité et des groupes citoyens d’autodéfense (la Force d’intervention civile conjointe, Civilian Joint Task Force, CJTF) l’ont repoussé hors de Maiduguri, mais au fur et à mesure que l’insurrection s’étendait aux zones rurales, davantage de femmes des villages, de toutes origines sociales, étaient recrutées ou contraintes à adhérer. Nombre d’entre elles se sont mariées avec des membres de Boko Haram.

A. Les femmes dans l’insurrection de Boko Haram

L’importance des femmes et des jeunes filles pour Boko Haram découle de leur rôle et de la façon dont elles sont perçues dans la société, que ce soit dans le Nord-Est ou au Nigéria dans son ensemble. En tant qu’épouses, elles améliorent le statut social et fournissent des services sexuels ou domestiques (parfois sous la contrainte), ce qui en fait un précieux élément pour attirer de potentielles recrues masculines. Leur adhésion, consentie ou forcée, à la version de l’islam prônée par le mouvement peut aussi contribuer à la propagation de son idéologie auprès d’autres femmes, mais également, potentiellement, de jeunes hommes. Les femmes peuvent remplir des fonctions très différentes des stéréotypes traditionnels. Avec l’évolution du conflit, elles sont devenues recruteuses, espionnes, main d’œuvre, combattantes, et kamikazes, volontaires ou forcées.

S’adresser aux femmes et aux jeunes filles de certaines communautés a contribué à attirer des sympathisants, à établir une idéologie politique en opposition avec l’Etat et parfois à attaquer les institutions nigérianes dans les domaines qui paraissaient les plus sensibles. Aux débuts de l’insurrection, à partir de fin 2010, les militants ont pris pour cible des individus, essentiellement des hommes, soupçonnés de soutenir les forces de sécurité dans leur répression initiale du mouvement. Boko Haram a commencé à enlever des femmes et des enfants à partir de la mi-2013, d’abord des chrétiens de la zone de Gwoza, dans le Sud-Est de l’état du Borno. Shekau a rendu ces rapts publics, exigeant que le gouvernement libère les femmes et les enfants de plusieurs dirigeants de Boko Haram, y compris ses propres épouses, arrêtés en 2012. Il a soulevé cette question à plusieurs reprises.[fn]Vidéo d’Abubakar Shekau, 30 septembre 2012, extrait traduit par Elodie Apard, « Le jihad en vidéo », Politique africaine, n°138 (2015), p. 146. Dans un message de janvier 2012 adressé au président Jonathan, Shekau a déclaré, « vous avez pris nos femmes et avez fait d’elles ce que vous vouliez ». Ibid., p. 59 (traduction de Crisis Group).Hide Footnote Un accord a été négocié entre les autorités et Boko Haram et un échange a eu lieu, mais les enlèvements de femmes sont devenus une tactique majeure.

Le 14 avril 2014, Boko Haram a capturé plus de 200 écolières dans la ville de Chibok, au sud de l’état du Borno. Cet événement a pris une ampleur mondiale, d’éminentes militantes de la société civile à travers tout le pays rejoignant la campagne internationale Bring Back Our Girls. La réponse de l’Etat a été hésitante. Il a fallu trois semaines au président Goodluck Jonathan pour faire une déclaration, et son épouse, Patience, a émis l’hypothèse que cet enlèvement n’avait jamais eu lieu.[fn]« First Lady Labels Women Activists Terrorists, Orders Arrest », International Centre for Investigative Reporting, 5 mai 2014.Hide Footnote Cela a alimenté une polémique croissante sur les résultats de Jonathan, à tel point que certains de ses alliés ont prétendu, sans aucun indice tangible, que l’enlèvement était un stratagème des élites du Nord pour affaiblir son gouvernement. Boko Haram a annoncé qu’il allait forcer les écolières, chrétiennes pour la plupart, à se convertir, tout en essayant de les utiliser comme monnaie d’échange.[fn]Les filles de Chibok n’auraient pas été forcées à se convertir mais des conversions sous forte pression ont été mentionnées par d’autres anciennes prisonnières. « Boko Haram did not rape, abuse freed Chibok girls – Source », Reuters, 9 novembre 2016.Hide Footnote Les filles de Chibok restent un problème symbolique majeur. La libération de 21 d’entre elles par Shekau en octobre 2016 a constitué une bonne nouvelle pour le président Buhari.

Il y a eu beaucoup d’autres enlèvements. En avril 2015, un rapport bien documenté estimait que Boko Haram avait kidnappé plus de 2 000 filles et jeunes femmes, pour la plupart célibataires, au cours des douze mois précédents. Mais ce chiffre n’est qu’à titre indicatif. Au plus fort de l’insurrection, Boko Haram a probablement eu quelques centaines de milliers de femmes sous son contrôle, et les enlèvements étaient nombreux. La pratique est restée courante pendant une bonne partie du deuxième semestre de 2015, alors que le mouvement étendait davantage son contrôle territorial dans l’état du Borno.[fn]« “Our Job is to Shoot, Slaughter and Kill”: Boko Haram’s Reign of Terror in North-East Nigeria », Amnesty International, avril 2015. Sur les évolutions plus récentes, voir « “Beyond Chibok”: Over 1.3 Million Children Uprooted by Boko Haram », Unicef, avril 2016.Hide Footnote Les sources disponibles indiquent que les militants tuaient essentiellement des hommes (civils et militaires) mais enlevaient généralement des femmes. Dans une vidéo, Shekau demande à ses hommes de tuer les hommes mais « d’épargner les vieux, les femmes, les fous et les repentants ».[fn]Bien sûr, un grand nombre de femmes ont été tuées lors des attaques. Par exemple, 59 femmes choa qui tentaient de fuir Kirenowa en juin 2014 ont été pourchassées et abattues dans la mosquée du village voisin, Ngalori. Entretiens de Crisis Group, femmes arabes choa, Maiduguri, 14 août 2016. Mais la plupart des sources disponibles indiquent que les insurgés tuent beaucoup plus d’hommes que de femmes. Par exemple, un survivant raconte qu’il n’y avait que trois femmes parmi les 43 personnes tuées lors d’une attaque en février 2016 contre Kache, un campement arabe choa de la zone de gouvernement local (Local Government Area, LGA) de Marte, dans l’état du Borno. La plupart des femmes ont pu s’enfuir, mais seulement cinq hommes. Entretien de Crisis Group, Maiduguri, 18 juin 2016. Voir également les incidents décrits dans « “Our Job is to Shoot …” », op. cit., p 37, 40-41, 43, 48. Les données disponibles sur les personnes tuées par Boko Haram (par exemple, www.cfr.org and www.crisis.acleddata.com) ne font pas la différence entre les victimes hommes et femmes. « Boko Haram: Shekau claims responsibility for attack on Giwa Barracks, threatens to attack universities, Civilian-JTF », Premium Times, 24 mars 2014.Hide Footnote

Au-delà de l’espoir de faire libérer ses propres détenues, les raisons pour lesquelles Boko Haram enlève des femmes et des jeunes filles sont probablement multiples. Dans certaines localités, des motivations ethniques ont joué un rôle ; en effet, comme le mouvement recrute dans certaines communautés plus que dans d’autres, l’histoire de l’hostilité entre communautés est parfois venue s’inscrire dans son combat jihadiste. Le fait d’avoir d’abord ciblé des femmes essentiellement issues de communautés chrétiennes et de les avoir contraintes à se convertir suggère qu’il cherchait à propager sa version de l’islam autant qu’à punir ses adversaires locaux.[fn]Entretiens de Crisis Group, déplacés, Maiduguri, Yola et Jalingo, 14 juin 2016. Au cours du soulèvement de juillet 2009, Yusuf et ses adeptes ont retenu des chrétiens, dont des femmes, prisonniers dans leur « Markas » (base) de Maiduguri, et auraient tué ceux qui refusaient de se convertir. Galtimari, « Report… », op. cit. ; entretien de Crisis Group, représentant de l’Association chrétienne du Nigéria (Christian Association of Nigeria, CAN) de l’état du Borno, Maiduguri, mai 2016.Hide Footnote Des rapports préliminaires font état de viols collectifs de femmes chrétiennes, alors que les musulmanes ont été épargnées.[fn]Atta Barkindo, Benjamin Tyavkase Gudaku, Caroline Katgurum Wesley, « Our Bodies, Their Battle Ground. Boko Haram and Gender-Based Violence against Christian Women and Children in North-Eastern Nigeria since 1999 », Nigeria’s Political Violence Research Network, rapport no. 1, 2013.Hide Footnote

Au plus fort de l’insurrection, Boko Haram a probablement eu quelques centaines de milliers de femmes sous son contrôle, et les enlèvements étaient nombreux.

