Bahrain Conflict Alert
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Souffler le chaud du confessionnalisme au Bahreïn
Souffler le chaud du confessionnalisme au Bahreïn

Bahrain Conflict Alert

Beneath a façade of normalisation, Bahrain is sliding toward another dangerous eruption of violence. The government acts as if partial implementation of recommendations from the November 2011 Independent Commission of Inquiry (the Bassiouni Report) will suffice to restore tranquillity, but there is every reason to believe it is wrong. Political talks – without which the crisis cannot be resolved – have ground to a halt, and sectarian tensions are mounting. A genuine dialogue between the regime and the opposition and a decision to fully carry out the Bassiouni Report – not half-hearted measures and not a policy of denial – are needed to halt this deterioration.

Clashes between young protesters and security forces occur nightly, marked by the former’s use of Molotov cocktails and the latter’s resort to tear gas. Several have died, in most cases reportedly due to tear gas inhalation. The 9 April explosion of a handmade bomb in al-Akar, a Shiite village in the east of the Kingdom, which injured seven policemen, crossed a significant threshold and could be followed by worse. Already, even before authorities could investigate, pro-government Sunni vigilante groups retaliated, vandalising two cars and a supermarket owned by a Shiite firm accused of supporting the February 2011 protests.

Amid these and other violent events – including the death of a young protester apparently shot from a civilian car – there are two potential time bombs. The first concerns Bahrain’s scheduled hosting of a Formula 1 race on 22 April. On 8 April, the Coalition of the Youth of the February 14 Revolution, an umbrella for an array of opposition groups that commands the loyalty of Shiite neighbourhoods, warned that it would consider participants, sponsors and spectators as regime allies and declared that it would not accept blame for “any violent reaction” during the event. The Bahrain Centre for Human Rights has pledged to use the expected presence of foreign tourists and journalists to highlight human rights violations; the government’s 15 April arrest of human rights activists shows that it will try hard to prevent this.

Despite internal disagreements over the wisdom of proceeding with the Grand Prix, and amid repeated opposition calls to cancel, the Fédération Internationale de l’Automobile, the Formula 1 governing body, gave its definitive go-ahead on 13 April. The regime is trying to make the competition a symbol of national unity and is banking on it symbolising a return to stability. Instead it is underscoring deep divides and risks further inflaming the situation.

The second time bomb relates to the fate of Abdulhadi Alkhawaja, a well-known human rights activist. Charged with attempting to overthrow the regime due to his participation in last year’s demonstrations, he has been on a hunger strike since 8 February to protest his conviction and obtain his release. Despite a groundswell of support for his cause in Bahrain and around the world, the regime has not relented. His death likely would spark a serious intensification in anti-regime activism.

The only path out of the current crisis is a return to dialogue and negotiations over real political reforms, much as the Bassiouni Report suggested. The regime has shown little enthusiasm for talks – not least because its Sunni supporters oppose them, fearing that any accommodation of the opposition’s proposals could jeopardise their privileged status. Both of them insist that violence must end before dialogue can begin. The opposition argues in turn that the regime is unserious about resuming talks, let alone reforms; that it torpedoed secret negotiations held in February by leaking them to the public; and that it failed to follow up on demands put forward by the opposition a month later at the government’s request.

To break this stalemate and move forward, the government should fully implement the Bassiouni Report’s recommendations, releasing all political prisoners (including Alkhawaja) and holding senior officials accountable for excessive force and torture. It also must begin reforming the security forces, ensuring they fully reflect Bahrain’s make-up by integrating members of all communities. For its part, the opposition should abjure violence more explicitly than in the past and declare its readiness to participate in a dialogue on reform without preconditions.

The alternative is a serious escalation in violence and the empowerment of hardliners on both sides. It is quite clear where such a process would begin. It is far less clear where it might end.

Brussels

Souffler le chaud du confessionnalisme au Bahreïn

Jusqu’à ce que le vent de révolte ne le touche à son tour en février 2011, le Bahreïn était avant tout connu pour l’organisation de la prestigieuse course de Formule 1, qui projetait, à l'extérieur, l'image d'un pays stable et développé. La violente répression qui s'est abattue sur le mouvement de contestation, en mars 2011, a montré le pays sous un tout autre jour. Le Grand Prix s’est transformé en 2012 en véritable casse-tête pour le pouvoir, qui n'a pu éviter les controverse médiatiques, ni la couverture, par les journalistes, des protestations, dispersées par l'usage de gaz lacrymogènes, ni contenir l'émotion provoquée par la mort d’un manifestant.

