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Irak : La guerre civile, les sadristes et l’intervention américaine
Irak : La guerre civile, les sadristes et l’intervention américaine
Arab Protests: A Wicked Dance Between Rulers and Subjects
Arab Protests: A Wicked Dance Between Rulers and Subjects

Irak : La guerre civile, les sadristes et l’intervention américaine

La baisse spectaculaire du nombre de morts en Irak – tout du moins jusqu’aux dramatiques attentats à la bombe dans un marché de Bagdad de la semaine passée – est due en grande partie au cessez-le-feu unilatéral adopté par Moqtada Al-Sadr en août 2007.

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Synthèse

La baisse spectaculaire du nombre de morts en Irak – tout du moins jusqu’aux dramatiques attentats à la bombe dans un marché de Bagdad de la semaine passée – est due en grande partie au cessez-le-feu unilatéral adopté par Moqtada Al-Sadr en août 2007. Prise sous une intense pression de la part des États-Unis et de l’Irak et en réponse au mécontentement croissant de son propre soutien chiite, la décision de Moqtada Al-Sadr de réfréner le mouvement indiscipliné dont il est à la tête a été une démarche positive. Mais la situation reste très fragile et pourrait bien changer. Si les États-Unis et d’autres cherchent à profiter de leur avantage pour porter un coup fatal aux sadristes, ils risquent fort de gaspiller les bénéfices qu’ils auront tirés en provoquant une nouvelle explosion de violence dans le pays. Il faudrait plutôt s’efforcer de convertir le cessez-le-feu unilatéral en un cessez-le-feu multilatéral et plus global afin de créer les conditions permettant au mouvement sadriste d’évoluer pour devenir un acteur politique légitime.

Les sadristes ont connu une ascension fulgurante en 2006 et au début de l’année 2007. Ils ont pris le contrôle de nouveaux territoires, en particulier à Bagdad et dans les alentours, ont attiré de nouvelles recrues, accumulé de vastes ressources et infiltré la police. Mais alors que la guerre civile s’abattait sur une bonne partie du pays, les Irakiens ont découvert le côté le plus brutal des sadristes. Leur milice, l’Armée du Mahdi, de plus en plus violente et indisciplinée, s’est compromise dans d’abominables crimes sectaires et dans le pillage. Des militants se réclamant de cette milice ont exécuté un nombre indéfini de sunnites sous prétexte de répondre aux attaques sans pitié menées par Al-Qaeda mais, le plus souvent, leurs victimes sont mortes parce qu’elles étaient sunnites.

Les sadristes ont cependant été les victimes de leur propre succès. Depuis que sa richesse, le nombre de ses membres et la portée de son action se sont considérablement étendus, le mouvement connaît une plus grande corruption et une cohésion interne plus faible et s’est aliéné une bonne partie de la population. Les divisions se sont accentuées au sein du mouvement ; les groupes dissidents (souvent à peine plus que des ramifications criminelles) ont proliféré. Par contrecoup, un sentiment anti-sadriste a vu le jour, y compris parmi les chiites habituellement favorables à Moqtada Al-Sadr. L’intervention américaine, avec les milliers de soldats venus renforcer les troupes présentes dans le pays, en particulier à Bagdad, a aggravé la situation des Sadristes en enrayant et dans certains cas en inversant l’expansion territoriale de l’Armée du Mahdi. Finalement, en août 2007, des affrontements violents ont éclaté dans la ville sainte de Karbala entre des membres du mouvement sadriste et son rival chiite, le Conseil suprême islamique irakien (ISCI), qui ont érodé davantage encore la position des sadristes.

La réaction de Moqtada Al-Sadr fut d’annoncer le gel de toutes les activités de l’Armée du Mahdi pendant six mois. Cette décision s’applique à tous les groupes affiliés de près ou de loin à ladite armée et Moqtada Al-Sadr aurait dépêché ses combattants les plus fidèles pour dompter les éléments récalcitrants. Surtout, cette décision a permis de lever le voile de légitimité et l’impunité dont jouissaient de nombreux groupes – gangs criminels agissant au nom de l’Armée du Mahdi ou unités sadristes sorties du droit chemin.

Le cessez-le-feu a tenu et, avec la présence militaire accrue de soldats américains et irakiens à Bagdad, a contribué à faire reculer la violence de manière spectaculaire. Mais ce répit, s’il est le bienvenu, est quelque peu trompeur et excessivement fragile. La décision de Moqtada Al-Sadr est sans doute le reflet d’un calcul pragmatique : un arrêt des hostilités aiderait à restaurer sa crédibilité et lui permettrait de réorganiser ses forces et d’attendre le départ des soldats américains. En dépit de leur retraite, les sadristes restent bien ancrés et extrêmement puissants dans un certain nombre de régions. Fuyant la pression militaire à Bagdad, les combattants de l’Armée du Mahdi se sont redéployés dans le sud, risquant ainsi de provoquer une éventuelle escalade dans l’affrontement de classe qui oppose les sadristes à l’ISCI soutenu par les Américains.