De nombreux témoignages d’anciennes captives font état d’insurgés cherchant à obtenir leur allégeance par un mélange de menaces, de prêches et de promesses.[fn]Entretiens de Crisis Group, anciens captifs de Boko Haram et déplacés, Abuja, 3 juin 2016.Hide Footnote En procédant de la sorte, Boko Haram semble suivre un schéma typique de la zone du lac Tchad à l’époque précoloniale selon lequel, au moyen de razzias et d’asservissement, femmes et enfants sont enlevés et intégrés au groupe victorieux.

Avec l’émergence, soutenue par l’Etat, de groupes civils d’autodéfense pour combattre Boko Haram dans toutes les communautés à partir de 2013, les jihadistes s’en sont pris autant aux musulmans qu’aux chrétiens, tuant les hommes et enlevant les femmes, y compris des musulmanes. Par exemple, quand ils ont pris Kareto, dans l’état du Borno, en 2015, ils ont traité durement les femmes musulmanes parce qu’elles avaient assisté, sous la pression des militaires, à l’exhibition des cadavres de jihadistes tués.[fn]Entretien de Crisis Group, réfugié, Chettimari, Niger, mai 2016.Hide Footnote

Des motivations économiques peuvent aussi expliquer le nombre croissant d’enlèvements. Comme dans les guerres du dix-neuvième siècle dans la zone du lac Tchad, Boko Haram a utilisé les femmes et les jeunes filles comme récompenses pour ses combattants, un atout de poids puisqu’il n’est pas toujours facile de rassembler les fonds nécessaires pour le mariage.[fn]« En l’absence de trafics lucratifs et de soutien financier étranger, Boko Haram compense … par toute une série de pillages. Les humains deviennent une richesse. » Christian Seignobos, « Boko Haram et le lac Tchad », Afrique contemporaine, no. 255 (2016), p. 99. Sur l’histoire de la captivité en Afrique subsaharienne, voir Jane Guyer, « Wealth in People and Self-realization in Equatorial Africa », Man, vol. 28, no. 2 (1993), p. 243-265. Une ancienne prisonnière a rapporté avoir surpris de longues conversations entre les combattants sur leurs perspectives de mariage. Le fait que Boko Haram ait parfois libéré des femmes plus âgées, par exemple lorsque les vivres commençaient à manquer, ou lorsque les combats se rapprochaient, mais jamais les plus jeunes, démontre la valeur de ces dernières.[fn]Entretiens de Crisis Group, universitaire ayant interrogé d’anciens captifs, Paris, 29 mars 2016 ; ancienne prisonnière, Chettimari, Niger, 19 mai 2016.Hide Footnote

Le traitement des femmes et des jeunes filles nubiles, y compris des veuves, semble être une prérogative des dirigeants de Boko Haram, et un sujet de contentieux au sein du mouvement. Dans un enregistrement de 2016, Mamman Nur, chef d’une faction dissidente de Boko Haram, a reproché à Shekau de ne pas avoir tenu son engagement de marier les filles de Chibok à des membres du mouvement. Boko Haram semble avoir fait une distinction entre esclaves et épouses, en fonction de leur religion, épargnant davantage à ces dernières les mauvais traitements.[fn]« L’islam autorise à prendre les femmes infidèles pour esclaves, et le moment venu, on commencera à emmener les femmes pour les vendre au marché. » « Boko Haram: Shekau claims responsibility of attack on Giwa barracks, threatens to attack universities, Civilian-JTF », Premium Times, 24 mars 2014. Mais même ce point est controversé, Nur ayant critiqué Shekau pour avoir réduit en esclavage des musulmanes qu’il ne considérait pas fidèles à sa version de l’islam.[fn]« Dès lors qu’ils [les musulmans qui n’adhèrent pas à Boko Haram] sont des apostats, alors ce qu’ils devraient faire c’est se repentir, et non être retenus comme esclaves. » David Otto, « Boko Haram “Exposed” – The Greatest Betrayal Ever – How Shakau Was Forced to Pledge Allegiance to ISIL », 9 août 2016.Hide Footnote

Les femmes enlevées sont généralement gardées sous surveillance, tenues de porter le niqab, et souvent forcées à écouter des sermons et à suivre un enseignement coranique.[fn]Les leçons mettaient l’accent sur « le fait de prendre soin de son mari, d’avoir une bonne morale et d’apprendre l’arabe ». Entretien de Crisis Group, ancienne prisonnière, refuge, Maiduguri,16 juin 2016.Hide Footnote Par la suite, elles peuvent être mises au travail, par exemple comme transporteuses, y compris lors d’attaques, ou cuisinières. Si la rigueur morale affichée par le mouvement a pu protéger les prisonnières d’abus sexuels, comme cela semble avoir été le cas pour plusieurs filles de Chibok, des viols extraconjugaux ont été rapportés dans les camps de Boko Haram. Les viols semblent avoir été plus fréquents pour les captives poussées à se marier, souvent très jeunes, même par rapport au standard local, avec des combattants.[fn]Sur les filles de Chibok, voir Aboubakar Yahaya, « The Ongoing Violations of Women’s Rights in the Context of Insurgency in Borno State, Nigeria », in Habu Galadima & Moses T. Aluaigba (eds.), Insurgency and Human Rights in Northern Nigeria (Kano, 2015), p. 44. Plus généralement, voir
« “Those Terrible Weeks in Their Camp”. Boko Haram Violence against Women and Girls in Northeast Nigeria », Human Rights Watch, octobre 2014, p. 3.Hide Footnote

Après la répression de 2009, un certain nombre de femmes déjà adeptes de Boko Haram ont quitté Maiduguri pour suivre leurs maris vers d’autres villes ou dans la forêt de Sambisa, une large zone de savane au sud de Maiduguri où Boko Haram a établi des bases. D’autres sont restées en arrière pour s’occuper de leurs familles ou aider clandestinement leur mari. D’autres encore ont continué à rejoindre le mouvement de leur plein gré.[fn]Entretien de Crisis Group, responsable communautaire, Maiduguri, 14 août 2016.Hide Footnote

Dans les zones contrôlées par Boko Haram, le mariage pouvait apporter une certaine forme de sécurité et de prospérité aux femmes et à leur famille élargie. Dans un village proche de Kerenowa dans la zone de gouvernement local (Local Government Area, LGA) de Marte, dans l’état du Borno, les insurgés ont épousé 80 jeunes filles, offrant des dots de 15 000 nairas (environ 70 dollars en 2014), une somme considérable pour une région rurale déchirée par la guerre.[fn]Entretien de Crisis Group, chef de projet d’une ONG locale, Maiduguri, 11 août 2016.Hide Footnote

Des pères ont donné leurs filles à des combattants sous la pression de Boko Haram, et parfois des femmes ont choisi de tels mariages contre la volonté de leur famille. Une femme de Wasala, un village kanuri proche de Banki, dans le LGA de Bama, a ainsi divorcé pour épouser le naqib de Boko Haram à Banki. Elle souligne que son nouveau mari s’occupait mieux d’elle et lui donnait plus d’argent que le premier. Elle regrette d’avoir perdu ses économies lorsque les militaires ont repris son village, brulé leur maison et l’ont arrêtée.[fn]Entretien de Crisis Group, refuge mis à disposition par le gouvernement, Maiduguri, 15 juin 2016. Un naqib (en arabe, « celui qui enquête, vérifie ») est au-dessus de l’amir (chef de village) dans la hiérarchie de Boko Haram.Hide Footnote En 2014, des anciens de l’ethnie kanuri et des responsables nigériens s’inquiétaient du nombre faible mais croissant de femmes célibataires quittant la région de Diffa pour rejoindre des zones contrôlées par Boko Haram, afin de faire des affaires ou un mariage « profitable ».[fn]Entretien de Crisis Group, ancien de l’ethnie kanuri, Niamey, décembre 2014.Hide Footnote

Des motivations économiques peuvent aussi expliquer le nombre croissant d’enlèvements.

