Le Hamas divisé : défis et opportunités pour l’Occident
Le Hamas divisé : défis et opportunités pour l’Occident
Managing Crises, the Least-Bad Option
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Le Hamas divisé : défis et opportunités pour l’Occident

Pour le Hamas, le Printemps arabe est à la fois une bénédiction et une calamité. Suscitant des tensions avec la Syrie et l’Iran, ses plus grands soutiens, tout en renforçant ses liens avec l’Egypte, le Qatar et la Turquie, alliés des Etats-Unis, les révoltes ont également accentué ses contradictions internes.

Avant le soulèvement, les fractures entre les différentes composantes du mouvement trouvaient peu de raisons de s’exprimer dans un environnement figé. Depuis, face aux transformations radicales de la région et leur lot inédit de défis et de possibilités, des querelles anciennes se sont réveillées et de nouveaux points d’achoppement sont apparus.

Ces tensions reposent sur plusieurs facteurs étroitement liés:

  • la dispersion géographique du mouvement et le déploiement par ses dirigeants de multiples stratégies, dictées par des contextes différents (à Gaza, dans les prisons, en Cisjordanie ou à l’extérieur);
     
  • les désaccords idéologiques en partie liés à des appréciations divergentes de l’impact des soulèvements arabes;
     
  • des rôles différents dans les activités du mouvement;
     
  • d’anciennes rivalités personnelles.

Le débat au sein du Hamas s’est surtout manifesté au grand jour à propos de la réconciliation palestinienne. Et pour cause, il s’agit pour les Palestiniens d’une exigence primordiale, qui relève de questions-clés pour le mouvement :

  • l’intégration au sein de l’Organisation de libération de la Palestine;
     
  • le contrôle de l’Autorité palestinienne;
     
  • le statut des forces de sécurité en Cisjordanie et à Gaza;
     
  • l’élaboration d’une stratégie nationale avec le Fatah;
     
  • l’issue du conflit avec Israël.

Tensions autour du Printemps arabe

Les dissensions au sein du Hamas résultent largement des divergences de perception quant aux implications du Printemps arabe. Ces visions ont été façonnées par les expériences distinctes des dirigeants à Gaza et, jusque récemment, à Damas.

Selon les premiers, qui considèrent que les changements régionaux jouent en la faveur du Hamas, le mouvement devrait camper sur ses positions et attendre que l’Autorité palestinienne s’affaiblisse, que la situation économique à Gaza s’améliore, et que ses alliés se renforcent.

Les seconds soutiennent au contraire qu’il faudrait saisir cette rare occasion de prendre des décisions cruciales, dont les bénéfices ultérieurs pourraient s’avérer considérables.

La direction que prendra le Hamas ne sera pas sans incidence pour la communauté internationale. Le mouvement continuera à jouer un rôle essentiel dans la vie politique palestinienne, pesant aussi bien sur les perspectives de réouverture des négociations avec Israël que sur leurs chances de réussite.

La division territoriale entre Gaza et la Cisjordanie, conjuguée à l’isolement économique continu de Gaza, porte en elle les germes d’un nouveau conflit avec Israël. Leur réunification est ainsi indispensable pour parvenir à une solution à deux Etats.

L’Occident doit composer avec le Hamas

Pour ces raisons, le monde – et surtout l’Occident – ne peut demeurer spectateur alors que le Hamas débat de son avenir. Les Etats-Unis et l’Europe doivent saisir l’opportunité présentée par l’arrivée au pouvoir (notamment en Egypte) de mouvements islamistes enclins à améliorer leurs relations avec l’Occident, d’une part, et le vif débat au sein du Hamas, d’autre part.

Même si le Hamas peut se montrer réceptif aux influences extérieures, les Occidentaux ne devraient pas surestimer leurs propres capacités. Le mouvement islamiste est certes tiraillé et hésitant, mais il n’entend nullement renoncer à ses positions fondamentales. L’amener à se plier en l’état aux conditions du Quartet est inenvisageable.

En revanche, en agissant de concert avec l’Egypte et d’autres partenaires, les Etats-Unis et l’UE pourraient obtenir des changements à la fois moins rhétoriques, plus significatifs et moins risqués pour le Hamas.

Ceux-ci pourraient comprendre un accord de cessez-le-feu plus formel avec Israël sur Gaza ; des efforts pour stabiliser la situation du Sinaï, dont la gravité a été soulignée le 5 août lors d’une attaque de militants contre des soldats égyptiens ; la réaffirmation du mandat du président Mahmoud Abbas pour négocier un accord final avec Israël et le respect du résultat d’une consultation populaire sur un tel règlement.

Le Hamas pourrait en échange obtenir des garanties d’Israël sur un cessez-le-feu à Gaza, une amélioration de la situation économique dans le petit territoire, et l’assurance que les Etats-Unis et l’UE traiteront avec un gouvernement palestinien d’union nationale qui respecterait ces engagements.

Ne pas manquer le coche

Même dirigée par les Frères musulmans, l’Egypte partage les mêmes intérêts qu’Israël sur ces questions. Le Caire souhaite le calme à Gaza et la stabilisation du Sinaï, comme l’a illustré la campagne militaire lancée en réaction à l’attentat d’août dernier, et il pourrait également profiter d’une reprise des négociations sous la houlette d’Abbas. Ceci apaiserait les relations américano-égyptiennes, améliorerait le climat dans la région et préparerait le terrain pour un nouveau processus de paix. Pourquoi ne pas tenter d’en tirer parti?

La communauté internationale s’est fourvoyée par le passé dans sa politique envers le Hamas, prenant des mesures presque totalement contre-productives. Ce dernier a accru son emprise sur Gaza, la région a connu un regain de violence, le Fatah ne s’est pas renforcé, les institutions démocratiques palestiniennes se sont affaiblies, et un accord de paix n’est nulle part en vue.

Avec une nouvelle chance se dessinant, sur fond d’améliorations spectaculaires de leurs relations avec les mouvements islamistes de la région, les Occidentaux doivent prendre garde à ne pas manquer le coche une nouvelle fois.

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