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Tunisie : 2019, année charnière ?
Tunisie : 2019, année charnière ?
Report 148 / Middle East & North Africa

La Tunisie des frontières : jihad et contrebande

Tant que la perméabilité des frontières tunisiennes ne sera pas réduite, la contrebande développera les capacités de nuisance des jihadistes tout en augmentant la corruption de certains agents de contrôle.

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Synthèse

La Tunisie plonge à intervalles réguliers dans des crises politiques dont le lien avec la dégradation de la situation sécuritaire est chaque jour plus évident. Bien que de faible intensité, les attentats jihadistes augmentent à un rythme alarmant, choquant la population, alimentant les rumeurs les plus confuses, affaiblissant l’Etat et polarisant toujours davantage la scène politique. Coalition gouvernementale dominée par le parti islamiste An-Nahda et opposition séculariste se renvoient la balle et politisent la sécurité publique au lieu de contribuer à l’assurer. Pendant ce temps, le fossé se creuse entre la Tunisie des frontières, poreuse, frondeuse, lieu de jihad et de contrebande, et la Tunisie de la capitale et de la côte, préoccupée par la perméabilité d’un territoire national qu’elle semble redouter à défaut de vouloir mieux connaitre pour pouvoir réduire les risques. Par-delà l’effort indispensable pour résoudre la crise politique, acteurs tunisiens toutes tendances confondues se doivent de mettre en œuvre des mesures socioéconomiques et sécuritaires pour réduire la porosité des frontières.

Le vide sécuritaire qui a suivi le soulèvement de 2010-2011 contre le régime de Ben Ali – ainsi que le chaos provoqué par la guerre en Libye – explique largement l’aug­mentation inquiétante du trafic transfrontalier. Si celui-ci constituait depuis longtemps déjà la seule source de revenus de nombreux habitants des régions frontalières, l’in­tro­duction sur le territoire national de produits dangereux et rentables (stupéfiants et armes à feu) est une nouveauté préoccupante. Drogues de synthèse et des quantités d’armes à feu et d’explosifs (petites pour le moment) pénètrent de façon régulière par la Libye. De même, la moitié nord de la frontière tuniso-algérienne tend à devenir une zone privilégiée de circulation de résine de cannabis et d’armes légères. Ce phénomène renforce les capacités de nuisance des jihadistes tout en augmentant la corruption de certains agents de contrôle.

Il ne s’agit pas de tomber dans l’exagération ou de politiser ces nouveaux développements. En particulier, et contrairement à une idée reçue, le matériel militaire en provenance de Libye n’a pas submergé le pays. Mais il ne s’agit pas non plus de sous-estimer cette évolution. La guerre libyenne a de toute évidence entrainé des répercussions sécuritaires et la présence de groupes extrémistes armés aux frontières, déjà passés à l’action contre la garde nationale, l’armée et la police, pose des défis considérables que le retour des combattants tunisiens du front syrien amplifie. De même, les soubresauts du soulèvement tunisien et de la guerre en Libye ont entrainé la réorganisation des cartels de la contrebande – affairistes à la frontière algérienne et tribaux à la frontière libyenne – diminuant le contrôle précédemment exercé par l’Etat et ouvrant la voie à des trafics bien plus dangereux.

Autre phénomène, criminalité et islamisme radical tendent à devenir indissociables dans les zones périurbaines des principales villes du pays ainsi que dans certains villages déshérités. Le développement de cet« islamo-banditisme » pourrait à terme créer les conditions propices à une montée en puissance de groupes mixtes (jihadistes et criminels) dans les filières de contrebande transfrontalière, voire à une collaboration active entre cartels et jihadistes.

La solution aux problèmes frontaliers passe évidemment par des mesures sécuritaires, mais celles-ci ne suffiront pas. En effet, quelle que soit la sophistication technique du dispositif de contrôle frontalier, les habitants des zones limitrophes, organisés en véritables réseaux et comptant parmi les populations les plus pauvres du pays, resteront en mesure de faciliter et d’empêcher le passage de marchandises et d’indi­vidus. Or, plus ces habitants seront frustrés sur le plan économique et social et plus leur inclinaison à protéger le territoire en échange d’une tolérance relative des autorités à l’égard de leur contrebande diminuera.