Certaines ont pu devenir des épouses de combattants de Boko Haram sans l’avoir voulu. Une jeune fille de 19 ans de Banki rapporte que, lorsqu’elle s’est mariée en 2013, elle ne savait pas que son mari, un commerçant en bagagerie qui s’absentait parfois pendant des semaines d’affilée, était membre de l’organisation. Elle ne l’avait jamais vu avec une arme jusqu’à ce que des combats avec l’armée éclatent près de chez eux, et qu’ils partent dans la forêt de Sambisa. Ses parents lui ont dit de le suivre, probablement par peur de représailles de Boko Haram s’ils l’empêchaient d’accompagner son mari.[fn]Entretien de Crisis Group, ancienne captive, refuge mis à disposition par le gouvernement, Maiduguri, 16 juin 2016.Hide Footnote

Boko Haram attache une grande importance à l’éducation coranique des femmes, pour qu’elles puissent participer à la vie de la communauté religieuse et se plier à ses règles. Certaines femmes ont rejoint le mouvement parce qu’elles ont trouvé ce positionnement intéressant et qu’elles étaient désireuses « d’acquérir un savoir, de mémoriser le Coran, et de mieux connaitre l’islam … des occasions uniques ».[fn]« Motivations and Empty promises: Voices of Former Boko Haram Combatants and Nigerian Youth », Mercy Corps, avril 2016, p. 15. Leur engagement se renforçant, elles ont peu à peu considéré que toute personne qui ne soutenait pas la cause était un apostat, un non-musulman, et un ennemi à combattre. Nombre d’entre elles étaient impliquées dans les travaux domestiques, mais aussi dans le recrutement d’autres femmes, de leurs maris ou de jeunes hommes, l’espionnage, la transmission de messages et la contrebande (y compris de nourriture).[fn]Ibid ; entretiens de Crisis Group, déplacés, Yola, juin 2016 ; Jacob Zenn et Elizabeth Pearson, « Women, Gender and the Evolving Tactics of Boko Haram », Journal of Terrorism Research, vol. 5, no. 1 (2014), p. 46-57.Hide Footnote Pendant un certain temps, comme l’armée et la CJTF se concentraient sur les suspects de sexe masculin, ces missions convenaient parfaitement aux femmes, considérées comme inoffensives et pouvant circuler plus facilement que les hommes dans les zones contrôlées par le gouvernement.

Contrairement à d’autres groupes insurrectionnels en Afrique de l’Ouest, comme ceux du Libéria ou de Sierra Leone, Boko Haram ne compte pas de brigade féminine. Néanmoins, face au manque de combattants, en particulier à partir de 2014, des femmes et des filles ont été entrainées au combat et ont participé à des attaques.[fn]« “Our Job is to Shoot …” », op. cit. p. 72 ; « Getting behind the profiles of Boko Haram members and factors contributing to radicalisation versus working towards peace », Network for Religious and Traditional Peacemakers, Finn Church Aid et Kaiciid Dialogue Centre, octobre 2016.Hide Footnote La femme d’un dirigeant de Boko Haram dans les collines de Gwoza aurait porté une arme à feu et tué un membre d’un groupe d’autodéfense.[fn]Entretien d’un analyste de Crisis Group dans une fonction antérieure, ancienne captive, Abuja, septembre 2013 ; entretien de Crisis Group, président de la CJTF de Gwoza, Maiduguri, 22 juin 2016 ; Adam Higazi, « A Conflict Analysis of Borno and Adamawa States », rapport non publié pour le Danish Refugee Council, Yola, février 2016. Le témoignage de l’ancienne captive est rapporté en partie dans « “Those terrible weeks …” », op. cit. p. 26.Hide Footnote Des militantes armées ont été aperçues dans la forêt de Sambisa, conduisant leurs propres motos. Des femmes auraient été impliquées dans une embuscade contre l’armée en 2016. Le 10 juillet 2014, des femmes armées, âgées de quatorze à 21 ans, et se battant « comme des professionnelles », ont attaqué Kirenowa, LGA de Marte dans l’état du Borno.[fn]Entretien d’un analyste de Crisis Group dans une fonction antérieure, responsable des femmes dans un camp de déplacés, Yola, 18 octobre 2015 ; entretien de Crisis Group, responsable de la société civile et analyste des conflits, Maiduguri, 12 août 2016 ; récit recueilli par le Nigeria Stabilisation and Reconciliation Programme (NSRP), consulté par Crisis Group, Maiduguri, 12 août 2016.Hide Footnote

L’utilisation de jeunes femmes comme kamikazes, tactique jusqu’alors inédite dans l’histoire du Nigéria, a été très médiatisée. Ces attaques, qui ont fait des centaines de morts, sont devenues le symbole de la brutalité du mouvement insurrectionnel. Le premier attentat-suicide a eu lieu en 2011, mais les femmes kamikazes, généralement munies d’une ceinture d’explosifs improvisés, ont pris de l’importance seulement à partir de la seconde moitié de 2014. Les attaques ont augmenté en fréquence et en intensité, mais ont décliné à partir de mi-2015, essentiellement parce que l’armée a coupé les lignes d’approvisionnement de Boko Haram et amélioré les mesures de prévention, y compris aux postes de contrôle.

Les plus jeunes filles kamikazes sont souvent des victimes elles-mêmes, dotées d’une faible capacité de discernement, trompées par leurs proches, et peut-être droguées.[fn]Entretien de Crisis Group, ancien agent de l’Etat ayant interrogé des individus ayant survécu à leurs tentatives d’attentats-suicides, Abuja, février 2016. Le premier attentat-suicide commis par une femme semble avoir eu lieu à Maiduguri en juin 2013 et non à Gombe en juillet 2014 comme cela a souvent été affirmé. Voir Hamza Idris et Ibrahim Sawab, « Women as Boko Haram’s new face », Daily Trust, 6 juillet 2013. Pour une analyse plus approfondie sur les attentats-suicides, voir Mia Bloom et Hilary Matfess, « Women as Symbols and Swords in Boko Haram’s Terror », Prism, vol. 6, no. 1 (2016), p. 1-8 ; et Patricia Taft et Kendall Lawrence, « Confronting the Unthinkable: Suicide Bombers in Nigeria », The Fund for Peace, 2016.Hide Footnote Mais les femmes kamikazes plus âgées semblent s’être portées volontaires. Une femme qui a passé deux ans en captivité dans la LGA de Gwoza rapporte avoir vu sept femmes recrutées comme kamikazes et envoyées à Maiduguri en mars-avril 2015. Elles auraient été mues par leur dévouement au jihad et visiblement endoctrinées sur le long terme, y compris par la promesse d’accéder directement au paradis (al-jinnah). Certaines étaient des veuves de combattants. Globalement, il ne semble pas que le mouvement ait manqué de volontaires.[fn]Entretien de Crisis Group, ancienne captive de Boko Haram, Jalingo, état de Taraba, 14 juin 2016.Hide Footnote

