Burkina Faso et Niger : des élections à l’épreuve des insurrections ?
Burkina Faso et Niger : des élections à l’épreuve des insurrections ?
Premier bilan pour le pouvoir de transition au Burkina Faso
Premier bilan pour le pouvoir de transition au Burkina Faso
President Mahamadou Issoufou of Niger and ECOWAS chairman (R) listens to president of Burkina Faso Roch Marc Christian Kabore (L) during the opening ceremony of ECOWAS G5 security summit in Ouagadougou, on 14 September 2019. ISSOUF SANOGO / AFP
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Burkina Faso et Niger : des élections à l’épreuve des insurrections ?

Le Burkina Faso et le Niger se dirigent tous deux vers des élections générales. Rinaldo Depagne et Ibrahim Yahaya Ibrahim décryptent leurs enjeux et insistent sur la nécessité pour leurs vainqueurs de se pencher sur l’insécurité croissante dans les régions rurales, provoquée en grande partie par la présence de groupes jihadistes.

Dans quel contexte politique s’inscrivent ces élections?

Le Burkina Faso et le Niger, deux pays cruciaux pour la stabilité du Sahel central, se dirigent vers des élections présidentielles et législatives, respectivement les 22 novembre et 27 décembre 2020, alors que la sous-région traverse une période d’instabilité politique – marquée notamment par le coup d’État au Mali – et de violences insurrectionnelles. Si le vote devrait avoir lieu sans trop d’accrocs dans les capitales, il sera très certainement perturbé dans certaines zones rurales où la tenue des scrutins s’inscrit dans un contexte de tensions socioéconomiques et politiques et d’insécurité chronique. Les favoris des scrutins, le président burkinabè sortant Roch Marc Christian Kaboré et l’ancien ministre nigérien de l’Intérieur Bazoum Mohamed, semblent vouloir continuer à donner la priorité aux réponses sécuritaires. Si elles sont nécessaires, elles ont toutefois largement échoué à contenir l’expansion des violences, en particulier de nature jihadiste. Il incombera aux gagnants, quels qu’ils soient, de trouver d’autres réponses à cette crise sécuritaire rurale qui risque de nourrir des tensions politiques.

Au Burkina Faso, six ans après le renversement du président Blaise Compaoré, les autorités ont ouvert l’espace politique à l’opposition. Avec treize candidatures à la présidentielle retenues par le Conseil constitutionnel, le pouvoir ne semble pas avoir exercé de pressions sur les institutions chargées d’organiser et de superviser les élections pour bloquer certaines personnalités potentiellement dérangeantes. Notables parmi celles-ci, le général de division Yacouba Isaac Zida, ancien Premier ministre de la transition et numéro deux du controversé Régiment de sécurité présidentielle de Compaoré. Son influence sur certains segments des forces armées est toujours perçue comme dangereuse par l’entourage du président Roch Marc Christian Kaboré. Sa candidature a néanmoins été retenue, cela malgré des poursuites judiciaires en cours pour “désertion en temps de paix”, qui auraient pu constituer une excuse toute trouvée pour l’écarter de la présidentielle.

Les candidatures retenues comprennent aussi des personnalités issues de la société civile ou de nouveaux segments de l’opposition, signalant un certain renouvellement des acteurs politiques. Ce phénomène est un signe à la fois de la qualité du débat public et du dynamisme de la société civile. Il permet notamment à de jeunes politiciens, comme l’ancien ministre de la Culture Tahirou Barry, 45 ans, de se positionner pour l’avenir. Ce renouvellement doit toutefois être relativisé.  Les favoris du scrutin sont tous issus du système du président Blaise Compaoré, comme le président sortant Kaboré, qui fut son ancien Premier ministre. Son principal challenger, Zéphirin Diabré, candidat de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), a lui été ministre de l’Economie, des Finances et du Plan de 1994 à 1996.

Si la relative ouverture politique est à saluer, certaines zones rurales du pays souffrent d’une insécurité chronique.

Si la relative ouverture politique est à saluer, certaines zones rurales du pays souffrent d’une insécurité chronique. Deux dynamiques affectent les zones rurales reculées du Soum, du Centre-Nord et de l’Est : l’influence grandissante des jihadistes, ainsi que la prolifération des groupes d’autodéfense à base communautaire. De même, les centres urbains sont le théâtre de frustrations sociales, économiques et politiques récurrentes, même si les importantes manifestations organisées en 2019 dans les grandes villes pour protester contre la précarité du niveau de vie, le manque de réformes économiques, la corruption ou l’insécurité ont baissé en intensité en 2020. L’insécurité qui règne dans les périphéries pourrait à terme se conjuguer à d’autres facteurs, notamment les conditions de vie difficiles d’une frange importante des populations urbaines, pour raviver cette grogne populaire.

