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The Arab Uprisings in Retro and Prospect
The Arab Uprisings in Retro and Prospect

Comprendre l'islamisme

Face aux évènements spectaculaires et violents du 11 septembre 2001, de nombreux observateurs et décideurs occidentaux ont eu tendance à mêler toutes les formes d'islamisme, les taxant de radicales et les traitant comme hostiles.

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Synthèse

Face aux évènements spectaculaires et violents du 11 septembre 2001, de nombreux observateurs et décideurs occidentaux ont eu tendance à mêler toutes les formes d'islamisme, les taxant de radicales et les traitant comme hostiles. Cette approche est fondamentalement erronée. L'islamisme ou l'activisme islamique (que nous considérons ici comme synonymes) comporte un certain nombre de courants très différents, dont seuls quelques uns sont violents et seule une petite minorité justifie d'être combattue. L'Occident doit adopter une stratégie différenciée qui tienne compte de l'éventail des tendances au sein de l'islamisme politique, qui reconnaisse que même les plus modernistes des islamistes sont profondément opposés à la politique américaine actuelle et déterminés à renégocier leurs relations avec l'Occident, une stratégie qui comprenne que le conflit israélo-palestinien purulent, l'occupation de l'Irak et la façon dont la "guerre contre le terrorisme" est menée contribue de manière significative à renforcer l'appel lancé par les tendances djihadistes les plus virulentes et les plus dangereuses

Pour comprendre les différents courants de l'activisme islamique, il faut distinguer les Chiites des Sunnites. Le concept de "l'Islam politique" est apparu pour la première fois à la suite de la révolution iranienne de 1979, et l'activisme chiite était alors perçu comme la menace la plus inquiétante. Toutefois, le Chiisme reste la composante minoritaire de l'Islam (les Sunnites constituent plus de 80% des Musulmans). Les Chiites sont généralement des minorités dans les pays où ils se trouvent. La forme d'activisme chiite la plus répandue et naturelle a donc été communautaire et consiste à défendre tout d'abord les intérêts de la communauté chiite face aux autres populations et à l'État. Pour cette raison et aussi en raison du rôle politique principal joué par les docteurs de la loi islamique (oulémas) et les autorités religieuses, l'islamisme chiite a su maintenir un remarquable degré de cohésion et ne s'est pas fragmenté en segments d'activisme antagonistes comme l'islamisme sunnite.

L'islamisme sunnite (sur lequel sont aujourd'hui braqués la plupart des craintes et des projecteurs occidentaux) est perçu dans une large mesure comme uniformément fondamentaliste, radical et menaçant pour les intérêts occidentaux. Toutefois, il ne s'agit pas d'un mouvement monolithique. Au contraire, il a pris trois formes distinctes, chacune ayant sa propre vision du monde, son mode opératoire et ses acteurs caractéristiques:

  • Politique: les mouvements islamiques politiques (al-harakât al-islamiyya al-siyassiyya), illustrés par l'Association des Frères Musulmans en Égypte et ses ramifications (notamment en Algérie, Jordanie, Koweït, Palestine, Soudan et Syrie) ainsi que par des mouvements aux racines locales tels que le Parti Justice et Développement (Adalet ve Kalkinma Partisi, AKP) en Turquie, et le Parti pour la Justice et le Développement (PJD) au Maroc qui cherchent à accéder au pouvoir politique au niveau national. Ces derniers acceptent désormais l'État-nation, opèrent dans son cadre constitutionnel, rejettent la violence (sauf en cas d'occupation étrangère), présentent une vision réformiste plutôt que révolutionnaire et invoquent des normes démocratiques universelles. L'acteur caractéristique de cette forme est le militant politique.
     
  • Missionnaire: les missions islamiques de conversion (al-da'wa), qui prennent deux formes principales, illustrées par le très structuré mouvement Tablighi d'une part et la très floue Salafiyya d'autre part. Dans les deux cas, la conquête du pouvoir politique n'est pas l'objectif; le but primordial est la préservation de l'identité musulmane, de la foi islamique et de l'ordre moral face aux forces de l'incroyance, et les acteurs caractéristiques sont les missionnaires (du'ah) et les oulémas.
     
  • Djihadiste: la lutte armée islamique (al-jihad) possède trois variantes: interne (qui combat les régimes musulmans considérés comme impies); irrédentiste (qui se bat pour délivrer un territoire gouverné par des non Musulmans ou sous occupation); et globale (qui combat l'Occident). L'acteur caractéristique est, bien sûr, le combattant (al-mujahid).

Toutes ces variétés de l'activisme sunnite tentent de réconcilier tradition et modernité, de préserver les aspects de la tradition considérés comme essentiels en s'adaptant de diverses façons aux conditions modernes; toutes puisent dans la tradition, empruntent de manière sélective à l'Occident et adoptent des éléments de modernité. Elles diffèrent sur la manière d'appréhender le principal problème que rencontre le monde musulman, et sur ce qu'elles croient nécessaire, possible et recommandable de faire.

Les islamistes politiques mettent en exergue la mauvaise gouvernance des États musulmans et l'absence de justice sociale et privilégient la conduite de réformes politiques devant être accomplies par l'action politique (en préconisant de nouvelles politiques, en concourant lors des élections, etc.). Les missionnaires islamistes dénoncent la corruption des valeurs islamiques (al-qiyam al-islamiyya) et l'affaiblissement de la foi (al-iman) et privilégient une forme de réarmement moral et spirituel qui fasse de la vertu individuelle le préalable à toute bonne gouvernance ainsi qu'au salut collectif. Les islamistes djihadistes dénoncent le poids oppressif des forces militaires et politiques non musulmanes au sein du monde islamique et privilégient la résistance armée.