B. La riposte

Certaines femmes ont lutté contre Boko Haram au sein des groupes d’autodéfense qui ont vu le jour sous diverses formes à travers le bassin du lac Tchad, en particulier la CJTF de l’état du Borno.[fn]L’émergence et l’impact des groupes d’autodéfense dans le bassin du lac Tchad feront l’objet d’un prochain rapport de Crisis Group.Hide Footnote Cette implication semble avoir été tardive, et due en partie au fait que les femmes étaient de plus en plus actives au sein du groupe insurrectionnel. Au début, il n’y avait aucune femme dans ces groupes, mais au fil du temps, elles ont commencé à les rejoindre pour diverses raisons. Certaines l’ont fait par indignation ou par amertume, cherchant à se venger après avoir vu Boko Haram massacrer leurs proches. D’autres ont proposé d’aider la CJTF aux postes de contrôle à la suite de protestations contre la fouille de femmes par des hommes. D’autres encore ont discrètement transmis à la CJTF des informations sur les membres de Boko Haram et leurs activités à Maiduguri, sans pour autant rejoindre le groupe.[fn]Entretien de Crisis de Group, responsable de la société civile, Maiduguri, 22 octobre 2016.Hide Footnote

Il y a actuellement 122 femmes officiellement membres de la CJTF dans l’état du Borno, mais elles sont sans doute plus nombreuses à collaborer avec le groupe de façon informelle.[fn]Entretien de Crisis Group, commandant de la CJTF, Maiduguri, octobre 2016. Sur les femmes membres de groupes d’autodéfense, voir par exemple « Stories of Borno’s fierce, female Civilian JTF personnel », Daily Trust, 8 octobre 2016.Hide Footnote Certaines ont bénéficié d’un entrainement militaire, sont armées de fusils et d’autres armes et se battent aux côtés des hommes, parfois au cours d’opérations avec l’armée. Les membres féminins de groupes d’autodéfense surveillent également les camps de déplacés et aident à identifier les individus suspectés d’appartenir à Boko Haram, par exemple en interrogeant les femmes et les filles aux postes de contrôle pour empêcher les attentats-suicides.

C. Œuvrer pour la paix

S’ils ont pu être occultés par la violente confrontation entre Boko Haram et l’Etat, il y a eu des efforts féminins non violents pour la résolution du conflit dans le Nord-Est. Certaines femmes, souvent issues de grandes familles qui attachent de l’importance à l’éducation et ont permis à leurs filles d’y accéder, agissent depuis longtemps pour défendre la place de la femme dans les sphères publique et privée. Elles l’ont généralement fait au sein du monde islamique plutôt qu’en formulant une critique de l’extérieur.

C’est le cas de la Fédération des associations de femmes musulmanes au Nigéria (Federation of Muslim Women’s Associations in Nigeria, Fomwan), qui combine efforts en faveur de la diffusion de l’islam et tentatives d’améliorer le statut socioéconomique des femmes, des jeunes et des enfants, via des formations, l’enseignement, l’aide humanitaire et sanitaire, la microentreprise et les actions de plaidoyer.[fn]Entretien de Crisis Group, représentantes de la Fomwan, Maiduguri, 13 août 2016.Hide Footnote L’organisation Alternative pour la promotion et la protection des droits des femmes (Women’s Rights Advancement and Protection Alternative, Wrapa) agit, elle, contre la violence conjugale, les mutilations génitales féminines et le mariage précoce, et elle a tenu un rôle central dans le succès de la campagne de soutien à deux jeunes femmes condamnées à mort au nom de la Charia au début des années 2000. Plus récemment, elle a essayé de pousser les imams à évoquer les droits des femmes dans leurs prêches.[fn]« Women’s rights: WRAPA “khutba” to the rescue », Daily Trust, 27 mai 2016.Hide Footnote

A mesure que le conflit lié à Boko Haram s’intensifiait, ces organisations se sont impliquées dans des actions de plaidoyer, en particulier lors des enlèvements de Chibok. Elles ont trouvé de puissants soutiens dans d’autres campagnes internationales et nationales, comme Bring Back Our Girls, un rassemblement de militantes (et de militants) disposant d’un profond ancrage dans les capitales politique et économique, Abuja et Lagos, ce qui a évité que le problème ne tombe dans l’oubli.

D. Fuir sous la contrainte

Au total, l’insurrection et la contre-insurrection ont contraint près de deux millions de personnes du Nord-Est, dont plus de la moitié sont des femmes et des jeunes filles, à quitter leur domicile.[fn]Environ 1,8 million de personnes ont été déplacées dans les états de l’Adamawa, du Borno, de Gombe et de Yobe. « Nigeria: Humanitarian Dashboard », Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), 13 octobre 2016. « Nigeria Regional Refugee Response Plan January-December 2016 », Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), décembre 2016. « Stories of Borno’s fierce, female Civilian JTF personnel », op. cit. Quelque 53 pour cent des déplacés seraient des femmes. Certains des principaux camps de déplacés accueillent plus de deux fois plus de femmes adultes que d’hommes. Displacement Tracking Matrix, Round XI Report, Organisation internationale pour les migrations (OIM), août 2016.Hide Footnote Le meurtre de nombreux civils, la destruction de villes et de villages par Boko Haram et par l’armée, la perte des moyens de subsistance et le manque de nourriture dans une économie de plus en plus déstructurée sont les principales raisons de ces déplacements. Au début, les gens ont fui vers les centres urbains, où ils pensaient que le gouvernement les protégerait, ou vers des états ou pays voisins. Avec l’avancée de l’insurrection, certains ont dû se déplacer à plusieurs reprises. Maiduguri, qui a fait l’objet d’attaques répétées mais n’a jamais été prise par Boko Haram, accueille environ un million de déplacés. La contre-attaque de l’armée, des groupes d’autodéfense et des alliés régionaux du Nigéria, qui s’est consolidée en 2015, a fait des centaines de milliers de déplacés supplémentaires, les civils qui avaient jusque-là survécu dans des secteurs contrôlés par Boko Haram s’enfuyant pour se mettre à l’abri, ou étant transférés par l’armée.[fn]Briefing de Crisis Group, Boko Haram sur la défensive ?, op. cit.Hide Footnote

Dans de nombreuses zones, il n’est plus resté que des femmes et des enfants, les hommes et les garçons les plus âgés ayant été recrutés de force ou tués par Boko Haram, ou arrêtés par l’armée.[fn]Le nombre plus faible d’hommes parmi les déplacés a probablement plusieurs causes, mais les hommes valides trouvés dans les zones préalablement contrôlées par Boko Haram sont fortement soupçonnés par les forces de sécurité. Des disparitions de masse d’hommes adultes ont été rapportées. Amnesty International a diffusé une vidéo censée montrer le meurtre de masse de prisonniers dans le Nord-Est. « Nigeria: Gruesome footage implicates military in war crimes », 5 août 2014. Les femmes du camp de déplacés de Bama ont manifesté en 2016, pour demander aux autorités de faire la lumière sur le sort de « leurs » hommes, dont elles avaient été séparées et qui avaient été emmenés vers un lieu inconnu lors de la « libération » de leur zone. Courriel de Crisis Group, expert humanitaire, octobre 2016.Hide Footnote Les forces de sécurité et l’Etat ont eu du mal à décider que faire des milliers de survivants. Les nécessités de la survie dans les secteurs contrôlés par Boko Haram et la frontière ténue entre victimes et criminels ont nourri les soupçons à l’égard des déplacés. Cette suspicion, conjuguée aux mauvais résultats et aux abus des responsables nigérians – et de certains de leurs partenaires internationaux – censés aider les déplacés ont créé une crise humanitaire avec de graves risques à long terme.

