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Le Turkménistan et les droits de l'homme
Le Turkménistan et les droits de l'homme
Op-Ed / Europe & Central Asia

Le Turkménistan et les droits de l'homme

Originally published in Les Echos

Le Président du Turkménistan effectue une visite d’Etat en France. Ne placer sa visite que sous l’angle commercial serait une erreur indigne de la République.

Gurbanguly Malikkulievich Berdimukhamedov vient à Paris cette semaine… Le Président du Turkménistan nous fait l’honneur de répondre à une invitation de Nicolas Sarkozy et gratifie la France d’une visite d’Etat.

Ce n’est évidemment pas la patrie de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qu’il vient visiter, mais celle des grands groupes industriels qui ont su s’implanter dans cette république gazifière au fonctionnement ubuesque. Faire des affaires au royaume de M. Berdimukhamedov relève de la gageure. Il faut savoir y manier l’art de la révérence et du lustrage de bottes bien mieux que dans n’importe quelle autre république de Françafrique…

Et il est impressionnant de voir à quel point les grands groupes français ont su s’installer dans les sables riches en gaz de l’un des pays les plus fermé de l’ex-Union Soviétique. Bouygues, par exemple, a construit le palais présidentiel, le parlement, le stade olympique, l’immense mosquée Kipchak dont la coupole, couverte d’or, est l’une des plus grande d’Asie, et comme personne ne manque d’humour sous le soleil turkmène, le groupe français a également construit la « Maison de la presse libre » à Ashkhabat ! Il n’est pas sans savoir que la moindre ligne « libre » dans un journal turkmène aboutit à l’emprisonnement immédiat de son auteur et à l’envoi en exil intérieur de sa famille. Car les châtiments collectifs sont à la mode au Turkménistan en ce début de 21ème siècle : déplaisez à M. Berdymukhamedov et c’est toute votre famille qui en paiera le prix.

Si le ridicule tuait, le Turkménistan indépendant serait probablement le plus grand cimetière de PDG de grands groupes industriels au monde. Du temps du président Niyazov, mort fort opportunément dans la nuit du 20 au 21 décembre 2006 d’un arrêt cardiaque, alors que son cardiologue allemand venait de partir en vacances de Noël, nos PDG se précipitaient pour réciter les louanges de ce grand penseur qui se fit appeler Turkmenbashi, père des Turkmènes et même prophète. Son livre, la «Ruhnama », un condensé d’aphorismes et de ses réflexions simplistes sur la vie, le monde et le rôle messianique de la nation Turkmène dans l’histoire de l’humanité, a été traduit dans plusieurs langues européennes par des groupes industriels désireux d’obtenir de juteux contrats. Pour le français, ce fut Bouygues qui devança les autres et pour l’allemand, Daimler Chrysler, dont les goûts littéraires furent immédiatement récompensés par l’achat exclusif de Mercedes comme voitures de fonction du gouvernement turkmène… La Ruhnama fut imposée comme ouvrage d’étude central pour toutes les classes du secondaire et pour les universités avec des effets désastreux sur la qualité de l’enseignement. La présentation de la traduction française de l’ouvrage donna lieu à une grande cérémonie publique en septembre 2006 à Ashkhabat durant laquelle le vice-président de Bouygues, M. Aldo Carbonaro n’hésita pas à qualifier la Ruhnama d’ouvrage de « haute valeur artistique et scientifique » ! Gageons que ni lui ni aucun membre du conseil d’administration de Bouygues n’en imposera la lecture à ses enfants ! La plupart des groupes qui ont décroché de grands contrats d’Etat sont passés par les fourches caudines de la Ruhnama. Mais le danger reste limité : le ridicule, là-bas, ne tue que l’avenir intellectuel des jeunes turkmènes.