Savoir laquelle de ces trois perspectives prévaudra dans le moyen et long terme revêt une très grande importance pour le monde musulman et l'Occident. Tandis que l'Occident en général et les États-Unis en particulier devraient être plus modestes à l'égard de leur capacité à influencer le débat entre islamistes, ils devraient être également conscients de la manière dont leurs politiques l'affectent. En adoptant une approche bulldozer refusant la distinction entre les formes modernistes et fondamentalistes de l'islamisme, les décideurs politiques américains et européens risquent de provoquer deux effets aussi indésirables l'un que l'autre: soit le rapprochement des différents courants de l'activisme islamique, atténuant ainsi les divergences qui auraient pu autrement être exploitées de manière fructueuse, soit la mise hors-jeu des tendances modernistes et non violentes par les djihadistes.

Le Caire/Bruxelles, 2 mars 2005

The Arab Uprisings in Retro and Prospect

Revolutions can take decades to show their full transformative impact, but in the case of the Middle East and North Africa, the popular uprisings that coursed through the region beginning in late 2010 have failed to fulfil any of their early promises ten years on.

Revolutions can take decades to show their full transformative impact, but in the case of the Middle East and North Africa, the popular uprisings that coursed through the region beginning in late 2010 have failed to fulfil any of their early promises ten years on.

Instead, with the possible exception of Tunisia, they have only made things worse: several countries descended into chaos and civil war; in others, sitting regimes strengthened their hold on power or, suffering an initial defeat, returned with a vengeance, a brutal Tweedledum making way for a vicious Tweedledee.

In 2011, protesters flooded into the streets and squares calling for social justice, jobs, and an end to nepotism, state-sponsored bribery, and the daily indignities inflicted by a highly intrusive security apparatus. They wanted dramatically better governance and, failing that, the overthrow of unresponsive and corrupt regimes. Today, they have achieved none of their core objectives. While the uprisings saw the downfall of long-time autocrats in Tunisia, Egypt, Libya, and Yemen, social and economic conditions throughout the region remained largely unaltered, or grew worse.

Yet it would be premature to write off the uprisings as momentary spasms of popular discontent. Years from now, we may well come to see them as merely the starting shot for a profound social transformation, one that the region so sorely needs.

There are signs that what happened a decade ago was not a simple one-off.

There are signs that what happened a decade ago was not a simple one-off. First, there is the occurrence in 2019-2020 of a new wave of mass protests – in Sudan, Algeria, Iraq, and Lebanon, all countries that the earlier storm had passed by. These underlined how popular grievances and demands are similar and pervasive throughout the region, and that people, lacking institutional means of political expression, are still ready to raucously raise their complaints and calls for change in public squares.

Then there is the fact that the surviving regimes have drawn all the wrong lessons from the experience. Instead of addressing people's legitimate grievances, they have doubled down on repression, entrenching their security states. Today, the same coercive, unaccountable, unresponsive regimes, or their carbon-copy successors, remain in charge, facing the selfsame economic and social challenges, possessing as few workable answers to these as before. The latest events in Tunisia, where people once again took to the streets, underline how the region's ruling elites and the outdated social contracts they uphold endure even in a country whose transition into a more open political system has been the region's only point of light, and how this may be prompting cycles of contestation.

It is difficult to see how this profound region-wide malaise can continue, for how much longer these near-comatose regimes can survive. They have no answers to the region's pressing problems of daunting complexity, and fail to allow for greater political participation that could produce fresh ideas and greater popular buy-in for what would otherwise be unbearable solutions. They seem incapable of any sort of reform, and are resistant to external inducements for positive change.

It is impossible to predict when the next implosion will come, or what will trigger it. Experience tells us it could be a relatively minor incident that serves as a spark, like the traffic collision that set off the first Palestinian intifada, the Tunisian street peddler's self-immolation a decade ago, or the brusque imposition of a tax on WhatsApp voice calls in Lebanon in 2019. Each could trigger a chain reaction. Autocrats' fear mongering or bribery – so effective in 2011 and since – may work again, or may not. The barrier of fear may have been broken. And a low oil price is draining the coffers of the wealthy Gulf states that have a stake in their own and most other Arab regimes' survival.

External factors will play their part as well. Official Russia convinced itself that the United States had orchestrated the Tahrir protests that ousted Hosni Mubarak, or – in a less uncharitable interpretation that is closer to the truth – that it allowed the regime to fall, and that it thus bore responsibility for the dramatic changes that swept the region. Moscow has been unequivocal in its desire to see the Arab state order undisturbed or restored, backing Sisi in Egypt, Assad in Syria, and Haftar in Libya. The Russian leadership fears the demonstration effect at home of U.S.-led regime-change efforts in eastern Europe and the MENA region. It will likely do whatever is in its power to prevent another similar threat to its vested interests.

As for America and Europe, Western governments and media viewed the popular uprisings as pointing to a deep desire on the part of many Arabs, especially the youth, for change – as expressions of hope. But when events took a turn for the worse, old fears re-emerged, and governments started tightening border controls against refugees and migrants, among whom they suspected were jihadists trying to get to Europe. In the end, European governments mostly reverted to their longstanding default approach toward the region, re-embracing the stability paradigm that had helped give rise to the uprisings in the first place, while exploring ways to encourage regimes to jettison their most repressive behavior. They are buying time, at most.

Throughout the Middle East and North Africa, the embers of discontent continue to smolder. There is no turning back to the pre-2011 era, however much the likes of a Sisi or Assad may be trying. Yet no one seems prepared for the next eruption, other than by bracing oneself and hoping for the best.