Les personnes trouvées dans les zones « libérées » par les militaires sont examinées afin d’identifier les membres de Boko Haram. Dans l’état du Borno, les soldats et la CJTF dirigent la procédure localement, souvent en lien avec les responsables communautaires, les chefs de quartier dans les villes et les chefs de village. Les suspects sont transférés vers des centres de détention dans des casernes ou ailleurs, tandis que les autres personnes touchées par le conflit sont envoyées dans des camps de déplacés formels où une nouvelle enquête peut avoir lieu. La plupart des déplacés partent ensuite vers des communautés d’accueil ou des camps informels. D’autres prennent part à des programmes expérimentaux de déradicalisation. Pour les femmes, il existe un seul lieu de ce type pour le moment, un centre d’accueil à Maiduguri, évoqué ci-dessous. Il y a également un centre de réhabilitation à Maiduguri, qui fonctionne comme lieu de transit. En septembre 2016, 500 femmes et enfants détenus par l’armée y ont été envoyés pour y trouver un soutien social, un toit et de la nour-riture, avant d’être remis à leurs familles en novembre.[fn]Communication de Crisis Group, agent d’une organisation internationale basé à Maiduguri, 24 novembre 2016.Hide Footnote Les critères de distinction sont obscurs.[fn]Entretiens de Crisis Group, responsables sécuritaires et agences internationales, Maiduguri, juin 2016.Hide Footnote

Les enquêtes s’avèrent difficiles, car dans les zones contrôlées par Boko Haram, la plupart des habitants sont contraints à s’associer aux insurgés, d’une manière ou d’une autre, pour sauver leur vie. Repérer les membres actifs est délicat et le risque d’erreur, important. L’armée peut ainsi en arriver à incarcérer des femmes vulnérables qui ont été enlevées, capturées ou empêchées de quitter leurs communautés par Boko Haram avec des femmes qui ont activement soutenu la rébellion.

La détention d’insurgés présumés se fait de manière extrajudiciaire, avec très peu de contrôle extérieur. Les suspects, y compris des femmes et des enfants dans une section distincte, seraient encore détenus à la caserne de Giwa à Maiduguri.[fn]Entretien de Crisis Group, agent d’une organisation internationale, Maiduguri, juin 2016, et communication, novembre 2016.Hide Footnote En juin 2015, Amnesty International a rapporté de nombreuses allégations faisant état de torture, de famine, et de milliers de décès sur le site entre 2011 et 2015. En mai 2016, l’organisation a souligné que les conditions de détention restaient absolument déplorables, constatant un taux de mortalité élevé chez les détenus ainsi que chez les enfants et les bébés incarcérés avec eux.[fn]Voir « Stars on Their Shoulders, Blood on Their Hands. War Crimes Committed by the Nigerian Military », juin 2015, et « If You See It, You Will Cry: Life and Death in Giwa Barracks », 10 mai 2016, deux documents d’Amnesty International. En août 2015, l’armée a affirmé conduire des enquêtes et qualifié le rapport de 2016 d’« infondé ». Voir « Nigerian military react to Amnesty International report of human rights abuse », 6 août 2015, « Military debunks Amnesty report », 12 mai 2016, sur defenceinfo.mil.ng. Le président Buhari a dit qu’il devrait y avoir une enquête officielle du gouvernement. « Nigeria’s Giwa barracks “place of death”, rights group says », CNN,
14 mai 2016.Hide Footnote
L’accès des agences internationales et le contrôle des conditions de détention se sont légèrement améliorés, mais chaque entrée est « une nouvelle négociation » avec l’armée.[fn]En 2016, les autorités nigérianes ont autorisé le personnel de l’ONU à se rendre auprès de femmes et d’enfants détenus dans la caserne de Giwa. Entretien de Crisis Group, Maiduguri, 22 juin 2016.Hide Footnote

Pour ceux qui restent libres à l’issue de l’enquête, les conditions de vie de déplacé dépendent du contexte sécuritaire local et du type de site où ils s’installent. Plus de 80 pour cent d’entre eux sont hébergés dans des communautés d’accueil, les autres dans des camps informels ou administrés par le gouvernement dans tout l’état du Borno et dans les états et pays voisins. Le camp de Bama, une ville désertée et encerclée par Boko Haram au sud-est de Maiduguri, ressemble presque à une prison à ciel ouvert, tandis qu’à Monguno, au nord-est de Maiduguri, les déplacés sont libres de leurs mouvements et ont relancé le marché local. Les déplacés sont généralement sous le contrôle de l’armée, souvent en coopération avec la police et la CJTF. Les entrées et les sorties des camps sont surveillées dans les lieux comme Bama, Banki ou Maiduguri. Les restrictions en matière de mobilité sont justifiées par des considérations sécuritaires, pour éviter les attaques contre les déplacés en dehors des camps et faire cesser les infiltrations par Boko Haram.[fn]Entretien de Crisis Group, employé d’une ONGI de retour du Borno, Dakar, juillet 2016. Le 30 janvier 2016, Boko Haram a tué plus de 80 personnes dans le village de Dalori, près du camp de déplacés de Dalori, l’un des plus grands de Maiduguri. Des bombes ont été posées au camp de Malkohi, à Yola, dans l’état d’Adamawa, tuant sept déplacés le 11 septembre 2015, ainsi qu’à celui de Dikwa, état du Borno, tuant 60 personnes le 10 février 2016.Hide Footnote

Dans certaines zones du Borno central, des femmes ont été renvoyées dans leurs LGA depuis les camps de Maiduguri et d’ailleurs, mais elles demeurent le plus souvent dans des camps parce que leurs maisons ont été détruites, et que le risque sécuritaire demeure élevé dans les secteurs plus reculés. Ailleurs, comme dans une bonne partie du Sud du Borno, de Yobe et du Nord de l’Adamawa, les zones rurales deviennent plus accessibles, et des déplacés commencent à retourner dans leurs villages.

La situation humanitaire des déplacés est difficile, même si elle diffère selon les régions. D’importants manques de nourriture et de sérieux problèmes sanitaires ont été signalés. Les agences étatiques, celles du gouvernement fédéral, les bailleurs de fonds et les ONG internationales se rejettent la responsabilité.[fn]Comparer par exemple « IDPs protest caused by break down of agreement with NEMA – Borno govt », Vanguard, 27 août 2016 ; « IDPs’ protest: NEMA denies breach of MoU with Borno govt », TG News, 28 août 2016 ; et « NSCDC alerts public on syndicates sponsoring protests in Borno IDPs camps », Daily Post, 28 août 2016.Hide Footnote Certains membres du gouvernement tiennent Boko Haram pour seul responsable, et de fait, la violence du mouvement a dévasté la production agricole et les infrastructures sanitaires. Mais la contre-insurrection a également étouffé délibérément l’activité économique pour priver Boko Haram de vivres, de réseaux d’affaires et de protection. D’autres responsables minimisent la gravité de la situation humanitaire ou accusent les organisations internationales et les déplacés d’exagération. La corruption et le détournement de l’aide alimentaire et des fonds de soutien par des agents publics, ainsi que l’insuffisance de l’aide, ont certainement contribué au problème. Des déplacés ont dénoncé la mauvaise gestion et la corruption à de nombreuses reprises.[fn]Entretiens de Crisis Group, travailleurs humanitaires opérant dans l’état du Borno, Dakar, juin 2016. « Humanitarian groups using Boko Haram crisis to make money, says Borno govt », The News, 16 octobre 2016. « Borno IDPs protest inadequate food supply », Vanguard, 26 juillet 2016 ; « Borno IDPs protest poor feeding », The New Telegraph, 26 août 2016 ; « Again, Borno IDPs protest poor method of feeding in camps », Vanguard, 30 août 2016.Hide Footnote

Les déplacés en dehors des camps administrés par le gouvernement reçoivent généralement encore moins de nourriture et de soins médicaux, mais plusieurs camps gouvernementaux présentent des niveaux très élevés de mortalité et de malnutrition infantile et une faible couverture vaccinale. Cela ne concerne pas uniquement les camps proches des zones encore contrôlées par Boko Haram, où la limitation compréhensible des déplacements restreint l’activité économique et l’accès aux services sanitaires, mais également ceux qui sont à priori à l’abri de Boko Haram, autour de la ville de Maiduguri.[fn]Commentaire de Crisis Group, « North-eastern Nigeria and Conflict’s Humanitarian Fallout », 4 août 2016. Courriels de Crisis Group, responsables humanitaires, octobre 2016.Hide Footnote