Après la remise du rapport de la commission de suivi de la mise en œuvre des recommandations Bassiouni, la famille royale al-Khalifa se félicitait d’avoir su mettre en œuvre un retour à la normale. Pourtant, la réalité, telle qu'elle se présentait sur le terrain, quelques jours seulement avant le Grand Prix de 2012, suggérait de relativiser ce  "succès". Même si les jours les plus noirs de la répression sont passés, la situation ne semble pas s'être améliorée. L’île est désormais en proie à de fortes tensions confessionnelles entre chiites et sunnites, qui viennent s'ajouter et se surimposer au contentieux politique qui existe entre l'opposition et le régime.

La brutalité policière n'a pas été enrayée et a coûté la vie à de nombreux manifestants ; les violations des droits de l'homme n'ont pas cessé et se dissimulent aux coins de ruelles sombres ou dans des centres de détention informels. Mais, désormais, la contestation a recours aux cocktails Molotov et procède à de violentes  attaques contre le symbole de l’autorité que constitue la police. La violence au quotidien s'est encore intensifiée dans les villages chiites, comme avant la crise de février 2011.

La véritable "guerre de graffitis" sur les murs des villages chiites est, elle, nouvelle : Les slogans anti-régime sont caviardés par les autorités pour être réécrits par l’opposition ; Les réseaux sociaux devenus un lieu d’expression de revendications… Le licenciement, en mars 2012, d’une institutrice accusée d’avoir forcé un élève sunnite de 4 ans à lui baiser les pieds a déclenché un déferlement de tweets haineux, symptômes d'une dangereuse confessionnalisation du conflit.

La résurgence de ces tensions est fort utile à un gouvernement dont le bilan est peu reluisant en matière de corruption et de gouvernance. Les Bahreïniens de l’élite libérale refusent de se laisser prendre au jeu d'une lecture confessionnelle de la politique et de la société, évoquant le nombre de mariages mixtes ou le souvenir des années de coexistence. Pour l’activiste démocrate Munira Fakhro, "la haine provient d’un sentiment de peur".

Le parti d'opposition, al-Wefaq, fait l’objet de critiques de la part de sunnites comme de chiites, en raison de son agenda politique conservateur en matière de droits des femmes et de relations entre la religion et l’Etat, ce qui lui a valu d’être accusé de suivre la ligne religieuse du régime iranien. Et le gouvernement d’exploiter cette faille pour mobiliser la communauté sunnite. En tournant en agenda religieux les demandes chiites pour faire cesser les discriminations ou dénoncer le fonctionnement répressif de l'appareil d’Etat, la dynastie al-Khalifa tâche ainsi de dénier la dimension politique de revendications démocratiques, confortant par la même son pouvoir sous couvert du nécessaire maintien de l’ordre.

Dans ce contexte, la rhétorique de l’épouvantail iranien est particulièrement efficace. L’argument est très simple : contrairement aux sunnites, chaque chiite choisissant et suivant une autorité religieuse ou marjaa, et que al-Wefaq s’inspire publiquement des enseignements du Sheikh Isa Qasem, (lui-même vu comme se référant à l’ayatollah Khamenei), l’Iran serait responsable du  mouvement de contestation. En jetant le discrédit sur la pureté des intentions de l’opposition qui se veut encore réformiste et en la soupçonnant de nourrir le projet secret d'établir une théocratie sur le modèle iranien, cette vision décrédibilise toute demande de réforme des modérés. Le gouvernement n’a fourni, comme seule preuve à l'appui de l’ingérence iranienne, que les déclarations faites par ses partisans et dignitaires dans les medias iraniens. Mais les accusations de Manama contre les chiites ne font que pousser ces derniers dans les bras de Téhéran.

Cette stratégie "confessionnelle" s’explique par la marginalisation, au sein du régime, des réformistes regroupés autour du prince héritier, le Sheikh Salman bin Hamad, au profit des membres les plus radicaux de la famille royale. L'échec, en mars 2011, de la tentative de dialogue avec l’opposition, conduite par le prince héritier, a contribué à renforcer les conservateurs du régime, qui bénéficient de l’appui du puissant voisin saoudien. Les Bahreïniens opposés à tout compromis avec l’opposition ont ainsi voulu croire  que la proposition de transformer le Conseil de coopération du Golfe en une "union" politique pourrait donner naissance à une confédération saoudo-bahreïnie où la synergie avec le pouvoir de Riyad serait renforcée, même si le projet a été repoussé à plus tard.

En tentant d’éviter une ingérence iranienne imaginaire, la dynastie al-Khalifa crée les conditions propices à une influence accrue du modèle saoudien. Pour les Bahreïniens, cela pourrait se traduire par une réduction des libertés et un renforcement des tendances autocratiques du régime.
 

Contributors

Program Director, Middle East and North Africa
JoostHiltermann
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Kelly McEvers
Foreign Correspondent, NPR

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