Au Niger, dix ans après le coup d’Etat ayant conduit à la chute du président Mamadou Tandja (2000-2010), le pays se dirige, pour la première fois de son histoire, vers un transfert de pouvoir d’un président démocratiquement élu à un autre – ceci, alors que la classe politique se renouvelle progressivement. En effet, le président Mahamadou Issoufou a effectué deux mandats, le maximum autorisé par la constitution, et ne se représentera pas. Sa décision est notable dans une partie du continent où certains dirigeants s’accrochent au pouvoir. Le scrutin nigérien suscite par ailleurs un engouement important, notamment auprès des jeunes. Plus de 40 candidats à l’élection présidentielle ont déposé leur dossier, dont de nombreux quadragénaires qui se présentent pour la première fois.

Parallèlement, les personnalités qui ont occupé le devant de la scène politique nigérienne depuis le début de l’ère démocratique dans les années 1990 se retirent progressivement. Le renouvellement de la classe politique nigérienne doit cependant, lui aussi, être relativisé. Il y a des exceptions notables : l’ancien président Mahamane Ousmane (1993-1995), et l’ancien Premier ministre Hama Amadou, qui ont fait acte de candidature à la présidentielle. Par ailleurs, Seyni Oumarou du Mouvement national pour la société et le développement (MNSD-Nassara) et Albadé Abouba du Mouvement patriotique pour la République (MPR-Jamhuriya) sont tous deux des collaborateurs de l’ancien président Tandja, et ont pris la tête de formations politiques créées après le coup d’Etat de 2010. La candidature de Hama Amadou a été rejetée par la Cour constitutionnelle le 13 novembre 2020, mais ce rejet met également en cause l’ouverture politique. Condamné à un an de prison dans une affaire de recel d’enfants, la cour l’a jugé inéligible au regard de la loi électorale. Ses partisans dénoncent une instrumentalisation de la justice, qu’ils estiment inféodée au pouvoir.

Le favori de la présidentielle, Bazoum Mohamed, est le candidat du parti au pouvoir, le Parti national pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya). Vétéran de la politique nigérienne, il a longtemps secondé Mahamadou Issoufou à la tête du parti et a servi comme ministre des Affaires étrangères (2011 – 2015) et ministre de l’Intérieur (2016 – 2020). Il semble être en position de force.

Au Niger comme au Burkina, l’incapacité des autorités à contenir l’insécurité dans les zones rurales alimente aussi les frustrations politiques dans la capitale, au même titre que la corruption.

Au Niger comme au Burkina, l’incapacité des autorités à contenir l’insécurité dans les zones rurales alimente aussi les frustrations politiques dans la capitale, au même titre que la corruption. Les violences touchent principalement les régions du Tillabéri, où les insurgés islamistes ont exploité des conflits locaux pour asseoir leur présence, mais l’instabilité se propage de plus en plus vers la capitale, Niamey. Des manifestations se déroulent début 2020 pour protester contre le gouvernement, accusé de complicité de détournement dans l’achat d’équipements militaires, et pour soutenir l’armée dans ses efforts de lutte contre l’insécurité. Ici aussi, si les autorités ne parviennent pas à enrayer durablement l’insécurité qui affecte les périphéries, celle-ci s’ajoutera vraisemblablement aux autres motifs qui nourrissent la grogne sociale dans la capitale.

Comment les violences importantes qui perturbent plusieurs régions du Niger et du Burkina Faso pèsent-elles sur la tenue des élections ?

Le Burkina Faso et le Niger font tous les deux face à des insurrections, notamment jihadistes, générant une insécurité qui perturbe incontestablement le processus électoral. Des centaines de milliers d’électeurs n’ont pas pu être enrôlés, et les opérations de vote s’annoncent impossibles dans certaines régions d’où l’Etat s’est replié, sinon retiré. Cette difficulté renforce le décalage entre les capitales, où la vie politique est relativement dynamique, et les zones rurales touchées par les insurrections, et accentue en conséquence le sentiment de marginalisation de ces populations – marginalisation qui explique en partie le succès des jihadistes auprès de ces communautés.

L’insécurité rend plusieurs régions du Burkina difficilement accessibles aux agents de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), ce qui y complique, voire rend impossible, la tenue du vote. Selon cette institution, 1.619 secteurs et villages sur les 9.299 que compte le pays n’ont pas été couverts par l’opération d’enrôlement sur les listes électorales. De plus, des centaines de milliers de personnes déplacées par la violence ne pourront pas prendre part au scrutin, leurs documents d’identité ayant été perdus ou détruits pendant leur fuite. Le Burkina Faso compte un million de déplacés internes, dont 30 pour cent se trouvent dans l’impossibilité de voter faute de pièces d’identité, selon le Haut-Commissariat des Nations-unies pour les réfugiés.