On ose espérer que le président de la République saura élever la visite du président Turkmène au-dessus des comptoirs de marchands. Car derrière les relations commerciales et le nécessaire positionnement européen sur le marché du gaz turkmène (l’Union européenne voit dans le Turkménistan le principal fournisseur pour son projet de gazoduc Nabucco, sans toutefois que les experts ne s’accordent sur la faisabilité de ce projet) doit s’accompagner d’un dialogue clair sur les dérives les plus graves du régime turkmène.

Médecins Sans Frontières vient d’être jeté à la porte du Turkménistan après dix ans d’efforts remarquables. Avec le départ des courageux docteurs, plus aucune ONG internationale n’est présente dans le pays. MSF gérait, entre autres, un projet important de formation à la détection des pandémies comme le SIDA par exemple, et au suivi des malades. Le gouvernement ayant décrété que le SIDA n’existe pas au Turkménistan, non seulement il devient extrêmement dangereux pour un médecin d’annoncer que l’un de ses patients est séropositif, mais encore de le traiter ! Obsédé par les statistiques reluisantes, le gouvernement turkmène empêche son corps médical de faire son travail. Près de 90 pour cent des médecins turkmènes on été harcelés par la justice pour avoir osé notifier l’apparition de symptômes de maladies que le gouvernement a déclarées inexistantes dans le pays. Nicolas Sarkozy doit soulever cette question avec son homologue turkmène. Les conséquences de politiques aussi aveugles, à notre époque globalisée, vont bien au-delà du seul pays qui les applique.

L’étouffement total de la société civile est un autre sujet de préoccupation. Les obstacles que le gouvernement oppose à la création d’associations ou à l’enregistrement d’ONG sont tels que la société civile est dépourvue de moyens légaux d’action. Aucune organisation indépendante locale ou internationale ne peut faire un suivi de la situation des droits de l’homme sans risquer l’arrestation immédiate. En condamnant à six ans de prison le militant écologiste, Andrei Zatoka, finalement relâché mais forcé de quitter le pays et de renoncer à la nationalité turkmène, le gouvernement de M. Berdymukhamoedov démontre qu’il ne tolère aucun questionnement sur quelque sujet que ce soit.

Enfin, l’accès à des informations fiables est un problème quotidien pour une population turkmène soumise à une propagande d’Etat constante et au culte de la personnalité du Président Berdymukhamedov qui, mieux ciblé et moins rocambolesque, semble toutefois n’avoir plus rien à envier à celui de son prédécesseur. Des sites internet comme Youtube ou Livejournal viennent d’être bloqués. Plus de cent-soixante jeunes turkmènes qui étudiaient à l’étranger se sont vu notifier l’interdiction de quitter le pays après leurs vacances d’été l’an dernier…

Il est essentiel que Nicolas Sarkozy soulève ces questions épineuses avec son homologue turkmène. Il devrait demander la libération sans conditions de tous les défenseurs des droits humains incarcérés sur la base d’accusations mensongères. Ne placer la visite du président turkmène que sous l’angle commercial serait une erreur indigne de la république.
 

Briefing 60 / Europe & Central Asia

Le Turkménistan après Niyazov

The death of President Saparmurat Niyazov of Turkmenistan from heart failure was announced on 21 December 2006.

I. Overview

The death of President Saparmurat Niyazov of Turkmenistan from heart failure was announced on 21 December 2006. His two decades in power bequeathed ruined education and public health sectors, a record of human rights abuses, thousands of political prisoners and an economy under strain despite rich energy exports. While official results are not expected to be announced for several days, there is little doubt they will show that his interim successor, Gurbanguly Berdimuhammedov, easily won the carefully choreographed presidential election on 11 February from which genuine regime opponents were excluded. The strategically important country is quiet for now, and Berdimuhammedov – partnered by the security strong man, Akmurat Rejepov – has promised limited reforms. It is unclear, however, whether the new team genuinely intends meaningful changes. The international community should avoid temptations to give them the benefit of the doubt but instead make it clear that serious trade and aid relationships and an end to Turkmenistan’s isolation require its new leaders to take the first steps to reverse Niyazov’s most egregious socio-economic policies and improve human rights.

