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« La France doit revoir la conception même de ses engagements extérieurs »
« La France doit revoir la conception même de ses engagements extérieurs »
From Al-Qaida to ISIS, A Blind War on Terrorism Will Mean Endless War
From Al-Qaida to ISIS, A Blind War on Terrorism Will Mean Endless War

« La France doit revoir la conception même de ses engagements extérieurs »

Originally published in Le Monde

Les attentats terroristes sont la première préoccupation pour une grande majorité de Français, et le président Macron affirme que « la lutte contre la menace terroriste est la priorité des prochaines années ». Mais comment mettre en œuvre cette priorité ? Renforce-t-on la sécurité de la France en écrasant l’organisation Etat islamique (AI) à Mossoul, en Irak ?

C’est le raisonnement qu’ont tenu les Etats-Unis après le 11-Septembre, quand ils portèrent la guerre en Afghanistan pour en chasser les talibans, qui y avaient accueilli Al-Qaida. Est-ce la bonne réponse ? Les opérations extérieures pèsent sur le budget, et, à l’heure où le respect de la contrainte budgétaire conditionne la restauration de sa crédibilité, la France ne peut se payer le luxe de se tromper de stratégie. Le coût des opérations extérieures françaises dépasse maintenant le milliard d’euros par an, avec environ 13 000 hommes déployés – un coût à rapprocher des 850 millions d’euros d’économies qui viennent d’être imposées au budget de la défense.

L’exemple américain devrait faire réfléchir : après les milliards de dollars dépensés en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, Al-Qaida compte aujourd’hui plusieurs milliers de combattants alors qu’ils n’étaient que quelques centaines en 2001, et les Etats-Unis ne peuvent abandonner l’Afghanistan sans prendre le risque que, demain, les talibans ne s’emparent à nouveau de Kaboul. Donald Trump vient d’ailleurs de le reconnaître.

Sortir de l’impasse

Au Mali, la situation n’est guère meilleure : l’opération « Serval » a sauvé Bamako d’une offensive djihadiste, mais si la France mettait fin à l’opération « Barkhane », au Sahel, il est probable que des groupes djihadistes, après avoir reconstitué leurs capacités, repartiraient à l’assaut. Au Mali comme en Afghanistan, l’aide extérieure au développement de capacités militaires nationales se heurte aux dynamiques politiques locales : les Pachtouns d’Afghanistan sont plus inquiets des menées des Tadjiks et des Ouzbeks que des talibans. Au Mali, les leaders du sud du pays ne voient pas d’intérêt politique à s’occuper du nord, dont le poids électoral est négligeable. Les acteurs extérieurs se retrouvent alors pris au piège d’une stratégie de stabilisation inachevée : partir est dangereux, rester débouche sur un engagement dont on ne voit pas la fin.

La France voudrait sortir de cette impasse en passant le relais à des opérations de maintien de la paix de l’ONU ou à des forces régionales africaines : aux armées des pays riches de traiter l’urgence, à d’autres d’assurer la réponse de long terme. Cette stratégie de sortie est une partie de la réponse, mais elle est insuffisante : la France doit revoir la conception même de ses engagements extérieurs, sous peine de répéter, à quinze ans de distance et avec beaucoup moins de moyens, les erreurs américaines.

La première et la plus grave erreur est d’utiliser le langage de la guerre à propos du terrorisme. Faire la guerre au terrorisme, c’est constituer une multitude de mouvements divers, produits de circonstances particulières, en un adversaire unique, et donc aider l’ennemi ; c’est banaliser la situation exceptionnelle que doit rester la guerre, et, ce faisant, miner les fondements d’une société de droit ; c’est promettre la victoire contre un phénomène qui existe depuis des siècles, et donc créer l’illusion d’un engagement limité dans le temps.

Ne pas confondre les menaces

Et quand la réalité s’impose d’un engagement plus long que prévu, la deuxième erreur est de croire que le soutien à des alliés locaux, à coups de conseillers militaires, de forces spéciales et de raids aériens, est la solution de substitution, alors même que toute alliance avec des partenaires locaux nous englue dans des combats qui ne sont pas les nôtres.

La troisième erreur, qui permet de justifier aux yeux de l’opinion des engagements extérieurs à l’utilité souvent incertaine, est de confondre menace intérieure et menace extérieure. Les combats de Syrie ou d’Irak peuvent inspirer et aguerrir des terroristes européens. Mais il ne faut pas exagérer les conséquences d’une victoire à Mossoul sur la sécurité des Français. En fait, le résultat le plus immédiat des défaites de l’EI est de pousser les combattants étrangers qui l’avaient rejoint à retourner dans leur pays d’origine ! Résoudre les conflits extérieurs et lutter contre la radicalisation d’une infime minorité de Français sont deux défis de nature différente, et les confondre en un seul combat global complique plutôt qu’il ne facilite leur solution.

Le terrorisme exploite les fragilités internes d’une société, et les acteurs extérieurs n’ont donc qu’un rôle d’appoint dans la réponse à lui donner. La leçon est claire pour la France : à l’extérieur, un peu moins d’actions militaires et plus de diplomatie ; à l’intérieur, un traitement plus policier que militaire de la menace terroriste. Les opérations extérieures ont leur place dans une stratégie antiterroriste, mais il est grand temps d’en revoir à la baisse les ambitions.

From Al-Qaida to ISIS, A Blind War on Terrorism Will Mean Endless War

Originally published in World Politics Review

Mission accomplished? That was doubtless then-President Barack Obama’s expectation as he anxiously watched a team of American Navy SEALs kill al-Qaida’s leader, Osama bin Laden, six years ago. It was clearly Iraqi Prime Minister Haider al-Abadi’s hope last month when he visited the city of Mosul, newly liberated from the self-proclaimed Islamic State. 

But consider this: Al-Qaida had some 400 combatants on Sept. 11, 2001. Today it is stronger than ever, with several thousand adherents in countries from the Arabian Peninsula to Southeast Asia. If Western powers like the United States and the United Kingdom and their regional partners like Iraq continue to frame the countering of violent extremism as an existential “war on terror” that ends only when the last terrorist has been killed, the campaign against the Islamic State will be no more successful than the fight against al-Qaida. 

We are not doing everything wrong, and the terrorists are not doing everything right. In hindsight, the Islamic State paid a high price for the short-term public relations benefit of holding territory and calling itself a state, since it was bound to be defeated in a pitched battle against the powerful coalition assembled against it. The jihadi group also made a mistake in committing such barbaric atrocities, as alienation began to outweigh intimidation among the populations it controlled. And the coalition against the Islamic State was probably right to apply some military pressure to break the militants’ aura of invincibility, which was a powerful recruitment tool. 

The question that needs to be answered now is who is learning quickest from past mistakes. So far, the terrorists seem to have the edge. The Islamic State learned from al-Qaida that sophisticated terrorist attacks in the enemy’s heartland are useful if they draw the enemy into protracted wars that create the kind of chaos that terrorists need to thrive. Bin Laden probably did not plan on 9/11 bringing the U.S. to Afghanistan, let alone Iraq, but al-Qaida opportunistically capitalized on both wars. The Islamic State brilliantly exploited the U.S. occupation and aftermath, gaining support from Sunnis who suffered the atrocities of Shiite militias, and from officers of the Iraqi army summarily dismissed as a result of a poorly conceived policy of de-Baathification. Now al-Qaida has learned from the Islamic State’s gruesome later mistakes, softening its hard-line stance and toning down its global agenda to gain support with movements driven by local grievances, notably in Yemen.

Read the full article at World Politics Review.