Face à ce défi, les autorités burkinabè ont adopté une modification controversée du code électoral stipulant qu’en “cas de force majeure ou de circonstances exceptionnelles”, seuls les résultats des bureaux de vote ouverts seront pris en compte. Cette modification devrait favoriser les partis fortement implantés dans les zones du territoire sécurisées, notamment le plateau central autour de Ouagadougou, dont le parti présidentiel, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), et l’ancien parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie (CDP). En provoquant de la sorte l’exclusion des populations des zones insurrectionnelles, l’insécurité renforce davantage le décalage entre le centre et la périphérie rurale, un phénomène ayant lui-même contribué au développement des insurrections.

L’enrôlement électoral a lui aussi piétiné dans les zones du Niger frontalières avec le Mali et le Burkina Faso, où les jihadistes ont une forte présence. Dans la région de Tillabéri (nord-ouest), des agents d’enrôlement ont été pris pour cibles par des jihadistes, qui ont menacé tous ceux qui oseraient prendre part au vote. En conséquence, seules 67 pour cent des personnes en âge de voter ont été enrôlées dans cette région, contre une moyenne nationale de plus de 76 pour cent.

Cette perturbation des opérations de vote pourrait renforcer dans les régions concernées un sentiment déjà très présent de marginalisation politique, en particulier chez les Peul nomades.

Cette perturbation des opérations de vote pourrait renforcer dans les régions concernées un sentiment déjà très présent de marginalisation politique, en particulier chez les Peul nomades. La région de Tillabéri est un bastion de l’opposition, dont certains membres voient les problèmes liés à l’enrôlement électoral comme une tentative de supprimer leurs votes. Ici aussi, les élections illustrent et semblent même accentuer un réel décalage entre centre et périphérie rurale.

Ces élections vont-elles marquer un changement de cap des réponses apportées à l’insécurité ?

Si les élections burkinabè et nigérienne ne génèrent pas elles-mêmes de violences dans les capitales, il sera crucial pour leurs vainqueurs de chercher des solutions à l’insécurité croissante dans certaines zones rurales. En l’absence de réponse concluante, l’insécurité pourrait s’ajouter aux autres facteurs – tels que les difficultés socioéconomiques ou la corruption – pour alimenter des mouvements de protestation. L’exemple du Mali est dans tous les esprits : là aussi, l’insécurité figurait en bonne place parmi les griefs du mouvement de protestation ayant mené au coup d’Etat du 18 août. Fait notable : les évènements de Bamako ont eu lieu dans le sillage de tensions post-électorales.

Au Burkina, l’insécurité est d’ailleurs au cœur du débat électoral. Une réflexion s’amorce sur l’opportunité de dialoguer avec les insurgés, y compris jihadistes, alors qu’une logique d’affrontement a prévalu jusqu’à présent, sans succès. Plusieurs signes récents indiquent que le président Kaboré, favori de la présidentielle, explore discrètement l’option du dialogue, même s’il continue officiellement de privilégier l’approche militariste. Son principal concurrent, Zéphirin Diabré, ainsi qu’Eddie Komboïgo, dirigeant de l’ancien parti au pouvoir et actuelle troisième force politique du pays, ne rejettent pas l’option militaire mais estiment que le dialogue avec les groupes jihadistes pourrait être un outil de résolution de la crise actuelle.

Ces appels au dialogue marquent un changement sur la scène politique burkinabè. Il y a quelques mois encore, les appels publics à négocier avec les groupes armés étaient rares et perçus par une grande partie de l’opinion publique comme un acte de complicité. Le nouveau président élu, quel qu’il soit, devrait prendre en compte cette évolution et rééquilibrer la stratégie anti-insurrectionnelle en explorant de manière plus décomplexée l’option du dialogue avec les groupes armés. Compte tenu de la menace que représentent ces groupes pour la sécurité nationale, tous les partis devraient aider le président élu à engager et à faire fructifier ces négociations, notamment en mettant à disposition leurs réseaux d’élus locaux pour tenter d’établir des contacts avec les groupes d’insurgés. Plus largement, le nouveau président élu devrait s’atteler au dossier prioritaire des communautés rurales marginalisées, dans lesquels les groupes armés puisent soutiens et recrues.

Au Niger, où aucun candidat n’a encore publié de programme, les discours politiques se limitent pour l’heure à des invectives politiciennes plutôt qu’à la formulation de vrais projets de société. Tout semble cependant suggérer que le favori du scrutin, Bazoum Mohamed, compte poursuivre la stratégie du président Issoufou – une approche avant tout militariste, qui tend toutefois la main aux insurgés qui désireraient déposer les armes.