Circulation de combattants jihadistes et trafic d’armes et de stupéfiants deviennent ainsi les otages de négociations informelles entre barons de l’économie illicite et représentants de l’Etat. Depuis la chute du régime de Ben Ali, celles-ci ont de plus en plus de mal à aboutir. Ces difficultés de dialogue contribuent à relâcher le maillage sécuritaire et affaiblir le renseignement humain indispensable pour endiguer la menace jihadiste ou terroriste. Dans un contexte national et régional incertain, restaurer la confiance entre partis politiques, Etat et habitants des frontières est tout aussi indispensable au renforcement de la sécurité que l’intensification du contrôle militaire dans les endroits les plus poreux.

A plus long terme, seul un consensus minimal entre forces politiques sur l’avenir du pays permettra une approche réellement efficace. Sur ce front-là, et à l’heure où ces lignes sont écrites, la sortie de crise ne semble pas immédiate : les discussions sur la composition du futur gouvernement, la Constitution ainsi que la loi électorale et l’instance chargée d’organiser le futur scrutin s’enlisent. A défaut d’une issue favorable, la polarisation risque de se renforcer et la situation sécuritaire de s’empirer, chaque camp accusant l’autre d’exploiter le terrorisme à des fins politiques. Les divisions ainsi suscitées empêcheront en retour la mise en place d’une véritable stratégie de lutte contre le jihadisme. Briser ce cercle vicieux exige de surmonter la crise de confiance entre alliance gouvernementale et opposition.

Pour autant, l’impasse actuelle ne devrait en rien exclure des avancées immédiates et parallèles sur le volet sécuritaire, au contraire. Travailler en commun sur les moyens de renforcer le contrôle des frontières, améliorer les relations entre autorité centrale et habitants des régions limitrophes et affermir les relations intermaghrébines : voilà des chantiers qui ne pourront être totalement menés à bien qu’avec la résolution des conflits politiques sous-jacents mais que les acteurs tunisiens n’ont en attendant le luxe ni d’ignorer, ni de négliger.

Bruxelles/Tunis, 28 novembre 2013

Tunisie : 2019, année charnière ?

Divisions within Tunisia’s political leadership are preventing the government from addressing the country’s political and socio-economic challenges. In this excerpt from our Watch List 2019 for European policymakers, Crisis Group urges the EU to support measures that will prevent further polarisation.

En Tunisie, la transition politique bat de l’aile. L’espoir de voir les dirigeants, à la suite du soulèvement de 2010-2011, relever les multiples défis politiques et socioéconomiques du pays commence à être déçu. L’économie est en plein marasme et la classe politique est de plus en plus divisée entre islamistes et non-islamistes qui se disputent le contrôle des ressources de l’Etat. Ce cumul de problèmes provoque une crise de confiance généralisée envers l’élite politique, et il y a lieu de craindre que le processus démocratique post-2011 subisse un revers avant les élections présidentielle et parlementaires de la fin de l’année.

En tant que principal partenaire commercial de la Tunisie, et dans le cadre de sa politique européenne de voisinage, l’UE devrait :

  • poursuivre son assistance macrofinancière malgré la lenteur du gouvernement à mettre en œuvre les réformes nécessaires (réforme des retraites, réduction de la masse salariale du secteur public, amélioration du climat des affaires et de la transparence budgétaire, entre autres) ;
     
  • encourager le gouvernement à donner la priorité aux réformes de l’administration publique, à introduire plus de transparence dans les nominations et les transferts dans le secteur public et à établir des règles claires concernant les relations avec les hauts fonctionnaires de l’administration – autant de mesures qui peuvent aider à prévenir une polarisation accrue entre islamistes et anti-islamistes ;
     
  • encourager le parlement à parvenir à un accord sur la création d’une Cour constitutionnelle politiquement diversifiée de manière à garantir son indépendance ;
     
  • résister aux tentatives de restauration d’un régime autoritaire, par exemple en subordonnant la poursuite du soutien financier à la Tunisie au respect de la Constitution par les pouvoirs législatif et exécutif.
     

