Élections locales à Aceh : le rôle du Mouvement de libération d’Aceh (GAM)
Élections locales à Aceh : le rôle du Mouvement de libération d’Aceh (GAM)
Table of Contents
  1. Overview
Indonesia's Police: The Problem of Deadly Force
Indonesia's Police: The Problem of Deadly Force
Briefing 57 / Asia

Élections locales à Aceh : le rôle du Mouvement de libération d’Aceh (GAM)

Le 11 décembre 2006, des élections locales auront lieu à Aceh, région de l’Indonésie autrefois en guerre où les ex-guérilleros sont aujourd’hui candidats au pouvoir.

Synthèse

Le 11 décembre 2006, des élections locales auront lieu à Aceh, région de l’Indonésie autrefois en guerre où les ex-guérilleros sont aujourd’hui candidats au pouvoir. Les défis logistiques étaient immenses, notamment l’inscription des nombreuses personnes déplacées suite au tsunami de décembre 2004. Mais les défis politiques sont encore plus grands : veiller à ce que les élections facilitent la transition de l’ancienne insurrection, le Mouvement de libération d’Aceh (Gerakan Aceh Merdeka, GAM) d’un mouvement de lutte armée en un mouvement politique, ce qui renforcerait l’accord de paix qu’il a signé le 15 août 2005 avec le gouvernement indonésien. Mais une rupture entre les dirigeants du GAM vient compliquer cette transition.

Cette rupture, que les porte-paroles du GAM qualifient de “divergences d’opinion”, oppose l’ancienne garde des dirigeants qui s’est réfugiée en Suède durant le conflit aux plus jeunes qui sont restés à Aceh pour se battre. Elle est apparue au grand jour au milieu de 2006 alors que l’organisation cherchait à élaborer une stratégie politique et choisir ses candidats en vue des élections. À Aceh, contrairement à ce qui se passe dans d’autres régions de l’Indonésie, les candidats qui ne sont pas affiliés à un parti sont autorisés, ce qui permet aux membres du GAM de se présenter comme indépendants. Pour l’élection du nouveau gouverneur et vice-gouverneur, l’ancienne garde voulait présenter un binôme soutenu par un parti (le PPP) tandis que les jeunes membres du GAM préféraient que les deux candidats soient indépendants. L’un des candidats a été victime d’une attaque physique par les partisans rivaux le 22 novembre à Bireuen dans la province d’Aceh. Le 27 novembre, le GAM a annoncé lors d’une conférence de presse qu’il resterait une organisation neutre, dans ce qui semblait être un effort de réconciliation. En fait, la division reste profonde et pourrait avoir un impact non seulement sur les prochaines élections mais aussi sur les plans du GAM pour mettre en place son propre parti politique.

Cette division est significative car l’enjeu de décembre est grand. Pour le GAM-même, les élections seront un test de sa force politique et une indication des efforts qu’il devra faire pour remporter le scrutin bien plus important de 2009, lorsqu’il s’agira d’obtenir des sièges au parlement provincial. Les stratégistes du GAM prévoient que s’ils contrôlent le parlement provincial, ils pourront modeler l’agenda politique au profit d’Aceh et de son avenir. Dans ce sens, les élections de décembre sont un coup d’essai et ce ne serait pas catastrophique s’ils perdaient, tant qu’ils obtiennent un pourcentage des votes respectable.

Pour les forces armées et nombre d’officiels de Jakarta, le scrutin permettra de tester la bonne foi du GAM. Les candidats du GAM vont-ils agiter le drapeau séparatiste et laisser entendre que l’indépendance est proche ou s’abstiendront-ils ? Les gradés de l’armée cachent à peine qu’ils soupçonnent le GAM de profiter de la paix pour se regrouper et se renforcer et de ne respecter la souveraineté indonésienne qu’en paroles. (Le commandant de la région militaire voulait que tous les candidats du GAM prêtent serment de loyauté envers l’État indonésien mais on l’a persuadé d’abandonner ce projet.)