Les politiciens nigériens devraient dès à présent s’atteler à formuler des propositions concrètes, principalement pour engager une réforme de la gouvernance capable de recréer un lien de confiance entre populations rurales et autorités centrales. Plutôt que de privilégier l’outil militaire, qui peine à faire ses preuves, l’Etat devrait amorcer son retour à long terme dans les zones d’insurrection en s’attaquant aux problèmes qui tendent à rapprocher certaines communautés des jihadistes. Comme l’a suggéré Crisis group dans ses publications, cette réforme pourrait s’articuler autour d’une amélioration des services publics dans les zones rurales et s’atteler à assurer une meilleure représentativité des communautés politiquement marginalisées, telles que les Peul nomades des zones frontalières.

Dans les deux cas, le moment électoral devrait être l’occasion de lancer une réflexion approfondie sur la lutte anti-insurrectionnelle. Il ne s’agit pas d’abandonner l’option sécuritaire, mais plutôt de repenser cette dernière en appui d’une stratégie visant avant tout à recréer des liens forts entre gouvernement et communautés rurales marginalisées.

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Lieutenant-Colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, President of Burkina Faso, is seen at his inauguration ceremony as President of Transition, in Ouagadougou, on March 2, 2022. OLYMPIA DE MAISMONT / AFP
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Premier bilan pour le pouvoir de transition au Burkina Faso

Le dimanche 4 septembre, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a prononcé un discours faisant le point sur son action depuis sa prise de pouvoir le 24 janvier 2022. Les experts de Crisis Group Mathieu Pellerin et Rinaldo Depagne analysent cette étape.

La situation sécuritaire, dossier prioritaire pour les autorités, s’est-elle améliorée depuis le coup d’Etat ?

Sur le terrain, la situation n’est guère meilleure depuis le coup d’Etat du 24 janvier. Les violences jihadistes, qu’il s’agisse d’attaques contre les civils et les forces armées ou de destruction d’infrastructures, se poursuivent à un rythme quotidien. Contrairement à ce qu’a affirmé le président du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui estime que les militants « maintiennent l’illusion qu’ils gagnent du terrain », ces derniers ont bel et bien continué leur expansion territoriale depuis le début de l’année. Des zones jusqu’alors épargnées par l’insécurité sont aujourd’hui exposées à une forte pression des deux principaux groupes armés actifs dans le pays, le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM) et l’Etat islamique au Sahel (EI-Sahel). Leurs actions touchent désormais dix des treize régions du Burkina.

Si les régions du Centre, du Centre-Ouest et du Centre-Sud demeurent pour le moment relativement épargnées, les groupes armés grignotent du terrain dans le reste du pays. Dans le Nord, le JNIM contrôle une grande partie des provinces du Loroum et du Yatenga et avance désormais, vers l’est et le sud de Ouahigouya (chef-lieu du Yatenga), en direction de la capitale Ouagadougou. Dans la Boucle du Mouhoun, le groupe a progressé dans les provinces du Mouhoun, du Banwa et plus récemment du Nayala. Les villes de Nouna, Dédougou et Solenzo y sont désormais quasiment encerclées. Le JNIM gagne aussi du terrain au sud de la Boucle du Mouhoun, dans la région des Hauts-Bassins, où il progresse vers Bobo Dioulasso, la seconde ville du pays. La situation s’est également détériorée ces derniers mois au Centre-Nord et au Centre-Est, et aucune amélioration n’est à signaler dans l’Est et les Cascades.

[Le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans] cherche à perturber, voire à empêcher, l’approvisionnement sur les axes principaux menant à Ouagadougou.

Depuis quelques mois, le JNIM cherche à perturber, voire à empêcher, l’approvisionnement sur les axes principaux menant à Ouagadougou. Certains produits comme le poisson, qui provient en grande partie de l’Est, et les denrées alimentaires importées de Côte d’Ivoire commencent à s’y raréfier.  Si elle avait débuté avant le 24 janvier, cette stratégie d’isolement de la capitale, qui abrite plus de deux millions de personnes, s’est amplifiée depuis. Le JNIM, mais aussi l’EI-Sahel, ont en effet récemment saboté une série de ponts dans plusieurs régions, principalement au Sahel et à l’Est.

Les groupes jihadistes œuvrent également à imposer des blocus aux villes secondaires du pays. Dori, un important carrefour commercial du nord désormais difficilement accessible par la route, est ainsi privée de certains produits de première nécessité. Elle connait très souvent des ruptures d’approvisionnement en carburant, en électricité ou en eau au gré des attaques conduites contre les entreprises publiques qui assurent ces services. C’est dans cette ville que le président Damiba a prononcé son discours, afin de montrer que l’Etat n’abandonne pas ce morceau de territoire aux groupes armés. L’encerclement dont Dori fait l’objet pourrait à terme s’étendre à Ouahigouya, la principale ville du Nord, ou à Fada N’Gourma, dans l’Est, autour de laquelle les groupes jihadistes raffermissent progressivement leur emprise.

