Haïti après les élections: Défis pour les 100 premiers jours de Préval
Haïti après les élections: Défis pour les 100 premiers jours de Préval
Table of Contents
  1. Overview

Haïti après les élections: Défis pour les 100 premiers jours de Préval

L’investiture de René Préval le 14 mai 2006 prochain marquera l’ouverture d’une période propice au dépassement de la polarisation politique, de la criminalité et du déclin économique qui caractérisent Haïti.

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Résumé

L’investiture de René Préval le 14 mai 2006 prochain marquera l’ouverture d’une période propice au dépassement de la polarisation politique, de la criminalité et du déclin économique qui caractérisent Haïti. Les élections présidentielles et parlementaires du 7 février dernier se sont déroulées avec succès malgré quelques problèmes logistiques, la disparition de procès-verbaux, et l’interprétation a posteriori de la loi électorale. Les violences sont restées sporadiques, le taux de participation a été très élevé, et les résultats ont reflété l’expression de la volonté générale. Les conditions dans lesquelles le second tour des élections parlementaires du 21 avril a eu lieu étaient tout aussi calmes et, bien que le taux de participation ait été un peu plus faible, la machine électorale a fonctionné de façon plus efficace. Pendant les premiers 100 jours de son mandat, le nouveau président va devoir former un partenariat avec un parlement multipartite. Il va devoir montrer aux Haïtiens des progrès visibles, avec l’aide de la communauté internationale et ce dans un climat d’optimisme exceptionnel dans le pays.

Préval jouit d’un soutien solide au sein du parlement, bien que son parti, Lespwa, n’y soit pas majoritaire. Il devra donc former des alliances avec d’autres partis s’il souhaite se donner toutes les chances de vaincre les facteurs centripètes par lesquels Haïti demeure le pays le plus pauvre de l’hémisphère et un candidat permanent au statut d’état en faillite (failed state). Le nouveau président devra également choisir un premier ministre fort qui sera à la fois dévoué à la mise en œuvre de son programme et acceptable par le plus grand nombre. Ces deux conditions seront essentielles pour éviter la paralysie qui a affecté les précédents parlements.

De plus, le président Préval a besoin d’un fort soutien international. En tant que président élu, il s’est rendu dans la République dominicaine voisine; au Brésil, au Chili et en Argentine; à l’ONU et à Washington; ainsi qu’à Cuba, au Venezuela et au Canada. Il a demandé à ce que la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) reste plus longtemps dans le pays, et a sollicité l’aide du Conseil de sécurité et de l’Organisation des états américains (OEA). La conférence ministérielle du 23 mai prochain à Brasilia sera l’occasion de présenter ses priorités à la communauté internationale. Elle sera suivie en juillet d’une conférence d’appels de fonds réunissant les bailleurs à Port-au-Prince. L’appel par Préval à un plan de développement et de bonne gouvernance pour les 25 prochaines années est ambitieux. Il devrait cependant engendrer au moins un consensus sur la nature pérenne de l’entreprise d’établissement de la paix.

Certains défis constituent toujours une menace à ce qui pourrait être la dernière chance pour Haïti de s’extirper du chaos et du désespoir. Il est nécessaire d’agir dans les 100 premiers jours afin de montrer aux haïtiens que s’ouvre un nouveau chapitre de leur histoire.

  • Sécurité. Il est essentiel de maintenir la situation sécuritaire dans la capitale, qui s’est amplement améliorée depuis la fin du mois de janvier. Cette amélioration découle en grande partie de la trêve tacite de certains des principaux gangs, notamment ceux de Cité Soleil, dont les chefs soutiennent Préval. La nouvelle administration et la MINUSTAH devraient poursuivre leurs efforts afin de combiner la réduction des violences liées aux gangs, par la mise en application rapide d’interventions retentissantes au bénéfice des habitants des quartiers les plus dangereux de la capitale. Il est urgent de désarmer et démanteler les gangs armés dans les villes et en dehors de celles-ci par le biais d’un programme réformé de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).
     