Pour de nombreux acehnais dans les anciennes zones de conflit, les élections permettront de voir si la paix peut tenir. Une enquête menée par la Fondation internationale pour les systèmes électoraux (IFES) en septembre/octobre 2006 a montré que 93 pour cent des acehnais pensent que les élections aideront à garantir la paix mais que 55 pour cent sont craignent des violences, qu’elles proviennent d’anciens GAM ou d’anciens miliciens, des forces de sécurité gouvernementales ou de partisans des partis politiques. Avant l’incident de Bireuen, on craignait que l’armée ou les services de renseignement empêchent une victoire du GAM, que les GAM aient recours à l’intimidation et aux menaces, et que les milices, en veille depuis un certain temps, resurgissent comme hommes de main pour les candidats non-GAM. Aujourd’hui, les craintes concernent aussi la violence entre les membres du GAM, encore que les deux camps répètent qu’on ne rejouera pas l’attaque de 22 novembre et que les premiers jours de la campagne officielle, qui a commencé le 24 novembre, se sont déroulés dans le calme.

Le présent briefing examine comment et pourquoi le GAM est divisé et l’éventuel impact de cette division sur les élections. L’analyse présentée se fonde sur des entretiens réalisés lors des fréquentes visites de Crisis Group à Aceh en 2006.

Jakarta/Bruxelles, 29 novembre 2006

I. Overview

On 11 December 2006 local elections will take place in Aceh, the once war-torn region of Indonesia where ex-guerrillas are now running for office. The logistical challenges have been huge, particularly in registering so many people displaced by the December 2004 tsunami. But the political challenge has been even greater: how to ensure that the elections facilitate the transition of the former insurgency, the Free Aceh Movement (Gerakan Aceh Merdeka, GAM) from an armed struggle to a political movement, thereby reinforcing its 15 August 2005 peace agreement with the Indonesian government. A rift that has emerged within the GAM leadership has complicated that transition.

That rift, which GAM spokesmen call “differences of opinion”, pits the old guard leadership that was based in Sweden throughout the conflict against younger figures who stayed in Aceh and fought. It erupted into the open in mid-2006 as the organisation sought to set political strategy and decide on candidates for the elections. In Aceh, unlike other parts of Indonesia, candidates without party affiliation are allowed, enabling GAM members to stand as independents. The old guard supported one party-backed slate for governor and deputy governor, the younger leaders an independent ticket. One of the candidates was physically attacked by his rival’s supporters on 22 November in Bireuen, Aceh. On 27 November, in what initially seemed an effort at reconciliation, GAM announced at a press conference that it would stay neutral as an organisation. In fact, the division remains deep and could affect not only these elections but GAM’s plans to build its own political party.

The split is significant because so much hangs on the December poll. For GAM itself, the elections are a test of political strength and an indication of how much work it will have to do to win the much more important 2009 elections, when seats in the provincial parliament will be at stake. Senior GAM strategists believe that if they can control that parliament, they can set the political agenda for Aceh’s future. In this sense, the December elections are a dry run, and it will not be disastrous if they lose most races, as long as they can get a respectable percentage of the vote.

For the armed forces and many Jakarta-based officials, the polls are a test of GAM’s good faith. Will GAM candidates refrain from using the separatist flag or suggesting that independence is just around the corner? Senior military officers make little effort to disguise their suspicions that GAM is exploiting the peace to rebuild and regroup and is only paying lip-service to Indonesian sovereignty. (The regional military commander wanted all GAM candidates to swear an oath of loyalty to the Indonesian state but was persuaded to drop the idea.)

For many Acehnese in former conflict areas, the elections are a gauge of whether the peace will hold. An IFES survey conducted in September-October 2006 suggested 93 per cent of Acehnese believe the elections will help secure the peace but 55 per cent are concerned about violence, whether by ex-GAM, ex-militias, government security forces or political party supporters. Before the incident in Bireuen, there were fears that the military or intelligence service would prevent a GAM victory; that GAM would use intimidation and threats; and that long-dormant militias would reemerge as goon squads for non-GAM candidates. Now there are fears of intra-GAM violence as well, although both sides insist there will be no repeat of the 22 November attack, and the first days of the formal campaign, which began on 24 November, have gone smoothly.

This briefing examines how and why the rift occurred and its possible impact on the elections. It is based on interviews conducted during repeated Crisis Group visits to Aceh in 2006.

Jakarta/Brussels, 29 November 2006

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