Comment expliquer ce manque d’amélioration ?

Il ne s’agit pas d’une surprise : il n’existe pas de solution miracle qui aurait permis au Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), actuellement au pouvoir, de faire en cinq mois ce que l’ancien régime n’a pas réussi à faire en cinq ans. Comme l’a rappelé le président Damiba dans son allocution, le MPSR a hérité d’une situation militaire extrêmement dégradée. Le pouvoir de transition burkinabè doit en effet « remobiliser » une armée divisée, que les embuscades et les engins explosifs improvisés des jihadistes confinaient à ses casernes. Plus largement, dans certains pays voisins du Burkina, des milliers de soldats membres de forces internationales et régionales et une décennie d’intervention n’ont pas réussi à rétablir la sécurité.

L’état général des forces armées s’est manifestement amélioré depuis l’arrivée au pouvoir du MPSR. Les autorités ont mis en place le Commandement des opérations du théâtre national, destiné à renforcer la coordination en matière de lutte anti-terroriste. Certains résultats sont déjà palpables sur le terrain, malgré les tensions qui persistent entre différents segments des forces de sécurité. Le limogeage, le 12 septembre, du ministre de la Défense Aimé Barthélémy Simpore et son remplacement par le président Damiba, qui cumule désormais les deux fonctions, illustre l'actualité de ces tensions.  Cela dit, l’armée est devenue plus mobile et intervient davantage. Les autorités ont également instauré des zones d’intérêt militaires, où la présence humaine est interdite, dans les secteurs frontaliers du Sahel et de l’Est afin d’y empêcher la circulation des jihadistes. La fin de la saison des pluies dans les prochains mois pourrait y permettre la conduite d’opérations d’envergure. Celles-ci risquent toutefois de s’accompagner de pertes civiles importantes parmi les populations qui n’ont pas quitté ces zones. Si la fourniture de nouveaux matériels, promise dès la prise de pouvoir du MPSR, a tardé, le régime a pu faire l’acquisition, début septembre, de trois hélicoptères de combat et de drones.

Certains obstacles structurels n’ont cependant pas pu être levés. Ainsi, les moyens humains restent insuffisants pour faire face à la multiplication des fronts. A mesure que les groupes armés étendent leur influence, il faut plus de personnel pour contrer leur avancée. Or l’armée burkinabè, outre les divisions qui la traversent, a des effectifs limités – entre 15 000 et 20 000 soldats, selon les sources, auxquels s’ajoutent 8 000 gendarmes. Les efforts actuels sont réels, mais ils ne suffiront pas à reconquérir l’ensemble des territoires perdus depuis l’apparition des insurrections jihadistes fin 2015.

Les résultats mitigés du nouveau pouvoir en matière de sécurité sont aussi le fait d’un affaiblissement continu des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).

Les résultats mitigés du nouveau pouvoir en matière de sécurité sont aussi le fait d’un affaiblissement continu des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP)[, un corps de civils armés créé en janvier 2020 pour épauler les forces de défense et de sécurité. Rapidement propulsés en première ligne des combats, les VDP ont perdu de nombreux éléments face aux jihadistes, si bien que beaucoup d’entre eux préfèrent aujourd’hui rendre les armes ou négocier avec les militants, en particulier dans les régions du Nord et de l’Est. Dans certains de leurs bastions, parmi lesquels le Centre-Nord, les VDP ont cependant commencé à se remobiliser, en grande partie parce que l’armée elle-même se remobilise à leurs côtés.

La remobilisation des VDP s’est malheureusement accompagnée d’une augmentation des exécutions de civils et autres abus vis-à-vis des populations locales, principalement peules. Les Peuls, constitués en majorité d’agro-pasteurs, constituent le second groupe ethnique du pays. Ils ont été presque systématiquement exclus des VDP, qui sont accaparés par les communautés sédentaires – surtout les Mossis, premier groupe ethnique du pays, et les Fulsés, avec lesquels les Peuls sont souvent en rivalité pour le contrôle des ressources. Le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), créé au lendemain du massacre de Yirgou de janvier 2019 pour condamner les violences subies par les Peuls en particulier, a notamment dénoncé le massacre d’une quarantaine de civils à Tougouri début août. D’autres cas sont survenus depuis dans les régions du Centre-Nord (province du Bam), du Centre-Est et de l’Est mais ont été passés sous silence. Les discours de haine contre la communauté peule, qui se banalisent sur les réseaux sociaux, contribuent à nourrir ce genre de brutalités.

