L'Arrêt des appels à la haine, condition préalable d'une paix dans le Haut-Karabakh
L'Arrêt des appels à la haine, condition préalable d'une paix dans le Haut-Karabakh
Responding to the Humanitarian Catastrophe in Nagorno-Karabakh
Responding to the Humanitarian Catastrophe in Nagorno-Karabakh
Op-Ed / Europe & Central Asia 4 minutes

L'Arrêt des appels à la haine, condition préalable d'une paix dans le Haut-Karabakh

Malgré l'intransigeance de part et d'autre concernant le conflit du Haut-Karabakh, une ébauche de dialogue entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan pourrait conduire à un accord sous contrôle international.

Le conflit qui oppose Arméniens et Azerbaïdjanais sur le contrôle du Haut-Karabakh s'accommode mal de l'étiquette de «conflit gelé». Depuis le cessez-le-feu de 1994, des escarmouches font chaque mois des victimes sur la ligne de front séparant d'un côté les forces du Haut-Karabakh et de l'autre celles de l'armée d'Azerbaïdjan. Le conflit du Karabakh débute en 1991 par la proclamation de l'indépendance de ce territoire autonome peuplé en majorité d'Arméniens, mais qui appartenait à l'Azerbaïdjan.

Ce dernier réagit en y envoyant des troupes. Après trois ans de guerre, les Karabakhis, fortement soutenus par l'Arménie, sont vainqueurs. L'armée azerbaïdjanaise est non seulement repoussée hors du Haut-Karabakh, mais sept districts d'Azerbaïdjan sont occupés par les Arméniens et complètement vidés de leurs habitants azéris. Plus de 500 000 Azéris se retrouvent déplacés de l'autre côté de la ligne de front dans des camps de fortune. L'Arménie avait dû, quant à elle, accueillir près de 300 000 Arméniens chassés d'Azerbaïdjan, pour certains d'entre eux avant même que le conflit n'éclate, lors des pogromes anti-arméniens de Sumgaït en 1989. Le nombre de morts dépasse les 20 000.

Lorsque le cessez-le-feu est signé en 1994, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) croit qu'un arrangement pourra être trouvé rapidement. Mais onze ans plus tard, rien n'a bougé: les lignes de front sont toujours là, les parties au conflit tentent régulièrement de changer leur tracé en modifiant certaines de leurs positions, ce qui se traduit en morts inutiles dans les deux camps. Sur le plan diplomatique, Bakou tente d'isoler Yérévan de tous les grands projets régionaux: l'oléoduc Bakou-Tbilisi-Ceyhan, par exemple, contourne soigneusement l'Arménie. Les Arméniens sont assis sur leur victoire et refusent d'envisager la restitution d'aucun des territoires occupés sans une reconnaissance par les Azéris de l'indépendance du Haut-Karabakh ou de son rattachement à l'Arménie. Des deux côtés, des médias maximalistes poussent à la haine raciale en présentant toujours l'Azéri ou l'Arménien comme l'ennemi ancestral. Les interprétations de l'Histoire sont diamétralement opposées et les opinions, sûres de la justesse de leur cause, ne sont pas prêtes à accepter la moindre concession.

Or, des concessions, il en faudra si l'on veut éviter une nouvelle guerre dans le Caucase. Une partie importante des revenus pétroliers d'Azerbaïdjan sert désormais à renflouer une armée dont la mission déclarée est de libérer les territoires occupés et de reprendre le Karabakh. Le président azerbaïdjanais vient d'annoncer une augmentation de 70% du budget de la défense, qui avait pourtant déjà été plus que doublé entre 2003 et 2005: les dépenses de défense en Azerbaïdjan atteindront bientôt le budget total de l'Etat arménien...

Pourtant, depuis près d'un an, l'espoir d'un règlement pacifique se profile: les ministres des Affaires étrangères d'Arménie et d'Azerbaïdjan multiplient les prises de contact dans le cadre du processus de Prague. Les deux ministres semblent trouver dans ce format soutenu par les trois coprésidents du groupe de Minsk de l'OSCE (Russie, France et Etats-Unis) un espace où leurs positions peuvent avancer. En marge du sommet des pays de la Communauté des Etats indépendants à Kazan le 27 août dernier, les présidents Kocharian d'Arménie et Aliyev d'Azerbaïdjan se sont rencontrés pour le deuxième tête-à-tête de ce genre en quatre mois. Derrière des déclarations officielles pourtant peu porteuses d'espoir, les deux chefs d'Etat ont clairement encouragé leurs ministres des Affaires étrangères à poursuivre leur dialogue.

Les points d'achoppement sont nombreux. Les Azéris ne peuvent concéder plus qu'un statut de large autonomie pour le Karabakh, tandis que les Arméniens exigent l'indépendance ou un rattachement à l'Arménie. Les Arméniens envisageraient éventuellement de rendre les cinq districts qu'ils occupent au sud du Karabakh, le long de la frontière iranienne, mais refusent d'envisager le retour des districts de Latchin et de Kelbajar sous contrôle azerbaïdjanais. Le corridor de Latchin, qui permet le passage direct entre le Karabakh et l'Arménie, est considéré par les autorités de Stépanakert comme «une route de la vie» non négociable. Quant au contrôle de Kelbajar, et particulièrement du col d'Omar qui en donne accès, il représente un avantage stratégique central pour la défense éventuelle du Haut-Karabakh.

La solution pourrait résider dans la signature d'un accord qui réglerait les choses par étapes, en repoussant la question du statut définitif du Haut-Karabakh au terme du processus. Les Arméniens retireraient progressivement leurs troupes des districts occupés, qui passeraient sous contrôle international. Les déplacés internes pourraient ainsi rentrer chez eux. L'accord prévoirait que, dès que le retour des déplacés azéris sera effectué, tous les habitants du Karabakh, Arméniens et Azéris qui y résidaient jusqu'en1991, puissent se prononcer par vote sur le statut final de la région. Toutes les parties s'engageraient, sous garanties internationales, à respecter le résultat de cette consultation, dût-il aboutir à l'indépendance du territoire.

Les préoccupations stratégiques arméniennes devraient être prises au sérieux par l'interdiction qui serait faite à l'armée azerbaïdjanaise de se redéployer dans les districts aujourd'hui occupés, et par la possibilité pour les Arméniens de conserver des postes avancés d'observation dans des endroits aussi stratégiques que le col d'Omar. Le corridor de Latchine deviendrait un lieu de passage complètement démilitarisé, qui relierait Bakou à Agdam, Stépanakert, au sud de l'Arménie, au Nakhichevan et à la Turquie.

Ce modèle permettrait de rétablir les possibilités de communication entre Azéris et Arméniens avant qu'une décision ne soit prise sur le statut final du Karabakh. Mais afin de lui donner une petite chance de succès, il est urgent que les gouvernements des deux parties fassent cesser immédiatement les campagnes de haine entretenues par leurs médias. L'Azerbaïdjan pourrait investir plus judicieusement sa manne pétrolière dans son propre développement plutôt que dans l'armement, et l'Arménie devrait comprendre qu'il n'est pas sain, au début du XXIe siècle, de se profiler sur la scène internationale comme une puissance occupante. Rétablir les contacts entre les hommes est le seul moyen de commencer à construire la paix.

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