On observe parmi les troupes sadristes une impatience de plus en plus marquée face au cessez-le-feu. Les soldats le vivent comme une perte de pouvoir et de ressources ; ils pensent que les États-Unis et l’ISCI conspirent pour affaiblir leur mouvement et attendent avec impatience la permission de Moqtada Al-Sadr de reprendre le combat. Les dirigeants sadristes résistent à la pression mais cela pourrait ne pas durer. Des critiques accusent Moqtada Al-Sadr de passivité voire pire et celui-ci pourrait bientôt juger que les coûts de la stratégie qu’il a choisie dépassent les bénéfices qu’il en tire. Au début du mois de février 2008, de hauts responsables sadristes ont appelé leur chef à ne pas prolonger le cessez-le-feu, qui doit expirer dans le courant du mois.

L’on peut comprendre la réaction des États-Unis – continuer à attaquer et à arrêter les militants sadristes, y compris ceux qui n’appartiennent pas aux milices ; armer une force de contre-attaque composée de chiites dans le sud pour reprendre les territoires gagnés par les sadristes ; et se porter aux côtés de l’ennemi des sadristes, l’ISCI – mais elle n’est pas viable sur le long terme. Le mouvement sadriste, en dehors de ses difficultés actuelles, reste un mouvement populaire de masse profondément ancré, qui rassemble des jeunes chiites pauvres et mécontents. Il contrôle toujours des quartiers d’importance dans la capitale ainsi que plusieurs villes du sud ; même aujourd’hui, ses principaux fiefs sont quasiment imprenables. Malgré l’intensification des opérations militaires américaines et la plus grande implication des Irakiens, il n’est pas raisonnable de s’attendre à une défaite de l’Armée du Mahdi. Au contraire, une pression accrue provoquerait probablement à la fois une résistance féroce des sadristes à Bagdad et une guerre civile entre chiites dans le sud.

Quelles que soient les motivations de Moqtada Al-Sadr, la décision qu’il a prise offre la possibilité d’une transformation plus authentique et plus durable du mouvement sadriste. Dans les mois qui ont suivi l’annonce du cessez-le-feu, il a cherché à débarrasser le mouvement de ses membres les plus insoumis, à reconstruire une milice plus disciplinée et à restaurer sa propre respectabilité, tout en poursuivant ses principaux objectifs – notamment la protection de la souveraineté nationale en s’opposant à l’occupation – par des moyens parlementaires légitimes. Le défi qui se pose aujourd’hui est de saisir l’occasion au vol, chercher à ce que l’ajustement tactique de Moqtada Al-Sadr consiste en un changement de stratégie à plus long terme et encourager l’évolution du mouvement sadriste pour qu’il devienne un acteur politique non violent.

Bagdad/Damas/Bruxelles, 7 février 2008

Arab Protests: A Wicked Dance Between Rulers and Subjects

Originally published in Valdai Club

A new wave of popular protests has jolted an already deeply unsettled Arab world. Nine years ago, uprisings across the region signalled a rejection of corrupt autocratic rule that failed to deliver jobs, basic services and reliable infrastructure. Yet regime repression and the protests’ lack of organisation, leadership and unified vision thwarted hopes of a new order. As suddenly as the uprisings erupted, as quickly they descended into violence. What followed was either brutal civil war or regime retrenchment. Tunisia stands as the sole, still fragile, exception.

The past year’s uprisings shook countries – Sudan, Algeria, Iraq and Lebanon – that their predecessors had passed by, showing a continuity in roots and purpose. They have in common their anti-establishment sentiment and anger at elites incapable of meeting citizens’ basic needs. But each has its own internal focus and dynamic.

In Algeria, people converged on urban squares when an aging and ailing president announced he would pursue a fifth term in office. In a move to prevent a popular movement from bringing down not just the leader but the entire regime, the military stepped in, replacing the president, targeting some particularly corrupt figures in his entourage, appointing an interim government and organising presidential elections. The protesters have rejected such moves as insufficient, and many have stayed in the street, calling for a more systemic overhaul.

Even if things calm down in these countries, the basic drivers for mass uprisings remain.

In Iraq, popular grievances, on display almost as an annual ritual in the past few years, burst out into the open in early October following the demotion of a popular special-forces general, a hero of the fight against the Islamic State. The streets in predominantly Shiite areas filled with people calling for a corrupt and inept government to go. They met with success – the prime minister and his cabinet resigned – but also with a violent response from security forces and paramilitary groups, which killed hundreds. Yet the protests have continued, squeezed by tensions between the U.S. and Iran, which are turning Iraq into a battleground for their own dispute.

In Lebanon, a tax on WhatsApp use triggered a storm of protests that soon targeted the entire ruling elite for having brought the country to the edge of financial ruin. As in Iraq, the demonstrations’ tenor has been non-sectarian – a breath of fresh air in two countries where sectarian politics have dominated so long and done so much damage. In Lebanon, politicians have openly acknowledged their own role in precipitating their country’s financial implosion, but have resisted stepping aside. In a way, and incongruously, they have been enabled by the protesters themselves, who like elsewhere in the region have failed to put forward an alternative vision, a leadership, organisation or a plan of action.

Even if things calm down in these countries, the basic drivers for mass uprisings remain. They may even have worsened as a result of the violence that has already rained down. Yet, while the people in the squares may have been intimidated to retreat in some instances, their threshold for pain may be rising, along with their anger. This wicked dance between rulers and subjects is likely to determine the region’s shape for years to come.