  • Police. La police nationale haïtienne (PNH) doit être réformée, professionnalisée et renforcée afin de faire face aux menaces que posent les trafiquants de drogues et autres groupes criminels organisés. Le gouvernement et la MINUSTAH doivent s’accorder sur la mise en œuvre du mandat établi par le Conseil de sécurité concernant le contrôle et la supervision de la PNH par l’ONU. Une première priorité sera de purger la police de ses officiers corrompus et de diviser les unités qui entretiennent des liens avec des groupes criminels ou des factions politiques. La police, gardes-côtes compris, devra croître jusqu’à compter 15 000 hommes d’ici la fin du mandat de Préval.
     
  • Cohésion politique. Il convient de prendre des mesures urgentes pour réparer un tissu social largement endommagé ces dernières années par la polarisation politique, le renforcement des antipathies entre la population et l’élite, l’aggravement de la pauvreté et un sentiment généralisé de désespoir. Ces mesures impliquent entre autres de:
     
    • répondre sans tarder aux attentes les plus fortes des partisans de Préval mais aussi de tendre la main aux classes moyennes, à la haute bourgeoisie et aux milieux économiques qui ont voté contre lui mais qui se trouvent désormais dans l’obligation d’avancer à sa rencontre;
       
    • utiliser le Plan stratégique de réduction de la pauvreté parrainé par la Banque mondiale pour poser les fondations d’un dialogue national, jamais matérialisé sous le gouvernement transitoire, qui favoriserait une participation active de la part des populations démunies, des groupes communautaires et des femmes; et
       
    • décourager à tout prix un retour précipité de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide en Haïti, retour qui menacerait le gouvernement et raviverait immédiatement les troubles politiques.
       
  • Relance économique. Selon Préval, le développement économique dépend fortement de l’investissement privé, qui exige au moins la promesse d’une infrastructure améliorée et d’une stabilité politique et sociale reposant sur des institutions solides et une bonne gouvernance. Une première étape dans cette direction consiste à explorer les moyens de résoudre la crise d’approvisionnement en électricité dans la capitale. L’éducation et la création d’emploi sont d’autres secteurs clés en matière d’investissement immédiat, d’autant plus que certaines écoles expulsent des élèves dont les parents ne peuvent payer les uniformes et les droits d’inscription en raison de la hausse des prix et de la stagnation économique.

Préval devrait presser la Banque mondiale, peut-être avec le soutien de la Banque interaméricaine de développement, d’aider à la mise en place de systèmes de gouvernance économique qui lui permettraient de remplir ses promesses de lutte contre la corruption dans l’administration publique. Il devra aussi concentrer les nouvelles politiques et programmes sur l’amélioration du sort des haïtiens démunis, qui constituent la majorité, et en particulier la population rurale qui a longuement été négligée.

  • Réforme judiciaire. Il faut procéder à une réforme globale de l’ensemble des structures judiciaires si l’on souhaite le retour de l’investissement en Haïti. Un panel conjoint de magistrats nationaux et internationaux devrait être créé pour passer en revue sans délai les dossiers de prisonniers politiques et des personnes détenues sans procès. 85 à 90 pour cent des prisonniers n’ont pas encore été jugés, et un nombre significatif d’entre eux a déjà passé plus de temps en prison que s’ils avaient été condamnés aux peines maximales prévues pour leurs crimes supposés. La réforme de la justice s’inscrit dans le long terme mais elle doit débuter dès le premier jour d’entrée en fonction du gouvernement Préval et recevoir le soutien total de la communauté internationale.

 

Port-au-Prince/Bruxelles, 11 mai 2006

I. Overview

René Préval’s inauguration on 14 May 2006 opens a crucial window of opportunity for Haiti to move beyond political polarisation, crime and economic decline. The 7 February presidential and parliamentary elections succeeded despite logistical problems, missing tally sheets and the after-the-fact reinterpretation of the electoral law. There was little violence, turnout was high, and the results reflected the general will. The 21 April second round parliamentary elections were at least as calm, and although turnout was lower, the electoral machinery operated more effectively. During his first 100 days in office, the new president needs to form a governing partnership with a multi-party parliament, show Haitians some visible progress with international help and build on a rare climate of optimism in the country.