Une économie mal en point et une polarisation au sommet

L’économie bat de l’aile. Le dinar tunisien s’est déprécié de plus de 40 pour cent par rapport à l’euro depuis 2016, réduisant le pouvoir d’achat de la population, tandis que l’inflation s’élève à 8 pour cent par an. Par conséquent, le coût de la vie a augmenté de plus de 30 pour cent depuis 2016, ce qui a conduit les ménages à s’endetter. Les disparités régionales s’accentuent et le chômage reste élevé. Ces facteurs combinés ont accéléré à la fois la fuite des cerveaux et des capitaux.

Ces problèmes économiques surviennent dans un contexte de vives tensions entre le président Béji Caïd Essebsi et le Premier ministre Youssef Chahed, tensions qui n’ont cessé de croitre au cours des deux dernières années. Leur rivalité a mis au jour un vieux clivage entre islamistes (principalement le parti An-Nahda) et anti-islamistes (représentés par Nida Tounes, le parti du président), avec Chahed, issu de Nida Tounes, s’appuyant sur la domination parlementaire du bloc islamiste pour conserver son poste.

An-Nahda fait partie de gouvernements de coalition depuis 2011, mais à partir de 2016, lorsque Chahed a pris la tête d’un gouvernement d’union nationale, le parti a tout fait pour renforcer son pouvoir en plaçant un nombre croissant de ses partisans à des postes à responsabilité dans l’administration publique, les entreprises étatiques et les bureaux et agences gouvernementaux dans la capitale et les provinces. Il influence ainsi à son avantage la composition des réseaux clientélistes qui contrôlent les ressources de l’Etat et l’accès au crédit, les monopoles privés et les oligopoles. Avec le temps, cela réduira inévitablement la prédominance économique du Nord côtier de la Tunisie sur l’arrière-pays méridional.

An-Nahda a fait des bons scores lors des élections locales de mai 2018, y compris dans les grandes villes. Il a remporté 28 pour cent des sièges dans les conseils municipaux (contre 20 pour cent pour Nida Tounes). Le mois suivant, il s’est installé à la tête de 36 pour cent des municipalités (contre 22 pour cent pour Nida Tounes). Cette victoire relative a renforcé le poids politique du parti, modifié l’équilibre du pouvoir par rapport à son principal adversaire et remis en cause l’accord tacite entre islamistes et anti-islamistes en vigueur depuis les élections législatives et présidentielle de 2014. Par cet accord tacite, An-Nahda avait accepté de renoncer à une partie du pouvoir que son poids électoral lui conférait, avec seulement trois ministères, dont aucun régalien ; le parti avait également accepté de ne pas interférer avec les réseaux clientélistes établis, par exemple en plaçant ses partisans à des postes de direction.

Sa démonstration de force dans les urnes a déclenché une réaction de la part d’une coalition mal définie de hauts responsables gouvernementaux, d’associations professionnelles et de syndicats, ainsi que d’activistes d’extrême-gauche et de nationalistes arabes. Ils ont commencé à faire pression sur les ministères de l’Intérieur et de la Justice pour qu’ils répertorient le parti islamiste comme organisation terroriste, et sur les tribunaux militaires pour qu’ils le dissolvent et emprisonnent certains de ses dirigeants. Ils se sont aussi tournés vers l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU) dans l’espoir d’obtenir leur soutien contre An-Nahda, dont le dirigeant, Rached Ghannouchi, est une figure intellectuelle de premier plan parmi les Frères musulmans de la région, leur ennemi juré. La réapparition de ce clivage ramène sur la scène politique tunisienne le bras de fer qui domine le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord depuis 2013 – entre la Turquie et le Qatar, représentant le bloc islamiste, d’un côté, et l’Egypte, l’Arabie saoudite et les EAU, de l’autre.