International commentary often ridiculed the Niyazov personality cult but behind the gold and marble monuments was a grim reality. Niyazov’s Turkmenistan was one of the world’s most repressive and isolationist regimes. No opposition was tolerated, and the president’s word was law. Regular purges of all levels of government kept potential challengers off balance.

Niyazov left a country on the verge of a grave humanitarian and socio-economic crisis. Funding for educational and medical institutions has been drastically cut. Foreign degrees have been declared invalid, and the study programs in schools and universities shortened, with ideology an ever-growing part of the curriculum. Access to health care has been increasingly limited. With most money from hydrocarbon exports disappearing into off-budget and offshore accounts controlled by Niyazov – the current status of which are unknown – the economy had come under increasing strain. Agriculture has been left in disarray. Little or no regard was ever given to the environmental sustainability of Niyazov’s schemes. Citizens’ rights were routinely violated. In a particularly egregious case in 2006, a 58-year-old journalist and human rights activist, Ogulsapar Muradova, was arrested, along with two colleagues, and apparently tortured to death. Street crime and drug abuse are increasingly obvious, especially outside the capital, Ashgabat.

After Niyazov’s death, a group centring on Berdimuhammedov, the deputy chairman of the Council of Ministers, and Rejepov, chief of the Presidential Guard, took what appears to be an uncontested hold on power. Niyazov’s son and daughter have been sidelined, the military is underfunded and poorly equipped in comparison to the security services, and the political opposition is mostly in exile. Challenges from local elites or radical Islamist groups are unlikely at present.

While five tame candidates were allowed to stand against Berdimuhammedov in the presidential election, his victory was always certain. No opposition candidates were permitted, and all official structures worked to ensure the outcome. During the campaign, Berdimuhammedov promised improved education, higher pensions and salaries, greater attention to agriculture and free internet access. There have been hints that other changes might be in the works, though there have also been reports of continuing human rights abuses, including a reported massacre of inmates at the Owadandepe political prison.

It is uncertain whether the promised reforms are more than election demagoguery. Nothing concrete has yet been done. It does seem, however, that Berdimuhammedov and his allies realise that Niyazov’s course cannot be maintained. The international community should welcome and encourage the promises of reform and be ready to assist, provided the new government truly acts. In the meantime, it should:

  • express concern over the undemocratic nature of Berdimuhammedov’s assumption of power and condition improved relations and new assistance upon the implementation of such reforms;
     
  • urge the new government to consider an amnesty for the political prisoners of the Niyazov era;
     
  • track down and freeze Niyazov’s overseas assets, releasing them only on the strict proviso that they be used to implement reforms; and
     
  • maintain and where possible expand existing aid programs intended to improve educational opportunities for Turkmen citizens, as well as other measures aimed at improving their lives.

The new government of Turkmenistan will need to carry out numerous and extensive reforms, many of them radical and requiring considerable time, if it means to repair the damage the dead president did to his country. There are a number of immediate initiatives, however, which it could easily take without threatening its position and which would demonstrate its serious intent and show goodwill, to its own people and to the wider world from which Niyazov so isolated them. In particular, it should rapidly:

  • abrogate the 2003 decree invalidating academic degrees earned abroad;
     
  • give the International Committee of the Red Cross (ICRC) access to places of detention in accordance with its mandate;
     
  • review the convictions of Niyazov-era political detainees and allow them access to relatives and international observers and the right to appeal their convictions and sentences;
     
  • end restrictions on travel abroad; and
     
  • facilitate a full, independent and public accounting of the death in custody of Ogulsapar Muradova and the current whereabouts and condition of her colleagues, Annakurban Amankylychev and Sapardurdy Hajiyev, and of the reported massacre at Owadandepe.

 

Bishkek/Brussels, 12 February 2007