Ouzbékistan : les sanctions de l’Europe ont un rôle à jouer
Ouzbékistan : les sanctions de l’Europe ont un rôle à jouer
Table of Contents
  1. Overview
Briefing 54 / Europe & Central Asia

Ouzbékistan : les sanctions de l’Europe ont un rôle à jouer

Après le meurtre de civils par les forces de sécurité ouzbèkes dans la ville d’Andijan en 2005, l’Union européenne a imposé des sanctions ciblées au gouvernement du président Islam Karimov.

Synthèse

Après le meurtre de civils par les forces de sécurité ouzbèkes dans la ville d’Andijan en 2005, l’Union européenne a imposé des sanctions ciblées au gouvernement du président Islam Karimov. Les dirigeants européens ont demandé à l’Ouzbékistan d’autoriser l’ouverture d’une enquête internationale sur le massacre, d’interrompre les mascarades de procès en cours et d’améliorer la situation des droits de l’Homme dans le pays. Aujourd’hui, un certain nombre d’États membres de l’UE, principalement l’Allemagne, demandent à ce que ces sanctions soient levées ou au moins réduites dès ce mois-ci. Le gouvernement Karimov n’a rien fait pour justifier une telle approche. Une normalisation des relations devrait se faire selon les critères de l’UE et non ceux de Karimov. Par ailleurs, la dictature de celui-ci semble de plus en plus fragile et il serait bon d’envisager comment faire face aux conséquences de sa chute, qui arrivera tôt ou tard, et notamment de réfléchir à l’impact que celle-ci aurait sur d’autres États fragiles d’Asie centrale comme le Kirghizstan.

Les 12 et 13 mai 2005, le gouvernement ouzbèke a répondu à un soulèvement armé à Andijan par l’emploi indiscriminé de la force, tirant sur des centaines de civils non armés. Plus de 400 réfugiées qui ont fui vers le Kirghizstan se sont finalement vus accorder l’asile dans un pays tiers après une pression intense de la part de gouvernements occidentaux, en particulier les États-Unis. Dès le premier procès d’une longue série de procédures entamées à la suite des événements d’Andijan, l’UE a imposé une interdiction de visa à une douzaine de responsables ouzbèkes directement impliqués dans le massacre. Lors de la réunion mensuelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE les 13 et 14 novembre 2006, ceux-ci décideront s’ils renouvellent, modifient ou mettent fin à ces sanctions.

Depuis que ces sanctions ont été imposées, les mesures sévères prises par le gouvernement ouzbèke à l’encontre des contestataires ne se sont pas calmées. Journalistes, militants des droits de l’Homme et leaders religieux, entre autres, ont subi harcèlement, arrestations, torture et ont été condamnés à de longues peines d’emprisonnement. Ceux qui cherchent refuge à l’étranger sont sous la pression des services de sécurité ouzbèkes et d’autres pays et certains ont été rapatriés de force. L’Ouzbékistan a mené des simulacres de procès contre des extrémistes islamistes, dans lesquels les condamnations se fondent sur les inévitables confessions arrachées sous la torture. Plutôt que de se montrer un allié solide de la “guerre contre la terreur”, le gouvernement continue de créer les conditions propices à l’accroissement du soutien populaire envers l’islam radical.

Le gouvernement maintient un contrôle strict sur les principales exportations du pays (coton, gaz et or), veillant à ce que les revenus correspondants n’aillent pas aux communautés impliquées dans leur production ou au budget national mais dans les poches du régime-même et de ses alliés, notamment ceux des forces de sécurité. Peut-être motivé par un sentiment croissant d’insécurité, le régime a commencé à piller certains de ses partenaires de joint-ventures étrangers. Le commerce avec la Russie et le Kazakhstan et la migration pour des raisons professionnelles vers ces deux pays sont des bouées de sauvetages économiques de plus en plus menacées pour des millions d’ouzbèkes.

Plutôt que de prendre des mesures sérieuses pour améliorer les conditions dans son pays, le président Karimov a préféré désigner des têtes de turc et se contenter de changements cosmétiques, comme le licenciement en octobre 2006 du gouverneur d’Andijan, Saydullo Begaliyev, qu’il a publiquement accusé d’être en partie responsable des événements de l’année précédente. Dans l’ensemble, Karimov continue de nier que les politiques de son régime soient en aucune façon à blâmer et les abus se reproduisent dans d’autres provinces sans faire l’objet d’aucun contrôle.