L’intensification de la lutte pour les ressources creuserait encore davantage le fossé entre les islamistes et les anti-islamistes. En outre, cela aggraverait considérablement les tensions politiques et sociales à l’approche des élections législatives et présidentielle prévues plus tard cette année, qui pourraient s’avérer décisives pour l’orientation politique et économique du pays pour les dix ans à venir. En raison d’une scission dans le camp laïque, de la popularité persistante d’An-Nahda auprès de larges sections de la population et de sa domination des institutions gouvernementales, le parti reste le mieux placé pour remporter au moins les élections parlementaires. Mais même si ce scénario devait se confirmer, le pouvoir des islamistes pourrait être limité. An-Nahda devra bricoler une coalition gouvernementale et, idéalement, être prêt à renoncer une fois de plus à des ministères clés et à maintenir son accord tacite avec les anti-islamistes. Son influence serait encore plus restreinte s’il présentait un candidat à l’élection présidentielle et s’inclinait.

Toutefois, d’autres scénarios sont possibles. Si les tensions culminent avant les élections, la violence pourrait entraver le processus électoral. Le président pourrait être enclin à déclarer l’état d’urgence, comme le prévoit la Constitution, mais sans contrôles constitutionnels additionnels, cela pourrait remettre la Tunisie sur la voie de l’autocratie. Pour cette raison, il est essentiel que le parlement établisse une Cour constitutionnelle, qui statuerait sur le prolongement de l’état d’urgence trente jours après son entrée en vigueur. La composition politique de cette instance devrait être diversifiée. L’absence d’une Cour constitutionnelle risque en effet, si ce scénario se confirme, de mettre la Tunisie dans une situation délicate.

Eviter un dérapage : le rôle de l’UE

L’UE est le principal partenaire commercial de la Tunisie et lui a fourni un soutien financier important (entre 2011 et 2017, l’aide de l’UE à la Tunisie s’est élevée à 2,4 milliards d’euros en subventions et assistance macrofinancière). Elle a tout intérêt à protéger la stabilité de la Tunisie, pour consolider l’une des seules – sinon la seule – réussites des soulèvements arabes, atténuer l’attrait qu’exerce le jihadisme sur les Tunisiens et limiter la migration illégale en Europe. Malgré le rythme décevant des réformes économiques et politiques (réforme des retraites, réduction de la masse salariale du secteur public, amélioration du climat des affaires, transparence fiscale accrue, avancement des négociations sur l’accord de libre-échange complet et approfondi, création de la Cour constitutionnelle et remplacement de quatre membres de la Haute autorité électorale indépendante afin que cette instance puisse progresser dans l’organisation des élections législatives et présidentielle de fin 2019), l’UE devrait continuer à apporter son soutien macroéconomique pour éviter que la situation ne se détériore davantage.

En outre, elle devrait encourager le gouvernement à donner la priorité à la réforme de l’administration publique, à améliorer la transparence des nominations et des transferts dans le secteur public, et à établir des règles claires régissant ses relations avec les hauts fonctionnaires de l’administration – autant de mesures qui peuvent aider à éviter une polarisation accrue entre islamistes et anti-islamistes en réduisant le rôle des réseaux clientélistes partisans. Elle devrait également encourager les partis politiques à trouver un accord au parlement sur la composition de la Cour constitutionnelle, ce qui permettrait sa mise en place. Elle devrait enfin faire usage de son influence pour contrebalancer tout effort intérieur ou extérieur visant à rétablir un régime autoritaire en subordonnant la poursuite du soutien financier à la Tunisie au respect de la Constitution par les pouvoirs législatif et exécutif.

An intensifying struggle over resources would further deepen the rift between Islamists and anti-Islamists.