Les exécutions de civils par l’armée et les VDP touchent principalement les Peuls mais s’étendent de plus en plus à d’autres communautés et aggravent considérablement la situation sécuritaire. Les civils visés sont souvent soupçonnés de commercer avec les jihadistes. Leur élimination vise à compliquer l’approvisionnement de ces groupes mais suscite beaucoup de ressentiment au sein des communautés locales, contribue à alimenter le recrutement par les jihadistes et met à mal les efforts de dialogue du gouvernement. Lors de son discours, le président Damiba a implicitement reconnu que les VDP avaient endommagé la cohésion sociale en s’attaquant aux civils, affirmant que « certaines actions des nôtres ont malheureusement plus contribué à attiser le feu, plutôt qu’à l’éteindre ». Sur ce point, peu de choses ont changé depuis la mise en place du nouveau pouvoir en janvier.

Tout en renforçant ses capacités militaires, le MPSR a poursuivi les efforts de dialogue initiés par le régime précédent. Il a notamment officialisé la mise en place de Comités locaux de dialogue pour la restauration de la paix, visant à affaiblir les jihadistes. Que les nouvelles autorités reconnaissent la nécessité d’un dialogue avec les groupes armés, dont les membres sont en grande majorité des citoyens burkinabè, offre de nouvelles perspectives pour la paix. Mais si les premiers résultats de ces actions sont certes « prometteurs », comme les a qualifiés le chef de l’Etat, ils demeurent pour le moment en déphasage avec l’ampleur du problème. Parmi les plusieurs milliers de combattants dans le pays, seuls quelques « dizaines » de jihadistes ont déposé les armes pour bénéficier d’un programme de « déradicalisation » dans des camps créés à cet effet.

En plus de chercher à faire déposer les armes aux combattants les moins gradés des groupes armés, ces comités locaux de dialogue cherchent à conclure des trêves locales entre les communautés, le JNIM et les VDP.  Ces processus ne sont pas toujours le fruit d’une approche cohérente de l’ensemble des autorités qui peuvent, par leurs actions, les rendre caducs. C’est, par exemple, ce qui s’est produit à Djibo le 22 avril, lorsque les exactions perpétrées contre des civils par le détachement militaire de la ville et des VDP ont rompu le dialogue conduisant à la levée du blocus sur la ville.

L’augmentation du nombre de personnes déplacées menace-t-elle la cohésion sociale du pays ?

L’insécurité pousse un nombre croissant de personnes à quitter leurs foyers. De décembre 2021 à avril 2022, date du dernier recensement du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation, l’organisme chargé du recensement et de la prise en charge des déplacés internes (PDI), le pays en a enregistré 388 000 nouveaux. Ce chiffre a continué d’augmenter depuis avril et les déplacements de population touchent désormais de nouvelles zones, suivant l’expansion des groupes jihadistes vers le sud du pays. Si la présence renforcée de l’armée a permis aux déplacés de se réinstaller dans certaines zones – notamment à Seytenga, une commune dans la région du Sahel – la tendance globale à l’échelle du pays reste négative.

Un million et demi à deux millions de personnes (les sources divergent), soit plus ou moins 10 pour cent de la population, sont aujourd’hui déplacées. Pour le moment, leur présence ne pose pas de défi majeur à la cohésion sociale. Les Burkinabè ont fait preuve d’un immense élan de solidarité à l’égard de ceux qui ont fui, par exemple en les logeant dans des familles d’accueil. Les administrations et associations locales restent également très engagées dans l’aide qu’elles leur apportent. Par ailleurs, de nombreux déplacés sont restés relativement proches de leur localité d’origine, facilitant leur intégration dans un tissu social local qu’ils connaissent. Peu d’affrontements ont jusqu’à présent été signalés entre déplacés internes et population d’accueil, même si des tensions ont été enregistrées dans quelques localités.

La capacité d’absorption des communautés locales pourrait cependant être remise en cause si le nombre des déplacés venaient encore à augmenter, ce qui est malheureusement probable. Dans un contexte de forte pression foncière, certaines autorités locales peinent désormais à trouver des terrains disponibles pour y établir les sites d’accueil temporaire où sont logés la majorité des PDI. Leur nombre grandissant pèse sur l’accès aux ressources naturelles, notamment l’eau, et constitue plus largement un défi pour la capacité des familles ou des municipalités d’accueil, elles aussi touchées par la crise économique. Dans certaines localités devenues inaccessibles pour des raisons de sécurité, les déplacés souffrent de disette et en sont réduits à se nourrir de feuilles. Les agences onusiennes actives sur place n’ont pas suffisamment de moyens aériens pour acheminer de la nourriture à toutes ces personnes. 

La perspective de tensions sociales et politiques pourrait-elle entraver la réponse sécuritaire des autorités ? 

