Danse macabre au Proche-Orient
Danse macabre au Proche-Orient

Danse macabre au Proche-Orient

Le conflit israélo-palestinien n'est plus ce qu'il était. Duel violent et désespérant il y a peu, le voilà devenu soudain partie à trois tout aussi violente, tout aussi désespérante, mais d'une complexité ô combien accrue.

Désormais, Israël, l'Autorité palestinienne et le Hamas s'épient mutuellement. Chacun craint avant toute chose une entente entre les deux autres. Et chacun fait l'impossible pour contrecarrer cette éventualité.

Pour le Hamas, un rapprochement entre l'Autorité palestinienne et Israël représente un danger. Plus ils avanceront vers un accord de paix, plus ils pourront se targuer de progrès sur le terrain, et moins le mouvement islamiste pourra maintenir ou étendre son influence. Qu'Israël asphyxie davantage la bande de Gaza, que l'Autorité palestinienne cherche à éliminer l'infrastructure du Hamas en Cisjordanie ou à y neutraliser ses militants, et la menace deviendra d'autant plus tangible.

Israël s'inquiète de ce qu'Abbas, poussé par son opinion publique, le monde arabe et la peur que suscite au sein même du Fatah la possibilité d'une guerre civile interpalestinienne, ne se réconcilie avec le Hamas. Pas un jour ne passe sans qu'un contact officieux n'ait lieu entre le Fatah et le mouvement islamiste.

Par ailleurs, la concorde correspond mieux aux instincts du peuple palestinien que la discorde. Mais une telle réconciliation condamnerait la stratégie israélienne tout entière axée sur le maintien des divisions géographiques et politiques qui minent le mouvement national palestinien.

Elle mettrait également un terme à l'idée que les forces de sécurité palestiniennes puissent un jour s'attaquer au mouvement islamiste et infliger au Hamas les coups qu'Israël malgré toute sa puissance n'a pu lui-même infliger.

Quant à Abbas et ses collègues, ils se méfient d'un arrangement entre Israël et le Hamas qui renforcerait le mouvement islamiste à leurs dépens. Ils redoutent qu'ils ne se mettent d'accord sur un cessez-le-feu mutuel, un échange de prisonniers, et un relâchement du siège de Gaza. L'idée est loin d'être illusoire. Malgré la violence et les morts de ces derniers jours, les rumeurs de contacts indirects vont bon train.

Certains des faucons les plus notoires de l'establishment israélien Ephraïm Halévy, l'ancien chef du Mossad, Giora Eiland, le conseiller d'Ariel Sharon pour la sécurité nationale, ou Shaul Mofaz, l'ancien ministre de la Défense plaident ouvertement en faveur d'un certain engagement avec le Hamas.

La raison en est simple : Israël n'a pu jusqu'à présent trouver de réponse aux tirs de roquettes depuis Gaza et la libération du caporal Shalit enlevé en 2006 demeure une priorité. Pour sa part, le Hamas cherche à renforcer son emprise sur Gaza, y rétablir l'ordre et démontrer qu'il peut gouverner. Un accord avec Israël avancerait ces trois objectifs tout en consolidant la légitimité du mouvement islamiste.

Déterminée à ne pas être mise sur la touche, chacune des trois parties cherche désespérément à empêcher une entente entre les deux autres. Le Hamas dénonce la relance du processus de paix, met en cause sa légitimité et insinue qu'il pourra intensifier ses attaques contre Israël. Israël avertit qu'un nouvel accord interpalestinien mettra fin au dit processus. Et Abbas se démène pour dissuader tous ceux qui en auraient envie de prendre contact avec le Hamas. Le résultat est un cul-de-sac dont chacun ne peut que sortir perdant.

Par conséquent, quel que soit le «duo » en question, il est voué à l'échec pour une simple raison : même avec un partenaire, aucune des parties n'a la capacité de réussir ; en revanche, même seule, chacune des parties a la capacité de nuire. Il n'y aura ni stabilité ni paix entre Israéliens et Palestiniens sans l'agrément du Hamas. Une réconciliation interpalestinienne ne pourra durer sans l'acquiescement d'Israël, c'est-à-dire sans levée du siège. Un «accommodement» entre Israël et le Hamas est difficile à imaginer si Abbas s'y oppose fermement.

Pour que l'un de ces trois «duos » avance, tous devront avancer, et simultanément. Le Fatah et le Hamas devront conclure un nouveau pacte politique cette fois-ci, avec le consentement tacite d'Israël. Le Hamas et Israël devront conclure un cessez-le-feu et un échange de prisonniers mais par l'intermédiaire du président Abbas. Et Olmert devra négocier un accord avec Abbas lequel aura été mandaté pour ce faire par le Hamas.

Un accord entre deux des parties est aujourd'hui perçu comme un défi mortel pour la troisième. L'alternative serait de comprendre que les trois couples peuvent se renforcer mutuellement. Pour cela, leurs partenaires et alliés devront se délester de leurs politiques dysfonctionnelles, destructrices et rigidement idéologiques. Ils devront user de leur influence pour encourager une chorégraphie synchronisée et inclusive, seule susceptible d'apaiser la violence et d'encourager un véritable processus diplomatique. Sans quoi, et quel que soit le nombre de visites du président Bush au Moyen-Orient, 2008 connaîtra la même danse macabre que les années passées.

President of the European Commission Ursula von der Leyen is welcomed by Palestinian Prime Minister Mohammad Shtayyeh in Ramallah, in the Israeli-occupied West Bank June 14, 2022. Mohamad Torokman / REUTERS

Realigning European Policy toward Palestine with Ground Realities

Events in 2021 – particularly the Gaza war – put in sharp relief how much Europe’s policy toward the Israeli-Palestinian conflict needs a refresh. The European Union and its member states should use the levers they have to push for their stated goal of a peaceful resolution. 

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