Le gouvernement de Karimov est fragile et en proie aux rivalités. Le président est de plus en plus isolé, entouré par un cercle de proches de moins en moins nombreux. Les spéculations à propos d’éventuels successeurs vont bon train: sa fille, Gulnora Karimova, et son allié supposé Alisher Usmonov, oligarque ouzbèke qui réside à Moscou, sont les candidats possibles le plus souvent mentionnés. Un soulèvement populaire est fort improbable; en revanche, un coup de palais par des membres de l’élite mécontents serait possible, encore que, à présent, Karimov semble contrôler solidement les services de sécurité. Quelle que soit la façon dont elle se fera, la succession du président ne se déroulera sans doute pas en douceur et pourrait menacer la stabilité de la région dans son ensemble.

L’UE devrait:

  • Renouveler son interdiction de visa pendant un an et l’étendre à Karimov, sa famille, ceux qu’il a récemment désigné à des postes importants et aux membres de son entourage proche;
     
  • Geler les avoirs des personnes sous le coup d’une interdiction de visa afin qu’elles ne puissent pas avoir accès au système bancaire européen; et
     
  • S’efforcer de favoriser la résilience des États voisins qui souffrent déjà de l’instabilité et des politiques ouzbèkes.

 

Bichkek/Bruxelles, 6 novembre 2006

I. Overview

After the indiscriminate killing of civilians by Uzbek security forces in the city of Andijon in 2005, the European Union imposed targeted sanctions on the government of President Islam Karimov. EU leaders called for Uzbekistan to allow an international investigation into the massacre, stop show trials and improve its human rights record. Now a number of EU member states, principally Germany, are pressing to lift or weaken the sanctions, as early as this month. The Karimov government has done nothing to justify such an approach. Normalisation of relations should come on EU terms, not those of Karimov. Moreover, his dictatorship is looking increasingly fragile, and serious thought should be given to facing the consequences of its ultimate collapse, including the impact on other fragile states in Central Asia such as Kyrgyzstan.

On 12-13 May 2005, the Uzbek government responded to an armed uprising in Andijon with indiscriminate force, gunning down hundreds of mostly unarmed civilians. Over 400 refugees who fled to Kyrgyzstan were eventually given asylum in third countries, after intense pressure from a number of Western governments, in particular the U.S. After the first of many trials stemming from the Andijon events, the EU imposed a visa ban on a dozen Uzbek officials most directly involved in the massacre. When EU foreign ministers hold their monthly meeting on 13-14 November 2006, they will decide whether to renew, modify or drop the sanctions.

Since the sanctions were imposed, the crackdown on dissent has not relented. Journalists, human rights activists, and religious leaders, among others, have faced harassment, arrest, torture and lengthy prison sentences. Those seeking refuge abroad have come under pressure from Uzbek and other security services, and some have been forcibly repatriated. Uzbekistan has held show trials of accused Islamic extremists, with the all but inevitable convictions based on confessions extracted through torture. Rather than proving itself a valuable ally in the “war on terror”, the government continues to create conditions in which popular support for radical Islam is likely to grow.

The government maintains tight control over the country’s main export commodities – cotton, gas and gold – ensuring that revenues go not to communities involved in their production, or to the national budget, but to the regime itself and its key allies, particularly those in the security services. Perhaps motivated by an increasing sense of insecurity, the regime has begun looting some of its foreign joint-venture partners. Shuttle trading and labour migration to Russia and Kazakhstan are increasingly threatened economic lifelines for millions of Uzbeks.

Rather than take serious measures to improve conditions, President Karimov has resorted to scapegoating and cosmetic changes, such as the October 2006 firing of Andijon governor Saydullo Begaliyev, whom he has publicly called partially responsible for the previous year’s events. On the whole, however, Karimov continues to deny that his regime’s policies were in any way at fault, while the same abuses are unchecked in other provinces.

Karimov’s government is brittle and rife with rivalries. The president is increasingly isolated, surrounded by a shrinking circle of cronies. Speculation about possible successors is rife, with his daughter, Gulnora Karimova, and her putative ally, Moscow-based Uzbek oligarch Alisher Usmonov, mentioned most frequently as possibilities. There is small likelihood of a popular uprising but a palace coup by disgruntled members of the elite is more feasible, though for now at least Karimov’s hold over the security services appears fairly solid. However it occurs, succession is unlikely to be smooth and may seriously threaten stability in the region as a whole.

The EU should:

  • renew its visa ban sanctions for a year, extending coverage to Karimov, his family, recent major appointees and members of his inner circle;
     
  • freeze the assets of those subject to the visa ban so they cannot access the European banking system; and
     
  • concentrate on building resilience in the neighbouring states that already suffer from the instability and economic policies in Uzbekistan.

 

Bishkek/Brussels, 6 November 2006

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