L’exécutif se retrouve face à une équation compliquée : il doit apporter une réponse sécuritaire de plus en plus coûteuse et, dans le même temps, amortir les effets de la grave crise économique qui touche la sous-région. Selon l’Institut national de la statistique et de la démographie, le taux d’inflation général au Burkina est passé de 7,2 pour cent en janvier 2022 à 17,8 pour cent en juin 2022. Il s’agit du taux d’inflation le plus élevé des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Les prix des produits de grande consommation ont connu la hausse la plus forte, rendant la vie de millions de Burkinabé très difficile. Selon l’Institut, « les produits alimentaires et les boissons non-alcoolisées », notamment les céréales, ont ainsi vu leurs prix augmenter de 29,8 pour cent entre août 2021 et août 2022.

Lors de son discours du 4 septembre, le président Damiba s’est pourtant gardé d’aborder le volet social et a été très évasif sur la question des déplacés. Pour le moment, le pouvoir de transition tire parti de la neutralité d’une grande partie de la population, qui exprime peu son mécontentement. Mais s’il n’arrive pas, dans les mois à venir, à apporter une réponse aux préoccupations matérielles des Burkinabè, il sera probablement rapidement confronté à une contestation sociale qui se traduira par des mouvements de protestation dans la rue.

Dans l’état actuel des choses ... aucune force politique ou sociale ne semble capable d’entrainer et de canaliser un mouvement de protestation unifié.

Dans l’état actuel des choses, cependant, aucune force politique ou sociale ne semble capable d’entrainer et de canaliser un mouvement de protestation unifié, du type de ceux qui ont renversé trois présidences depuis l’indépendance du pays en 1960. La société civile, moteur des mouvement sociaux au Burkina Faso, est fortement fragmentée, avec un bourgeonnement de petites organisations dont la forte couverture médiatique doit plus à leur verbe outrancier qu’à une réelle capacité de mobilisation. On assiste en outre à une politisation de la société civile, inédite dans un pays où sa force résidait jusqu’alors dans son indépendance vis-à-vis des partis politiques ou, a minima, sa capacité de résistance à leurs tentatives d’entrisme.   

La scène politique, qui a selon le président Damiba « des allures anarchiques », est quant à elle en complète recomposition. Les principaux partis politiques sont aujourd’hui marginalisés. Ecartés de la conduite de la transition, ils ne comptent que huit représentants sur les 71 qui composent l’Assemblée législative de transition. Suite à la dissolution de la chambre des députés et au remplacement des édiles par des délégations spéciales, ils n’ont plus de relais locaux élus, députés ou maires. Plusieurs figures de la vie institutionnelle ont ainsi quitté les grands partis pour créer leur propre formation, ajoutant à la fragmentation d’un paysage politique qui compte près de 200 partis. Ce nouveau paysage laisse entrevoir une élection présidentielle de fin de transition (prévue en août 2024, selon le calendrier des autorités en place) animée par des forces politiques divisées, affaiblies, à court de moyens et d’idées et peu en phase avec des électeurs qui avaient déjà boudé l’offre politique lors de la dernière présidentielle en 2020 – le taux de participation y avait été de 50 pour cent.

Outre une société civile divisée et un monde politique en restructuration, le régime de Damiba doit également composer avec l’armée, qui a historiquement été l’élément déterminant de tous les changements de régime au Burkina. L’unification d’une armée toujours divisée est une des priorités du MPSR. Elle sera nécessaire non seulement pour accomplir sa mission de « reconquête » du territoire, mais aussi pour la survie même des autorités durant les mois   qui doivent mener à l’organisation de la présidentielle.  

Quelles mesures les autorités pourraient-elles mettre en place dans les mois à venir ?

Dans son discours, le président Damiba s’est montré lucide sur les principaux défis que les autorités doivent relever pour enrayer la spirale de violences et la propagation de l’insécurité. Il a dénoncé le caractère « contre-productif » des violences contre les civils, insisté sur la nécessité de promouvoir le dialogue, sur la responsabilité des élites corrompues et sur l’urgence de soutenir les populations les plus démunies, qu’elles soient déplacées ou non. En revanche, il n’a pas présenté de bilan chiffré, de mesures économiques précises ou d’idée directrice pour une réforme de la vie politique.

Depuis son accession au pouvoir, le MPSR reste opaque sur le programme qu’il compte mettre en place pour rompre avec les pratiques néfastes du passé et répondre aux attentes de populations fatiguées par l’insécurité et la précarité économique. Afin d’améliorer le quotidien de la population burkinabè, les autorités devraient clarifier leurs objectifs. En matière de sécurité, elles devraient veiller à la complémentarité des initiatives civiles et militaires en renforçant la coordination entre les autorités chargées de la cohésion sociale et celles responsables de la défense.