Préval has a strong base in the parliament, although his Lespwa party has no majority and will need to reach out to form legislative alliances if it is to make good the chance to overcome the divisive factors that have kept Haiti the hemisphere’s poorest country and a perennial candidate for failed state status. The new president also needs to choose a strong prime minister who is both committed to his program and acceptable to a broad range of opinion. Both are essential steps if the paralysis that has afflicted recent parliaments is to be avoided.

The Préval presidency likewise is dependent on strong international support. As president-elect he has travelled to the neighbouring Dominican Republic; to Brazil, Chile and Argentina; to the UN and to Washington; and to Cuba, Venezuela and Canada. He has called for the UN peacekeeping mission to Haiti (MINUSTAH) to remain and has appealed before the Security Council and the Organisation of American States (OAS) for long-term development aid. A ministerial conference in Brasilia on 23 May is an opportunity to spell out his priorities to the international community and will be followed by a donors pledging conference in Port-au-Prince in July. Préval’s call for a 25-year governance and development pact is ambitious but should generate at least a consensus on the long-term nature of the peacebuilding enterprise.

Deep structural challenges still threaten what may be Haiti’s last chance to extricate itself from chaos and despair, and action in the first 100 days is needed to convey to Haitians that a new chapter has been opened in their history.

  • Security. It is essential to preserve the much improved security situation in the capital since the end of January. In large part the improvement stems from a tacit truce declared by some of the main gangs – especially those in Cité Soleil – whose leaders support Préval. The new administration and MINUSTAH should pursue efforts to combine reduced gang violence with rapid implementation of high-profile interventions to benefit the inhabitants of the capital’s worst urban districts. Urgent action is needed to disarm and dismantle urban and rural armed gangs through a re-focused Disarmament, Demobilisation and Reintegration (DDR) program.
     
  • Policing. To deal with the threats posed by organised criminal elements and drug-traffickers, the Haitian National Police (HNP) need to be reformed, professionalised and strengthened. The government and MINUSTAH must agree on implementation of the Security Council mandate for UN vetting and supervision of the HNP. A first priority will then be to purge it of corrupt officers and break up the police cells with links to criminal elements and political factions. That force, including the coast guard, will have to grow to some 15,000 by the end of Préval’s term.
     
  • Political cohesion. Urgent measures are needed to help repair a social fabric badly damaged in recent years by political polarisation, deepening antipathies between the mass of the population and the elite, worsening poverty and a generalised sense of hopelessness. These include:
     
    • quickly meeting some of the high expectations of the Préval supporters but also reaching out to organised middle and upper class and business sectors who voted against him but who in turn have the obligation now to meet him halfway;
       
    • using the World Bank-sponsored Poverty Reduction Strategy Plan to provide the foundation for the national dialogue that never materialised under the transitional government, one encompassing the substantial participation of the poor, grassroots community groups and women; and
       
    • discouraging at all costs any early return to Haiti of former President Jean-Bertrand Aristide, which would undermine the new government and instantly reignite political turmoil.
       
  • Economic renewal. Préval has declared his belief that economic development is heavily dependent on private investment, which requires at least the promise of improved infrastructure and the social and political stability provided by good governance and solid institutions. A first step is to look at ways to resolve the electricity supply crisis in the capital. Education and employment-generation also are key areas for immediate investment, particularly when students in some schools are being expelled because their parents, hit by high prices and economic stagnation, cannot pay for uniforms and school fees.

Préval should press the World Bank, perhaps with the support of the Inter-American Development Bank, to help put in place systems for economic governance that would allow him to make good on his promise to root out corruption in public administration. He also needs to concentrate new policies and programs on improving the lot of Haiti’s poor majority, particularly the traditionally neglected rural poor.

  • Judicial Reform. All structures related to the rule of law need comprehensive reform if there is to be investment in Haiti. A joint international and national judicial panel should be formed to review quickly cases of political prisoners and those being detained without trial. Significant numbers of the 85 to 90 per cent of prisoners who have not yet been tried have been in jail longer than they would have been if given maximum sentences for their alleged crimes. Justice reform is a long-term task but it must start the day the Préval government takes office and have full international support.

 

Port-au-Prince/Brussels, 11 May 2006

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