Dans les camps, les femmes et les jeunes filles rencontrent des problèmes spécifiques. Enfermées dans des lieux où la plupart des gardes et une bonne partie du personnel sont des hommes, nombreuses sont celles qui ont été victimes de violences sexuelles et sexistes, ou ont dû recourir au « sexe de survie » avec les responsables des camps ou le personnel de sécurité en échange de nourriture, d’argent, ou de la permission de quitter le camp. Sur plusieurs sites, l’exploitation sexuelle était connue comme étant tellement courante que les parents préféraient marier leurs filles à un âge précoce.[fn]Entretiens de Crisis Group, agent de protection d’ONG locales et d’agences internationales, Maiduguri, août 2016. « Nigeria: Officials Abusing Displaced Women. Girls Displaced by Boko Haram and Victims Twice Over », Human Rights Watch, 31 octobre 2016 ; « Rapid Protection Assessment Report, Borno State, Nigeria », Protection Sector Working Group, mai 2016.Hide Footnote

Crisis Group interview, INGO worker returning from Borno, Dakar, July 2016. On 30 January 2016, Boko Haram killed more than 80 in Dalori village, close to Dalori IDP camp, one of the largest in Maiduguri. Bombs were planted at Malkohi camp in Yola, Adamawa state, killing seven IDPs on 11 September 2015, and at Dikwa camp, Borno state, killing 60 on 10 February 2016.Hide Footnote

IV. La stigmatisation et les dilemmes de la réintégration

En raison de la frontière ténue entre militant de Boko Haram, personne enlevée, esclave, épouse, partisan, victime et sympathisant, de nombreuses femmes et filles portent les stigmates de l’association. Ceux-ci – plus forts encore pour celles qui ont eu des enfants avec des combattants de Boko Haram, même contre leur gré – sont un obstacle majeur à leur réinsertion dans la vie communautaire. Dans les camps de déplacés et les communautés d’accueil de Maiduguri ou d’ailleurs dans le Nord-Est, les enfants nés de mères qui ont été violées ou mariées de gré ou de force à des combattants de Boko Haram sont considérés comme ayant un « mauvais sang » par leurs pères, et comme potentiel danger pour l’avenir.

Le président Buhari a publiquement cherché à contrer cette tendance en prenant un enfant de Boko Haram dans ses bras. Les conséquences de l’exclusion de la société sont significatives tant pour les perspectives sociales, politiques et économiques de l’individu que pour la cohésion et la stabilité de la société dans le Nord-Est. L’isolement et l’aliénation risquent de générer de nouvelles frustrations et des résistances comparables à celles qui ont permis l’avènement de Boko Haram. Les enfants des femmes stigmatisées pourraient à terme rejeter les institutions de l’Etat.

Rien ne confirme les soupçons de certains observateurs selon lesquels les conditions de vie déplorables dans les camps seraient le résultat d’une politique délibérée de certaines autorités pour punir les femmes et leurs enfants récemment sortis des zones tenues par Boko Haram.[fn]Entretiens de Crisis Group, travailleurs humanitaires opérant dans l’état du Borno, Dakar, juin 2016.Hide Footnote Néanmoins, même les femmes qui ont été enlevées, maltraitées ou forcées au « mariage » par le mouvement portent les stigmates de l’association. La peur de la « contagion » et, plus concrètement, des attentats-suicides, fait partie du problème. Ainsi, des restrictions existent, dans certaines zones, sur les nouvelles arrivées de déplacés à Maiduguri. Dans le camp de Bama par exemple, seuls les enfants nécessitant des soins médicaux prolongés sont autorisés à partir, parfois sans leurs parents. Aussi compréhensible que soit cette crainte, il est important d’avoir conscience de son coût. La restriction des déplacements encourage    le manque d’attention par les autorités, crée des conditions propices aux abus et à l’extorsion, et peut nourrir le ressentiment.

La stigmatisation peut aussi être un frein à la réintégration à la vie communautaire normale. Dans les camps de déplacés de Maiduguri, même les femmes qui ont été enlevées et violées ou réduites en esclavage sont souvent socialement isolées, qualifiées d’« épouses de Boko Haram » et de « femmes de Sambisa ». Compte tenu des normes dominantes selon lesquelles les relations sexuelles hors mariage sont socialement inacceptables, ces femmes courent le risque d’être rejetées par leur famille, et leur sort risque d’être pire encore si elles ont eu des enfants hors mariage, n’ayant alors aucun moyen de dissimuler leur situation. Il faut néanmoins se méfier des généralisations : le jugement social peut tenir compte du degré de soutien de l’individu à Boko Haram. Celles qui sont perçues comme ayant été forcées ne sont pas nécessairement considérées de la même façon que les femmes soupçonnées d’être restées plus volontairement.

Une ancienne captive se rappelle avoir été bien accueillie par des soldats à leur avant-poste après avoir échappé à Boko Haram. Des femmes musulmanes et chrétiennes rencontrées pour ce rapport dans des communautés d’accueil et des camps de déplacés, qui avaient fui Boko Haram après des mois, voire des années de captivité, ou qui avaient été libérées par des militaires, étaient socialement intégrées parmi les autres déplacés et racontaient leur expérience de victimes du groupe insurrectionnel. Le fait d’être nombreuses à avoir vécu des expériences similaires, et parfois d’avoir été libérées ou de s’être échappées ensemble les y aidait. Ainsi, si de nombreux cas de stigmatisation ont été rapportés, certaines femmes sont traumatisées, pas stigmatisées. Le problème de la stigmatisation et du traumatisme varie selon les familles, les individus et les communautés.[fn]Entretiens de Crisis Group, Abuja, 3 juin 2016 ; Fufore, 8-9 juin 2016 ; Jalingo, 12-14 juin 2016 ; « “Bad Blood”: Perceptions of Children Born of Conflict-related Sexual Violence and Women and Girls Associated with Boko Haram in Northeast Nigeria », Unicef et International Alert, février 2016.Hide Footnote

Quelques femmes et enfants de membres de Boko Haram ont été placés dans un centre de « déradicalisation », un « refuge » créé à cette fin à Maiduguri par les autorités de l’état du Borno en mai 2016. Dès le début, le centre a accueilli 62 femmes et adolescentes venues de deux villages des LGA de Bama et Dikwa dans l’état du Borno, dont la plupart, en tant que femmes d’insurgés, sont considérées comme dangereuses, et leurs 26 enfants. Elles sont sous la responsabilité de travailleuses sociales et il leur est interdit de quitter les lieux, qui sont gardés par des hommes en armes.

Ce projet-pilote illustre les dilemmes de la réintégration et de la « déradicalisation ». Le défi consiste à déterminer quel aspect du « radicalisme » le programme entend contrer : le recours à la violence, une certaine forme de violence, l’idéologie, ou un aspect d’une idéologie ? Seules quelques-unes des femmes membres de Boko Haram ont pris les armes et ont combattu. La plupart semblent avoir eu un rôle plus domestique et n’ont pas nécessairement été impliquées dans ou exposées à la violence de masse. Elles ont été endoctrinées à des degrés variables, certaines restant encore fidèles au mouvement, tandis que d’autres l’avaient rejeté. Il semble que certaines pourraient être réintégrées à la société plus facilement que d’autres, mais il pourrait y avoir de la résistance de la part des populations locales. Ces femmes ont continué à montrer une certaine réticence à reconnaitre les atrocités commises, qu’elles considéraient souvent comme un élément inhérent à un tel conflit.

Le travail de « déradicalisation » dans le centre consiste notamment à montrer les conséquences de la violence, en particulier des attentats-suicides.[fn]Une femme membre du personnel a expliqué qu’une ONG de Maiduguri montrait des vidéos pour exposer les femmes et les jeunes filles à la réalité, à savoir que contrairement à ce qu’a dit Boko Haram à certaines d’entre elles, les kamikazes et d’autres sont bien tués dans l’explosion. Certaines femmes auraient été choquées car elles connaissaient les kamikazes et n’avaient pas mesuré ce que les attaques impliquaient. Entretien de Crisis Group, Maiduguri, 10 août 2016.Hide Footnote Des prédicateurs islamiques viennent pour partager un récit qui diffère en tout point de la doctrine du mouvement, et les travailleuses sociales interagissent avec elles quotidiennement. Certaines des femmes placées dans le centre ont exprimé le désir d’être scolarisées pour compléter leur éducation islamique ; et certaines y ont suivi des cours.[fn]Entretiens de Crisis Group, Maiduguri, 15-17 juin 2016. « Nigeria: The women who love Boko Haram », Al Jazeera, 22 septembre 2016.Hide Footnote

 

V. Tenir compte des femmes : un ordre du jour politique

Au vu de la situation des femmes dans le Nord-Est, l’Etat et ses partenaires internationaux devraient rapidement s’attaquer à l’ensemble des défis. Des mesures sont nécessaires pour répondre aux besoins humanitaires et de protection immédiats, mais aussi à la question de plus long terme de la réintégration. Tout cela doit se faire dans le contexte d’un effort plus large pour améliorer la condition de toutes les femmes dans le Nord-Est. Comme beaucoup de guerres, celle menée contre Boko Haram a aggravé la situation économique.