Au-delà de la nécessité de continuer et d’améliorer la réponse militaire afin de faire face à l’insécurité croissante dans le pays, les autorités devraient veiller par leurs actions à ne pas compromettre la cohésion sociale et la réconciliation nationale. Tout particulièrement, l’effort de mobilisation devrait s’accompagner d’un renforcement du soutien apporté aux approches locales de dialogue promues par les comités locaux récemment mis en place. Ces approches plurielles permettraient d’endiguer les tensions sociales et la montée des discours haineux qui débouchent souvent sur des abus vis-à-vis des populations peules et exposent certaines localités à des attaques jihadistes. Les autorités devraient également accompagner (par des projets de réinsertion socioéconomique) la démobilisation des VDP lorsqu’elle est réclamée par les communautés locales. Enfin, plutôt que de se limiter à condamner les exécutions sommaires, les autorités devraient sanctionner leurs auteurs afin d’enrayer une spirale dangereuse favorisant le recrutement jihadiste.

D’un point de vue économique ... le président Damiba et son gouvernement devraient annoncer très rapidement des mesures concrètes et détaillées de soutien aux ménages.

D’un point de vue économique et afin de limiter la fronde sociale dans un pays qui a un besoin vital d’unité et de cohésion, le président Damiba et son gouvernement devraient annoncer très rapidement des mesures concrètes et détaillées de soutien aux ménages et d’action sur les prix de produits ciblés. Ces derniers devraient inclure les céréales, base de l’alimentation de millions de Burkinabé. Le gouvernement devrait en outre accompagner les producteurs céréaliers, comme il le fait déjà pour les cotonniers. La poursuite de la concertation avec les organisations professionnelles et de consommateurs est également nécessaire afin de les associer à la fixation des prix des produits alimentaires de grande consommation – à l’image de celle menée en juin dernier avec les boulangers, qui avait permis de maintenir le pain à un tarif abordable. Ces mesures doivent demeurer une réponse à l’urgence de la situation, et donc temporaires, afin de ne pas alourdir la dette du pays qui a considérablement augmenté depuis 2015.

Une stabilisation des prix sera sans doute insuffisante pour venir en aide à une grande partie des personnes déplacées, dont certaines vivent dans des zones où elles dépendent du ravitaillement humanitaire pour se nourrir. Les agences et organisations humanitaires devraient se préparer à gérer une situation encore plus difficile que celle qui prévaut actuellement. Elles devraient pour ce faire augmenter leurs capacités aériennes afin d’accéder à des populations qui risquent d’être de plus en plus coupées du monde à mesure que les groupes armés déploient leur stratégie d’isolement.

Dans la perspective de la fin de la transition négociée en juillet avec la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la marginalisation actuelle des grands partis politiques risque d’accentuer la crise de la représentation dont souffre déjà le Burkina. Ces partis animent et structurent la vie institutionnelle du pays. Il serait difficile de tenir une élection digne de ce nom en leur absence ou avec des partis vidés de leurs moyens et de leur force de proposition. Ces grands partis devraient rendre plus explicite la place qu’ils souhaitent tenir dans la conduite de la transition, en établissant et en rendant public une liste de propositions concrètes à ce sujet. Les autorités de transition devraient quant à elles abandonner leurs a priori négatifs les concernant et leur laisser un espace dans la conduite d’une transition qui concerne l’ensemble des Burkinabè. Enfin, autorités et partis politiques devraient entamer une réflexion sur le retour concret à l’ordre constitutionnel, en envisageant par exemple d’organiser des élections municipales avant la présidentielle de 2024. Celles-ci pourraient servir de ballons d’essais et redonner aux partis politiques des élus locaux, qui serviraient de relais lors de la campagne pour le scrutin qui marquera la fin de la transition.   

Parmi les grands partenaires traditionnels du Burkina Faso, l’Union européenne est actuellement le mieux placé pour agir sur plusieurs volets politiques et économiques importants, notamment l’appui budgétaire au dialogue et à la cohésion sociale. En effet, les deux autres grands partenaires du pays, les Etats-Unis et la France, se trouvent dans une position particulière qui les empêche de se mettre en avant et limite leur capacité de coopération. Comme le veut leur législation en cas de putsch, les Etats-Unis ont considérablement réduit leur aide suite au coup d’Etat du 24 janvier. Elle est désormais concentrée sur l’humanitaire. La France, quant à elle, doit faire face au développement d’un fort sentiment anti-français qui complique son rôle au Burkina, rendant par exemple très difficile l’appui à des processus politiques comme le dialogue. Sans se substituer à eux, l’Union européenne, qui jouit d’une réputation de neutralité et d’efficacité auprès des autorités et de la population, est l’acteur le plus à même de garantir à l’Europe et à ses alliés le maintien de leur présence au Burkina Faso, au moment même où cette présence est disputée par d’autres puissances.

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