In May 2018, An-Nahda made headway in local elections. It won 28 per cent of municipal council seats (against 20 per cent for Nida Tounes), including in all the main cities. The next month, it took charge of the administration in 36 per cent of all municipalities (compared with 22 per cent for Nida Tounes). This partial victory boosted the party’s political weight, altered the balance of power vis-à-vis its principal opponent, and raised a question mark over the tacit agreement between Islamists and anti-Islamists in place since the 2014 parliamentary and presidential elections. By this unwritten agreement, An-Nahda had accepted less power than its electoral weight would suggest it should have, with just three ministries, none a major one; it had also agreed not to interfere with the established patronage networks, for example by placing its backers in senior executive positions.

Its electoral show of strength triggered a response from an inchoate coalition of senior figures in government, business and professional associations and trade unions, as well as far-left activists and Arab nationalists. They started to pressure the interior and justice ministries to classify the Islamist party as a terrorist organisation, and on the military courts to dissolve it and imprison some of its leaders. They also began reaching out to Saudi Arabia and the United Arab Emirates (UAE) in hopes of soliciting these two countries’ support against An-Nahda, whose leader, Rached Ghannouchi, is a leading intellectual figure among the regionwide Muslim Brotherhood, their staunch enemy. The resurfacing of this rift invites a return to Tunisian politics of political competition that has dominated the Middle East and North Africa region since 2013 – between Turkey and Qatar, representing the Islamist bloc, on one side, and Egypt, Saudi Arabia and the UAE, on the other.

An intensifying struggle over resources would further deepen the rift between Islamists and anti-Islamists. It also would significantly heighten political and social tensions ahead of parliamentary and presidential elections later this year, which could well prove decisive in shaping the country’s political and economic complexion for the next decade. Because of a split in the secularist camp, An-Nahda’s enduring popularity among large sectors of the population and its dominance of governing institutions, the party remains the favourite to win at least the parliamentary elections. Even were this scenario to pass, the Islamists’ power could be circumscribed. It will need to cobble together a governing coalition, and optimally will be willing once again to forgo key ministries and maintain its tacit agreement with the anti-Islamists. An-Nahda’s influence would be further curbed were it to put up a presidential candidate and loose.

However, other scenarios are possible. If tensions come to a head before the elections, violence could get in the way of the electoral process. This could prompt the president to declare a state of emergency, as provided for under the constitution, but without additional constitutional checks, this could put Tunisia back on the path of autocratic rule. For this reason, it is critical that the parliament establish a Constitutional Court, which would adjudicate whether the state of emergency can be extended thirty days after its entry into force. The court should have a politically diverse composition that might help to prevent it from endorsing such a move. Indeed, under this scenario, the absence of a Constitutional Court could plunge Tunisia into dangerous waters.

An EU Role in Preventing a Dangerous Backsliding

The EU is Tunisia’s main trading partner and has provided important financial support to the country (between 2011 and 2017, EU assistance to Tunisia amounted to € 2.4 billion in grants and macro-financial assistance). It has a clear interest in protecting Tunisia’s stability, to fortify one of the only – if not the only – success story to emanate from the Arab uprisings, dampen the appeal of jihadism to Tunisians, and limit illegal migration to Europe. It follows that, despite the disappointing pace of economic and political reforms (pension reform, reducing the public-sector payroll, improving the business climate, greater fiscal transparency, advancing negotiations about the Deep and Comprehensive Free Trade Agreement, creating the Constitutional Court and replacing four members of the Independent High Authority for Elections so that this body can move forward with organising the legislative and presidential elections of late 2019), the EU should continue to provide macro-economic support to prevent the situation from deteriorating even further.

In addition, it should encourage the government to prioritise public-administration reform, render public-sector appointments and transfers more transparent, and introduce clear rules governing its relations with senior administrative officials – all steps that, by reducing the role of partisan patronage would help prevent further polarisation between Islamists and anti-Islamists. It should also encourage political parties to reach agreement in parliament about the composition of the Constitutional Court, thus enabling its establishment. And it should use its influence to counterbalance any domestic or externally-inspired effort to restore an authoritarian regime by making continued financial support to Tunisia conditional on the legislative and executive branches’ respect for the constitution.