La remise en cause des schémas établis donne l’occasion à certaines femmes d’endosser des rôles plus épanouissants, mais la grande majorité a subi une perte supplémentaire d’autonomie. La violence a dispersé les familles. De nombreuses femmes sont isolées dans des camps ou des centres urbains, sans nouvelles de leur mari, de leurs parents ou de leurs enfants. Il est trop dangereux de rentrer chez elles, et dans la plupart des régions, leurs biens ont été détruits ou pillés par Boko Haram ou par l’armée. Les familles organisées autour d’une femme seule sont majoritaires dans certains camps de déplacés.[fn]L’OIM a décompté 1 200 foyers dont une femme seule a la charge dans le camp de déplacés de l’hôpital général de Bama. Les femmes chargées de famille constituent ainsi 12,8 pour cent de sa population. Displacement Tracking Matrix, op. cit.Hide Footnote Le drame que constitue la guerre et les défis du redressement et de la reconstruction sont des arguments majeurs pour faire en sorte de répondre aux besoins immédiats des femmes, mais aussi pour leur donner les moyens de devenir des actrices du changement.

A. Perfectionner l’enquête

Dans cette guerre, l’un des camps a eu largement recours au recrutement forcé, rendant complexe la distinction entre victime et criminel. Les autorités devraient s’assurer que l’armée ne place pas systématiquement en détention toutes les femmes trouvées dans les zones récemment reprises à Boko Haram. Les stratégies de survie ambigües que certaines femmes ont dû adopter ne devraient pas être retenues contre elles sans nuance. Les nécessaires contrôles de sécurité devraient aussi impliquer des agents de protection des deux sexes, issus d’organisations de la société civile nationales et formés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Les responsables de ce processus devraient être sensibles à la situation difficile à laquelle de nombreuses femmes ont fait face.

B. Apporter une aide et une protection adaptées aux femmes victimes

Les camps peuvent sembler être une solution appropriée pour les personnes qui se trouvent dans des zones récemment reprises à Boko Haram, ne serait-ce que pour les protéger des représailles et des soupçons de leur communauté, jusqu’à leur réintégration. Il est néanmoins essentiel de fournir une aide adéquate à ces nouveaux déplacés, tout comme à ceux qui sont installés depuis longtemps dans des zones plus sûres, ainsi qu’à leurs communautés d’accueil. Il devrait y avoir davantage de contrôle dans la distribution de la nourriture et de l’aide, et pour faciliter l’accès aux organisations humanitaires locales et internationales. L’Agence nationale de gestion des urgences (National Emergency Management Agency, NEMA), responsable du fonctionnement des camps officiels, devrait garantir la protection des déplacés, notamment face aux violences sexuelles et sexistes. La gestion de l’accès aux camps, actuellement prérogative de l’armée, devrait être transférée à des organisations civiles dès que possible.

Face à la vulnérabilité particulière de la population déplacée, majoritairement féminine, il est nécessaire de porter une attention spécifique aux violences sexuelles et sexistes, et d’assurer l’accès à des informations et des services sur la santé sexuelle et reproductive. Les autorités devraient mettre en place des mécanismes d’orientation pour les femmes et les filles dans les camps de déplacés et les communautés d’accueil. Les allégations de maltraitance de la part des forces de sécurité et/ou de la CJTF devraient faire l’objet d’une enquête, en veillant à assurer le respect des procédures légales et un caractère public aux cas significatifs.

La prédominance des hommes au sein des organisations impliquées dans la protection et la gestion de camps de déplacés accueillant une population essentiellement féminine est un point faible.[fn]Entretiens de Crisis Group, travailleurs humanitaires opérant dans l’état du Borno, Dakar, juin 2016.Hide Footnote Les gouvernements, au niveau fédéral et des états fédérés, ainsi que les partenaires internationaux devraient coopérer sans plus tarder afin de développer des programmes pour augmenter le recrutement des femmes dans les forces de police locales et autres corps amenés à intervenir dans les camps.[fn]Les autorités ont récemment annoncé que 100 policières allaient être déployées dans les camps de déplacés à la suite de plaintes d’abus sexuels. « Northern Nigeria Internal Security Sitrep Week Ending 12 November 2016 », peccaviconsulting.wordpress.com, 15 novembre 2016.Hide Footnote Les experts internationaux devraient également proposer aux soldats, à la police, aux représentants de la NEMA et de l’Agence étatique de gestion des urgences (State Emergency Management Agency, SEMA) de l’état du Borno qui travaillent dans les camps, des formations sur la protection des civils prenant en compte la situation particulière des femmes.

C. Traiter de façon équitable les femmes soupçonnées d’avoir commis des crimes violents

Sans ignorer la responsabilité des femmes soupçonnées de crime, les autorités doivent assurer un traitement équitable et transparent de tous les dossiers liés à Boko Haram ; il sera vital de faire une distinction entre les idéologues de Boko Haram et ceux qui les ont suivis pour d’autres motifs. Ceux qui, après enquête, sont placés en détention provisoire en attendant de comparaitre devant le tribunal, doivent être détenus dans des prisons civiles, et non militaires, et dans des conditions acceptables, avec un accès aux agences humanitaires. Les enfants devraient recevoir les soins adéquats. Compte tenu de l’ampleur de la violence, de l’implication dans les mauvais traitements des insurgés et des forces de sécurité, ainsi que des faiblesses du système judiciaire, des modalités de traitement adéquates doivent être conçues pour l’ensemble des suspects, qui ne peuvent rester éternellement dans un vide juridique. Cette procédure doit inclure la participation des femmes, en particulier celles du Nord-Est.

D. Réintégrer les femmes victimes dans leurs communautés

Le regroupement des familles, seul filet de protection pour beaucoup, devrait constituer une priorité. Une base de données fédérale devrait être établie pour faciliter la recherche des personnes disparues, et davantage de moyens devraient être consacrés au rassemblement des familles. De même, un effort est requis pour lutter contre la stigmatisation. Pour favoriser la réintégration et la réhabilitation des femmes et des jeunes filles libérées par Boko Haram, un processus de réconciliation reposant sur les communautés, avec une participation importante des femmes, devrait être encouragé, en particulier en invitant des groupes de femmes de diverses zones du Borno à participer au dialogue.

Tous les plans de développement et de reconstruction, publics et privés, devraient reposer sur une analyse de l’insurrection et de la contre-insurrection prenant en compte la question des femmes. La conception de programmes devrait tenir compte du fait que, dans le Nord-Est, la religion peut faciliter l’aide et jouer un rôle-moteur pour promouvoir des changements positifs pour les femmes en général. Les musulmans et les chrétiens devraient s’impliquer ensemble, afin de contribuer à surmonter les divisions qui se sont creusées avec l’insurrection. Il faut des programmes pour faciliter l’accès des femmes au crédit et aux terres. Les foyers dont des femmes seules ont la charge nécessitent un soutien particulier pour la relance d’activités de production, par exemple artisanales, commerciales, ou agricoles.

