Drogues d’Amérique latine I : une bataille perdue
Drogues d’Amérique latine I : une bataille perdue
Table of Contents
  1. Executive Summary
The Faces of Conflict: A Visual Journey Through Latin America
The Faces of Conflict: A Visual Journey Through Latin America

Drogues d’Amérique latine I : une bataille perdue

La production de feuille de coca et de cocaïne semble avoir atteint de nouveaux records en 2007. La consommation et le trafic de cocaïne sont en pleine expansion sur le continent américain et en Europe.

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Synthèse

La production de feuille de coca et de cocaïne semble avoir atteint de nouveaux records en 2007. La consommation et le trafic de cocaïne sont en pleine expansion sur le continent américain et en Europe. En dépit des efforts et ressources considérables qui leur sont consacrés, les politiques antidrogue menées par les États-Unis, par l’Union européenne (UE) et ses États membres et par les gouvernements d’Amérique latine se sont avérées inefficaces et dans une certaine mesure contreproductives puisqu’elles mettent gravement en danger la démocratie et la stabilité de l’Amérique latine. La communauté internationale doit faire une analyse rigoureuse de ses erreurs passées et adopter de nouvelles approches. Pour commencer, elle devrait cesser de s’en remettre à l’épandage aérien et autres mesures de type militaire pour l’éradication des récoltes dans le but de réduire l’offre et accorder une plus grande priorité au développement alternatif et à une application efficace de la loi afin d’accroître de façon positive la présence de l’État sur le terrain. En parallèle, pour réduire la demande, la communauté internationale devrait chercher à arrêter les trafiquants et utiliser des méthodes de traitement [des consommateurs] et de réduction des méfaits [de la drogue] afin d’éviter de multiplier des peines de prison fort coûteuses pour les usagers dépendants.

Les réseaux criminels de trafic transnational, dotés d’un arsenal et de moyens financiers importants, prospèrent des deux côtés de l’Atlantique et étendent leurs tentacules jusqu’en Afrique de l’Ouest, qui est devenue une plaque tournante du trafic de cocaïne à destination de l’Europe. Ces réseaux affaiblissent les institutions publiques, menacent la démocratie, alimentent les conflits armés et sociaux dans les campagnes et contribuent à l’insécurité et à la violence dans les grandes villes aussi bien en Europe que sur le continent américain. En Colombie, les groupes armés tirent de vastes revenus du trafic de drogue, ce qui leur permet de poursuivre une guerre civile qui dure depuis déjà des décennies. En Amérique centrale et du sud, au Mexique et dans les Caraïbes, les trafiquants et l’instabilité politique vont de pair.

Les réseaux narcotiques tirent bénéfice d’une coopération et d’une coordination internationales insuffisantes, en particulier entre les États-Unis et l’Europe mais aussi entre ceux-ci et l’Amérique latine. Pleines de ressources, les narco-organisations exploitent les divisions politiques entre les États-Unis et l’UE et certains de ses États membres quant au meilleur moyen de définir et de conduire leurs stratégies anti-narcotiques et sur les priorités à établir dans leurs efforts de réduction de l’offre et de la demande de cocaïne. Étant donné qu’il n’existe pas de vision partagée du problème et de la façon dont il faudrait y remédier, il n’existe pas non plus de réponse concertée, ce qui serait pourtant indispensable pour s’attaquer avec succès au crime transnational.

Il faut de toute urgence repenser les politiques de réduction de la production, du moins ses principaux aspects, et ce sans partis pris idéologique. Une coordination plus étroite et le partage d’information entre les deux continents seraient bénéfiques à l’application de la loi et aux saisies de drogues mais il faut également reconnaître la pression qu’exercent l’extrême pauvreté, le manque d’infrastructures de base et d’opportunités économiques ainsi que le désintérêt des gouvernements pour les populations indigènes dans les campagnes andines. Les politiques nationales et internationales doivent prévoir des investissements bien plus importants afin de faire face aux facteurs structurels qui permettent aux trafiquants (ou, en Colombie, aux groupes armés) d’attirer ou de contraindre les familles rurales à cultiver la coca. L’éradication par l’épandage aérien de produits chimiques, qui a des conséquences sur les récoltes alimentaires environnantes, de même que l’éradication forcée par les forces de sécurité, qui s’accompagne presque toujours d’abus contre les droits de l’Homme, entraînent des réactions anti-gouvernementales et anti-américaines.