Les veuves devraient faire l’objet d’une attention particulière, car les femmes isolées sont plus susceptibles d’être manipulées par les jihadistes. Comme au Rwanda, une allocation mensuelle, pendant plusieurs années, pour les veuves de guerre devrait être prévue, et les ONG locales devraient être soutenues pour apporter une assistance juridique gratuite sur les questions d’héritage et de propriété.[fn]Selon la Charia, les veuves peuvent hériter des biens de leur mari si elles ont des témoins ou bien s’il y a des registres tenus par les chefs de villages ou de districts, mais cela peut s’avérer plus difficile dans certains cas.Hide Footnote Le fait que les familles des soldats tués au combat reçoivent souvent peu de soutien risque d’entamer le moral des militaires. Les veuves des soldats devraient recevoir une pension du gouvernement fédéral, y compris pour leur permettre de se loger si elles doivent quitter les casernes.

Les enfants dont les pères sont des membres de Boko Haram ainsi que leurs mères ne doivent pas devenir des parias. Des approches communautaires et des initiatives de sensibilisation sont nécessaires, ainsi qu’une augmentation significative de l’investissement dans l’éducation en général, en faisant de la scolarisation de ces enfants avec d’autres enfants de la région une priorité.

E. Intensifier les efforts pour autonomiser les femmes dans le Nord-Est

Pour remédier de façon plus structurelle aux déséquilibres entre hommes et femmes, des efforts sont nécessaires principalement dans trois directions. Il faut prêter attention aux programmes qui permettent de renforcer la participation des femmes à la vie politique et à la gouvernance locale, y compris en envisageant une politique de discrimination positive avec des quotas, comme dans de nombreux autres pays d’Afrique de l’Ouest. L’amélioration de l’accès des filles à l’enseignement primaire et secondaire devrait constituer une priorité, mais compte tenu de l’intérêt pour et de la légitimité de l’enseignement coranique dans le Nord-Est, il devrait aussi être modernisé par l’introduction d’un double cursus (comme dans l’état de Kano) et en rémunérant les enseignants afin que les élèves n’aient pas à mendier pour l’entretien des écoles. Des clauses strictes devraient conditionner l’attribution de subventions aux écoles à l’équilibre entre les sexes.

Les groupes islamiques traditionnels devraient donner aux femmes les moyens de s’engager pour soulager la crise humanitaire. Ces courants ont également un important rôle à jouer dans la lutte contre les idéologies religieuses violentes, et dans le soutien à l’éducation et à la participation citoyenne des femmes. Enfin, l’Etat devrait prendre des mesures pour lutter contre la discrimination fondée sur le sexe et les stéréotypes ancrés dans la loi et la pratique, pour que les femmes et les jeunes filles aient plus de contrôle sur leurs propres vies.

VI. Conclusion

Dans le Nord-Est, les femmes subissent la violence et des mauvais traitements effro-yables, qui s’ajoutent au fardeau d’un patriarcat oppressant. Leur exploitation par Boko Haram, y compris la violence sexuelle et sexiste, s’éloigne nettement des normes sociales du courant dominant de l’islam moderne et se rapproche davantage de schémas d’esclavage et de razzia qui remontent au dix-neuvième siècle voire avant. Néanmoins, la perception des femmes comme victimes passives de Boko Haram, largement répandue après l’enlèvement des filles de Chibok, est trompeuse, et doit faire l’objet d’une révision substantielle. La violence contre les femmes ne doit pas dissimuler le fait que beaucoup d’entre elles sont des actrices du conflit, et parfois, commettent des actes de violence. Beaucoup ont été exploitées, maltraitées et déplacées, tandis que d’autres ont activement participé à l’insurrection et à la contre-insurrection.

Inversement, la reconquête par le Nigéria des zones contrôlées par Boko Haram n’allège pas nécessairement la souffrance des femmes. Dans une société profondément divisée, traumatisée, cela nourrit aussi de nouvelles formes de violence, d’exclusion et de coercition à l’égard de ceux qui sont soupçonnés de complicité avec les insurgés. Reconnaitre les meilleurs résultats des forces armées dans la lutte contre Boko Haram sous la présidence de Buhari ne doit pas conduire à ignorer les abus dont elles sont responsables, abus qui sont susceptibles de nourrir une nouvelle rébellion.

Il est nécessaire de comprendre les diverses façons dont les femmes traversent et participent au conflit pour façonner les politiques visant à apaiser leurs souffrances et à ouvrir la voie à la réconciliation et la reconstruction de la société. Les femmes ont besoin de l’aide des autorités et de leurs partenaires internationaux, mais une réflexion et une planification minutieuses sont nécessaires pour garantir qu’elle soit effectivement apportée.

Chacun devrait prendre en compte le contexte historique de discrimination fondée sur le sexe, enracinée dans la loi et les pratiques culturelles, et la façon dont le mouvement insurrectionnel a plus encore nui aux femmes, de diverses façons, allant des abus sexuels à la destruction des perspectives économiques, et diversifier les programmes en conséquence. Il faudrait s’assurer que les plans de développement et de reconstruction reposent sur une analyse du conflit prenant en compte la situation des femmes. Enfin, il faut encourager les femmes non seulement à prendre davantage leur vie en main, mais aussi à devenir actrices et décisionnaires de la reconstruction du Nord-Est. Les autorités fédérales et leurs partenaires doivent reconnaitre que, même si l’Etat a un rôle central à jouer, la religion peut également constituer une ressource pour faciliter ce processus et promouvoir des changements positifs pour les femmes de façon plus générale.

Abuja/Dakar/Bruxelles, 5 décembre 2016

Annexe A : Carte du Nigéria

Map of Nigeria. CRISIS GROUP

Annexe B : Etat du Borno : nombre estimé de déplacés par LGA

Borno State: Estimated Number of IDPs Per LGA. IOM based on data from OCHA, NEMA and other partners.

Annexe C : Glossaire

Amir : Terme arabe signifiant chef, utilisé pour désigner un chef de village dans la hiérarchie de Boko Haram.

CAN : Association chrétienne du Nigéria – Christian Association of Nigeria –, l’association chrétienne œcuménique la plus importante du pays.

CJTF : Force d’intervention civile conjointe – Civilian Joint Task Force –, un comité de vigilance qui s’est développé dans l’état du Borno en 2013 pour lutter contre Boko Haram.

CRA : Child Rights Act, une loi fédérale visant à améliorer la protection des droits des enfants.

DHS : Demographic and Health Survey, un programme mondial pour fournir des données fiables sur la démographie et la santé.

Fomwan : Fédération des associations de femmes musulmanes au Nigéria –Federation of Muslim Women’s Associations in Nigeria.

Haram : Qualificatif arabe pour designer toutes les choses impures et interdites selon le Coran.

IDP : Déplacés internes – Internally Displaced Person.

ONGI : Organisation non gouvernementale internationale.

OIM : Organisation internationale pour les migrations, l’agence des Nations unies, impliquée surtout dans l’assistance aux déplacés et aux réfugiés.

Izala : Terme arabe signifiant « suppression », appellation courte de la Société pour la suppression de l’innovation et le rétablissement de la Sunna –Society for the Removal of Innovation and the Reestablishment of the Sunna –, un mouvement salafiste islamiste né dans le Nord du Nigéria.

LGA : Zone de gouvernement local – Local Government Area –, le niveau administratif intermédiaire entre le village et l’Etat au Nigéria.

NEMA : Agence nationale de gestion des urgences – National Emergency Management Agency.

ONG : Organisation non gouvernementale.

Naqib : Terme arabe signifiant contrôleur, un responsable local dans la hiérarchie de Boko Haram.

Niqab : Voile intégral couvrant tout le corps à l’exception des yeux, typique de l’islam salafiste.

Purdah : Une forme d’isolement des femmes, pratiquée dans certaines cultures islamiques.

SEMA : Agence étatique de gestion des urgences – State Emergency Management Agency.

SGBV : Violences sexuelles et sexistes – Sexual and Gender-based Violence.

UNHCR : Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés – UN High Commissioner for Refugees –, l’agence des Nations unies.

Wrapa : Alternative pour la promotion et la protection des droits des femmes – Women’s Rights Advancement and Protection Alternative, organisation nigériane impliquée dans la promotion des droits des femmes et des filles.

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