La demande de cocaïne est le moteur de la production et du trafic. Elle est généralement stable aux États-Unis et en augmentation dans certains pays européens et d’Amérique latine. À moins de faire baisser cette demande dans le monde de manière significative, il est pratiquement impossible d’éliminer la menace qu’elle représente pour la sécurité dans la majeure partie de l’Amérique latine. Les politiques d’incarcération qui prévalent aux États-Unis et qui ne font aucune distinction entre les différents types de consommateurs ignorent le potentiel d’une politique fondée sur le traitement des consommateurs dépendants et sur la stigmatisation des consommateurs occasionnels. Dans le même temps, les mesures de prévention, traitement et réduction des méfaits de la drogue qui dominent en Europe, où les ressources destinées à l’élimination des milieux de la drogue sont insuffisantes, n’ont pas permis de contenir la hausse de la consommation. En 2008, soit dix ans après la Session extraordinaire de l’Assemblée générale (UNGASS) consacrée au problème mondial de la drogue, la communauté internationale doit de toute urgence reconnaître ses erreurs et améliorer sur le fond ses politiques en la matière sous peine de voir le crime transnational gagner la partie.

Crisis Group a mené une étude sur le sujet qui se divise en deux rapports complémentaires publiés simultanément. Le présent rapport examine l’étendue du problème et étudie notamment la culture et le trafic de drogue. Le second rapport, Drogues d’Amérique latine II : vers de meilleurs politiques antinarcotique, analyse les politiques ainsi que leurs conséquences sociales et politiques et émet des recommandations politiques.

Bogota/Bruxelles, 13 mars 2008

Executive Summary

Coca leaf and cocaine production in the Andean region appear to have set new records in 2007. Cocaine trafficking and use are expanding across the Americas and Europe. Despite the expenditure of great effort and resources, the counter-drug policies of the U.S., the European Union (EU) and its member states and Latin American governments have proved ineffective and, in part, counterproductive, severely jeopardising democracy and stability in Latin America. The international community must rigorously assess its errors and adopt new approaches, starting with reduced reliance on the measures of aerial spraying and military-type forced eradication on the supply side and greater priority for alternative development and effective law enforcement that expands the positive presence of the state. On the demand reduction side, it should aim to incarcerate traffickers and use best treatment and harm reduction methods to avoid revolving and costly jail sentences for chronic users.

Well-armed, well-financed transnational trafficking and criminal networks are flourishing on both sides of the Atlantic and extending their tentacles into West Africa, now an important way station on the cocaine route to Europe. They undermine state institutions, threaten democratic processes, fuel armed and social conflicts in the countryside and foment insecurity and violence in the large cities across the Americas and Europe. In Colombia, armed groups derive large incomes from drug trafficking, enabling them to keep up the decades-long civil conflict. Across South and Central America, Mexico and the Caribbean, traffickers partner with political instability.

Insufficient international cooperation and coordination – in particular between the U.S. and Europe but also between them and Latin America – has worked to the advantage of the drug networks. Displaying great resourcefulness, the narco-organisations exploit the policy divide between the U.S. and the EU and some member states over how best to define and conduct counter-drug strategies and which aspects of cocaine supply and demand reduction efforts should be given priority. Since there is no shared vision of the problem and how to address it, there is no concerted response, which is a necessary condition for success in dealing with transnational crime.  

Non-ideological policy rethinking is urgently required on key aspects of supply reduction. Law enforcement and interdiction would benefit from closer coordination and information sharing throughout the Americas and with Europe, but much greater recognition is also needed of the pressures produced by extreme poverty, lack of economic opportunities and basic infrastructure, and government abandonment of indigenous populations in the Andean countryside. National and international policies must include much larger investments to address the structural factors that make it easier for traffickers (in Colombia, illegal armed groups), to attract or compel rural families to cultivate coca. Aerial eradication, with impact on nearby food crops, and forced eradication by security forces, nearly always accompanied by charges of human rights abuses, engender anti-government and anti-U.S. reactions.

Cocaine demand is the driving force behind production and trafficking. That demand is largely stable in the U.S. and rising in some European and Latin American countries. Unless it can be significantly reduced around the globe, there is virtually no possibility of overcoming the threat to security in much of Latin America. The “one size fits all” criminal incarceration policies prevalent in the U.S. ignore the potential in greater attention to treatment of chronic users and stigmatising recreational users. At the same time, the prevention, treatment and harm reduction measures more prominent in Europe, where too few resources are dedicated to breaking up trafficking rings, have not stemmed increasing drug use. In 2008, ten years after the UN General Assembly Special Session (UNGASS) on the world drugs problem, the international community needs urgently to acknowledge mistakes and adopt fundamental policy improvements or transnational criminals will be the winners.

Crisis Group’s detailed study is divided into two complementary reports published simultaneously. This report principally examines the scope of the problem, including a detailed examination of cultivation and trafficking. The second, Latin American Drugs II: Improving Policy and Reducing Harm, analyses policies and their political and social ramifications and presents policy recommendations.

Bogotá/Brussels, 14 March 2008

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